Chapitre 10 – Birkot Hatorah, les bénédictions de la Torah

01 – Valeur des bénédictions de la Torah

Après que le pays fut dévasté et le peuple juif exilé de sa terre, se posa la grande question : « Pourquoi le pays a-t-il été détruit ? » (Jr 9, 11). Tout le monde savait, bien sûr, que c’était en raison de nos fautes que nous avions été exilés de notre terre. La question était d’identifier la faute fondamentale en raison de laquelle avait commencé l’écroulement spirituel qui avait mené à la destruction. Le Talmud raconte que cette question a été posée aux sages, aux prophètes et aux anges de service, mais que ceux-ci ne savaient pas répondre ; jusqu’à ce que le Saint béni soit-Il en personne vînt expliquer : « L’Eternel dit : “Parce qu’ils ont abandonné ma Torah, que Je leur avais enseignée” » (Jr 9, 12). Comme l’explique le Talmud, l’intention prêtée au verset est que les Juifs ne prononçaient pas de bénédiction sur la Torah avant de s’adonner à son étude (Nédarim 81a) : certes, ils étudiaient véritablement la Torah ; mais parce qu’ils ne se référaient pas à celle-ci comme à un enseignement divin révélé, cela leur était compté comme un abandon de la Torah divine. Car celui qui étudie la Torah comme quelqu’une des sciences humaines n’est en rien considéré comme s’adonnant à l’étude de la Torah. En revanche, dire la bénédiction de la Torah comme il convient signifie que notre approche de la Torah émane de la foi (émouna) et du lien que l’on établit avec Celui qui donne cette Torah.

Nos sages demandent encore dans la Guémara (Nédarim 81a) : pourquoi tous les fils d’érudits ne poursuivent-ils pas la voie de leurs pères et ne deviennent-ils pas érudits à leur tour ? Les parents auraient voulu sans aucun doute que leurs enfants allassent dans leur voie, s’adonnant toute leur vie à l’étude de la Torah, et c’est bien dans ce sens qu’ils les ont élevés ! Pourquoi donc n’ont-ils pas réussi à éduquer tous leurs enfants à cela ? De plus, à cette époque, c’était chose très habituelle qu’un fils poursuivît le métier de son père, les fils de menuisiers devenaient menuisiers, les fils de cultivateurs étaient à leur tour cultivateurs, et ainsi de tous. La question de la Guémara se pose donc avec d’autant plus d’acuité : pourquoi une proportion relativement élevée d’enfants d’érudits ne sont-ils pas érudits eux-mêmes ? Plusieurs explications sont données à cela dans le Talmud, la dernière d’entre elles étant celle de Ravina : « Parce qu’ils ne disent pas la bénédiction de la Torah préalablement à son étude ». Cela signifie que, bien souvent, les enfants d’érudits n’étudient la Torah que parce qu’ils ont vu leur père l’étudier ; comme tous les enfants qui aiment imiter leurs parents, eux aussi s’efforcent d’étudier la Torah. Or il est impossible d’acquérir la Torah autrement que par une étude faite pour la gloire du Ciel (léchem Chamayim), en établissant une relation personnelle avec Celui qui donne la Torah ; aussi, ces enfants qui n’étudient que par routine et par imitation de leurs pères ne voient-ils pas de bénédiction naître de leur étude.

02 – Contenu des bénédictions de la Torah ; règle de Ahavat ‘olam

Les bénédictions de la Torah comportent trois parties. Dans la première, nous bénissons Dieu de nous avoir sanctifiés par ses commandements et de nous avoir ordonné de nous livrer à l’étude de la Torah. Dans la deuxième, nous demandons à Dieu que la Torah qu’il enseigne à son peuple Israël soit agréable à notre bouche, que nous méritions de l’étudier avec plaisir, et que nous méritions, nous et nos descendants, de connaître la Torah1. Dans la troisième partie, nous bénissons Dieu et Lui exprimons notre reconnaissance pour nous avoir choisis parmi tous les peuples et nous avoir donné sa Torah. Nos Sages disent (Berakhot 11b) qu’il s’agit de la partie la plus importante des bénédictions de la Torah, dans la mesure où elle mentionne l’élection d’Israël : Dieu nous a « choisis parmi tous les peuples », et en vertu de cela, « nous a donné sa Torah ». Telle est la nature de l’âme d’Israël que d’être liée et attachée à Dieu et à sa Torah ; aussi, seul le peuple d’Israël peut-il recevoir la Torah et éclairer le monde par son biais.  Parmi les nations du monde, il peut se trouver des non-Juifs justes et pieux ; mais il s’agit de la piété particulière d’individus, qui ne peuvent réparer le monde dans son ensemble. Seul le peuple d’Israël peut servir Dieu dans un cadre national et œuvrer  à la réparation du monde par les chemins de la vérité et de la bonté, comme en témoigne notre longue histoire.

D’après cela, on peut comprendre pourquoi la bénédiction Ahavat ‘olam (ou Ahava rabba selon la version ashkénaze), que nous récitons avant la lecture du Chéma2, peut remplacer a posteriori les bénédictions de la Torah. En effet, cette bénédiction est consacrée à l’amour de Dieu envers Israël, se termine par les mots « Qui choisit son peuple Israël avec amour », et le thème de la Torah y est longuement mentionné, en ce qu’Israël et la Torah sont liés l’un à l’autre et dépendent l’un de l’autre.

