Chapitre 17 – Bénédictions de reconnaissance et de joie

01. Bénir pour le bien et pour le mal

Le but des bénédictions est d’exprimer notre reconnaissance envers Dieu, béni soit-Il, et de le louer, Lui qui étend sa providence, en tout temps, sur ses créatures. Grâce aux bénédictions, nous nous rappelons que l’Éternel ne réside pas seulement dans les régions célestes, mais que chaque chose qui existe en ce monde prend vie et demeure par son biais ; et tout événement qui survient en ce monde est doté d’un sens spirituel et d’un propos divin. Par conséquent, quand une personne obtient une chose nouvelle et réjouissante, elle récite la bénédiction Chéhé‘héyanou (« qui nous as fait vivre… jusqu’à cette époque ») ; et si, à Dieu ne plaise, il lui arrive quelque malheur, elle doit savoir que cela aussi survient avec l’agrément divin ; elle dira alors la bénédiction Dayan ha-émet (« juge de vérité »).

Par les bénédictions, la conscience du divin se manifeste et s’étend dans le monde ; dès lors, la vie même de celui qui les récite se voit bénie. Le fait de savoir que l’Éternel dirige l’univers, que tout vient de Lui et de sa providence, donne en effet de la valeur à tous les événements de l’existence. Lorsqu’un homme obtient une chose réjouissante, sa joie devient plus profonde, parce qu’il sait que ce n’est pas l’effet du hasard, mais que cela émane de la providence divine. Grâce à cela, il pourra jouir comme il convient de l’abondance que Dieu lui dispense. Même quand, à Dieu ne plaise, il lui arrive quelque malheur, cet homme aura plus de force pour l’endurer, car il saura que cela a un sens. Certes, pour l’instant, il ne comprend pas quel bienfait germera du mal ; mais parce qu’il sait que tout ce que fait l’Éternel fait dans le monde est pour le bien[a], il pourra finalement s’élever, du sein du malheur, et reconstruire sa vie. Par contre, celui qui ne croit pas n’a rien d’autre que sa souffrance ; la peine pénètre en son cœur et le perce sans remède ni signification.

Il faut savoir qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un motif exceptionnel de joie pour réciter la bénédiction Chéhé‘héyanou : même pour une petite joie, qui s’éveille en nous lorsque nous achetons un vêtement neuf, ou lorsque nous mangeons un fruit nouveau, nous devons exprimer notre reconnaissance envers Dieu et réciter la berakha. Cette conception des choses porte une idée essentielle : de nombreuses personnes sont dans l’attente d’un grand événement qui élèvera d’un seul coup leur vie ; en attendant, leurs jours demeurent grisâtres et mornes. Mais une personne qui prend l’habitude de prêter attention aux petites joies qui parsèment l’existence, et de louer Dieu à leur propos, apprend à connaître la valeur de la vie, laquelle est riche de petits détails dont le contenu caché est grand. Par cela, on méritera une vie pleine, riche de contenu et de sens.


[a]. Berakhot 60b.

02. Chéhé‘héyanou : caractère obligatoire ou facultatif

C’est pour deux types principaux de circonstances que nos Sages ont institué la bénédiction Chéhé‘héyanou. Premier type de circonstances : les jours de fête, tels que Pessa’h, Chavou‘ot et les autres jours de Yom tov. De même, on récite cette bénédiction lorsqu’on accomplit certaines mitsvot assorties d’un temps fixe, telles que la sonnerie du chofar à Roch hachana, le loulav à Soukot, l’allumage des bougies de ‘Hanouka. Cette berakha est alors une pleine obligation. Dès lors que le temps sanctifié, ou le temps de la mitsva, est venu, nous avons pour devoir de louer l’Éternel et de le bénir en ces termes : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, chéhé‘héyanou, véqiyemanou, véhigui’anou lazman hazé (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous as fait vivre, nous as maintenus, et nous as fait parvenir à cette époque »). Les règles relatives à cette bénédiction, quand elle est récitée dans ces circonstances festives, sont exposées dans les lois des fêtes[b], et notre propos n’est pas de les traiter dans le présent chapitre.

Ce qui nous occupera ici, c’est le second type de circonstances dans lesquelles cette bénédiction est récitée, c’est-à-dire les cas où nous devons exprimer notre reconnaissance envers Dieu pour les bonnes choses qui se produisent dans notre vie, comme l’acquisition d’une maison, de meubles, de vêtements ou de bijoux. De même, pour une bonne nouvelle que l’on entend, ou pour des retrouvailles avec un bon ami que l’on n’avait pas vu pendant trente jours. Cette bénédiction est facultative : même si l’on a fait l’acquisition de choses nouvelles et bonnes, et que l’on en soit heureux, on n’a pas, de l’avis de la majorité des décisionnaires, l’obligation de réciter Chéhé‘héyanou à ce sujet. Et quand les Sages enseignent que l’on récite cette bénédiction pour une nouvelle maison ou de nouveaux objets, leur intention est de dire que réciter la berakha est constitutif d’une mitsva ; pour autant, on ne commet pas de faute si l’on ne la récite pas. Mais certains décisionnaires pensent que, dès lors que l’on tire de la joie des bonnes choses pour lesquelles les Sages ont institué la bénédiction Chéhé‘héyanou, c’est une obligation que de la réciter. Et quand les Sages précisent que cette berakha est facultative, cela signifie qu’il n’y a pas d’obligation à acheter des choses propres à nous réjouir afin de pouvoir réciter Chéhé‘héyanou ; en revanche, si on les a achetées et que l’on s’en réjouisse, il est obligatoire de dire la bénédiction.

Bien que, selon la majorité des décisionnaires, la bénédiction Chéhé‘héyanou soit facultative dans ces cas, il est juste de la réciter dans toutes les circonstances où, suivant l’enseignement des Sages, la dire est une mitsva. Il convient en effet de ne pas perdre la précieuse occasion qui nous est donnée de louer et de bénir l’Éternel[1].


[b]. Cf., du même auteur et dans la même série, Zemanim, Fêtes et solennités juives I ; Mo‘adim, Fêtes et solennités juives II.

