03. Chéhé‘héyanou et Hatov vé-hamétiv

Ce sont en réalité deux bénédictions que les Sages ont instituées à propos des choses nouvelles et réjouissantes. L’une est Chéhé‘héyanou (cf. ci-dessus, § 2) ; l’autre est Hatov vé-hamétiv : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, hatov vé-hamétiv (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui es bon et bienfaisant »). Lorsque la joie concerne une seule personne, c’est Chéhé‘héyanou qui doit être récitée ; mais quand la joie est commune à deux personnes ou davantage, cette joie est plus grande, et ces personnes doivent réciter Hatov vé-hamétiv. Tel est en effet le sens de cette bénédiction : « qui es bon » à mon égard, « et bienfaisant » à l’égard des autres. Par exemple, quand une personne seule s’achète des meubles ou des ustensiles – une table, une chaise, un chauffage, un four, etc. –elle récitera la bénédiction Chéhé‘héyanou. Mais si c’est un couple qui s’achète ces meubles ou ustensiles, les époux diront Hatov vé-hamétiv, puisque la joie les touche tous deux communément. Il est bon, en ce cas, que l’un des époux récite la bénédiction et que l’autre réponde amen. Si l’un d’eux a déjà récité la bénédiction de son côté, l’autre récitera, lui aussi, la bénédiction Hatov vé-hamétiv.

Pour l’achat d’un nouveau vêtement, dont on se réjouit, on dira Chéhé‘héyanou. Certes, le mari se réjouit de ce que sa femme ait une nouvelle robe, et la femme se réjouit de ce que son mari ait tel nouveau vêtement ; mais puisque la joie concrète touche seulement la personne qui porte ledit vêtement, c’est elle seule qui récitera Chéhé‘héyanou.

Toutefois, des parents qui ont acheté à leur enfant un nouveau vêtement, ou qui ont reçu pour lui, en cadeau, un nouveau vêtement, et qui s’en réjouissent, réciteront la bénédiction Hatov vé-hamétiv. En effet, puisqu’ils sont responsables de son habillement, ils tirent honneur de sa belle apparence, et cela les réjouit concrètement ; de sorte qu’ils sont autorisés à dire la berakha. On la récitera donc, jusqu’à ce que les enfants parviennent à l’âge des mitsvot ; car jusque-là, les parents sont entièrement responsables des enfants, et leur habillement dépend aussi des instructions parentales. Dès lors que les enfants parviennent à « l’âge de l’éducation » (guil ‘hinoukh, autour de six ans), il semble juste qu’eux aussi récitent une bénédiction sur le vêtement nouveau : Chéhé‘héyanou[2].

Dans le cas où l’on a enregistré un gain financier important, de deux choses l’une. Si l’on est marié et que l’argent entre dans le compte commun que l’on a avec son conjoint, l’un et l’autre diront Hatov vé-hamétiv, puisqu’ils sont associés dans cette joie. Si l’on est célibataire, ou même si l’on est marié, mais que l’argent tombe dans un compte bancaire individuel, on dira Chéhé‘héyanou. Certes, de prime abord, la femme jouira également de ce que son mari dispose d’un supplément d’argent ; mais puisque, en pratique, l’argent n’appartient qu’à lui, et qu’il se peut que la femme n’en tire pas profit, l’homme dira Chéhé‘héyanou (et vice-versa ; responsa Halakhot Qetanot I, 196, 200).

La règle est la même en cas d’héritage, pour un héritier unique : s’il est célibataire, ou même marié, mais que l’argent tombe dans son compte personnel, l’héritier dira Chéhé‘héyanou. S’il est marié et que l’argent soit versé au compte commun des époux, ceux-ci diront Hatov vé-hamétiv.

S’il y a deux héritiers ou davantage, qui se partagent l’héritage, ils réciteront Hatov vé-hamétiv, même s’ils sont célibataires, puisqu’ils tirent ensemble jouissance du même héritage (Choul‘han ‘Aroukh 223, 2 ; Béour Halakha, passage commençant par Vé-im).

Il y a encore une différence essentielle entre ces deux bénédictions. Hatov vé-hamétiv a été instituée pour un bienfait tangible, tel qu’une maison nouvelle, de nouveaux meubles, un vin supplémentaire que l’on boit en compagnie, au cours d’un repas (cf. ci-dessus, chap. 7 § 7) ; tandis que Chéhé‘héyanou est une louange plus générale, instituée également pour un supplément de joie d’où l’on ne tire pas nécessairement un bienfait concret. Par exemple, une bonne nouvelle dont on ne tire pas de jouissance tangible (cf. ci-après, § 8) ; ou telles fêtes ou mitsvot advenant à temps fixe.

Dans tous les cas où l’on hésite entre Chéhé‘héyanou et Hatov vé-hamétiv, il y a lieu de dire Chéhé‘héyanou. En effet, si l’on a dit Chéhé‘héyanou dans un cas où l’on aurait dû dire Hatov vé-hamétiv, on est quitte, puisque l’on aura, somme toute, remercié Dieu pour le bienfait reçu. En revanche, si l’on a dit Hatov vé-hamétiv au lieu de Chéhé‘héyanou, on n’est point quitte, puisque, par cette formule, on aura exprimé sa reconnaissance pour un bienfait parvenu à deux personnes, alors qu’en réalité ce bienfait n’en touchait qu’une[3].


[2]. Certes, les parents qui se réjouissent du vêtement de leur enfant disent, à son propos, Hatov vé-hamétiv, car ils s’associent à l’enfant dans cette joie. Mais la joie de l’enfant, elle, est une joie individuelle, car l’honneur que tirent ses parents de sa belle apparence lui importe moins ; aussi dira-t-il Chéhé‘héyanou (cf. Michna Beroura 223, 19 ; Kaf Ha‘haïm 36).

Si l’on a reçu une voiture en location, ou comme prêt, de la part de son employeur ou de ses parents, on ne dira pas de berakha, puisque cette voiture ne nous appartient pas (‘Hatam Sofer, Ora‘h ‘Haïm 53 ; Da‘at Torah 223, 5).

[3]. Si l’on reçoit un cadeau de son prochain, on devra, selon le Roch (qui se fonde sur le Talmud de Jérusalem), réciter Hatov vé-hamétiv, bien que celui qui offre le cadeau ne dise, lui, aucune bénédiction. En effet, celui qui offre le cadeau est, lui aussi, pleinement associé à la joie du bénéficiaire. C’est ce qu’écrivent le Choul‘han ‘Aroukh 223, 5, l’Elya Rabba et le ‘Hayé Adam. Face à cela, la majorité des Richonim (Tossephot, Rachba et d’autres) estiment que le Talmud de Babylone est d’un autre avis, et que le destinataire du cadeau doit dire Chéhé‘héyanou, puisque la joie concrète appartient à lui seul. Telle est l’opinion du Pera‘h Chouchan et du Gaon de Vilna. Selon le Béour Halakha, ד »ה שהיא, on dira en pratique Chéhé‘héyanou, puisque cette bénédiction acquitte également celui qui devrait réciter Hatov vé-hamétiv – tandis que Hatov vé-hamétiv n’acquitte pas celui qui doit réciter Chéhé‘héyanou. C’est aussi l’opinion du Séder Birkot Hanéhénin 12, 3.

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