02 – Contenu des bénédictions de la Torah ; règle de Ahavat ‘olam

Les bénédictions de la Torah comportent trois parties. Dans la première, nous bénissons Dieu de nous avoir sanctifiés par ses commandements et de nous avoir ordonné de nous livrer à l’étude de la Torah. Dans la deuxième, nous demandons à Dieu que la Torah qu’il enseigne à son peuple Israël soit agréable à notre bouche, que nous méritions de l’étudier avec plaisir, et que nous méritions, nous et nos descendants, de connaître la Torah1. Dans la troisième partie, nous bénissons Dieu et Lui exprimons notre reconnaissance pour nous avoir choisis parmi tous les peuples et nous avoir donné sa Torah. Nos Sages disent (Berakhot 11b) qu’il s’agit de la partie la plus importante des bénédictions de la Torah, dans la mesure où elle mentionne l’élection d’Israël : Dieu nous a « choisis parmi tous les peuples », et en vertu de cela, « nous a donné sa Torah ». Telle est la nature de l’âme d’Israël que d’être liée et attachée à Dieu et à sa Torah ; aussi, seul le peuple d’Israël peut-il recevoir la Torah et éclairer le monde par son biais.  Parmi les nations du monde, il peut se trouver des non-Juifs justes et pieux ; mais il s’agit de la piété particulière d’individus, qui ne peuvent réparer le monde dans son ensemble. Seul le peuple d’Israël peut servir Dieu dans un cadre national et œuvrer  à la réparation du monde par les chemins de la vérité et de la bonté, comme en témoigne notre longue histoire.

D’après cela, on peut comprendre pourquoi la bénédiction Ahavat ‘olam (ou Ahava rabba selon la version ashkénaze), que nous récitons avant la lecture du Chéma2, peut remplacer a posteriori les bénédictions de la Torah. En effet, cette bénédiction est consacrée à l’amour de Dieu envers Israël, se termine par les mots « Qui choisit son peuple Israël avec amour », et le thème de la Torah y est longuement mentionné, en ce qu’Israël et la Torah sont liés l’un à l’autre et dépendent l’un de l’autre.

En pratique, si l’on n’est pas certain d’avoir dit les bénédictions de la Torah, on aura l’intention de s’en rendre quitte au moment de réciter la bénédiction Ahavat ‘olam. De même, celui qui a oublié de réciter les bénédictions de la Torah avant la prière, et qui arrive à la bénédiction Ahavat ‘olam, aura l’intention de se rendre quitte des bénédictions de la Torah par la récitation d’Ahavat ‘olam ; après la prière, il se souviendra d’étudier quelque peu, comme on le fait après les bénédictions de la Torah (Choul’han ‘Aroukh 47, 7) 3.

  1. Les Richonim comme les A’haronim sont partagés sur la question du nombre des bénédictions de la Torah. Selon Rabbénou Tam, le Roch et d’autres, il y a deux bénédictions, car la deuxième partie que nous avons mentionnée ci-dessus n’est que la continuation de la première. Aussi faut-il, selon eux, introduire cette deuxième partie par la conjonction de coordination (ו) : vé-haarev (« et rends agréable… »). Dès lors, il est clair qu’il n’y a pas lieu de répondre amen après avoir attendu son prochain terminer la première partie de ces bénédictions. Pour Maïmonide et d’autres auteurs, en revanche, on compte trois bénédictions ; on doit donc dire haarev (« rends agréable »), et l’on répond amen après la première partie. Le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 47, 6 écrit qu’il vaut mieux introduire la deuxième partie par (vé-haarev) afin d’être quitte aux yeux de tous les décisionnaires. Le Michna Beroura 12 rapporte que, de l’avis de la majorité des A’haronim, on ne répond pas amen après la fin de la première partie ; aussi est-il recommandé de dire cette première partie à voix basse, afin de sortir du doute. Toutefois, le Ben Ich ‘Haï et le Kaf Ha’haïm 47, 10-13 écrivent que l’on répond amen à la suite de la première partie, car notre maître Rabbi ‘Haïm Vital a témoigné de cet usage au nom de Rabbi Isaac Louria ; et que malgré cela, on dit vé-haarevet non haarev.
  2. Sur les bénédictions qui précèdent et suivent le Chéma Israël, voir chap. 16.
  3. La source se trouve en Berakhot 11b, qui retient la formule Ahava rabba comme principale, comme dans le rituel ashkénaze, tandis que la formule Ahavat ‘olam, propre aux rituels sfard et séfarade, est conforme à l’opinion de Rabbanan (la communauté des rabbins) dans le même passage. Quand on a oublié de dire les bénédictions de la Torah et que l’on arrive à Ahavat ‘olam, le Michna Beroura 53, 9 donne pour consigne d’avoir l’intention de s’en acquitter par ce texte. Voir le Béour Halakha (פוטרת), selon lequel les élèves de Rabbénou Yona laissent entendre que, pour se rendre quitte des bénédictions de la Torah, il faut une intention expresse lorsqu’on récite Ahavat ‘olam. Toutefois, d’après le Roch, a posteriori, on s’en acquitte même sans intention. C’est ce qui se dégage, en pratique, des propos des A’haronim.

Les sages sont également partagés sur le point de savoir si l’on doit étudier immédiatement après la récitation des bénédictions de la Torah. Pour le Talmud de Jérusalem, il faut étudier immédiatement, et c’est aussi l’opinion de la majorité des Richonim. Cependant, certains disent (dans Tossephot sur Berakhot 11a) que le Talmud de Babylone conteste cette opinion. Aussi, selon Tossephot, il n’est pas nécessaire d’étudier immédiatement.

Les décisionnaires hésitent encore à dire si la lecture du Chéma peut avoir valeur d’étude. Aussi, pour sortir du doute, faut-il étudier quelque passage après la prière (de l’avis de la majorité des décisionnaires, la lecture du Chéma n’est pas considérée comme une étude ; cf. Michna Beroura 17 et Béour Halakha au nom de Rabbi Aqiba Eiger). Toutefois, si l’on n’a pas étudié, on est quitte a posteriori (Choul’han ‘Aroukh Harav 6, Kaf Ha’haïm 17). De plus, nous prenons part à l’étude lors de la conclusion de l’office : en effet, les sages ont institué la récitation d’Ouva lé-Tsion afin que chaque Juif étudie chaque jour quelques versets des prophètes – et c’est pourquoi on a aussi traduit ces versets en araméen – comme il sera expliqué plus loin, chap. 23 § 2. De même, disons-nous le Pitoum haqetoret et Tana devei Elyahou en guise d’étude des paroles des sages, comme nous le verrons au chap. 23 § 5.

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