[1]. Michna Berakhot 54a : « Si l’on a construit une nouvelle maison ou acquis de nouveaux ustensiles, on dit ברוך… שהחיינו וקיימנו והגיענו לזמן הזה (“Béni sois-Tu… qui nous as fait vivre, nous as maintenus et nous as fait parvenir à cette époque”). » La Guémara ‘Erouvin 40b explique, au sujet des fruits nouveaux, que la bénédiction Chéhé‘héyanou est facultative (rechout). Certains commentateurs expliquent que l’homme a la faculté de décider de manger de tel fruit ou non, mais que, si l’on a décidé d’en manger, on a l’obligation (‘hova) de dire Chéhé‘héyanou (Echkol ; Knesset Haguedola). Mais selon la majorité des décisionnaires, on est autorisé à manger un fruit nouveau sans réciter Chéhé‘héyanou à cette occasion (Rachba 1 ; Rama ; ‘Itour ; Or Zaroua’ ; Beit Yossef ; Maguen Avraham). Leur opinion, à ce qu’il semble, peut s’expliquer ainsi : cette berakha a été instituée pour exprimer la joie du cœur ; or il n’y a pas de mesure ni d’indice fixe de la joie, qui pourrait obliger à la réciter. Quoi qu’il en soit, de nombreux A‘haronim écrivent qu’il faut avoir soin de ne pas annuler cette bénédiction (Darké Moché ; Elya Rabba ; Michna Beroura 225, 9 ; Igrot Moché, Ora‘h ‘Haïm V, 43, 5 ; c’est aussi ce que laisse entendre le Choul‘han ‘Aroukh 551, 17). La règle applicable au fruit nouveau s’applique aussi, à cet égard, à une maison nouvelle et à de nouveaux ustensiles.

Toutefois, l’usage traite différemment les fruits des autres biens : la bénédiction relative au renouvellement des biens de l’homme ne peut se réciter que lorsque celui-ci se réjouit de l’acquisition desdits biens ; pour les fruits nouveaux, en revanche, il est de coutume de réciter la berakha, quand bien même on n’éprouve pas de joie particulière à les goûter, car on exprime par-là sa reconnaissance pour les bienfaits qui parviennent au monde, pris généralement.

En cas de doute, quant à Chéhé‘héyanou : selon le Rivach 505 et le Baït ‘Hadach, Ora‘h ‘Haïm 29, puisque cette bénédiction est facultative, le principe sfeq berakhot lehaqel (« en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent ») ne s’applique pas à elle, et, en cas de doute, celui qui éprouve de la joie est autorisé à la réciter. C’est aussi ce qu’écrivent d’autres A‘haronim, parmi lesquels : Peri ‘Hadach ; Elya Rabba ; Tsla‘h ; ‘Hatam Sofer. Face à cela, pour la majorité des décisionnaires, le principe sfeq berakhot lehaqel s’applique également à la bénédiction Chéhé‘héyanou. C’est ce qu’expliquent le Rachba (I, 245) et le Radbaz (I, 319), et ce qu’écrivent encore le Peri Mégadim, le Ben Ich ‘Haï, le Sdé ‘Hémed, le Michna Beroura 223, 12 et le Cha‘ar Hatsioun 225, 19. En pratique, il semble qu’il n’y ait pas lieu de dire Chéhé‘héyanou en cas de doute. Mais dans le cas où, aux yeux d’une claire majorité de décisionnaires, il faut réciter cette bénédiction, on pourra associer à cela l’opinion du Rivach (et de ceux qui partagent son avis) : dès lors que l’on éprouvera de la joie, on sera autorisé à la réciter (cf. ci-dessus, chap. 12, note 4, où l’on voit que, selon certains auteurs, même en matière de bénédictions, on va d’après la majorité des décisionnaires).

Il faut savoir que, selon le Raavad (44, 1 dans la pagination du Rif), le Mikhtam et le Méïri, il n’est pas obligatoire de mentionner le nom et la royauté de Dieu dans les bénédictions de louange et de reconnaissance, car ces mentions n’ont été instituées par les Sages qu’à l’égard de choses fixes ou obligatoires ; tandis que les bénédictions de louange et de reconnaissance, qui portent sur des choses sans fixité, ne requièrent pas ces mentions. Nous tirons de là un principe : en cas de doute, il convient de dire la berakha sans mentionner le nom ni la royauté de Dieu, puisque, de l’avis de certains Richonim, on accomplit ainsi la mitsva.

03. Chéhé‘héyanou et Hatov vé-hamétiv

Ce sont en réalité deux bénédictions que les Sages ont instituées à propos des choses nouvelles et réjouissantes. L’une est Chéhé‘héyanou (cf. ci-dessus, § 2) ; l’autre est Hatov vé-hamétiv : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, hatov vé-hamétiv (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui es bon et bienfaisant »). Lorsque la joie concerne une seule personne, c’est Chéhé‘héyanou qui doit être récitée ; mais quand la joie est commune à deux personnes ou davantage, cette joie est plus grande, et ces personnes doivent réciter Hatov vé-hamétiv. Tel est en effet le sens de cette bénédiction : « qui es bon » à mon égard, « et bienfaisant » à l’égard des autres. Par exemple, quand une personne seule s’achète des meubles ou des ustensiles – une table, une chaise, un chauffage, un four, etc. –elle récitera la bénédiction Chéhé‘héyanou. Mais si c’est un couple qui s’achète ces meubles ou ustensiles, les époux diront Hatov vé-hamétiv, puisque la joie les touche tous deux communément. Il est bon, en ce cas, que l’un des époux récite la bénédiction et que l’autre réponde amen. Si l’un d’eux a déjà récité la bénédiction de son côté, l’autre récitera, lui aussi, la bénédiction Hatov vé-hamétiv.

Pour l’achat d’un nouveau vêtement, dont on se réjouit, on dira Chéhé‘héyanou. Certes, le mari se réjouit de ce que sa femme ait une nouvelle robe, et la femme se réjouit de ce que son mari ait tel nouveau vêtement ; mais puisque la joie concrète touche seulement la personne qui porte ledit vêtement, c’est elle seule qui récitera Chéhé‘héyanou.

Toutefois, des parents qui ont acheté à leur enfant un nouveau vêtement, ou qui ont reçu pour lui, en cadeau, un nouveau vêtement, et qui s’en réjouissent, réciteront la bénédiction Hatov vé-hamétiv. En effet, puisqu’ils sont responsables de son habillement, ils tirent honneur de sa belle apparence, et cela les réjouit concrètement ; de sorte qu’ils sont autorisés à dire la berakha. On la récitera donc, jusqu’à ce que les enfants parviennent à l’âge des mitsvot ; car jusque-là, les parents sont entièrement responsables des enfants, et leur habillement dépend aussi des instructions parentales. Dès lors que les enfants parviennent à « l’âge de l’éducation » (guil ‘hinoukh, autour de six ans), il semble juste qu’eux aussi récitent une bénédiction sur le vêtement nouveau : Chéhé‘héyanou[2].

Dans le cas où l’on a enregistré un gain financier important, de deux choses l’une. Si l’on est marié et que l’argent entre dans le compte commun que l’on a avec son conjoint, l’un et l’autre diront Hatov vé-hamétiv, puisqu’ils sont associés dans cette joie. Si l’on est célibataire, ou même si l’on est marié, mais que l’argent tombe dans un compte bancaire individuel, on dira Chéhé‘héyanou. Certes, de prime abord, la femme jouira également de ce que son mari dispose d’un supplément d’argent ; mais puisque, en pratique, l’argent n’appartient qu’à lui, et qu’il se peut que la femme n’en tire pas profit, l’homme dira Chéhé‘héyanou (et vice-versa ; responsa Halakhot Qetanot I, 196, 200).

