Chapitre 08 – Nétilat yadaïm, l’ablution des mains

01 – L’ablution matinale des mains

Les sages ont prescrit de se laver les mains chaque matin, et de prononcer la bénédiction suivante : « Sois loué, Eternel notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous as ordonné de nous laver les mains » (Baroukh Ata A-donaï E-lohénou Mélekh ha’olam, acher qiddechanou bémitsvotav vétsivanou ‘al nétilat yadaïm).

Par le biais de ses mains, l’homme est à même d’agir dans le monde ; par elles, il prend et reçoit, se livre à son commerce, utilise ses biens et prodigue des soins à son corps. Cependant, malgré leur grande valeur utilitaire, et peut-être précisément en raison de cette valeur, les mains sont aussi ce qui descend au contact de toutes les besognes de ce monde et, plus que tout autre membre du corps, elles ont tendance à se souiller. Aussi, lorsqu’il faut s’élever et se séparer quelque peu de ce monde en ce qu’il a de bas, afin de se consacrer à des sujets ayant trait à la sainteté, on se lave les mains. C’est là le propos général de l’ablution des mains (nétilat yadaïm), et notamment de l’ablution des mains du matin. Cependant, les Richonim sont partagés sur la question du motif exact de l’ablution matinale.

D’après le Roch (Rabbénou Acher), puisque les mains sont très actives, il est presque certain qu’au cours du sommeil, elles aient touché des parties du corps habituellement recouvertes ; aussi, pour pouvoir les purifier à l’approche de la prière de Cha’harit, les sages ont prescrit de se laver les mains.

Pour le Rachba (Rabbi Chelomo ben Adéret), chaque matin, l’homme est comparable à une créature nouvelle, ainsi qu’il est dit : « Ils sont renouvelés chaque matin, grande est ta foi » (Lm 3, 23). L’homme va dormir, fatigué, remet son âme à son Créateur, et se lève au matin avec des forces renouvelées. Cette créature renouvelée, il faut la sanctifier et l’unir au service de Dieu par l’ablution matinale des mains.

En d’autres termes, d’après le Roch, l’ablution matinale des mains constitue une préparation à la prière, tandis que pour le Rachba, cette ablution constitue une préparation et une sanctification à l’approche de la prière et du service de Dieu pour l’ensemble de la journée1, ou que l’on n’ait pas d’ustensile, ou encore que l’on ne puisse se servir d’une force humaine pour verser, on dira néanmoins la bénédiction, d’après le Choul’han ‘Aroukh et le Rama, dans la mesure où l’eau disponible permet d’atteindre la propreté requise pour la prière.

Si l’apparence de l’eau est altérée, au point de n’être plus valable pour une ablution précédant un repas, on peut se laver les mains au titre de l’ablution matinale, mais on dira la bénédiction Al néqiout yadaïm (« … qui nous as sanctifié par Tes commandements et nous as prescrit la propreté des mains »)  (Choul’han ‘Aroukh 4 § 1, 6, 7 et 22). Selon le Michna Beroura 4, 7 et le Béour Halakha, de nombreux A’haronim sont d’avis que, même quand l’eau n’est pas valable pour une ablution précédant un repas, on peut néanmoins dire la bénédiction habituelle Al nétilat yadaïm lors de l’ablution matinale, car cette eau a un effet suffisamment nettoyant pour la prière. En revanche, le Kaf Ha’haïm 4, 11 pense que, si une eau n’est pas valable pour une ablution précédant un repas, on ne doit dire aucune bénédiction quand on s’en sert pour une ablution matinale. C’est aussi l’avis du Halakha Béroura.].

  1. Il y a deux sources talmudiques à l’ablution matinale : en Berakhot 60b, elle est recensée parmi les actions du matin donnant lieu à une bénédiction (Birkot Hacha’har), ce qui semble davantage concorder avec la compréhension du Rachba ; en Berakhot 14b-15a, l’ablution matinale est présentée comme une préparation à la prière, ce qui semble concorder davantage avec l’opinion du Roch.

Selon un auteur, une femme qui n’aurait pas l’intention de réciter une ‘Amida durant la journée, devrait se laver les mains sans prononcer de bénédiction ; en effet, d’après le Roch, cette ablution a été instituée pour les besoins de la prière (responsa Ma’hazé Elyahou du Rav Pessa’h Elyahou Falk ; voir aussi Halikhot Beitahhh et Halikhot Bat Israël). Mais en pratique, les femmes, suivant l’avis du Rachba, disent en tout état de cause la bénédiction sur l’ablution matinale des mains. D’ailleurs, selon le Ba’h, le Roch lui-même ne conteste pas le fait que les sages ont de toute façon institué l’ablution matinale comme partie intégrante des bénédictions du matin ; simplement, d’après le Roch, il y a lieu de se laver les mains avec bénédiction y compris avant les offices de Min’ha et d’Arvit, si l’on a les mains sales.