En pratique, si l’on n’est pas certain d’avoir dit les bénédictions de la Torah, on aura l’intention de s’en rendre quitte au moment de réciter la bénédiction Ahavat ‘olam. De même, celui qui a oublié de réciter les bénédictions de la Torah avant la prière, et qui arrive à la bénédiction Ahavat ‘olam, aura l’intention de se rendre quitte des bénédictions de la Torah par la récitation d’Ahavat ‘olam ; après la prière, il se souviendra d’étudier quelque peu, comme on le fait après les bénédictions de la Torah (Choul’han ‘Aroukh 47, 7) 3.

  1. Les Richonim comme les A’haronim sont partagés sur la question du nombre des bénédictions de la Torah. Selon Rabbénou Tam, le Roch et d’autres, il y a deux bénédictions, car la deuxième partie que nous avons mentionnée ci-dessus n’est que la continuation de la première. Aussi faut-il, selon eux, introduire cette deuxième partie par la conjonction de coordination (ו) : vé-haarev (« et rends agréable… »). Dès lors, il est clair qu’il n’y a pas lieu de répondre amen après avoir attendu son prochain terminer la première partie de ces bénédictions. Pour Maïmonide et d’autres auteurs, en revanche, on compte trois bénédictions ; on doit donc dire haarev (« rends agréable »), et l’on répond amen après la première partie. Le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 47, 6 écrit qu’il vaut mieux introduire la deuxième partie par (vé-haarev) afin d’être quitte aux yeux de tous les décisionnaires. Le Michna Beroura 12 rapporte que, de l’avis de la majorité des A’haronim, on ne répond pas amen après la fin de la première partie ; aussi est-il recommandé de dire cette première partie à voix basse, afin de sortir du doute. Toutefois, le Ben Ich ‘Haï et le Kaf Ha’haïm 47, 10-13 écrivent que l’on répond amen à la suite de la première partie, car notre maître Rabbi ‘Haïm Vital a témoigné de cet usage au nom de Rabbi Isaac Louria ; et que malgré cela, on dit vé-haarevet non haarev.
  2. Sur les bénédictions qui précèdent et suivent le Chéma Israël, voir chap. 16.
  3. La source se trouve en Berakhot 11b, qui retient la formule Ahava rabba comme principale, comme dans le rituel ashkénaze, tandis que la formule Ahavat ‘olam, propre aux rituels sfard et séfarade, est conforme à l’opinion de Rabbanan (la communauté des rabbins) dans le même passage. Quand on a oublié de dire les bénédictions de la Torah et que l’on arrive à Ahavat ‘olam, le Michna Beroura 53, 9 donne pour consigne d’avoir l’intention de s’en acquitter par ce texte. Voir le Béour Halakha (פוטרת), selon lequel les élèves de Rabbénou Yona laissent entendre que, pour se rendre quitte des bénédictions de la Torah, il faut une intention expresse lorsqu’on récite Ahavat ‘olam. Toutefois, d’après le Roch, a posteriori, on s’en acquitte même sans intention. C’est ce qui se dégage, en pratique, des propos des A’haronim.

Les sages sont également partagés sur le point de savoir si l’on doit étudier immédiatement après la récitation des bénédictions de la Torah. Pour le Talmud de Jérusalem, il faut étudier immédiatement, et c’est aussi l’opinion de la majorité des Richonim. Cependant, certains disent (dans Tossephot sur Berakhot 11a) que le Talmud de Babylone conteste cette opinion. Aussi, selon Tossephot, il n’est pas nécessaire d’étudier immédiatement.

Les décisionnaires hésitent encore à dire si la lecture du Chéma peut avoir valeur d’étude. Aussi, pour sortir du doute, faut-il étudier quelque passage après la prière (de l’avis de la majorité des décisionnaires, la lecture du Chéma n’est pas considérée comme une étude ; cf. Michna Beroura 17 et Béour Halakha au nom de Rabbi Aqiba Eiger). Toutefois, si l’on n’a pas étudié, on est quitte a posteriori (Choul’han ‘Aroukh Harav 6, Kaf Ha’haïm 17). De plus, nous prenons part à l’étude lors de la conclusion de l’office : en effet, les sages ont institué la récitation d’Ouva lé-Tsion afin que chaque Juif étudie chaque jour quelques versets des prophètes – et c’est pourquoi on a aussi traduit ces versets en araméen – comme il sera expliqué plus loin, chap. 23 § 2. De même, disons-nous le Pitoum haqetoret et Tana devei Elyahou en guise d’étude des paroles des sages, comme nous le verrons au chap. 23 § 5.

03 – Ces bénédictions sont-elles une obligation toranique ?

Rabbi Yehouda a dit au nom de Rav : « D’où savons-nous que la bénédiction préalable à l’étude de la Torah trouve sa source dans la Torah ? En ce qu’il est dit (Dt 32, 3) : “Quand j’invoque le nom de l’Eternel, glorifiez notre Dieu” » (Berakhot 21a).

Ce passage talmudique s’explique de la façon suivante : toute la Torah consiste en noms du Saint béni soit-Il (Zohar II 87, 1 ; Tiqouné Zohar, Tiqoun 10) ; en effet, Lui-même reste totalement soustrait à notre connaissance, et c’est par le biais de la Torah que le Saint béni soit-Il se révèle au monde. La Torah est donc constituée de noms du Saint béni soit-Il, car c’est par elle qu’Il se révèle au monde1. C’est à ce propos qu’il est dit : « Lorsque j’invoque le nom de l’Eternel » – avant d’étudier la Torah – « glorifiez notre Dieu » – prononcez une bénédiction en l’honneur de Celui qui donne la Torah2.