La règle est la même en cas d’héritage, pour un héritier unique : s’il est célibataire, ou même marié, mais que l’argent tombe dans son compte personnel, l’héritier dira Chéhé‘héyanou. S’il est marié et que l’argent soit versé au compte commun des époux, ceux-ci diront Hatov vé-hamétiv.

S’il y a deux héritiers ou davantage, qui se partagent l’héritage, ils réciteront Hatov vé-hamétiv, même s’ils sont célibataires, puisqu’ils tirent ensemble jouissance du même héritage (Choul‘han ‘Aroukh 223, 2 ; Béour Halakha, passage commençant par Vé-im).

Il y a encore une différence essentielle entre ces deux bénédictions. Hatov vé-hamétiv a été instituée pour un bienfait tangible, tel qu’une maison nouvelle, de nouveaux meubles, un vin supplémentaire que l’on boit en compagnie, au cours d’un repas (cf. ci-dessus, chap. 7 § 7) ; tandis que Chéhé‘héyanou est une louange plus générale, instituée également pour un supplément de joie d’où l’on ne tire pas nécessairement un bienfait concret. Par exemple, une bonne nouvelle dont on ne tire pas de jouissance tangible (cf. ci-après, § 8) ; ou telles fêtes ou mitsvot advenant à temps fixe.

Dans tous les cas où l’on hésite entre Chéhé‘héyanou et Hatov vé-hamétiv, il y a lieu de dire Chéhé‘héyanou. En effet, si l’on a dit Chéhé‘héyanou dans un cas où l’on aurait dû dire Hatov vé-hamétiv, on est quitte, puisque l’on aura, somme toute, remercié Dieu pour le bienfait reçu. En revanche, si l’on a dit Hatov vé-hamétiv au lieu de Chéhé‘héyanou, on n’est point quitte, puisque, par cette formule, on aura exprimé sa reconnaissance pour un bienfait parvenu à deux personnes, alors qu’en réalité ce bienfait n’en touchait qu’une[3].


[2]. Certes, les parents qui se réjouissent du vêtement de leur enfant disent, à son propos, Hatov vé-hamétiv, car ils s’associent à l’enfant dans cette joie. Mais la joie de l’enfant, elle, est une joie individuelle, car l’honneur que tirent ses parents de sa belle apparence lui importe moins ; aussi dira-t-il Chéhé‘héyanou (cf. Michna Beroura 223, 19 ; Kaf Ha‘haïm 36).

Si l’on a reçu une voiture en location, ou comme prêt, de la part de son employeur ou de ses parents, on ne dira pas de berakha, puisque cette voiture ne nous appartient pas (‘Hatam Sofer, Ora‘h ‘Haïm 53 ; Da‘at Torah 223, 5).

[3]. Si l’on reçoit un cadeau de son prochain, on devra, selon le Roch (qui se fonde sur le Talmud de Jérusalem), réciter Hatov vé-hamétiv, bien que celui qui offre le cadeau ne dise, lui, aucune bénédiction. En effet, celui qui offre le cadeau est, lui aussi, pleinement associé à la joie du bénéficiaire. C’est ce qu’écrivent le Choul‘han ‘Aroukh 223, 5, l’Elya Rabba et le ‘Hayé Adam. Face à cela, la majorité des Richonim (Tossephot, Rachba et d’autres) estiment que le Talmud de Babylone est d’un autre avis, et que le destinataire du cadeau doit dire Chéhé‘héyanou, puisque la joie concrète appartient à lui seul. Telle est l’opinion du Pera‘h Chouchan et du Gaon de Vilna. Selon le Béour Halakha, ד »ה שהיא, on dira en pratique Chéhé‘héyanou, puisque cette bénédiction acquitte également celui qui devrait réciter Hatov vé-hamétiv – tandis que Hatov vé-hamétiv n’acquitte pas celui qui doit réciter Chéhé‘héyanou. C’est aussi l’opinion du Séder Birkot Hanéhénin 12, 3.

04. Chéhé‘héyanou sur de menus vêtements, de petits cadeaux

La bénédiction Chéhé‘héyanou a été instituée pour des choses nouvelles qui réjouissent l’esprit de l’homme ; c’est le cas si l’on a acheté des vêtements, des ustensiles, des meubles ou des bijoux, ou si on les a reçus en tant que cadeaux. Mais pour la vie routinière, par exemple pour le salaire mensuel que l’on reçoit, on ne récite pas Chéhé‘héyanou, bien que la valeur de ce salaire soit très supérieure à celle d’un vêtement neuf. De même, pour la nourriture que l’on achète d’un jour à l’autre, quelque élevé que puisse être son prix, on s’abstient de dire Chéhé‘héyanou. On peut dire que, pour la vie ordinaire, les Sages ont institué les bénédictions régulières, que nous récitons dans le cadre des Birkot hacha‘har, de la prière journalière et des bénédictions de jouissance ; tandis que Chéhé‘héyanou a été instituée pour les choses porteuses de renouvellement et de joie.

Même pour un vêtement ordinaire – par exemple, une belle chemise –, quiconque en tire de la joie devra dire la bénédiction. Même si l’on possède de nombreuses chemises, mais que l’on en ait acheté une nouvelle, ou qu’on l’ait reçue comme cadeau et que l’on s’en réjouisse, on dira Chéhé‘héyanou. Même si l’on a acheté ou reçu en cadeau un vêtement d’occasion, on dira Chéhé‘héyanou s’il s’agit d’un vêtement qui honore celui qui le porte, et dont on se réjouit. La règle est la même pour des ustensiles de cuisine d’une certaine importance, des bijoux, etc. (Choul‘han ‘Aroukh 223, 3).

Les personnes fortunées ou insensibles, que l’achat d’un vêtement ordinaire ne réjouit pas, ne pourront certes pas prononcer la bénédiction à son propos. Comment ces personnes pourraient-elles dire « qui nous as fait vivre, nous as maintenus et nous as fait parvenir à cette époque », alors qu’elles n’éprouvent point de joie ? En revanche, pour un vêtement important, tel qu’un costume ou une robe luxueuse, propres à les réjouir quelque peu, elles diront la bénédiction. Quant à ceux que des vêtements de luxe eux-mêmes ne réjouissent pas du tout, ils auront perdu l’occasion de réciter la berakha (Radbaz ; Michna Beroura 223, 13).