Le propos essentiel de l’ablution matinale est la propreté, comme il est dit : « Je me laverai les mains jusqu’à ce qu’elles soient propres (béniqayon) » (Ps 26, 6), suivant l’explication de Berakhot 15a. Quant à l’ablution des mains qui précède un repas, son propos est la pureté et la sainteté, à l’exemple de l’ablution des mains des prêtres dans le bassin du Temple, avant l’accomplissement de leur service. Et bien qu’il y ait une différence entre les deux propos (celui de l’ablution matinale et celui de l’ablution avant un repas), les sages ont décrété que l’ablution matinale se ferait à l’exemple de l’ablution précédant un repas, et la bénédiction elle-même est identique. Par conséquent, il faut a priori prendre soin d’observer toutes les conditions de l’ablution précédant un repas : un ustensile, la force humaine pour verser l’eau, une eau dont l’apparence n’est pas altérée. A posteriori, si l’on n’a pas un reviit d’eau [environ 86 ml

02 – Nétilat yadaïm pour celui qui n’a pas dormi de la nuit

De ce que nous avons appris dans le paragraphe précédent (où nous suivons la compréhension du Beit Yossef), il ressort que, selon le Rachba, une personne qui n’aurait pas dormi de la nuit devrait néanmoins se laver les mains avec bénédiction, afin de se sanctifier et de louer l’Eternel pour le jour nouveau. En revanche, d’après le Roch, dans la mesure où cette personne n’a pas dormi, il n’y a pas à craindre qu’elle ait touché, sans y faire attention, des parties habituellement couvertes de son corps ; il n’est donc pas nécessaire qu’elle se lave les mains avant de prier.

Par conséquent, le Choul’han ‘Aroukh (4, 13) a décidé que, si l’on reste éveillé toute une nuit, on doit, au matin, se laver les mains sans bénédiction. D’un côté, on doit se laver les mains, conformément à l’avis du Rachba, mais de l’autre, on ne dit pas de bénédiction, afin de ne pas prononcer de bénédiction vaine du point de vue du Roch.

À ce sujet, l’auteur du Michna Beroura (4, 30) écrit que la meilleure solution, si l’on n’a pas dormi durant la nuit, est d’aller faire ses besoins avant la prière ; alors, du fait que les mains auront touché des parties habituellement couvertes du corps, on sera, même de l’avis du Roch, dans l’obligation de se laver les mains avec bénédiction. De cette façon, on pourra se laver les mains puis dire la bénédiction, en accord avec toutes les opinions. Tel est l’usage ashkénaze pour ceux qui veillent durant la nuit de Chavou’ot1.

Mais selon l’usage séfarade, même si l’on a touché des parties de son corps habituellement recouvertes, on doit se laver les mains avant la prière sans bénédiction, car on prend en compte l’opinion selon laquelle les sages n’ont institué une bénédiction sur l’ablution que dans le cas où l’on a dormi durant la nuit – tandis que celui qui se serait sali les mains sans avoir dormi auparavant serait semblable à celui qui se salit les mains avant les offices de Min’ha ou d’Arvit, cas dans lequel on se lave les mains sans bénédiction. La seule parade pour qui veut être quitte d’après toutes les opinions est d’écouter la bénédiction dite par un tiers, en ayant l’intention de s’acquitter de son obligation par l’écoute (Kaf Ha’haïm 4, 49). (Voir ci-après, § 5 et chap. 9 § 4-5, la règle applicable à celui qui resterait éveillé toute la nuit ou qui se lèverait au milieu de la nuit, quant aux bénédictions du matin et à la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm).

  1. Chavou’ot : fête des semaines ou pentecôte, célébrée sept semaines après Pessa’h. Durant la nuit de Chavou’ot, nombreux sont ceux qui ont adopté la coutume de prendre part à une veillée d’étude.

03 – Roua’h raa, l’esprit d’impureté

Outre les éléments que nous avons déjà mentionnés concernant le sens de nétilat yadaïm, nos sages disent, dans le Talmud (Chabbat 108b), qu’il faut prendre soin, avant l’ablution matinale des mains, de ne pas se toucher la bouche, le nez, les yeux ou les oreilles, du fait qu’un esprit d’impureté (roua’h ra’a, littéralement « esprit mauvais ») réside sur les mains par l’effet du sommeil, et que cet esprit est susceptible d’endommager ces différents organes. Ce n’est que lorsqu’on se lave chaque main trois fois, en faisant alterner la droite et la gauche, que cet esprit impur se détache des mains ; il n’y a dès lors plus de danger à toucher les orifices de son corps.

Bien que la raison essentielle de l’ablution soit de se préparer et de se sanctifier à l’approche de la prière de Cha’harit et du service du jour nouveau – et c’est bien à ce propos que les sages ont institué la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm –, nous craignons néanmoins aussi l’effet de cet esprit d’impureté. Aussi, pour le supprimer, devons-nous avoir à cœur de verser de l’eau trois fois alternativement sur chaque main. C’est-à-dire que nous versons d’abord l’eau sur la main droite, puis sur la gauche, puis de nouveau sur la main droite suivie de la gauche, et encore une fois sur la droite suivie de la gauche ; si bien que l’on a finalement lavé chaque main trois fois, en alternant droite et gauche. Pour cette même raison, il faut donc avoir soin de ne pas toucher, avant l’ablution matinale, les organes qui présentent une ouverture vers l’intérieur du corps, tels que bouche, nez, oreilles et yeux (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 4, 3-4 ; Michna Beroura 13). De même faut-il se garder de toucher à de la nourriture ou à des boissons avant l’ablution (Michna Beroura 4, 14).