En pratique, les Richonim sont partagés sur la question de savoir si ce passage talmudique doit être compris littéralement, ce qui signifierait qu’il existe une mitsva de rang toranique de réciter les bénédictions de la Torah avant d’étudier3. Selon Maïmonide et le Choul’han ‘Aroukh (Ora’h ‘Haïm 209, 3), il s’agit d’une obligation rabbinique, et l’interprétation midrachique du verset cité n’est qu’un appui textuel apporté à la règle4. D’après cela, en cas de doute, il faut être indulgent et ne pas dire la bénédiction. Tel est l’usage séfarade (Kaf Ha’haïm 47, 2). Toutefois, selon la majorité des Richonim, parmi lesquels Na’hmanide et le Rachba, la mitsva de dire les bénédictions de la Torah trouve sa source dans la Torah écrite. Aussi, dans un cas d’incertitude – quand on se demande si l’on a dit ou non les bénédictions de la Torah –, on doit être rigoureux et les réciter, conformément au principe sfeqa de-oraïtha lé’houmra (« en cas de doute sur une règle de rang toranique, on doit être rigoureux »). Tel est l’usage ashkénaze (Michna Beroura 47, 1) 5.Selon Maïmonide, la seule bénédiction de rang toranique est le Birkat hamazon (actions de grâce après le repas) ; c’est ce qu’écrit le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 209, 3. Toutefois, la majorité des Richonim et des A’haronim pensent que les bénédictions de la Torah sont, elles aussi, de rang toranique. C’est ce que s’emploie à démontrer le Chaagat Aryé : en effet, la Guémara a voulu enseigner un kal va’homer [raisonnement a fortiori, l’une des règles d’herméneutique par lesquelles le texte biblique s’étudie] à partir des bénédictions de la Torah, pour en tirer un enseignement sur la bénédiction qui précède le repas ; or il n’est pas admis de tirer un kal va’homer d’une règle rabbinique. Quoi qu’il en soit, en cas de doute, le Chaagat Aryé donne pour directive de ne dire que la bénédiction Acher ba’har banou(« qui nous as choisis », troisième partie des bénédictions de la Torah). Bien que certains soient d’avis de réciter l’intégralité de ces bénédictions, c’est dans ce même sens que tranche le Michna Beroura 47, 1. Cf. Chéérit Yossef 47, 3 pour une large vue sur les sources. Cf. aussi Aroukh Hachoul’han 47, 2, qui explique que, d’après Maïmonide lui-même, les bénédictions de la Torah ont rang toranique, mais sont seulement incluses au sein de la mitsva d’étude, et ne constituent donc pas une mitsva autonome.].

Cependant, d’après toutes les opinions, s’il se trouve près de nous une personne qui n’a pas encore dit les bénédictions de la Torah, il vaut mieux écouter cette personne réciter les bénédictions (en ayant l’intention de se rendre quitte par l’écoute), et sortir ainsi du doute. Quand aucune possibilité de cet ordre ne se présente, mais que l’on s’apprête à prier et à dire la bénédiction Ahavat ‘olam, on formera l’intention de s’acquitter par elle de son obligation. Mais si l’heure de la prière n’est pas encore venue, et que personne alentour n’est en mesure de nous faire entendre ces bénédictions, on doit, selon ceux qui soutiennent que les bénédictions de la Torah sont une obligation toranique, être rigoureux et, dans le doute, en réciter le texte. Simplement, il suffira de dire la troisième partie, Acher ba’har banou (« qui nous as choisis »), qui est la plus importante des bénédictions de la Torah.

    1. C’est par son nom que l’on se manifeste. La notion de nom signifie ici le mode de manifestation dans le monde de ce qui est caché. De ce point de vue, les noms divins constituent un voile de Dieu, puisque Son essence est inconnaissable ; mais dans le même temps, ils sont une médiation entre Lui et l’homme, et manifestent Sa présence dans le monde.
    2. Le verbe eqra (j’invoquerai, j’appellerai) a pour racine les lettres קרא, et peut également se comprendre : je lirai. Dans cette perspective midrachique, le verset se lit : « Quand je m’apprête à lire la Torah constituée de noms divins, je dois d’abord bénir notre Dieu pour le don de cette Torah.
    3. Sur la différence entre normes toraniques (de-oraïtha) et rabbiniques (derabbanan), voir chapitre 1, note c.
    4. Asmakhta: appui, référence. Illustration scripturaire apportée à une règle rabbinique. L’asmakhta peut avoir un aspect mnémotechnique, mais plus profondément, elle a pour but de révéler le fondement toranique de la norme produite par les sages – tout autonome qu’elle est – fondement dernier, enfoui dans les mots du verset.

04 – Avant quelle étude on doit dire ces bénédictions

Avant d’étudier quelque discipline toranique que ce soit, il faut prononcer les bénédictions de la Torah (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 47, 2). Ce qui veut dire que même une personne qui n’aurait l’intention d’étudier, ce jour-là, que du midrach, ou seulement de la halakha, devrait dire les bénédictions de la Torah au début de ce jour. La raison en est que toute la Torah, qu’il s’agisse de Torah écrite ou orale, de parties juridiques ou philosophiques, tout a été transmis à Moïse sur le mont Sinaï (Talmud de Jérusalem, Péa, chapitre 2, halakha 4), et c’est à l’égard de l’ensemble de ces disciplines qu’il faut dire : « Bénis sois-tu… qui nous as choisis entre tous les peuples et nous a donné Sa Torah ».