Mais dans leur majorité, les gens se réjouissent de l’achat d’habits ordinaires, tels qu’une chemise, un pantalon, une belle cravate, une jupe, un petit talith (talith qatan), un joli chapeau ou un pyjama. Pour tout achat d’un tel vêtement, on remercie Dieu en récitant Chéhé‘héyanou. En revanche, pour l’achat de vêtements simples et bon marché, pour lesquels il n’est pas habituel de se réjouir – chaussettes, sous-vêtements, foulard ordinaire, t-shirt simple –, il n’y a pas lieu de dire Chéhé‘héyanou. Selon la majorité des décisionnaires, même une personne pauvre, qui éprouve beaucoup de joie à les acheter, s’abstiendra de dire la bénédiction ; car il ne convient pas de dire une bénédiction pour une chose infime, qui, aux yeux de la majorité des gens, n’est pas considérée comme réjouissante. Toutefois, la personne pauvre fera bien de remercier Dieu avec ses propres mots, ou de réciter la berakha sans mentionner le nom ni la royauté de Dieu.

En résumé, deux conditions sont requises pour dire la bénédiction Chéhé‘héyanou. 1) Que celui qui la récite éprouve de la joie, grâce au vêtement ou à l’ustensile nouveau. 2) Qu’il s’agisse d’un vêtement ou ustensile dont de nombreuses personnes, habituellement, se réjouiraient[4].


[4]. Selon le Roch, le Radbaz et le Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 223, 6, un pauvre qui se réjouit de l’acquisition de choses minimes récitera la berakha, puisque tout dépend de la joie individuelle. Cependant, il ressort de Tossephot (Berakhot 59b, ד »ה ור’ יוחנן) que l’on doit suivre « l’usage général » ; et puisque l’achat d’une chose infime n’est pas considéré comme réjouissant, il n’y a pas lieu de réciter de bénédiction à ce propos. C’est aussi l’opinion de la majorité des décisionnaires (Rabbi Aaron Halévi ; Teroumat Hadéchen ; Rema ; Levouch ; Séder Birkot Hanéhénin ; Peri Mégadim ; Ben Ich ‘Haï, Réeh 3 ; Michna Beroura 223, 24 ; ‘Hazon ‘Ovadia). Mais pour qui se réjouit de choses simples, il convient de réciter la bénédiction sans mentionner le nom ni la royauté de Dieu, que l’on méditera seulement en son for intérieur (Michna Beroura 223, 24 ; Kaf Ha‘haïm 223, 45).

On peut dire qu’un vêtement, un ustensile ou un bijou valant environ cinquante shekels dans les magasins ordinaires – ce qui correspond de nos jours (5774 / 2014) au prix d’une belle chemise – est déjà une chose dotée d’une certaine importance. Si donc l’acheteur (ou celui qui en reçoit le présent) s’en réjouit, il dira Chéhé‘héyanou. Si l’on a acheté un objet dont la valeur, dans les magasins ordinaires, est d’environ cinquante shekels, mais qu’on l’ait payé moins cher, parce qu’on l’a acheté par Internet ou au marché aux puces, on dira assurément la bénédiction, puisque la joie de l’acheteur sera double : elle portera sur l’objet réjouissant et sur son prix modeste.

Pour des chaussures, il était autrefois de coutume de ne pas réciter la bénédiction : à ce qu’il semble, elles n’avaient pas tant d’importance, puisqu’elles avaient pour seule destination d’empêcher que l’on se blessât aux pieds. Mais de nos jours, où l’on investit beaucoup de métier et d’efforts dans la confection des chaussures, de leur coloris etc., et où le consommateur y attache importance et valeur, il convient à celui qui se réjouit de leur achat de dire la berakha.

05. Gains d’argent, gratifications

Si l’on reçoit un cadeau d’argent, ou que l’on ait gagné à un tirage au sort, on récite la bénédiction Chéhé‘héyanou ; s’il y a plusieurs bénéficiaires associés, ils réciteront Hatov vé-hamétiv (Berakhot 59b ; Choul‘han ‘Aroukh 223, 2). En revanche, il n’y a pas lieu de dire la bénédiction pour la perception de son salaire courant, ni pour les avantages ou gratifications qu’il est d’usage d’accorder aux employés dans le cadre de leur travail, car il n’y a pas là d’élément de nouveauté (‘hidouch).

Pour qu’un gain financier justifie de réciter la berakha, il faut que la somme d’argent soit significative. Il y a en effet une différence entre le fait de recevoir une somme d’argent et le fait de s’acheter un vêtement (ou de le recevoir). Pour un vêtement, on éprouve une joie immédiate ; aussi, même si sa valeur est peu élevée, on doit réciter la bénédiction, puisque, en pratique, on se réjouit d’en avoir fait l’acquisition. Mais un gain financier permet seulement de faire des achats ; et pour que la réjouissance tirée de l’argent soit effective, il faut que la somme gagnée soit significative pour celui qui la reçoit.

Il semble que, pour des gens modestes, comme les jeunes qui n’ont pas encore commencé à travailler, ou des adultes dans la gêne, cinq cents shekels (en 5774 / 2014) peuvent être considérés comme une somme importante, de sorte que, s’ils s’en réjouissent, ils doivent réciter la bénédiction. Mais ceux qui ont davantage d’argent n’éprouveront de joie réelle que si le gain est plus important, chacun selon son caractère et sa fortune. Toutefois, il n’est pas nécessaire que le gain soit aussi élevé que votre salaire mensuel : même si l’on gagne dix mille shekels par mois, et que l’on se réjouisse d’un gain supplémentaire de deux mille shekels, on dira la berakha.

Comme nous l’avons vu, il n’y a pas de bénédiction à dire pour des salaires réguliers ou des gains courants, que l’on a l’habitude de recevoir au gré de ses affaires. Mais si l’on a soudain réalisé un grand gain inattendu, bien au-delà de ce à quoi l’on est habitué, et quoique l’on se trouve dans le cadre de son travail et de ses affaires, on récitera la bénédiction (Halakhot Qetanot I, 200 ; Séder Birkot Hanéhénin 12, 10).

Un pauvre à qui l’on a donné une somme importante au titre de la tsédaqa (bienfaisance) ne récitera pas de berakha, car il éprouve de la honte à recevoir cette aide. Mais si c’est un vêtement qu’on lui a donné, et qu’il s’en réjouisse, il dira la berakha (Elya Rabba ; Michna Beroura 223, 20).

Si l’on reçoit une gratification ou une bourse, pour des études ou pour quelque belle action que l’on a faite, on n’éprouve point de honte à cet égard. Si donc la somme est assez grande pour réjouir le récipiendaire, celui-ci récitera la bénédiction. Cela, à condition qu’il s’agisse d’une gratification particulière, qui n’est pas accordée à tout le monde. Mais s’il s’agit d’une gratification ou d’une bourse que l’on accorde à de nombreuses personnes, de manière routinière, cela assimile ces sommes-là à un salaire, à l’égard duquel il n’y a point de joie nouvelle.