Le sens de cette notion d’ « esprit mauvais » est expliqué par la Kabbale (cf. Zohar I  184, 2) : la nuit, lorsqu’il s’endort et reste inerte, sans pensée consciente ni action dirigée, chacun expérimente le goût de la mort ; alors réside sur l’homme un souffle d’impureté. C’est ce dont parlent les sages, lorsqu’ils disent du sommeil qu’il est comparable à un soixantième de la mort (Berakhot 57b). La grandeur essentielle de l’homme est sa capacité à penser, sentir, œuvrer en vue de la réparation du monde (tiqoun). Durant le sommeil, lorsque la conscience est abolie et l’action suspendue, l’homme perd, dans une certaine mesure, sa ressemblance divine ; dès lors, le souffle de l’impureté réside sur lui. Lorsqu’il se réveille et que sa conscience lui revient, l’esprit d’impureté se retire de tout son corps, à l’exception de son extrémité, c’est-à-dire de ses mains, où subsiste cet esprit d’impureté. Par l’effet de l’ablution des mains, répétée trois fois alternativement, l’esprit d’impureté se retire également de celles-ci. Et pour le supprimer entièrement, il faut, durant tout le rite de l’ablution, que la main droite précède la gauche, car le côté droit fait allusion à l’attribut de miséricorde (‘hessed). C’est la raison pour laquelle on prend d’abord l’ustensile rempli d’eau de la main droite et, afin de laver en premier lieu la main droite, on transmet l’ustensile à la main gauche ; de cette façon, on verse prioritairement l’eau sur la main droite, puis sur la gauche, et ainsi de suite jusqu’au compte de trois fois chaque main (cf. Kaf Ha’haïm 4, 12).

Certains auteurs expliquent que le dommage essentiel causé par cet esprit d’impureté vise les forces spirituelles qui sont en l’homme : si l’on se touche l’œil ou l’oreille avant de se laver les mains, la faculté de vision ou d’audition intérieure s’en trouve atteinte, et l’on sera ce jour-là comme malvoyant ou malentendant  dans le domaine de la Torah et de la foi. De même, si l’on se touche la bouche ou les narines, on abîmera la faculté spirituelle du goût ou de l’olfaction (Kaf Ha’haïm 4, 19, d’après Solet Béloula).

04 – L’esprit d’impureté à notre époque

D’après le Zohar et les kabbalistes, il y a lieu de se laver les mains au saut du lit, afin de ne pas laisser plus longtemps sur soi l’esprit d’impureté. De même recommandent-ils de ne pas marcher plus de quatre coudées au matin (environ deux mètres) avant de s’être lavé les mains. Aussi faut-il préparer de l’eau avant de se coucher et la déposer près de son lit, afin que, dès le lever, on puisse se laver les mains (Chaaré Téchouva 1, 2). D’autres sont indulgents en la matière car, selon eux, toute la surface de la maison est considérée comme un ensemble unitaire de « quatre coudées ». D’après cela, tant que l’on n’a pas à sortir de chez soi plus d’une distance de quatre coudées pour se laver les mains, on ne considère pas qu’un esprit d’impureté se maintienne sur ses mains (responsa Chevout Yaaqov 3, 1).

Certains disent que cet esprit impur n’existe plus. Les tossaphistes (Yoma 77b) rapportent une opinion selon laquelle l’esprit d’impureté ne réside plus sur « ces royaumes » (les pays germaniques). Selon le Lé’hem Michné, il ressort des propos de Maïmonide que celui-ci ne s’inquiétait pas de l’esprit d’impureté mentionné dans le Talmud (Chevitat Hé’assor 3, 2). Le Maharchal, qui vivait il y a environ quatre cents ans et était l’un des grands décisionnaires d’Allemagne, a écrit que l’esprit d’impureté « ne se trouvait pas parmi nous » (‘Houlin, chap. 8  § 31). D’autres décisionnaires se sont exprimés dans le même sens.

Il semble que la différence entre les générations tienne à ce que, jadis, les facultés spirituelles, mystiques, étaient plus saillantes et plus fortes. Cela se manifestait, d’un côté, par la possibilité d’atteindre des états plus élevés et plus profonds du point de vue mental et spirituel, tels que la prophétie, et d’un autre côté par toutes sortes de sorcelleries et d’esprits impurs. Avec le temps, c’est la force intellectuelle (sékhel) qui est devenue centrale, au détriment des forces spirituelles (néfech) ; et concurremment avec la cessation de la prophétie, les esprits impurs se sont affaiblis et ont disparu ; à leur place, est apparu l’esprit néfaste d’idéologies mensongères et fallacieuses.

Citons encore l’extraordinaire histoire du comte Potocki, fils d’une famille de la noblesse polonaise, que son cœur porta à se joindre au peuple d’Israël et à se convertir. Comme la chose était interdite à cette époque, il se convertit secrètement et s’adonna à l’étude de la Torah. Finalement, les autorités ecclésiastiques se saisirent de lui et le mirent devant deux possibilités : revenir au catholicisme ou être brûlé vif. Le vertueux prosélyte choisit de mourir par le feu et de sanctifier le nom divin en public. À ce moment, le Gaon de Vilna dit que l’esprit d’impureté avait perdu de sa force ; aussi, les élèves du Gaon de Vilna ne s’interdisent plus de marcher plus de quatre coudées avant de se laver les mains.

En pratique : selon le ‘Hida, le Michna Beroura (1, 2) et le Ben Ich ‘Haï, il faut avoir soin de ne pas marcher plus de quatre coudées avant l’ablution. Face à eux, d’autres décisionnaires sont indulgents, soit parce qu’ils considèrent l’ensemble de la maison comme « quatre coudées », soit parce que, de nos jours, l’esprit d’impureté qui résidait sur les mains n’existe plus (cf. Bérour Halakha 4, 1, Otsrot Yossef 2). Tel est l’usage le plus répandu. Cependant, de l’avis même de ceux qui estiment que cet esprit mauvais n’a plus tellement cours chez nous, on a l’usage d’être rigoureux à l’égard de tout ce qui est mentionné dans le Talmud lui-même : ce qui signifie de se laver les mains par trois fois alternées, et de ne pas toucher les orifices de son corps avant nétilat yadaïm.

