06 – Nétilat yadaïm après avoir dormi durant la journée

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Un doute se manifeste quant à la cause précise de la présence d’un esprit d’impureté sur les mains : cette impureté a-t-elle pour origine le sommeil, durant lequel la conscience se détache, et l’homme est laissé sans possibilité d’action ? Si telle est la raison, celui qui dort durant la journée doit se laver les mains par trois fois alternées afin d’ôter l’esprit mauvais de ses mains. Ou bien est-ce la nuit obscure – durant laquelle le monde dans son ensemble cesse son activité – qui entraîne la présence de l’esprit mauvais ; dans ce cas, celui qui est resté éveillé toute la nuit doit lui aussi se laver les mains trois fois rituellement.

En pratique, lorsque les deux facteurs sont conjugués, et que l’on dort la nuit d’un sommeil dit « régulier » (cheinat qéva, mesure minimale d’environ une demi-heure, voir fin de la note 4), l’esprit mauvais est considéré comme pleinement présent. Il faut donc, dès le lever, se hâter de se laver les mains par trois fois alternées, et s’abstenir de toucher les orifices du corps, ou de toucher des aliments, avant de procéder à l’ablution. (Toutefois, on ne dira la bénédiction Al nétilat yadaïm qu’à l’approche de la prière – ou jointe aux autres bénédictions matinales – comme nous l’avons vu au paragraphe 5).

Quand on fait une sieste « régulière » durant le jour, il convient d’être rigoureux, et de se laver les mains trois fois en alternance, mais il n’est pas nécessaire de se hâter pour cela, et il n’y a pas d’interdit à toucher avant cela les orifices du corps1, voir Ora’h ‘Haïm 4, 16 et Kaf Ha’haïm 4, 55 : certains sont d’avis que le sommeil est considéré comme régulier à partir de trois heures de sommeil, d’autres disent qu’il s’agit de trois minutes, et l’opinion moyenne, acceptée par la majorité des décisionnaires, et d’environ une demi-heure, ce que j’ai écrit.].

De même, si l’on reste éveillé toute la nuit, il sera bon de se laver les mains trois fois rituellement à l’aube. Si l’on s’est levé au cours de la nuit, et que l’on se soit déjà lavé les mains trois fois, il est bon de se les relaver trois fois alternativement quand l’aube paraît, car il est possible que ce soit la nuit elle-même, et son terme, qui entraînent l’esprit d’impureté2. Et c’est bien ce qu’écrit le Echel Avraham 4, 1. C’est aussi ce qu’écrit le Da’at Torah, en particulier dans le cas  de celui qui étudie la Torah : il ne sera pas obligé d’interrompre son étude pour se laver les mains ; il semble que, dans ce domaine, on soit encore plus indulgent que dans le cas d’une sieste diurne ; c’est ce que laisse entendre le Choul’han ‘Aroukh Harav 4, 13 ; et c’est ce qu’écrit le Bérour Halakha 4,

En pratique, une fois l’aube venue, on a l’usage de se relaver les mains trois fois ; mais on n’a pas besoin, dans l’intervalle, de faire attention de ne pas toucher les orifices du corps ; et il n’est pas nécessaire non plus de se hâter de se laver les mains au moment précis où l’aube se lève – d’autant qu’il existe un doute sur la façon de calculer exactement le moment de l’aube (cf. chap. 11 § 1). Par conséquent, après que l’aube se sera levée d’après toutes les opinions, on se lavera les mains trois fois alternativement ; et si l’on est en  train d’étudier la Torah, on terminera le passage étudié, puis on ira se laver les mains.].

    1. Le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 4, 14-15 mentionne le doute évoqué ci-dessus, et décide qu’il faut se laver les mains trois fois sans bénédiction. Le Echel Avraham écrit au nom de son beau-père (Rabbi Tsvi Hirsch Kara) que la mesure de prudence consistant à ne pas marcher quatre amot (coudées) et à ne pas toucher les orifices de son corps n’a lieu d’être que lorsqu’on se lève le matin après avoir dormi la nuit, et que l’on n’a pas l’intention de continuer à dormir. Mais si l’on se lève au milieu de la nuit pour quelques instants et que l’on ait l’intention de continuer à dormir, il n’est pas nécessaire de se garder de marcher quatre amot sans s’être lavé les mains, ou de s’abstenir de toucher les orifices de son corps – de la même façon que celui qui dort est amené à toucher, dans son sommeil, les orifices de son corps. L’auteur ajoute que c’est là une grande caution apportée aux nombreuses personnes qui ne sont pas pointilleuses à cet égard. Ce n’est que quand on se lève pour de bon de son sommeil nocturne que l’on doit être rigoureux en cela.  Quant au réveil qui suit une sieste de jour, le Echel Avraham écrit qu’il n’est évidemment pas nécessaire de se garder de toucher les orifices de son corps, et que lui-même se comporte ainsi.

    Le Kaf Ha’haïm 4, 52 écrit au nom de kabbalistes et d’après Rabbi Isaac Louria que c’est uniquement dans le cas où l’on était endormi au milieu de la nuit (‘hatsot), que l’esprit mauvais réside sur le corps ; mais si l’on a dormi à un moment de la nuit autre que ‘hatsot, même s’il s’agissait d’un sommeil « régulier » (cheinat qéva), l’esprit impur ne réside point sur les mains, et il n’est donc pas nécessaire de se les laver rituellement. Certes, le Ben Ich ‘Haï (première série, Toledot 15) oblige à se laver les mains après tout sommeil « régulier », même diurne ; simplement, si ce sommeil ne s’est pas prolongé jusqu’à ‘hatsot, il n’est pas nécessaire d’être rigoureux en s’abstenant de toucher les orifices du corps et en observant les autres mises en garde. Cependant le Chaaré Téchouva 4, 10 cite une opinion selon laquelle, même si l’on dort de jour, on doit prendre soin de ne pas toucher les orifices du corps et les aliments ; certains sont attentifs à cela a priori.

    Pour la mesure dite de « sommeil régulier » [c’est-à-dire autre qu’un assoupissement bref, lequel ne requiert pas d’ablution

  1. C’est dans ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 4, 14, d’après ce que le même auteur écrit dans le Beit Yossef au nom du Or’hot ‘Haïm. D’après cela, il faut apparemment avoir soin de ne pas toucher les orifices du corps, à l’aube, avant de se laver les mains (cf. notes de Rabbi Aqiba Eiger 4, 1, selon lequel il faut comprendre que, dès le moment où l’on se lève la nuit et où l’on se lave les mains trois fois alternativement, on doit s’abstenir de toucher les orifices de son corps, jusqu’à ce qu’on se soit relavé les mains trois fois à l’aube). Cependant, l’opinion de la majorité des décisionnaires et des kabbalistes est que l’esprit d’impureté n’est pas présent durant la fin de la nuit. Aussi, quoique l’on tienne compte de l’avis du Choul’han ‘Aroukh et que l’on ait pour usage, en cas de veille nocturne ou de lever avant l’aube, de se relaver les mains trois fois une fois l’aube venue, on n’est de toute façon pas pointilleux en la matière [au point de surveiller ses mains jusqu’à l’aube
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