06. Temps de la bénédiction

Le moment où l’on doit réciter la bénédiction Chéhé‘héyanou est celui où apparaît la joie nouvelle. Par exemple, si l’on apprend que l’on a gagné une somme particulièrement grande, on dira la berakha au moment où l’on entendra cette nouvelle. Si l’on n’est pas certain de la véracité de la nouvelle, on ne dira la berakha que lorsque l’argent passera dans son patrimoine (cf. ci-après, § 8).

De même pour un héritage : la bénédiction se dit après que l’argent est arrivé sur le compte de l’héritier, ou que l’appartement hérité sera inscrit à son nom. Certes, autrefois, on récitait, peu après la mort du testateur, deux bénédictions : Baroukh Ata… Dayan ha-émet (« Juge de vérité ») pour la mort du testateur, et Chéhé‘héyanou pour l’héritage, puisque, de par la loi, ce dernier passait directement dans le patrimoine de l’héritier (Berakhot 59). Celui-ci, il est vrai, eût préféré que son père restât en vie ; mais puisque l’on ne pouvait se cacher l’utilité et la joie qu’apportait l’héritage, on devait, après avoir dit Dayan ha-émet, exprimer sa reconnaissance envers Dieu pour ledit héritage. Mais de nos jours, l’argent est encaissé en banque, les maisons sont inscrites dans les juridictions, et, avant que l’héritage n’entre dans le patrimoine du légataire, il se passe du temps ; de sorte que l’on peut séparer le moment de la bénédiction, prononcée pour la joie, des jours de deuil.

Pour un nouveau vêtement, on peut réciter la bénédiction dès son achat ; mais nombreux sont ceux qui ont l’usage d’attendre le moment de le porter pour la première fois. Si, au moment de l’achat, le vêtement n’est pas encore propre à être utilisé, parce qu’il faut y faire des retouches, ou lui ajouter quelque élément, il faudra repousser la bénédiction au moment où on le portera pour la première fois, car c’est alors que l’on se réjouira (Choul‘han ‘Aroukh 223, 4 ; Michna Beroura 17 ; Kaf Ha‘haïm 30).

La règle est la même, s’agissant de l’achat d’une armoire : si, au moment de l’achat, l’armoire n’est pas encore utilisable, il faut repousser la bénédiction au moment où l’on commencera de s’en servir. Si elle est utilisable au moment de l’achat, on peut dire la berakha à ce moment.

De même, pour des ustensiles de table nécessitant une immersion au miqvé : on ne doit pas dire la bénédiction au moment de l’achat, puisqu’ils ne sont pas encore propres à être utilisés. On récitera la bénédiction quand on commencera à s’en servir (cf. Rabbi Aqiba Eiger 223, 3 ; Michna Beroura 22, 1).

Si l’on oublie de réciter la bénédiction sur des meubles nouveaux quand on commence à les utiliser, on est autorisé à la réciter tant que l’on éprouve de la joie pour le renouvellement qu’ils apportent. Si l’on oublie de dire Chéhé‘héyanou sur un vêtement nouveau quand on le porte pour la première fois, on a perdu l’occasion de réciter cette berakha. Mais si, les fois suivantes où on le porte, on est encore vraiment heureux de le porter – parce qu’il s’agit d’un vêtement particulièrement important –, on sera autorisé à dire la berakha[5].

Du fait de la haute nécessité de l’habillement, les Sages ont prescrit que, si l’on met un habit neuf, on exprime sa reconnaissance envers Dieu par cette bénédiction : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam, malbich ‘aroumim (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui habilles ceux qui sont nus ») ; après quoi on dira Chéhé‘héyanou. Si l’on met le vêtement neuf le matin, la bénédiction Malbich ‘aroumim, que l’on prononce dans le cadre des Birkot hacha‘har (bénédictions matinales), vaut également pour le vêtement neuf. Il sera alors bon de penser spécifiquement à ce vêtement quand on récitera la berakha (Choul‘han ‘Aroukh 223, 4 ; Michna Beroura 18). Cependant, comme l’indique le Kaf Ha‘haïm 223, 32, certains n’ont pas coutume de dire Malbich ‘aroumim pour un vêtement neuf[6].


[5]. Selon certains auteurs, ce n’est que lors du premier port de l’habit que l’on peut encore réciter Chéhé‘héyanou ; mais une fois qu’on l’a enlevé, on ne peut plus réciter cette bénédiction (Séder Birkot Hanéhénin 12, 4). En pratique, l’avis de Rabbi Avraham Botchatch (Echel Avraham 225, 3) semble convaincant : si l’on est encore très joyeux de posséder ce vêtement nouveau, bien qu’on l’ait déjà porté une fois, on peut encore dire Chéhé‘héyanou à son propos. C’est aussi ce que laisse entendre le Michna Beroura 223, 15. Il faut associer à cela l’opinion des auteurs selon lesquels, même en cas de doute, celui qui éprouve de la joie est fondé à dire la berakha (comme nous l’avons vu en note 1). S’agissant des meubles, quand ils sont chers et importants, on s’en réjouit généralement plus longtemps ; tant que l’on éprouvera de la joie, on sera donc fondé à dire la bénédiction.

[6]. Il est écrit dans le Talmud de Jérusalem (Berakhot 9, 3) que, pour un vêtement neuf, on doit dire la bénédiction Malbich ‘aroumim. De nombreux Richonim citent cette source, et c’est en ce sens que tranchent presque tous les A‘haronim. Selon le Halakhot Qetanot I, 5, s’il s’agit d’une nouvelle ceinture, c’est Ozer Israël bigvoura que l’on dira ; et, pour un chapeau, ‘Oter Israël bétifara. Mais nombre d’A‘haronim n’adoptent pas l’avis du Halakhot Qetanot à cet égard.

07. Nouvelle maison

Quand des époux ont acheté une maison, et qu’ils sont associés dans cette acquisition, l’un et l’autre doivent réciter la bénédiction Hatov vé-hamétiv. Si la maison appartient à l’un des époux seulement, et est enregistrée à son nom, c’est cet époux seul qui récitera une bénédiction ; mais puisque les deux époux jouiront de cette maison ensemble, c’est, là encore, Hatov vé-hamétiv qu’il dira. Si c’est une personne seule qui achète une maison pour elle-même, elle dira Chéhé‘héyanou. Mais un locataire, ou celui qui a l’autorisation d’occuper une maison pendant quelques années, ne dit pas de bénédiction en s’y installant, puisque la maison n’est pas à lui (Choul‘han ‘Aroukh 223, 3 ; Béour Halakha, passage commençant par Bana ; ‘Hatam Sofer, Ora‘h ‘Haïm 23).

Il y a lieu de réciter la bénédiction quand on entre dans la maison pour y habiter. S’il faut y fixer une mézouza, il sera bon de réciter la berakha à l’occasion de la pose de la mézouza, car alors la maison devient propre à être habitée (cf. Rabbi Aqiba Eiger 223, 3). Si l’on a oublié de dire la berakha à cette occasion, on la dira tant que se prolonge la joie du renouveau que l’on éprouve à l’égard de la maison.