Les décisionnaires sont partagés sur la nécessité de dire ces bénédictions avant de penser à des sujets de Torah. Par exemple, celui qui se réveille le matin et voudrait réfléchir quelque peu à des sujets toraniques, ne serait pas tenu, de l’avis de la majorité des décisionnaires, de dire les bénédictions de la Torah ; certains sont toutefois d’un avis opposé. Pour sortir du doute, celui qui se lève et veut réfléchir à des sujets de Torah dira tout d’abord les bénédictions de la Torah et prononcera quelques versets. Mais si l’on se réveille en pleine nuit avec l’intention de se rendormir, et que l’on veuille entre-temps penser à des sujets toraniques jusqu’à l’endormissement, il n’est pas besoin de dire au préalable les bénédictions de la Torah1.

Quant à ceux qui écoutent de la musique ‘hassidique (où sont chantés des versets etc.) quand ils se réveillent le matin, ou durant la nuit, ils n’ont pas besoin de dire auparavant les bénédictions de la Torah, puisque leur intention, en cela, n’est pas d’étudier.

On peut réciter les bénédictions de la Torah et les bénédictions du matin (Birkot hacha’har) aussi bien debout qu’assis, couché ou en marchant. Certains exigent que l’on dise les bénédictions de la Torah en se tenant debout ou en marchant, mais non assis ou couché2.

  1. Selon le Choul’han ‘Aroukh 47, 4, il n’y a lieu de dire les bénédictions que pour une étude faite en prononçant les mots, car c’est essentiellement de cette façon que l’on étudie, comme il est dit : « Ce livre de la Torah ne s’écartera pas de ta bouche, et tu le méditeras jour et nuit » (Jos 1, 8). Certes, il est possible, et peut-être même souhaitable, de s’adonner à l’approfondissement (iyoun) d’un sujet talmudique (souguia) par la seule pensée. Mais le reste du temps, il faut étudier en articulant les mots avec les lèvres (Choul’han ‘Aroukh Harav, lois de l’étude de la Torah 2, 12) car, de cette façon, l’apprentissage devient plus clair, et les idées abstraites se fixent dans le cœur de l’étudiant. De plus, quand on apprend à haute voix, on se souvient mieux de son étude (cf. ‘Erouvin 54a). Cependant, selon le Gaon de Vilna, bien que l’essentiel de l’étude doive se faire en prononçant les mots, la pensée en elle-même s’inscrit aussi dans le champ de la mitsva, comme il est dit (dans le même verset de Josué) : « et tu le méditeras (vé-haguita) jour et nuit », le verbe haguita (racine הגה) se référant à la réflexion. Aussi faut-il, selon lui, dire les bénédictions de la Torah avant de méditer. Le Kaf Ha’haïm 6 mentionne des avis selon lesquels, si on lit un livre des yeux, il est vraisemblable que l’on en viendra à articuler des mots avec la bouche. Quoi qu’il en soit, et bien qu’il soit bon de tenir compte de l’opinion du Gaon de Vilna, il est obligatoire d’articuler quelques versets après avoir dit les bénédictions de la Torah, afin de juxtaposer à celles-ci un type d’étude requérant bénédiction d’après toutes les opinions. Nous avons ainsi l’usage de réciter, après les bénédictions de la Torah, les versets de la Birkat Kohanim (bénédiction sacerdotale, cf. Nb 6, 22-27 ; Michna Beroura 47, 5).

Celui qui se réveille le matin et veut rester couché peut frotter ses mains sur sa couverture, prononcer les bénédictions de la Torah, dire quelques versets, puis méditer à des sujets de Torah, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 4, 23 et Michna Beroura, paragraphes 59 et 61. Pour le cas où l’on se lèverait au cours de la nuit, j’ai écrit ci-dessus que l’on pouvait méditer sans bénédiction, en me référant à l’opinion du Choul’han ‘Aroukh et en l’associant à notre coutume, conforme à l’opinion de Rabbénou Tam, de ne dire ces bénédictions qu’une fois par jour, comme il sera expliqué aux paragraphes 6 et 7.

Le Choul’han ‘Aroukh 47, 3 explique encore que celui qui écrit des propos de Torah (divré Torah) est considéré comme celui qui étudie, et doit à ce titre réciter préalablement les bénédictions ; certains ne sont pas de cet avis, notamment le Taz. Les A’haronim s’accordent à dire que celui qui veut écrire des propos de Torah récitera d’abord les bénédictions puis prononcera quelques versets ; il sera ainsi quitte d’après toutes les opinions (Michna Beroura 47, 4 ; Kaf Ha’haïm 5).