05 – Quand prononcer la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm

Le moment approprié pour prononcer la bénédiction Al nétilat yadaïm est immédiatement après l’ablution et avant le séchage des mains. Certes, le principe veut, pour toutes les bénédictions relatives à l’accomplissement d’une mitsva, que la bénédiction précède l’accomplissement ; c’est pourquoi nous disons la bénédiction sur les téphilines avant d’attacher celles-ci ; de même, nous disons la bénédiction sur la mézouzab avant de fixer celle-ci. Cependant, pour la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm, la règle est différente, car il ne serait pas convenable de prononcer une bénédiction sans que ses mains soient propres ; aussi la bénédiction est-elle repoussée après l’ablution. Mais dans le même temps, il ne faut pas éloigner la bénédiction de l’accomplissement de la mitsva elle-même ; aussi, immédiatement après l’ablution, avant même le séchage des mains, il faut prononcer la bénédiction.

En pratique, on n’a pas l’habitude de dire la bénédiction dès la première ablution, qui suit immédiatement le sommeil, car en général, on a besoin d’aller aux toilettes au réveil, et il ne convient pas de prononcer une bénédiction alors que l’on a un besoin à soulager. De plus, de l’avis du Roch, la signification essentielle de l’ablution est de se préparer à la prière ; la bénédiction doit donc être relative à une ablution proche du moment de la prière. Aussi, après être allé aux toilettes, on se relave les mains, et l’on prononce la bénédiction avant le séchage. Celui qui n’aurait pas besoin, en se levant, d’aller aux toilettes, dirait la bénédiction sur l’ablution qui suit immédiatement son lever (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 6, 2 ; Michna Beroura 4, 4)[1].

Pour celui qui se lève longtemps avant d’aller prier, et sait avec certitude qu’il aura besoin, avant la prière, d’aller de nouveau aux toilettes pour les grands besoins, le moment requis pour dire la bénédiction Al nétilat yadaïm est incertain. Selon le Rachba, pour lequel l’ablution se fait en l’honneur du jour nouveau, il vaut mieux dire la bénédiction dès le lever. Mais selon le Roch, qui pense que l’ablution a été instituée comme préparation à la prière, il vaut mieux dire la bénédiction à l’occasion de l’ablution la plus proche du moment de la prière. Le conseil que l’on peut donner à ce sujet est de dire, immédiatement après l’ablution qui suit le lever, les bénédictions du matin (Birkot hacha’har) : de cette façon, les bénédictions matinales seront considérées, dans une certaine mesure, comme commencement de la prière, et l’ablution comme préparation à ces bénédictions ; on pourra ainsi, même de l’avis du Roch, dire la bénédiction Al nétilat yadaïm au lever.

Aussi, toute personne qui se lève après le milieu de la nuit (‘hatsot), se lavera les mains, dira la bénédiction Al nétilat yadaïm, puis récitera la suite des bénédictions du matin (Birkot hacha’har). Toutefois, si l’on a l’intention de se lever pour quelques heures, puis de se recoucher jusqu’à l’heure de la prière, on se lavera les mains sans bénédiction à son premier lever, puis on se les relavera à son second lever, cette fois avec bénédiction, puisque c’est ce second lever qui précède immédiatement la prière. (Au sujet des bénédictions du matin, en revanche, voir chap. 9 § 5, où l’on dit qu’il est préférable de dire ces bénédictions après le premier lever, à condition que cela soit après ‘hatsot)3.

  1. b. Parchemin sur lequel sont écrits les deux premiers paragraphes du Chéma Israël (Dt 6 et 11), que l’on fixe sur le montant de ses portes.

[1]. Le Michna Beroura 4, 4 écrit d’après le Maguen Avraham que celui qui se lève, au réveil, et a besoin d’aller aux toilettes, doit, avant d’aller aux toilettes, se laver les mains trois fois rituellement sans dire la bénédiction, cela afin de détacher de ses mains l’esprit d’impureté. Après avoir fait ses besoins, il se relavera les mains avec bénédiction, car telle est la règle, d’après le Roch, que de concevoir l’ablution avec bénédiction  comme une préparation à la prière. Toutefois, le Gaon Rav Ovadia Yossef (Halakha Beroura 4, 4, Bérour Halakha 4, 4) ne craint pas tellement le maintien quelque peu prolongé de l’esprit d’impureté sur les mains, et donne pour directive pratique de faire d’abord ses besoins, puis de se laver les mains avec bénédiction, de façon que la bénédiction soit dite sur la première ablution, ce qui est plus proche de l’opinion du Rachba.  Et, poursuit l’auteur, si l’on a un besoin urgent à soulager, au point qu’attendre constituerait une transgression de l’interdit de bal techaqetsou (souiller sa personne), il devient impératif d’aller aux toilettes avant l’ablution des mains. On peut cependant répondre à cela qu’un délai court, de la durée de l’ablution des mains, ne constitue pas une transgression de l’interdit de bal techaqetsou. L’usage est donc, en pratique, conforme à l’opinion du Michna Beroura et des kabbalistes, ce qui permet de se purifier promptement de tout esprit d’impureté.

Sur le fait de dire la bénédiction avant le séchage, voir Kaf Ha’haïm 4, 8. Et bien que, d’après l’usage ashkénaze, il soit possible de repousser la bénédiction et de la joindre à la récitation des bénédictions du matin (Birkot hacha’har), il est plus juste de dire la bénédiction au moment de l’accomplissement de la mitsva, comme l’écrit le Michna Beroura 6, 9.