Même si l’on a contracté un prêt immobilier, ou divers autres prêts, afin d’acheter sa maison, on doit réciter la berakha (Tsits Eliézer XII, 19). Cependant, si l’on contracte à cette fin de grandes dettes, que l’on n’ait pas de travail fixe et que l’on craigne de ne pas réussir à assurer les remboursements, on ne dira pas la berakha (Lev ‘Haïm III, 52 ; Kaf Ha‘haïm 223, 18 ; ‘Hazon ‘Ovadia, Berakhot p. 394).

Même si l’on est déjà propriétaire d’une maison, on doit réciter la bénédiction sur la seconde, si l’on a l’intention d’y habiter aussi. Mais si l’on a acheté une maison pour la donner à bail, ou si l’on est un opérateur immobilier, qui achète et revend des maisons, on ne dit point de bénédiction sur leur achat. De même, un commerçant en ustensiles ou en vêtements ne dira point la bénédiction quand il acquerra ces articles pour les besoins de son commerce (Mor Ouqtsi‘a 223).

Même pour l’agrandissement de sa maison, on récite la bénédiction ; de même, pour la réfection d’une pièce, quand elle apporte à la maison une amélioration et en rehausse le confort. En revanche, on ne dit pas de berakha pour des réparations ordinaires, ou pour un simple rafraîchissement de la peinture, que l’on effectue de temps à autre (cf. Michna Beroura 223, 12).

Quand, dans un village (yichouv), un groupe d’habitants font construire de leur propre initiative un bâtiment destiné à servir la communauté, un représentant de celle-ci dira la bénédiction Hatov vé-hamétiv au nom de tous, lors de l’inauguration du bâtiment – puisque les habitants sont associés dans la jouissance de ce nouvel édifice. De même pour une école : bien qu’elle appartienne au Conseil régional ou au ministère de l’Éducation, un représentant du public ou de l’école récitera à son propos la bénédiction Hatov vé-hamétiv, puisque l’école est destinée à l’usage public. Si le représentant hésite à prononcer une bénédiction relative à un bâtiment qui n’appartient pas aux habitants, il portera un vêtement neuf, sur lequel il pourra réciter la bénédiction Chéhé‘héyanou sans aucun doute. Et si, à l’occasion de cette inauguration, l’on apporte deux vins de caractères différents, on dira Hatov vé-hamétiv.

Selon certains auteurs, il est souhaitable que ceux qui font leur alya récitent la bénédiction Chéhé‘héyanou à leur arrivée en Erets Israël. De nombreux rabbins agirent ainsi, et il convient à quiconque se réjouit de son alya de réciter Chéhé‘héyanou, pour avoir eu le mérite d’accomplir cette grande mitsva, dont nos Sages disent (Sifré, Réeh 53) qu’elle équivaut à l’ensemble des mitsvot de la Torah[7].


[7]. Certains auteurs estiment qu’il n’y a pas lieu de dire Chéhé‘héyanou à l’occasion de l’alya (Lev ‘Haïm III, Ora‘h ‘Haïm 33 ; Choel Vénichal III, Yoré Dé‘a 404 ; Kaf Ha‘haïm 223, 27). D’autres pensent que l’on doit dire cette bénédiction (Rav Yits‘haq Nissim, Primat de Sion, Yayin Hatov I, 47 ; Rav Rabinovitch cité par Bemaré Habazaq VII, 20, et d’autres). De plus, il existe de nombreux témoignages au sujet de rabbins qui, au moment de leur alya, récitèrent la berakha. Parmi eux, le Rabbi de Boyan (en 5709 / 1949). Rav Mordekhaï Yitzhari rapporta que d’anciens maîtres du Yémen récitaient la bénédiction à la descente de l’avion qui les conduisait en Erets Israël. Le Rav Moché Botschko, le Rav Tsvi Guttman et bien d’autres agirent ainsi.

Si l’on acquiert une maison en Erets Israël, et à plus forte raison si l’on y construit une maison, on accomplit la grande mitsva de yichouv haarets (peuplement et mise en valeur du pays). Selon les responsa Beer Chéva’ 70, il sera bon d’offrir un repas de reconnaissance (sé‘oudat hodaya) à cette occasion ; et un tel repas sera considéré comme une sé‘oudat mitsva (repas offert à l’occasion d’une mitsva).

Mais en diaspora, il n’y a pas là de mitsva, comme il ressort du Talmud de Jérusalem (Sota 8, 4). Selon le Yam Chel Chelomo (Baba Qama 7, 37), même en diaspora, si le propos est d’inaugurer la maison par une étude de Torah et des louanges adressées à l’Éternel, afin de signifier que tous les repas et toutes les réjouissances qui se dérouleront en ces lieux seront liés à la sainteté, un tel repas est, lui aussi, une sé‘oudat mitsva. Le Maguen Avraham 568, 5 résume ces différents propos. Selon le Zohar (III, 50a), celui qui construit une nouvelle maison mentionnera explicitement que celle-ci est destinée au service de Dieu ; par cela, il bénéficiera de l’aide divine. Certains maîtres ont rédigé une suite d’études et de prières à réciter lors de l’inauguration d’une maison ; mais nombreux sont ceux qui n’ont pas coutume de réciter ces textes.

08. Bonnes et mauvaises nouvelles ; attribution de titres

Si l’on entend une bonne nouvelle, qui le soit à la fois pour soi et pour d’autres, on dira la bénédiction Hatov vé-hamétiv ; si elle est bonne pour soi seul, on dira Chéhé‘héyanou. Si l’on entend de mauvaises nouvelles, on dit Dayan ha-émet (Berakhot 54a ; Choul‘han ‘Aroukh 222, 1-2).

Par exemple, quand deux associés ont investi de l’argent dans quelque affaire, et que l’on apprend que cet investissement a engendré des bénéfices particulièrement grands, bien au-delà de ce qui était attendu, chacun des associés dira Hatov vé-hamétiv. Si c’est ensemble qu’ils ont appris cette nouvelle, l’un pourra réciter la berakha, tandis que l’autre répondra amen. Si l’on n’a pas d’associé, c’est Chéhé‘héyanou que l’on dira. Si l’on apprend que l’on a subi une perte importante, et que l’on en soit triste, on récitera Dayan ha-émet (Halakhot Qetanot I, 200 ; Séder Birkot Hanéhénin 12, 10).

De même, celui qui, victime d’une intrigue, a été poursuivi en justice et condamné à une peine, dira Dayan ha-émet. Si l’on devait gagner une somme importante, mais que nos cocontractants ne s’en soient pas acquittés, qu’on les ait traduits en justice et qu’on ait gagné, on dira Chéhé‘héyanou.

