05 – Les bénédictions de la Torah sont dites en vue de l’ensemble de la journée

On récite les bénédictions de la Torah le matin, immédiatement après les bénédictions matinales (Birkot hacha’har) ; elles couvrent l’ensemble de l’étude à laquelle on s’adonnera durant la journée. Bien que l’on aille ensuite manger et travailler, on ne devra pas redire les bénédictions de la Torah quand on reprendra l’étude.

À cet égard, les bénédictions de la Torah diffèrent des autres bénédictions relatives aux mitsvot. Pour toutes les autres mitsvot, à chaque fois que l’on accomplit de nouveau la mitsva, on doit en répéter spécifiquement la bénédiction, du fait que les mitsvot ne se rapportent généralement qu’à un moment déterminé de la journée, ou à un acte particulier. Par exemple, la mitsva de la Souka (cabane que l’on construit pour la fête de Soukot) oblige à manger et à dormir dans la Souka, mais on peut, le reste du temps, aller où l’on veut. De même, on peut accomplir la mitsva du talith en un seul instant de la journée. Aussi, à chaque fois que l’on s’enveloppe de nouveau du talith, ou que l’on entre dans la Souka pour y faire un repas supplémentaire, on doit redire la bénédiction relative à cette mitsva.

En revanche, la mitsva d’étudier la Torah est une mitsva générale, qui embrasse tous les jours et toutes les heures de la vie de l’homme, comme il est dit : « Tu méditeras le livre de la Torah jour et nuit » (Jos 1, 8). Et même si l’on a étudié le matin, c’est encore une mitsva que d’étudier le soir et à toute heure de liberté (Tossephot sur Berakhot 11b, passage commençant par Chékvar). De plus, même pendant le temps où l’on n’étudie pas la Torah, celle-ci dirige notre existence, dans les domaines de la halakha, des traits de caractères à acquérir (midot) et de la foi (émouna). Lorsqu’un homme est aux toilettes ou se lave, situations dans lesquelles il est interdit de penser à des sujets de Torah, certaines règles de halakha le régissent même alors, si bien que l’on ne se détache jamais, ni en aucun endroit, de la Torah (cf. Agour chap. 1 cité par Beit Yossef 47, 11). Aussi, les bénédictions de la Torah que l’on récite le matin valent pour toute l’étude à laquelle on s’adonne au cours d’une même journée, et l’on ne considère aucun travail ni aucune occupation comme une interruption (hefseq) à leur égard (Choul’han ‘Aroukh 47, 101.

  1. Les Richonim sont partagés sur la question de savoir s’il est obligatoire d’étudier quelque peu, immédiatement après les bénédictions de la Torah. D’après Rabbénou Yits’haq (dit le Ri), l’un des maîtres tossaphistes (Berakhot 11b ד »ה שכבר), puisque les bénédictions de la Torah diffèrent des autres bénédictions relatives aux mitsvot – en ce que les premières ne sont pas destinées exclusivement à l’étude présente mais à l’étude de la Torah de l’ensemble de la journée – il n’y a pas d’obligation d’étudier précisément à la suite immédiate des bénédictions. L’obligation consiste en revanche à étudier quelque passage au cours de la journée. C’est dans ce sens que le Beit Yossef explique l’opinion du Roch et du Tour. Toutefois, Maïmonide pense que la règle qui s’applique à ces bénédictions est semblable à celle de toutes les bénédictions relatives aux mitsvot, pour lesquelles il faut juxtaposer la bénédiction à l’accomplissement. Il faut donc étudier immédiatement après les bénédictions de la Torah et, si l’on ne l’a pas fait, la bénédiction est considérée comme nulle. Le cas est comparable à celui d’un homme qui se propose de manger un gâteau, prononce la bénédiction Boré miné mézonot (« Qui crées diverses sortes de nourriture »), mais qui, au lieu de manger immédiatement, s’interrompt par d’autres paroles ; quand il veut enfin manger de ce gâteau, il doit redire la bénédiction Boré miné mézonot. Or, bien qu’il semble ressortir du Choul’han ‘Aroukh que l’opinion essentielle soit en pratique celle du Ri, c’est au contraire, de l’avis de nombreux A’haronim, l’opinion de Maïmonide qui prévaut (Michna Beroura 47, 19). Et c’est en ce sens que le Rama explique le Roch et le Tour, dans son Darké Moché.

De nos jours, la coutume largement répandue parmi tout Israël consiste à dire, après les bénédictions de la Torah, les quelques versets de la Birkat Kohanim, cette lecture étant considérée comme une étude faite à la suite des bénédictions. Après cela, nombreux sont ceux qui ajoutent la lecture de paroles des sages, Elou dévarim chéein lahem chiour… (« Voici les obligations auxquelles aucune mesure n’est assignée : le coin du champ laissé aux pauvres, les prémices etc. »), car on y trouve une citation de la Michna, mais aussi de la Baraïta, laquelle est assimilée à la Guémara (Talmud). De cette façon, chaque Juif a le mérite d’apprendre chaque jour un fragment de Torah écrite, de Michna et de Guémara.

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