  1. 3. Certes, le Michna Beroura (Béour Halakha 4, 1 ואפילו) tranche comme le ‘Hayé Adam, selon lequel, si l’on se lève longtemps avant la prière, et que l’on sache que l’on aura besoin de retourner aux toilettes avant la prière, on dit la bénédiction Al nétilat yadaïm sur l’ablution qui précède immédiatement la prière, car cela est conforme à l’opinion du Roch a priori. D’ailleurs, pour le Rachba lui-même, il est permis de repousser la bénédiction Al nétilat yadaïm et de la dire à l’approche de la prière. C’est aussi ce qu’écrivent Or lé-Tsion et Halikhot Chelomo. (Néanmoins, on explique, dans ces sources, que celui qui s’apprête à commencer sa prière doit dire la bénédiction Al nétilat yadaïm sur la première ablution, bien qu’il sache avec certitude qu’il aura besoin de retourner aux toilettes après les Pessouqé dezimra ; en effet, il amorce déjà son office de prière).

Toutefois, de nombreux A’haronim écrivent qu’il est préférable de dire la bénédiction plus près de son lever, car cela est plus conforme aux vues du Rachba ; et de l’avis même du Roch, si l’on dit les Birkot Hacha’har à la suite de sa première ablution, on peut considérer celles-ci comme commencement de la prière. C’est ce qu’écrivent le Chla, le Gaon Rabbi Chnéour Zalman de Liadi dans son sidour, le Chaaré Techouva, le Dérekh Ha’haïm et le Aroukh Hachoul’han 4, 5. Dans cette dernière source, l’auteur explique que, de l’avis même du Roch, les sages ont institué l’ablution et sa bénédiction au réveil, comme les autres bénédictions du matin. D’ailleurs, selon le Michna Beroura lui-même, on peut s’appuyer sur ces sources. Et c’est ce qu’écrit le Kaf Ha’haïm 4, 52 : on doit, selon lui, dire la bénédiction Al nétilat yadaïm peu de temps après le lever.

Cet auteur rapporte une controverse entre A’haronim : pour certains, on peut dire la bénédiction Al nétilat yadaïm dès avant le milieu de la nuit (‘hatsot), et tel est l’usage des Kabbalistes, tel que le rapporte le Ben Ich ‘Haï (Toledot 13). Mais le Gaon Rabbi Chnéour Zalman et d’autres écrivent que l’on ne peut dire la bénédiction Al nétilat yadaïm qu’après le milieu de la nuit. J’ai écrit qu’il y avait lieu de ne dire cette bénédiction qu’après ‘hatsot, afin de sortir du doute.

Si l’on a l’intention de redormir, selon le Ben Ich ‘Haï, le Kaf Ha’haïm 46, 49 se fondant sur la Kabbale, et Rabbi Chnéour Zalman, on dira la bénédiction Al nétilat yadaïm à son premier lever. Pourtant, cette fois, il semble plus souhaitable d’adopter l’usage du Michna Beroura, du ‘Hayé Adam et du Gaon de Vilna, et c’est dans ce sens que j’ai écrit. Cependant, il est évident que celui qui souhaite dire la bénédiction à son premier lever, suivant l’avis de nombreux décisionnaires, y est autorisé.

06 – Nétilat yadaïm après avoir dormi durant la journée

Un doute se manifeste quant à la cause précise de la présence d’un esprit d’impureté sur les mains : cette impureté a-t-elle pour origine le sommeil, durant lequel la conscience se détache, et l’homme est laissé sans possibilité d’action ? Si telle est la raison, celui qui dort durant la journée doit se laver les mains par trois fois alternées afin d’ôter l’esprit mauvais de ses mains. Ou bien est-ce la nuit obscure – durant laquelle le monde dans son ensemble cesse son activité – qui entraîne la présence de l’esprit mauvais ; dans ce cas, celui qui est resté éveillé toute la nuit doit lui aussi se laver les mains trois fois rituellement.

En pratique, lorsque les deux facteurs sont conjugués, et que l’on dort la nuit d’un sommeil dit « régulier » (cheinat qéva, mesure minimale d’environ une demi-heure, voir fin de la note 4), l’esprit mauvais est considéré comme pleinement présent. Il faut donc, dès le lever, se hâter de se laver les mains par trois fois alternées, et s’abstenir de toucher les orifices du corps, ou de toucher des aliments, avant de procéder à l’ablution. (Toutefois, on ne dira la bénédiction Al nétilat yadaïm qu’à l’approche de la prière – ou jointe aux autres bénédictions matinales – comme nous l’avons vu au paragraphe 5).

Quand on fait une sieste « régulière » durant le jour, il convient d’être rigoureux, et de se laver les mains trois fois en alternance, mais il n’est pas nécessaire de se hâter pour cela, et il n’y a pas d’interdit à toucher avant cela les orifices du corps1, voir Ora’h ‘Haïm 4, 16 et Kaf Ha’haïm 4, 55 : certains sont d’avis que le sommeil est considéré comme régulier à partir de trois heures de sommeil, d’autres disent qu’il s’agit de trois minutes, et l’opinion moyenne, acceptée par la majorité des décisionnaires, et d’environ une demi-heure, ce que j’ai écrit.].