  • Les Richonim écrivent que les bénédictions relatives aux mitsvot doivent être dites debout. Aussi, la bénédiction sur le port du talith, par exemple, se dit-elle debout, de même que la bénédiction qui précède la sonnerie du chofar à Roch Hachana, ou le balancement du loulav (branche de palmier) à Soukot (Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm, début du chapitre 8). D’après cela, les bénédictions de la Torah doivent, elles aussi, à première vue, être récitées debout, car elles font également partie de la catégorie des bénédictions relatives aux mitsvot. Toutefois, le Pné Yéhochoua (Méguila 21a) pense que cette exigence n’a cours qu’à l’égard des mitsvot dont l’accomplissement lui-même se fait debout, comme la moisson de la gerbe d’orge (Omer) et la sonnerie du chofar ; en revanche, pour les mitsvot qui peuvent s’accomplir aussi bien debout qu’assis, comme l’étude de la Torah, il est permis de dire la bénédiction assis. C’est ce qu’écrit le Ye’havé Da’at 5, 4. Le Yaskil Avdi écrit, d’après la halakha et la Kabbale, qu’il convient de dire les bénédictions de la Torah en se tenant debout. Mais cette exigence n’existe qu’a priori, et il est clair que si l’on a dit ces bénédictions en restant assis, on est quitte. Même la sonnerie du chofar et le compte de l’Omer, en cas de nécessité, peuvent d’ailleurs s’accomplir assis, comme l’explique le Michna Beroura 8, 2. Nombreux sont les Ashkénazes qui ont coutume de dire les bénédictions du matin et celles de la Torah et en se tenant debout ; certains ont l’usage de les dire en marchant, mais non assis.
  • 05 – Les bénédictions de la Torah sont dites en vue de l’ensemble de la journée

    On récite les bénédictions de la Torah le matin, immédiatement après les bénédictions matinales (Birkot hacha’har) ; elles couvrent l’ensemble de l’étude à laquelle on s’adonnera durant la journée. Bien que l’on aille ensuite manger et travailler, on ne devra pas redire les bénédictions de la Torah quand on reprendra l’étude.

    À cet égard, les bénédictions de la Torah diffèrent des autres bénédictions relatives aux mitsvot. Pour toutes les autres mitsvot, à chaque fois que l’on accomplit de nouveau la mitsva, on doit en répéter spécifiquement la bénédiction, du fait que les mitsvot ne se rapportent généralement qu’à un moment déterminé de la journée, ou à un acte particulier. Par exemple, la mitsva de la Souka (cabane que l’on construit pour la fête de Soukot) oblige à manger et à dormir dans la Souka, mais on peut, le reste du temps, aller où l’on veut. De même, on peut accomplir la mitsva du talith en un seul instant de la journée. Aussi, à chaque fois que l’on s’enveloppe de nouveau du talith, ou que l’on entre dans la Souka pour y faire un repas supplémentaire, on doit redire la bénédiction relative à cette mitsva.

    En revanche, la mitsva d’étudier la Torah est une mitsva générale, qui embrasse tous les jours et toutes les heures de la vie de l’homme, comme il est dit : « Tu méditeras le livre de la Torah jour et nuit » (Jos 1, 8). Et même si l’on a étudié le matin, c’est encore une mitsva que d’étudier le soir et à toute heure de liberté (Tossephot sur Berakhot 11b, passage commençant par Chékvar). De plus, même pendant le temps où l’on n’étudie pas la Torah, celle-ci dirige notre existence, dans les domaines de la halakha, des traits de caractères à acquérir (midot) et de la foi (émouna). Lorsqu’un homme est aux toilettes ou se lave, situations dans lesquelles il est interdit de penser à des sujets de Torah, certaines règles de halakha le régissent même alors, si bien que l’on ne se détache jamais, ni en aucun endroit, de la Torah (cf. Agour chap. 1 cité par Beit Yossef 47, 11). Aussi, les bénédictions de la Torah que l’on récite le matin valent pour toute l’étude à laquelle on s’adonne au cours d’une même journée, et l’on ne considère aucun travail ni aucune occupation comme une interruption (hefseq) à leur égard (Choul’han ‘Aroukh 47, 101.

    1. Les Richonim sont partagés sur la question de savoir s’il est obligatoire d’étudier quelque peu, immédiatement après les bénédictions de la Torah. D’après Rabbénou Yits’haq (dit le Ri), l’un des maîtres tossaphistes (Berakhot 11b ד »ה שכבר), puisque les bénédictions de la Torah diffèrent des autres bénédictions relatives aux mitsvot – en ce que les premières ne sont pas destinées exclusivement à l’étude présente mais à l’étude de la Torah de l’ensemble de la journée – il n’y a pas d’obligation d’étudier précisément à la suite immédiate des bénédictions. L’obligation consiste en revanche à étudier quelque passage au cours de la journée. C’est dans ce sens que le Beit Yossef explique l’opinion du Roch et du Tour. Toutefois, Maïmonide pense que la règle qui s’applique à ces bénédictions est semblable à celle de toutes les bénédictions relatives aux mitsvot, pour lesquelles il faut juxtaposer la bénédiction à l’accomplissement. Il faut donc étudier immédiatement après les bénédictions de la Torah et, si l’on ne l’a pas fait, la bénédiction est considérée comme nulle. Le cas est comparable à celui d’un homme qui se propose de manger un gâteau, prononce la bénédiction Boré miné mézonot (« Qui crées diverses sortes de nourriture »), mais qui, au lieu de manger immédiatement, s’interrompt par d’autres paroles ; quand il veut enfin manger de ce gâteau, il doit redire la bénédiction Boré miné mézonot. Or, bien qu’il semble ressortir du Choul’han ‘Aroukh que l’opinion essentielle soit en pratique celle du Ri, c’est au contraire, de l’avis de nombreux A’haronim, l’opinion de Maïmonide qui prévaut (Michna Beroura 47, 19). Et c’est en ce sens que le Rama explique le Roch et le Tour, dans son Darké Moché.