Nous avons vu, dans le même sens (ci-dessus, chap. 15 § 9), que, si l’on possède un champ en copropriété, que la pluie se soit arrêtée et que l’on s’en afflige, puis qu’une pluie de bénédiction ait repris, chacun des associés dira Hatov vé-hamétiv. Et si l’on est le seul propriétaire du champ, c’est Chéhé‘héyanou que l’on récitera.

Celui qui apprend que son fils a gagné une somme particulièrement grande, et qui s’en réjouit, récitera Chéhé‘héyanou. Certes, le père ne tire pas de cela de jouissance concrète ; mais, nous l’avons vu (ci-dessus, § 3), seule la bénédiction Hatov vé-hamétiv requiert une jouissance concrète, tandis que Chéhé‘héyanou se dit même pour une bonne nouvelle dont on ne tire pas soi-même pareille jouissance. Si un père entend que son fils a perdu une très grande somme, et qu’il s’en attriste, il dira Dayan ha-émet. Même si ces événements sont arrivés à un ami, ou à notre rabbin, auxquels on est très lié de cœur, on dira Chéhé‘héyanou si l’on se réjouit de sa joie, et Dayan ha-émet si l’on partage sa peine (Maamar Mordekhaï 222, 1 ; Choul‘han Hatahor 222, 1 ; cf. Séder Birkot Hanéhénin 12, 7).

Si l’on apprend la mort d’un homme estimé, et que l’on en soit affecté, il faut réciter Dayan ha-émet. Certes, la coutume généralement observée consiste à ne réciter cette bénédiction que pour les sept proches parents au sujet desquels on prend un deuil de sept jours. Mais en pratique, si l’on entend qu’une personne estimée est morte et que l’on en soit fort attristé, il sera juste de réciter cette berakha (cf. Michna Beroura 223, 8).

Si l’on pensait pouvoir réaliser un grand gain, et que l’on apprenne que cela ne s’est pas produit, on ne dira pas Dayan ha-émet, quoique l’on en soit très affecté ; car en pratique, on n’a rien perdu qui fût dans son patrimoine (Béour Halakha 222, 2).

Si l’on apprend que son salaire a été augmenté, au-delà de l’augmentation habituellement accordée, ou que l’on soit monté en grade de façon imprévue, on dira Chéhé‘héyanou. De même, si l’on espérait être nommé à tel poste, et que l’on apprenne que l’on a en effet été choisi, on récitera Chéhé‘héyanou. Si l’on a oublié de réciter la bénédiction au moment où l’on a appris la bonne nouvelle, on peut encore la réciter, tant que l’on est très heureux à cette pensée. Si nos collègues organisent une fête à l’occasion de notre entrée en fonction, on pourra reporter la berakha, de l’instant où nous entendons la bonne nouvelle à celui où la fête est prévue, car c’est alors que la joie est à son comble.

Si l’on a été licencié de son emploi, ou que l’on voie son salaire très abaissé, et que l’on en soit très affecté, on dira Dayan ha-émet.

Si l’on apprend que l’on a passé avec succès son examen de conduite, ou que l’on ait obtenu une note élevée à un test psychométrique, ou à quelque autre important examen, et que l’on en soit très heureux, on dira Chéhé‘héyanou. De même, si l’on a obtenu un poste professionnel que l’on désirait, et que l’on en soit heureux, on récitera cette bénédiction.

Si l’on a reçu une gratification honorifique, telle que le titre de docteur honoris causa, ou si l’on est choisi pour un poste rabbinique, ou bien encore si l’on a achevé ses études et que l’on reçoive un titre élevé, ou si l’on est admis à intégrer le corps des officiers, on dira Chéhé‘héyanou, dès lors que l’on éprouve de la joie. Le moment où il y a lieu de réciter la bénédiction est celui où l’on apprend la nouvelle, ou bien encore celui où a lieu la cérémonie de remise de cette distinction. Si l’on a récité la berakha au moment où l’on apprenait la nouvelle, et que l’on souhaite la répéter au moment de la cérémonie, on achètera un vêtement neuf en l’honneur de cette solennité. Certains décisionnaires craignent qu’il n’y ait pas lieu de dire la berakha, car il arrive qu’un orgueil inconvenant se mêle à la joie de recevoir ce prix ou cette nomination, orgueil qui ternit ladite joie. D’autres fois, la nomination procède de quelque corruption, et il est alors interdit de réciter la berakha. Mais en pratique, dès lors que la nomination ou le prix a été octroyé par des voies droites, il est juste que celui qui s’en réjouit prononce la berakha (cf. Mor Ouqtsi‘a 223 ; Ma‘haziq Berakha 223,8 ; Meloumedé Mil‘hama 33, 2).

09. Livres de Torah, rouleau de la Torah et synagogue

Si l’on achète ou si l’on reçoit un livre neuf dont on se réjouit, qu’il s’agisse d’un livre d’étude juive (qodech) ou d’un livre profane (‘hol), on dira Chéhé‘héyanou. Certains auteurs estiment, il est vrai, qu’il ne faut pas réciter cette bénédiction pour des livres de qodech, parce que les mitsvot n’ont pas été données pour qu’on en tire un profit ordinaire, mais pour nous sanctifier par elles. Cependant, la halakha suit la majorité des décisionnaires, d’après lesquels on récite la berakha, si l’on se réjouit de cette nouvelle acquisition[8].

Si l’on a loué les services d’un scribe (sofer) pour écrire un rouleau de la Torah (séfer-Torah), on dira Chéhé‘héyanou au moment où s’achèvera l’écriture et où le rouleau sera introduit à la synagogue (Responsa du Mahari Beirav 62 ; Maguen Guiborim 223, 3 ; ‘Aroukh Hachoul‘han 8). Ceux qui apportent à leur pratique un supplément de perfection (hidour) offriront à cette occasion un repas, où seront servis deux vins différents, qui seront bus en compagnie : on dira alors Hatov vé-hamétiv sur le second vin, en formant l’intention de couvrir également, par cette bénédiction, le rouleau de la Torah, qui est un sujet de joie pour les convives (cf. ci-dessus, chap. 7 § 7-8).

Certains auteurs craignent qu’il n’y ait pas lieu de réciter la bénédiction Chéhé‘héyanou pour l’acquisition d’un rouleau de la Torah. Pour sortir du doute, on achètera un vêtement neuf, sur lequel on dira Chéhé‘héyanou en incluant, en son esprit, le rouleau (Birké Yossef, Yoré Dé‘a 270, 8).

Lors de l’inauguration d’une nouvelle synagogue, l’un des représentants de la communauté récitera au nom de tous Hatov vé-hamétiv (Ma‘haziq Berakha 223, 1 ; Maguen Guiborim 7 ; Michna Beroura 11). Certains décisionnaires craignent, là encore, qu’il ne faille pas dire de bénédiction. Pour échapper au doute et remercier l’Éternel, on servira un repas festif, au cours duquel deux vins seront servis : sur le second vin, on prononcera la bénédiction Hatov vé-hamétiv. De même, il est juste qu’un des participants étrenne un vêtement neuf, sur lequel il dira Chéhé‘héyanou, en formant l’intention d’inclure la synagogue dans cette berakha.