De même, si l’on reste éveillé toute la nuit, il sera bon de se laver les mains trois fois rituellement à l’aube. Si l’on s’est levé au cours de la nuit, et que l’on se soit déjà lavé les mains trois fois, il est bon de se les relaver trois fois alternativement quand l’aube paraît, car il est possible que ce soit la nuit elle-même, et son terme, qui entraînent l’esprit d’impureté2. Et c’est bien ce qu’écrit le Echel Avraham 4, 1. C’est aussi ce qu’écrit le Da’at Torah, en particulier dans le cas  de celui qui étudie la Torah : il ne sera pas obligé d’interrompre son étude pour se laver les mains ; il semble que, dans ce domaine, on soit encore plus indulgent que dans le cas d’une sieste diurne ; c’est ce que laisse entendre le Choul’han ‘Aroukh Harav 4, 13 ; et c’est ce qu’écrit le Bérour Halakha 4,

En pratique, une fois l’aube venue, on a l’usage de se relaver les mains trois fois ; mais on n’a pas besoin, dans l’intervalle, de faire attention de ne pas toucher les orifices du corps ; et il n’est pas nécessaire non plus de se hâter de se laver les mains au moment précis où l’aube se lève – d’autant qu’il existe un doute sur la façon de calculer exactement le moment de l’aube (cf. chap. 11 § 1). Par conséquent, après que l’aube se sera levée d’après toutes les opinions, on se lavera les mains trois fois alternativement ; et si l’on est en  train d’étudier la Torah, on terminera le passage étudié, puis on ira se laver les mains.].

    1. Le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 4, 14-15 mentionne le doute évoqué ci-dessus, et décide qu’il faut se laver les mains trois fois sans bénédiction. Le Echel Avraham écrit au nom de son beau-père (Rabbi Tsvi Hirsch Kara) que la mesure de prudence consistant à ne pas marcher quatre amot (coudées) et à ne pas toucher les orifices de son corps n’a lieu d’être que lorsqu’on se lève le matin après avoir dormi la nuit, et que l’on n’a pas l’intention de continuer à dormir. Mais si l’on se lève au milieu de la nuit pour quelques instants et que l’on ait l’intention de continuer à dormir, il n’est pas nécessaire de se garder de marcher quatre amot sans s’être lavé les mains, ou de s’abstenir de toucher les orifices de son corps – de la même façon que celui qui dort est amené à toucher, dans son sommeil, les orifices de son corps. L’auteur ajoute que c’est là une grande caution apportée aux nombreuses personnes qui ne sont pas pointilleuses à cet égard. Ce n’est que quand on se lève pour de bon de son sommeil nocturne que l’on doit être rigoureux en cela.  Quant au réveil qui suit une sieste de jour, le Echel Avraham écrit qu’il n’est évidemment pas nécessaire de se garder de toucher les orifices de son corps, et que lui-même se comporte ainsi.

    Le Kaf Ha’haïm 4, 52 écrit au nom de kabbalistes et d’après Rabbi Isaac Louria que c’est uniquement dans le cas où l’on était endormi au milieu de la nuit (‘hatsot), que l’esprit mauvais réside sur le corps ; mais si l’on a dormi à un moment de la nuit autre que ‘hatsot, même s’il s’agissait d’un sommeil « régulier » (cheinat qéva), l’esprit impur ne réside point sur les mains, et il n’est donc pas nécessaire de se les laver rituellement. Certes, le Ben Ich ‘Haï (première série, Toledot 15) oblige à se laver les mains après tout sommeil « régulier », même diurne ; simplement, si ce sommeil ne s’est pas prolongé jusqu’à ‘hatsot, il n’est pas nécessaire d’être rigoureux en s’abstenant de toucher les orifices du corps et en observant les autres mises en garde. Cependant le Chaaré Téchouva 4, 10 cite une opinion selon laquelle, même si l’on dort de jour, on doit prendre soin de ne pas toucher les orifices du corps et les aliments ; certains sont attentifs à cela a priori.

    Pour la mesure dite de « sommeil régulier » [c’est-à-dire autre qu’un assoupissement bref, lequel ne requiert pas d’ablution

  1. C’est dans ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 4, 14, d’après ce que le même auteur écrit dans le Beit Yossef au nom du Or’hot ‘Haïm. D’après cela, il faut apparemment avoir soin de ne pas toucher les orifices du corps, à l’aube, avant de se laver les mains (cf. notes de Rabbi Aqiba Eiger 4, 1, selon lequel il faut comprendre que, dès le moment où l’on se lève la nuit et où l’on se lave les mains trois fois alternativement, on doit s’abstenir de toucher les orifices de son corps, jusqu’à ce qu’on se soit relavé les mains trois fois à l’aube). Cependant, l’opinion de la majorité des décisionnaires et des kabbalistes est que l’esprit d’impureté n’est pas présent durant la fin de la nuit. Aussi, quoique l’on tienne compte de l’avis du Choul’han ‘Aroukh et que l’on ait pour usage, en cas de veille nocturne ou de lever avant l’aube, de se relaver les mains trois fois une fois l’aube venue, on n’est de toute façon pas pointilleux en la matière [au point de surveiller ses mains jusqu’à l’aube

07 – Si l’on se lève au milieu de la nuit pour s’occuper d’un bébé ou pour un autre besoin

Des parents qui se réveillent en pleine nuit afin de couvrir leur enfant ou de lui donner une tétine, ne sont pas, si l’on s’en tient à la stricte obligation1, tenus de se laver les mains auparavant. En effet, en le couvrant ou en lui donnant une tétine, on n’a pas besoin de toucher, de ses mains, la bouche ou quelque autre orifice du corps de l’enfant.