    De nos jours, la coutume largement répandue parmi tout Israël consiste à dire, après les bénédictions de la Torah, les quelques versets de la Birkat Kohanim, cette lecture étant considérée comme une étude faite à la suite des bénédictions. Après cela, nombreux sont ceux qui ajoutent la lecture de paroles des sages, Elou dévarim chéein lahem chiour… (« Voici les obligations auxquelles aucune mesure n’est assignée : le coin du champ laissé aux pauvres, les prémices etc. »), car on y trouve une citation de la Michna, mais aussi de la Baraïta, laquelle est assimilée à la Guémara (Talmud). De cette façon, chaque Juif a le mérite d’apprendre chaque jour un fragment de Torah écrite, de Michna et de Guémara.

    06 – Le sommeil est-il considéré comme une interruption à l’égard des bénédictions de la Torah ?

    Les décisionnaires sont partagés sur la question de savoir si le sommeil doit être considéré comme une interruption après laquelle on doit redire les bénédictions de la Torah.

    Selon la majorité des Richonim, parmi lesquels le Roch, le « sommeil régulier » (cheinat qéva, sommeil d’une certaine durée1) d’une personne sur son lit est considéré, à l’égard des bénédictions de la Torah, comme une interruption (hefseq). En effet, tant que l’homme est éveillé, la Torah l’accompagne et le dirige ; mais au moment du sommeil, il ne maîtrise plus sa pensée, sa conscience s’éclipse ; aussi le sommeil est-il considéré comme une interruption à l’égard de la mitsva d’étudier la Torah. En principe, il devrait découler de cette règle une obligation de redire les bénédictions de la Torah, même après une sieste diurne. Cependant, on a coutume de considérer le sommeil diurne, même s’il se prolonge longuement, comme un « sommeil occasionnel » (cheinat ar’aï) qui n’engendre pas d’interruption. Aussi, les bénédictions de la Torah que l’on récite le matin restent efficaces après un sommeil diurne. En revanche, un « sommeil régulier » nocturne constitue une interruption ; il faut donc dire les bénédictions de la Torah au réveil. Par conséquent, celui qui doit se lever en pleine nuit pour assurer une garde, et qui a l’intention de se rendormir ensuite, dira deux fois les bénédictions de la Torah : la première fois lorsqu’il se lèvera pour monter la garde, la seconde après son second réveil. Tel est l’usage des Ashkénazes et de nombreux Séfarades (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 47, 11).

    D’autres pensent que le sommeil ne doit pas être considéré comme une interruption à l’égard des bénédictions de la Torah ; pour eux, la règle qui régit les bénédictions de la Torah est semblable à celle qui régit les bénédictions matinales (Birkot hacha’har), que l’on ne dit qu’une fois par jour. Par conséquent, celui qui se lève en pleine nuit pour assurer sa garde récitera les bénédictions de la Torah après son premier lever, et ne les redira pas à son second lever (Ben Ich ‘Haï, Vayéchev 13. Pour la règle qui s’applique aux bénédictions matinales, voir chap. 9 § 5) 2.

    1. Sur cette notion, voir chap. 8 § 6, note 4, et ci-dessous note 7.
    2. Le Beit Yossef 47, 11-13 explique que, de l’avis de la majorité des décisionnaires, tout sommeil « régulier » est considéré comme une interruption. Néanmoins, il cite Rabbénou Tam, le Ram et les élèves de Rabbénou Yona, pour lesquels les bénédictions de la Torah sont efficaces jusqu’à la prière du lendemain matin. Même, disent-ils, si l’on a dormi d’un sommeil « régulier », celui-ci ne constitue pas une interruption. En pratique, le Beit Yossef décide que ce n’est que pour un sommeil diurne qu’il y a lieu de tenir compte de l’opinion qui n’assimile pas le sommeil à une interruption ; c’est ce que le même auteur rapporte dans le Choul’han ‘Aroukh 47, 13. En revanche, un sommeil « régulier » nocturne doit être considéré comme une interruption, justifiant de redire les bénédictions au réveil. C’est ce qu’écrivent le Peri ‘Hadach et de nombreux autres A’haronim, et c’est ce que décide le Michna Beroura 47, 29 d’après une nette majorité de décisionnaires. C’est aussi l’avis du Yabia’ Omer 8, 5. D’autres A’haronim ont proposé des solutions intermédiaires, consistant par exemple à réciter toutes les bénédictions de la Torah lors du premier réveil, mais une seule lors du second (Maharcham). Toutefois, d’après la majorité des décisionnaires, on doit dire l’intégralité des bénédictions de la Torah après tout sommeil nocturne « régulier ».

    Quelle est la définition d’un « sommeil régulier » (cheinat qéva) ? Le Roch considère que le seul fait d’aller dormir dans son lit confère au sommeil le statut de sommeil régulier. Le Béour Halakha 4, 16 écrit que l’opinion médiane est de considérer comme sommeil régulier un somme d’environ une demi-heure. Voir note dans Yabia’ Omer ad loc.

