03 – Roua’h raa, l’esprit d’impureté

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Outre les éléments que nous avons déjà mentionnés concernant le sens de nétilat yadaïm, nos sages disent, dans le Talmud (Chabbat 108b), qu’il faut prendre soin, avant l’ablution matinale des mains, de ne pas se toucher la bouche, le nez, les yeux ou les oreilles, du fait qu’un esprit d’impureté (roua’h ra’a, littéralement « esprit mauvais ») réside sur les mains par l’effet du sommeil, et que cet esprit est susceptible d’endommager ces différents organes. Ce n’est que lorsqu’on se lave chaque main trois fois, en faisant alterner la droite et la gauche, que cet esprit impur se détache des mains ; il n’y a dès lors plus de danger à toucher les orifices de son corps.

Bien que la raison essentielle de l’ablution soit de se préparer et de se sanctifier à l’approche de la prière de Cha’harit et du service du jour nouveau – et c’est bien à ce propos que les sages ont institué la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm –, nous craignons néanmoins aussi l’effet de cet esprit d’impureté. Aussi, pour le supprimer, devons-nous avoir à cœur de verser de l’eau trois fois alternativement sur chaque main. C’est-à-dire que nous versons d’abord l’eau sur la main droite, puis sur la gauche, puis de nouveau sur la main droite suivie de la gauche, et encore une fois sur la droite suivie de la gauche ; si bien que l’on a finalement lavé chaque main trois fois, en alternant droite et gauche. Pour cette même raison, il faut donc avoir soin de ne pas toucher, avant l’ablution matinale, les organes qui présentent une ouverture vers l’intérieur du corps, tels que bouche, nez, oreilles et yeux (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 4, 3-4 ; Michna Beroura 13). De même faut-il se garder de toucher à de la nourriture ou à des boissons avant l’ablution (Michna Beroura 4, 14).

Le sens de cette notion d’ « esprit mauvais » est expliqué par la Kabbale (cf. Zohar I  184, 2) : la nuit, lorsqu’il s’endort et reste inerte, sans pensée consciente ni action dirigée, chacun expérimente le goût de la mort ; alors réside sur l’homme un souffle d’impureté. C’est ce dont parlent les sages, lorsqu’ils disent du sommeil qu’il est comparable à un soixantième de la mort (Berakhot 57b). La grandeur essentielle de l’homme est sa capacité à penser, sentir, œuvrer en vue de la réparation du monde (tiqoun). Durant le sommeil, lorsque la conscience est abolie et l’action suspendue, l’homme perd, dans une certaine mesure, sa ressemblance divine ; dès lors, le souffle de l’impureté réside sur lui. Lorsqu’il se réveille et que sa conscience lui revient, l’esprit d’impureté se retire de tout son corps, à l’exception de son extrémité, c’est-à-dire de ses mains, où subsiste cet esprit d’impureté. Par l’effet de l’ablution des mains, répétée trois fois alternativement, l’esprit d’impureté se retire également de celles-ci. Et pour le supprimer entièrement, il faut, durant tout le rite de l’ablution, que la main droite précède la gauche, car le côté droit fait allusion à l’attribut de miséricorde (‘hessed). C’est la raison pour laquelle on prend d’abord l’ustensile rempli d’eau de la main droite et, afin de laver en premier lieu la main droite, on transmet l’ustensile à la main gauche ; de cette façon, on verse prioritairement l’eau sur la main droite, puis sur la gauche, et ainsi de suite jusqu’au compte de trois fois chaque main (cf. Kaf Ha’haïm 4, 12).

Certains auteurs expliquent que le dommage essentiel causé par cet esprit d’impureté vise les forces spirituelles qui sont en l’homme : si l’on se touche l’œil ou l’oreille avant de se laver les mains, la faculté de vision ou d’audition intérieure s’en trouve atteinte, et l’on sera ce jour-là comme malvoyant ou malentendant  dans le domaine de la Torah et de la foi. De même, si l’on se touche la bouche ou les narines, on abîmera la faculté spirituelle du goût ou de l’olfaction (Kaf Ha’haïm 4, 19, d’après Solet Béloula).

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