04 – Avant quelle étude on doit dire ces bénédictions

Avant d’étudier quelque discipline toranique que ce soit, il faut prononcer les bénédictions de la Torah (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 47, 2). Ce qui veut dire que même une personne qui n’aurait l’intention d’étudier, ce jour-là, que du midrach, ou seulement de la halakha, devrait dire les bénédictions de la Torah au début de ce jour. La raison en est que toute la Torah, qu’il s’agisse de Torah écrite ou orale, de parties juridiques ou philosophiques, tout a été transmis à Moïse sur le mont Sinaï (Talmud de Jérusalem, Péa, chapitre 2, halakha 4), et c’est à l’égard de l’ensemble de ces disciplines qu’il faut dire : « Bénis sois-tu… qui nous as choisis entre tous les peuples et nous a donné Sa Torah ».

Les décisionnaires sont partagés sur la nécessité de dire ces bénédictions avant de penser à des sujets de Torah. Par exemple, celui qui se réveille le matin et voudrait réfléchir quelque peu à des sujets toraniques, ne serait pas tenu, de l’avis de la majorité des décisionnaires, de dire les bénédictions de la Torah ; certains sont toutefois d’un avis opposé. Pour sortir du doute, celui qui se lève et veut réfléchir à des sujets de Torah dira tout d’abord les bénédictions de la Torah et prononcera quelques versets. Mais si l’on se réveille en pleine nuit avec l’intention de se rendormir, et que l’on veuille entre-temps penser à des sujets toraniques jusqu’à l’endormissement, il n’est pas besoin de dire au préalable les bénédictions de la Torah1.

Quant à ceux qui écoutent de la musique ‘hassidique (où sont chantés des versets etc.) quand ils se réveillent le matin, ou durant la nuit, ils n’ont pas besoin de dire auparavant les bénédictions de la Torah, puisque leur intention, en cela, n’est pas d’étudier.

On peut réciter les bénédictions de la Torah et les bénédictions du matin (Birkot hacha’har) aussi bien debout qu’assis, couché ou en marchant. Certains exigent que l’on dise les bénédictions de la Torah en se tenant debout ou en marchant, mais non assis ou couché2.

  1. Selon le Choul’han ‘Aroukh 47, 4, il n’y a lieu de dire les bénédictions que pour une étude faite en prononçant les mots, car c’est essentiellement de cette façon que l’on étudie, comme il est dit : « Ce livre de la Torah ne s’écartera pas de ta bouche, et tu le méditeras jour et nuit » (Jos 1, 8). Certes, il est possible, et peut-être même souhaitable, de s’adonner à l’approfondissement (iyoun) d’un sujet talmudique (souguia) par la seule pensée. Mais le reste du temps, il faut étudier en articulant les mots avec les lèvres (Choul’han ‘Aroukh Harav, lois de l’étude de la Torah 2, 12) car, de cette façon, l’apprentissage devient plus clair, et les idées abstraites se fixent dans le cœur de l’étudiant. De plus, quand on apprend à haute voix, on se souvient mieux de son étude (cf. ‘Erouvin 54a). Cependant, selon le Gaon de Vilna, bien que l’essentiel de l’étude doive se faire en prononçant les mots, la pensée en elle-même s’inscrit aussi dans le champ de la mitsva, comme il est dit (dans le même verset de Josué) : « et tu le méditeras (vé-haguita) jour et nuit », le verbe haguita (racine הגה) se référant à la réflexion. Aussi faut-il, selon lui, dire les bénédictions de la Torah avant de méditer. Le Kaf Ha’haïm 6 mentionne des avis selon lesquels, si on lit un livre des yeux, il est vraisemblable que l’on en viendra à articuler des mots avec la bouche. Quoi qu’il en soit, et bien qu’il soit bon de tenir compte de l’opinion du Gaon de Vilna, il est obligatoire d’articuler quelques versets après avoir dit les bénédictions de la Torah, afin de juxtaposer à celles-ci un type d’étude requérant bénédiction d’après toutes les opinions. Nous avons ainsi l’usage de réciter, après les bénédictions de la Torah, les versets de la Birkat Kohanim (bénédiction sacerdotale, cf. Nb 6, 22-27 ; Michna Beroura 47, 5).

Celui qui se réveille le matin et veut rester couché peut frotter ses mains sur sa couverture, prononcer les bénédictions de la Torah, dire quelques versets, puis méditer à des sujets de Torah, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 4, 23 et Michna Beroura, paragraphes 59 et 61. Pour le cas où l’on se lèverait au cours de la nuit, j’ai écrit ci-dessus que l’on pouvait méditer sans bénédiction, en me référant à l’opinion du Choul’han ‘Aroukh et en l’associant à notre coutume, conforme à l’opinion de Rabbénou Tam, de ne dire ces bénédictions qu’une fois par jour, comme il sera expliqué aux paragraphes 6 et 7.

Le Choul’han ‘Aroukh 47, 3 explique encore que celui qui écrit des propos de Torah (divré Torah) est considéré comme celui qui étudie, et doit à ce titre réciter préalablement les bénédictions ; certains ne sont pas de cet avis, notamment le Taz. Les A’haronim s’accordent à dire que celui qui veut écrire des propos de Torah récitera d’abord les bénédictions puis prononcera quelques versets ; il sera ainsi quitte d’après toutes les opinions (Michna Beroura 47, 4 ; Kaf Ha’haïm 5).

  • Les Richonim écrivent que les bénédictions relatives aux mitsvot doivent être dites debout. Aussi, la bénédiction sur le port du talith, par exemple, se dit-elle debout, de même que la bénédiction qui précède la sonnerie du chofar à Roch Hachana, ou le balancement du loulav (branche de palmier) à Soukot (Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm, début du chapitre 8). D’après cela, les bénédictions de la Torah doivent, elles aussi, à première vue, être récitées debout, car elles font également partie de la catégorie des bénédictions relatives aux mitsvot. Toutefois, le Pné Yéhochoua (Méguila 21a) pense que cette exigence n’a cours qu’à l’égard des mitsvot dont l’accomplissement lui-même se fait debout, comme la moisson de la gerbe d’orge (Omer) et la sonnerie du chofar ; en revanche, pour les mitsvot qui peuvent s’accomplir aussi bien debout qu’assis, comme l’étude de la Torah, il est permis de dire la bénédiction assis. C’est ce qu’écrit le Ye’havé Da’at 5, 4. Le Yaskil Avdi écrit, d’après la halakha et la Kabbale, qu’il convient de dire les bénédictions de la Torah en se tenant debout. Mais cette exigence n’existe qu’a priori, et il est clair que si l’on a dit ces bénédictions en restant assis, on est quitte. Même la sonnerie du chofar et le compte de l’Omer, en cas de nécessité, peuvent d’ailleurs s’accomplir assis, comme l’explique le Michna Beroura 8, 2. Nombreux sont les Ashkénazes qui ont coutume de dire les bénédictions du matin et celles de la Torah et en se tenant debout ; certains ont l’usage de les dire en marchant, mais non assis.
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