    De plus, le Michna Beroura 47, 25 écrit que celui qui redit les bénédictions de la Torah après une sieste régulière diurne ne perd rien, puisque telle est l’opinion de la grande majorité des décisionnaires. (En outre, selon la majorité des décisionnaires, les bénédictions de la Torah sont une obligation toranique, or en cas de doute sur la nécessité d’accomplir une mitsva de la Torah, on est rigoureux). Malgré cela, l’usage admis est de ne pas répéter ces bénédictions. Le Kaf Ha’haïm 25 écrit au nom du Ben Ich ‘Haï (Vayéchev) que, pour sortir du doute, il est bon de penser les mots de la bénédiction sans les prononcer. Il conseille encore de former l’intention expresse, en disant les bénédictions de la Torah le matin, que celles-ci aient toujours effet après un éventuel sommeil, car une telle intention est peut-être efficace. Le Michna Beroura 13 conseille d’avoir l’intention, en disant la bénédiction Ahavat ‘olam durant la prière d’Arvit, de se rendre quitte des bénédictions de la Torah, et de dire un verset après la prière, à titre d’étude car, comme nous l’avons vu au paragraphe 2, Ahavat ‘olam peut être considéré comme un substitut des bénédictions de la Torah.

    L’opinion du Ben Ich ‘Haï (Vayéchev 13) citée par le Kaf Ha’haïm 47, 29 est que, d’après la Kabbale, la règle gouvernant les bénédictions de la Torah est semblable à celle des bénédictions du matin (Birkot hacha’har), lesquelles ne sont pas dites plus d’une fois par jour. Leur opinion s’appuie sur celle de Rabbénou Tam. Toutefois, pour Rabbénou Tam, on récite les bénédictions de la Torah à l’approche de l’office de Cha’harit, tandis que, d’après l’usage du Ben Ich ‘Haï, si l’on dort deux fois durant la même nuit, on devra dire les bénédictions au premier réveil et non au second (le matin venu, en récitant Ahavat ‘olam, on aura l’intention de se rendre quitte des bénédictions de la Torah pour la journée). On peut relever une certaine différence entre les Birkot hacha’har et les Birkot Hatorah. Les Birkot Hatorah ont en effet deux aspects : a) elles font partie des Birkot hacha’har, et à ce titre, le temps de leur récitation ne commence qu’après le milieu de la nuit (‘hatsot) ; b) ces bénédictions ont été instituées pour être dites avant l’étude de la Torah. Aussi, si l’on se lève peu de temps avant ‘hatsot, on attendra ‘hatsot et l’on dira les Birkot Hatorah avec les Birkot hacha’har. Mais si l’on se lève longtemps avant ‘hatsot, on pourra dire les Birkot Hatorah avant ‘hatsot. Certains ‘Hassidim ont toutefois l’usage, même dans ce cas, d’attendre minuit pour les dire.

    07 – Si l’on reste éveillé toute la nuit

    Si l’on est resté éveillé toute la nuit, par exemple la nuit de Chavou’ot, le Roch et la majorité des Richonim prescrivent de ne pas réciter les bénédictions de la Torah, avant l’office de Cha’harit, car tout le temps que l’on n’a pas interrompu son activité par le sommeil, les bénédictions de la Torah que l’on avait récitées le jour précédent sont encore efficaces. C’est en ce sens que tranchent nombre des plus grands A’haronim (Peri ‘Hadach, Gaon de Vilna, ‘Hayé Adam). Mais selon Rabbénou Tam, on récitera les bénédictions de la Torah avant l’office de Cha’harit, car ces bénédictions ne couvrent qu’une seule journée ; aussi, même dans le cas où l’on n’a pas dormi durant toute une journée, on doit redire les Birkot ha-Torah dès qu’arrive le moment de la prière de Cha’harit du jour suivant. C’est aussi ce que l’on rapporte au nom de Rabbi Isaac Louria, de mémoire bénie (Birké Yossef 46, 12, Ben Ich ‘Haï, Vézot haberakha 3, Kaf Ha’haïm 47, 26).

     

    Si, avant de veiller toute la nuit, on a, pendant le jour qui précède, dormi d’un sommeil « régulier » (cheinat qéva’, au moins une demi-heure), il est admis que l’on devra réciter les bénédictions de la Torah, le matin venu (Rabbi Aqiba Eiger, Michna Beroura 47, 28). Si, de toute la journée qui précède, on n’a pas fait un somme régulier, il sera préférable, pour sortir du doute, d’écouter les bénédictions de la bouche son prochain.

     

    Si personne n’est présent, qui soit sur le point de réciter les Birkot ha-Torah, on les dira soi-même. Tel est l’usage de tous les Séfarades et de nombreux Ashkénazes. Mais certains Ashkénazes ont l’usage de former l’intention de se rendre quittes des Birkot ha-Torah lorsqu’ils arrivent à la bénédiction Ahava rabba, qui précède le Chéma (Michna Beroura 47, 28) [1.Si l’on a dormi d’un sommeil « régulier » durant le jour qui précède sa veillée nocturne (au moins une demi-heure), tous les avis s’accordent à dire que l’on devra dire les Birkot ha-Torah, comme l’explique Rabbi Aqiba Eiger dans ses notes sur le Maguen Avraham 47, 2. En effet, selon le Roch, on serait même tenu de réciter ces bénédictions durant la journée, dès lors que l’on a fait un somme « régulier » ; simplement, nous tenons compte de l’avis de Rabbénou Tam, qui prescrit de ne pas réciter ces bénédictions en pareil cas. Mais dès lors que l’aube s’est levée, Rabbénou Tam lui-même est d’avis que l’on a de nouveau l’obligation de dire les Birkot ha-Torah. Par conséquent, tous les avis convergent pour dire que l’on peut les réciter. C’est ce qu’écrit le Michna Beroura 47, 28 et ce que rapportent les Minhagué ‘Hatam Sofer (p. 45), le ‘Hatan Sofer, Ora’h ‘Haïm 2, 7 et de nombreuses autres sources.