Mais si l’on se lève pour lui préparer de la nourriture ou pour changer sa couche, il est souhaitable de se laver les mains auparavant, afin de ne pas toucher les aliments ou l’un des orifices du corps de l’enfant avec des mains non lavées. De même, quand une femme se lève en pleine nuit pour allaiter son enfant, il est souhaitable qu’elle se lave les mains avant cela. S’il lui est très difficile d’aller se laver les mains, elle peut s’appuyer sur les opinions indulgentes, lesquelles n’obligent pas à se laver les mains lorsqu’on se lève pendant la nuit (Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch 4, 1 ; voir aussi le paragraphe 4 ci-dessus, où il est dit que, d’après certains, il n’y a plus d’esprit d’impureté de nos jours). Quoi qu’il en soit, d’après toutes les opinions, on ne dit pas la bénédiction Al nétilat yadaïm pour une ablution venant en pleine nuit. En effet, nos sages n’ont institué de bénédiction que sur l’ablution faite le matin, car c’est cette ablution qui nous prépare à la prière et au jour nouveau.

Si l’on se lève au milieu de la nuit pour boire, il est bon, a priori, de se laver les mains trois fois alternativement avant de prononcer la bénédiction sur la boisson (Chéhakol nihya bidvaro, « Sois loué, Eternel, notre Dieu, Roi de l’univers, par la parole duquel tout a été créé »). De même, si l’on se lève la nuit pour faire ses besoins, il est bon de se laver les mains trois fois préalablement, afin de pouvoir toucher les orifices de son corps sans crainte. Après avoir fait ses besoins, on se lavera les mains sous le robinet pour pouvoir dire ensuite la bénédiction Acher yatsar (bénédiction sur l’intégrité du corps, prononcée après avoir fait ses besoins). Si l’on veut, on pourra s’appuyer sur l’opinion selon laquelle ce n’est qu’après s’être levé le matin qu’il faut se laver les mains trois fois alternativement, tandis que la nuit, on peut faire ses besoins sans se laver les mains préalablement. En revanche, après avoir fait ses besoins, on devra se nettoyer les mains afin de pouvoir prononcer la bénédiction Acher yatsar. Si l’on n’a pas d’eau, on nettoiera ses mains en les frottant dans son vêtement, et l’on pourra dire la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 4, 22) 2.

    1. Al pi din : littéralement « d’après la règle ». Cela signifie, dans notre cas, qu’il n’y a pas d’obligation, d’après la règle de droit pure, d’être rigoureux. Cette expression peut être rendue en français de différentes façons : selon la règle stricte, en droit strict, si l’on s’en tient à la seule règle de droit, si l’on s’en tient à la stricte obligation.
    2. Selon le Choul’han ‘Aroukh 4, 14-15, tout sommeil « régulier » (cheinat qéva) entraîne la présence de l’esprit d’impureté et requiert l’ablution rituelle des mains. Malgré cela, j’ai écrit qu’il était seulement « bon » de se laver les mains la nuit avant de boire etc., car le Echel Avraham écrit au nom de son beau-père (comme expliqué en note 4) que l’esprit d’impureté n’est à craindre que quand on se lève le matin ; et nombreux sont ceux qui s’appuient sur ses dires pour s’abstenir de procéder à l’ablution des mains en pleine nuit. Son opinion se base sur les propos du Beit Yossef 4, 14-16, lequel craint que l’esprit d’impureté ne repose, quand se lève l’aube, même sur celui qui était éveillé. De plus, d’après la majorité des kabbalistes, conformément aux vues de Rabbi Isaac Louria, ce n’est que dans le cas où l’on était endormi au milieu de la nuit (‘hatsot) que l’esprit impur est présent ; mais quand une personne s’est couchée après minuit, l’esprit impur ne réside point sur ses mains. Et même dans un cas où l’on était endormi à minuit, et où l’on s’est déjà levé une première fois après minuit, puis lavé les mains trois fois, l’esprit impur ne réside pas sur les mains quand on se lève la deuxième fois. D’après cela, ce n’est que dans certains cas de lever nocturne que l’on doit se laver les mains trois fois. En outre, certains disent que l’esprit d’impureté n’a plus cours de nos jours. Par conséquent, lorsqu’on se lève le matin, il faut être rigoureux et faire nétilat yadaïm trois fois alternativement, car cet usage trouve sa source dans le Talmud ; mais au-delà de cela, pour ce qui concerne des levers nocturnes, il est bon d’être rigoureux, mais ce n’est pas obligatoire. Ceux qui adoptent les usages de la Kabbale doivent avoir soin de se laver les mains trois fois lors du premier lever suivant minuit.

    Même en ce qui concerne la bénédiction sur la boisson, il est souhaitable de se laver les mains, mais ce n’est pas obligatoire, comme il ressort du Choul’han ‘Aroukh 4, 23 ; et même dans un cas où l’on aurait touché une partie habituellement couverte du corps, on peut se contenter d’essuyer ses mains, comme il ressort du Michna Beroura 4, 61. De même, avant d’aller aux toilettes, il est souhaitable de se laver rituellement les mains en raison de l’esprit d’impureté, mais ce n’est pas obligatoire, comme nous l’avons vu ci-dessus ; cf. en note 2 l’opinion du Gaon Rav Ovadia Yossef.