Certains de nos plus grands maîtres avaient coutume, quand ils écrivaient un livre, de réciter Chéhé‘héyanou au moment de sa parution. Quoique les décisionnaires soient partagés à ce sujet, celui qui éprouve de la joie et souhaite dire cette bénédiction est autorisé à le faire (Mor Ouqtsi‘a 223 ; Tsits Eliézer XIV, 67).


[8]. Selon le Maguen Avraham 223, 5, le Ma‘haziq Berakha et d’autres, on ne dit pas de bénédiction pour l’acquisition de livres d’étude toranique, car ceux-ci sont destinés à l’accomplissement d’une mitsva – celle d’étudier la Torah –, or « les mitsvot n’ont pas été données pour la jouissance ». Certes, pour des mitsvot dont l’accomplissement a lieu à temps fixe, comme le chofar ou le loulav (les quatre espèces végétales que l’on réunit à Soukot), les Sages ont prescrit de réciter Chéhé‘héyanou. Mais cette berakha a alors pour propos de remercier l’Éternel de nous avoir fait parvenir à l’époque où la mitsva doit s’accomplir. En revanche, lorsque cette berakha a pour propos de louer Dieu pour une acquisition nouvelle et réjouissante, c’est, selon ces auteurs, pour des choses profanes et destinées à la jouissance qu’elle a été instituée.

Mais selon la majorité des décisionnaires, on récite la berakha pour l’acquisition de tels livre. Parmi eux : Radbaz III, 412 ; Mor Ouqtsi‘a 223 ; Choul‘han Mélakhim 223, 12 ; Maguen Guiborim 2 ; Bené Tsion III, 223, 5, et d’autres. D’autres auteurs écrivent que celui qui se réjouit de cette acquisition et souhaite dire la berakha y est autorisé (‘Hayé Adam 62, 5 ; Michna Beroura 223, 13 ; ‘Hazon ‘Ovadia, Berakhot p. 398). Cf. note 1, où nous avons vu que, lorsque la majorité des décisionnaires estiment qu’il faut dire la bénédiction Chéhé‘héyanou, celui qui se réjouit est autorisé à la réciter.

10. Rencontre d’un ami

Nos Sages prescrivent que, si l’on revoit, après avoir passé trente jours sans le voir, un ami affectionné, et que l’on en éprouve un renouveau de joie en son cœur, on dit la bénédiction Chéhé‘héyanou. Mais si l’on a vu cet ami dans les trente derniers jours, on ne dira pas de bénédiction en le revoyant, car il n’y a pas là de renouveau. Nous apprenons un grand principe de cette halakha : l’amitié a une grande valeur, et la rencontre d’un bon ami est une chose significative, au point que les Sages ont institué une bénédiction à dire à cette occasion.

Certes, nombreux sont ceux qui n’ont pas l’usage de dire Chéhé‘héyanou au moment où ils rencontrent un ami. Cela, parce que cette bénédiction n’est prescrite que dans le cas où l’on rencontre un ami particulièrement cher, que l’on est heureux de revoir ; or il est difficile de distinguer en son for intérieur si tel ami est particulièrement cher. De même, il est difficile d’évaluer si le degré de joie qui s’éveille en notre cœur suffit pour justifier une bénédiction.

En outre, plusieurs A‘haronim ont exprimé la crainte que, si l’on s’habituait à réciter fréquemment cette berakha, certaines personnes fussent vexées en constatant que leurs amis ne la récitent pas à leur sujet. D’autres, pour éviter de vexer leur prochain, diraient Chéhé‘héyanou pour des gens qu’ils ne seraient pas particulièrement heureux de revoir, de sorte qu’ils en viendraient à dire une bénédiction vaine (berakha lévatala). D’autres encore pécheraient par flatterie et par tromperie : en voyant un homme dont ils désirent obtenir quelque avantage ou profit, ils s’empresseraient de dire Chéhé‘héyanou, afin de lui démontrer combien grande est leur affection à son endroit (‘Hessed La-alafim 225, 15).

Cependant, en pratique, il n’y a pas lieu, pour de telles craintes, d’annuler une bénédiction qu’instituèrent nos Sages. Et il est juste de se renforcer dans l’accomplissement de cette directive, car cette bénédiction exprime la valeur sacrée de l’amitié. De plus, il n’y a pas lieu de craindre de ne pas savoir mesurer si tel ami nous est véritablement cher ; car il n’est pas ici question d’une amitié rare et particulière, qui n’échoit qu’à certains individus spéciaux. L’intention des Sages était que chaque homme récitât cette bénédiction pour ses bons amis. Or tout homme ordinaire, qui n’est pas trop renfermé sur lui-même, a des amis chers ; si donc il se réjouit de rencontrer l’un d’entre eux, après ne l’avoir pas vu pendant trente jours, il dira la bénédiction[9].

Or il faut savoir que l’on n’est pas toujours tellement heureux de rencontrer un bon ami. Il arrive que l’on soit pris par ses préoccupations, de sorte que le cœur n’est pas ouvert à la joie. D’autres fois, on n’a pas le temps de s’étendre en conversations, et l’on ne peut se réjouir d’une rencontre hâtive. En pratique, quiconque n’éprouve pas effectivement de joie au moment de la rencontre ne récite pas la berakha.

Au titre de cette bénédiction sont bien sûr inclus les membres d’une même famille, qui ne se sont pas vus pendant trente jours : s’ils sont heureux de se rencontrer, ils récitent la berakha. Par exemple, si un grand-père n’a pas vu son petit-fils pendant trente jours, et qu’il se réjouisse de le revoir, c’est une mitsva pour lui que de réciter Chéhé‘héyanou. De même pour un frère et une sœur, ou les autres liens de ce genre.


[9]. La source de cette règle se trouve en Berakhot 58b : « Rabbi Yehochoua ben Lévi a dit : “Celui qui voit son ami après [une interruption de] trente jours récite Chéhé‘héyanou ; après douze mois, [il récite] Me‘hayé hamétim (qui ressuscites les morts).” » Le Rif et Maïmonide rapportent les propos de la Guémara tels quels ; les tossaphistes ajoutent, au nom de Rabbénou Yits‘haq, que c’est précisément pour un ami affectionné que l’on dit la bénédiction, et de nombreux Richonim reprennent cette précision. De même, le Choul‘han ‘Aroukh 225, 1 décide : « Cela, dans le cas où l’on affectionne grandement cet ami, et où l’on se réjouit de le revoir. » C’est aussi l’avis de la presque totalité des A‘haronim. 

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