     

    Dans le cas où l’on n’a pas dormi, le Michna Beroura 47, 12 précise que, aux yeux du Choul’han ‘Aroukh, on ne récitera pas ces bénédictions. C’est en ce sens que tranchent le Peri ‘Hadach 46, 8, le Gaon de Vilna 48, 1, le ‘Hayé Adam, principe 9, 9, le Choul’han Chelomo 47, 4, le Maguen Guiborim, Elef Hamaguen 15, le Michna Beroura 47, 28. Tel est l’usage d’une partie des Ashkénazes : s’il ne se trouve pas de camarade pour que l’on s’acquitte par son biais, on formera l’intention de se rendre quitte pendant la bénédiction Ahava rabba.

     

    Mais pour la majorité des décisionnaires, même si l’on n’a pas dormi de toute la journée, on récitera les bénédictions de la Torah, l’aube venue. C’est l’opinion de : Birké Yossef 46, 12, Elya Rabba 47, 9, Meqor ‘Haïm de l’auteur du ‘Havot Yaïr 47, 12, Peri Mégadim, Echel Avraham 47, 12, Chtilé Zeitim 47, 15, Kissé Elyahou 47, 5, ‘Aroukh Hachoul’han 47, 23 et de nombreux autres.

     

    Certes, la coutume séfarade consiste à dire les Birkot ha-Torah, même si l’on n’a pas dormi durant la journée précédente, comme le rapportent le Ben Ich ‘Haï, Vézot Haberakha 3, le Mo’ed Lékhol ‘Haï 8, 26, le Kaf Ha’haïm 47, 26 et le Yabia’ Omer 5, 6, qui ne tiennent pas du tout compte, en la matière, de l’opinion du Peri ‘Hadach, du Gaon de Vilna et des autres décisionnaires qui tranchent dans le même sens. Toutefois, il semble que, lorsque nous sommes rassemblés en terre d’Israël, il soit bon, a priori, de tenir compte de l’opinion opposée. Aussi écrivons-nous que, dans la mesure du possible, il est préférable d’entendre ces bénédictions récitées par son prochain. Certains auteurs, il est vrai, expriment des réserves à ce sujet, car accomplir la mitsva de soi-même a plus de valeur que de s’en rendre quitte par le biais de son mandataire ; ou bien encore, certains voudraient que dix hommes fussent réunis pour pouvoir rendre quitte l’auditeur (cf. Yabia’ Omer 5, 6). Mais il est préférable de tenir compte des autres décisionnaires plutôt que desdites réserves.

     

    Concernant la coutume ashkénaze, le Michna Beroura et d’autres décisionnaires importants estiment, il est vrai, que, si l’on n’a pas dormi et que l’on n’ait pas de camarade présent qui ait dormi, on ne récitera pas les bénédictions de la Torah. Mais la majorité des décisionnaires ashkénazes pensent que, même si l’on n’a pas du tout dormi, on dira, le matin venu, ces bénédictions. Parmi eux : le Maguen Avraham lui-même, Rabbi Aqiba Eiger dans ses notes sur le Maguen Avraham 47, 2, Meqor ‘Haïm de l’auteur du ‘Havot Yaïr 47, 12, Peri Mégadim, Echel Avraham 47, 12, Dérekh Ha’haïm 4, 5, Choul’han ‘Aroukh Harav 47, 7, Beer Heitev 47, 12, Haelef Lekha Chelomo, Ora’h ‘Haïm 33, Maharam Shik, Ora’h ‘Haïm 1, ‘Aroukh Hachoul’han 47, 23 ; celui-ci dit que tel est l’usage simple et qu’il n’y a pas lieu d’en changer. C’est aussi l’avis de : Divré Mordekhaï (du Rav Friedburg), ‘Olat Reïya p. 59, Misguéret Hachoul’han (sur le Qitsour Choul’han ‘Aroukh 7, 5), Bérour Halakha (du Rav Zilber) 4 p. 45, Pisqé Techouva 47, 16.

     

    Si l’on reste éveillé toute la nuit, on prendra soin de ne pas réciter les Birkot ha-Torah avant l’aube. Les responsa Haelef Lekha Chelomo 33 indiquent que, si on les a récitées avant l’aube, ces bénédictions sont vaines, et il faudra les répéter après l’aube. C’est la position du Kaf Ha’haïm 47, 29. Le Tsla’h sur Berakhot 11b exprime des doutes à ce sujet ; il faut aussi associer l’opinion du Roch ; aussi, on ne répétera pas ces bénédictions dans un tel cas de doute, mais on formera l’intention de s’acquitter de son obligation par la bénédiction Ahavat ‘olam (cf. Michna Beroura 47, 26, Yalqout Yossef 47, 9). Selon les kabbalistes (Ben Ich ‘Haï, Vézot haberakha 3, Kaf Ha’haïm 46, 49), ceux qui veillent toute la nuit réciteront les Birkot hacha’har dès après le milieu de la nuit, et ce ne sont que les Birkot ha-Torah que l’on repoussera après l’aube. (Cf. plus haut, chap. 9 § 6, le résumé des règles concernant celui qui est resté éveillé toute la nuit).

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