08 – Aliments que l’on a touchés avant de faire nétilat yadaïm

Nous avons appris au paragraphe 3 qu’en raison de l’esprit d’impureté qui repose sur les mains le matin, il ne fallait pas toucher à des aliments ou à des boissons avant l’ablution des mains. Quand un Juif qui ne s’est pas lavé les mains touche néanmoins des aliments, s’il s’agit d’aliments secs, tels que des fruits, que l’on peut rincer, on rincera trois fois ces aliments à l’eau : de même que la triple ablution des mains purifie les mains, le triple rinçage purifie les fruits. En revanche, si l’on a accidentellement touché des liquides ou des aliments que le rinçage abîmerait, l’opinion rigoureuse consiste à jeter ces aliments, en raison de l’esprit d’impureté qui réside sur eux (Od Yossef ‘Haï, Toledot 6) ; mais, d’après la majorité des décisionnaires, les aliments qu’il n’est pas possible de rincer sont, eux aussi, permis à la consommation.

Il y a deux raisons à cela : premièrement, selon la majorité des décisionnaires, l’esprit d’impureté qui réside sur les mains n’a pas la faculté d’altérer des aliments (‘Hayé Adam, principe 2, 2 ; Michna Beroura 4, 14 ; Aroukh Hachoul’han 4, 15). Certes, en ce qui concerne une boisson forte telle qu’une liqueur, certains décisionnaires sont rigoureux, car on peut craindre que le contact n’endommage ladite boisson. Mais quoi qu’il en soit, en ce qui concerne les autres aliments, la majorité des décisionnaires s’accordent à dire qu’ils ne sont pas disqualifiés par le contact avec des mains non rituellement lavées (Béour Halakha 4, 5 Lo). Deuxièmement, certains pensent (comme nous l’avons vu au paragraphe 4) que cet esprit d’impureté a disparu de notre monde, et qu’il n’est pas à craindre de dommage de ce côté. Il ne faut donc pas jeter et gâcher des aliments qui auraient été touchés par des mains non lavées1

De même, il est permis d’acheter, même a priori, du pain ou d’autres aliments présentés sur les étales des magasins, bien qu’il soit à craindre que des Juifs ne les aient touchés sans s’être lavé les mains le matin. En effet, nous avons vu que, d’après la majorité des décisionnaires, les aliments ne sont pas invalidés au contact de mains non rituellement lavées. De plus, il n’est pas certain qu’une personne dont les mains n’ont pas été rituellement lavées le matin ait effectivement touché ces aliments. Enfin, presque tout le monde a l’habitude de se laver les mains au robinet, le matin, et l’on rapporte au nom de Rabbi Isaac Louria (Od Yossef ‘Haï, Toledot 8) qu’un simple rinçage est utile pour affaiblir l’esprit d’impureté.

  1. La question qui se pose ici est halakhique et met en jeu, plus que la notion d’hygiène (qui peut se poser par ailleurs), celles de pureté et d’impureté, qui constituent des catégories juridiques.

09 – Les enfants

Plusieurs grands décisionnaires modernes écrivent qu’il faut veiller à ce que même les petits enfants se lavent rituellement les mains le matin. Et même s’ils ne sont pas encore parvenus à l’âge de l’éducation aux commandements, il y a lieu de laver leurs mains, dans la mesure où ils touchent des aliments, afin qu’ils ne les abîment pas par l’effet de l’esprit d’impureté (‘Hida, Peri Mégadim, Michbetsot Zahav 4, 7, Michna Beroura 4, 10). Certains adoptent même le pieux usage consistant à laver les mains des nouveau-nés, comme l’écrit le Ben Ich ‘Haï (première série, Toledot 10), car par cela, on les élève dans la pureté et la sainteté.

Toutefois, en pratique, nombreux sont ceux qui ont l’usage de ne pas exiger des tout petits que leurs mains soient lavées trois fois alternativement à leur lever car, d’après plusieurs A’haronim parmi les plus grands, l’esprit d’impureté ne réside sur les mains qu’à partir de l’âge de treize ans. La raison en est que, plus l’homme a la faculté de se lier à la sainteté et d’œuvrer à la réparation du monde, plus le souffle d’impureté s’efforce corrélativement de le rendre impur. C’est pourquoi cet esprit impur ne réside pas sur les mains des non-Juifs, car ils ne sont pas assujettis aux commandements. De même pour les enfants : tout le temps qu’ils ne sont pas sanctifiés par l’obligation d’observer les mitsvot, l’esprit d’impureté ne réside pas pleinement sur eux. Cependant, c’est une mitsva d’éduquer les enfants à l’apprentissage des commandements ; et dans la mesure où ils commencent à se lier aux saintes mitsvot, l’esprit d’impureté réside quelque peu sur eux. Aussi, dès le moment où ils parviennent à l’âge de l’éducation et où ils sont aptes à comprendre comment se laver les mains rituellement, c’est une mitsva que de les y éduquer et de les y habituer (d’après Choul’han ‘Aroukh Harav, deuxième édition 4, 2 ; Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch 4, 3 ; Tsits Eliézer VII 2, 4).

En résumé, c’est une bonne action que d’habituer les enfants parvenus à l’âge de l’éducation à se laver les mains trois fois au réveil, et c’est une stricte obligation de se laver les mains à partir de l’âge des mitsvot, c’est-à-dire treize ans pour les garçons, douze ans pour les filles. Mais certains sont rigoureux et lavent rituellement les mains des petits enfants, dès l’âge où ils sont amenés à toucher de la nourriture de leurs mains (Michna Beroura 4, 10). Et d’autres poussent le scrupule jusqu’à laver les mains des bébés depuis l’âge de la circoncision, voire depuis la naissance, car dès cet instant commence à se révéler en eux la sainteté propre à l’élection d’Israël (comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh Harav, ad loc., passage entre parenthèses. Cf. Kaf Ha’haïm 4, 22).

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