Chapitre 15 – Lecture du Chéma Israël

11 – Porter ses téphilines et son talith en récitant le Chéma

On dit la prière de Cha’harit et l’on récite le Chéma du matin paré de ses téphilines, comme il est dit dans le premier paragraphe du Chéma : « Ces commandements… tu les attacheras en signe sur ta main et ils seront un fronteau entre tes yeux » (Dt 6, 8). Les sages disent à ce propos : « Quiconque lit le Chéma sans téphilines, c’est comme s’il portait témoignage contre lui-même »[f] (Berakhot 14b). Quoi qu’il en soit, même si l’on n’a pas de téphilines, on doit réciter le Chéma, car ces deux mitsvot ne sont pas interdépendantes ; et si l’on n’a pas eu le mérite d’accomplir la mitsva des téphilines, que l’on accomplisse au moins celle de réciter le Chéma. En cela, on n’est pas considéré comme portant témoignage contre soi-même, dans la mesure où l’on se trouve dans un cas d’empêchement (Michna Beroura 46, 33).

On a coutume de toucher la téphila (singulier de téphilines) que l’on porte au bras, quand on arrive aux mots : « Tu les attacheras en signe sur ta main » ; et de toucher la téphila de la tête quand on dit : « Et ils seront un fronteau entre tes yeux ». Après quoi, on embrasse la main qui a touché les téphilines (Choul’han ‘Aroukh 61, 25 ; ‘Hayé Adam 14, 15).

De même, on a pour coutume de s’envelopper du talith avant de commencer la prière du matin, car le troisième paragraphe du Chéma traite de la mitsva des tsitsit. On a l’usage de saisir les tsitsit de sa main gauche, en regard du cœur, quand on récite le Chéma, faisant allusion en cela à l’expression : « Ces paroles… seront sur ton cœur » (Choul’han ‘Aroukh 24, 2). Certains ont l’usage de prendre les deux tsitsit antérieurs du talith, d’autres rassemblent les quatre tsitsit[9].

Avant de lire le paragraphe Vayomer (paracha des tsitsit), on a l’usage de prendre les tsitsit de la main droite (Michna Beroura 24, 4) ou des deux mains (Kaf Ha’haïm 24, 8). Quand on prononce le mot tsitsit, on embrasse les tsitsit. Et quand on dit our’item oto (« et vous le verrez »), on regarde les tsitsit. Certains ont l’usage de les faire alors passer sur les yeux et de les embrasser. On a aussi l’usage de les embrasser à la fin du paragraphe, quand on dit Emet (« Vérité »). On continue de les garder en main jusqu’aux mots Véné’hmadim laad (« Ses paroles sont agréables à jamais »), qui se trouvent dans la bénédiction Emet véyatsiv ; à ce moment, on embrasse de nouveau les tsitsit et on les lâche (Michna Beroura 24, 4 ; Kaf Ha’haïm 24, 8 et 18). On trouve encore d’autres coutumes en la matière. Toutes ces coutumes constituent des embellissements apportés à la mitsva pour exprimer combien celle-ci nous est chère ; mais ces coutumes ne sont pas constitutives de la mitsva, et leur omission n’en invalide pas l’accomplissement.


[f]. Cette traduction suit Rabbénou Yona.
[9]. Le Choul’han ‘Aroukh 24, 5 et 61, 25 explique que l’on prend les deux tsitsit antérieurs ; c’est aussi ce qu’écrivent le Yam chel Chelomo et le Gaon de Vilna dans Maassé Rav. Il y a une autre raison de procéder ainsi : parfois, rechercher les tsitsit postérieurs risque de déconcentrer le fidèle lorsqu’il récite la bénédiction Ahavat ‘olam. Toutefois, selon Rabbi Isaac Louria, on prend les quatre tsitsit, comme le rapporte le Kaf Ha’haïm 24, 8. C’est en ce sens que se prononcent le Birké Yossef et le Qitsour Choul’han ‘Aroukh 17, 7. Le Birké Yossef écrit au nom de Rabbi Isaac Louria que l’on prend les tsitsit de la main gauche, entre l’annulaire et l’auriculaire ; c’est aussi ce qu’écrit le Michna Beroura 244, 4. Cf. Kaf Ha’haïm 24, 9.

Plusieurs A’haronim écrivent que l’on doit rassembler les tsitsit lorsqu’on arrive au passage de la bénédiction Ahavat ‘olam qui dit : « Et fais-nous venir en paix des quatre coins de la terre » (Dérekh Ha’haïm, Qitsour Choul’han ‘Aroukh 17, 7).

12 – Les deux cent quarante-huit mots

La Torah donne vie et guérison au monde et à l’homme ; et particulièrement la récitation du Chéma, où sont inclus les fondements de la foi et de l’observance des mitsvot.  Nos sages enseignent que le Chéma comprend deux cent quarante-huit mots ; de même, le corps de l’homme comprend deux cent quarante-huit membres ; et lorsqu’un homme lit le Chéma correctement, chaque membre de son corps se relie au mot correspondant et guérit par son biais. Cependant, en pratique, les trois paragraphes du Chéma ne contiennent que deux cent quarante-cinq mots. Aussi, pour atteindre le nombre de deux cent quarante-huit, l’officiant dit, à la fin de la lecture du Chéma, les trois mots Ado-naï Élo-hékhem Émet (« L’Eternel votre Dieu est vérité »). Par cela, on obtient le nombre de deux cent quarante-huit mots (Zohar ‘Hadach sur Ruth 95, 1).

Si l’on prie seul, ces trois mots sont manquants. Plusieurs usages ont été relevés pour en compléter le nombre. Selon la coutume ashkénaze, on dit, avant de réciter le Chéma, les trois mots E-l Mélekh nééman (« Dieu est le Roi fidèle »). D’après le Choul’han ‘Aroukh, on se concentrera sur les quinze lettres vav qui introduisent les premiers mots de la bénédiction Emet véyatsiv (« -yatsiv -nakhon -qayam -yachar etc. » : ces paroles sont « vraies et stables et justes et bien établies et droites etc. »). Ces lettres font en effet allusion à trois noms saints, et viennent donc remplacer les trois mots manquants (Choul’han ‘Aroukh et Rama 61, 3).

Selon la coutume en usage chez la majorité des Séfarades, celui qui prie seul ajoutera lui-même les trois mots manquants, et répétera donc à la place de l’officiant Ado-naï Élo-hékhem Émet[g]. Bien qu’il soit certain que cette répétition individuelle n’a pas l’importance de la répétition de l’officiant, il y a néanmoins en cela une certaine valeur de remplacement. Et même celui qui, au sein du minyan, termine la récitation du Chéma après que l’officiant a récité Ado-naï Élo-hékhem Émet, répétera également ces mêmes mots, Ado-naï Élo-hékhem Émet, afin de compléter par lui-même le nombre de mots requis (Kaf Ha’haïm 61, 15-16)[10].


[g]. Les derniers mots du troisième paragraphe du Chéma sont Ani Ado-naï Elo-hékhem (Je suis l’Eternel votre Dieu) ; ils sont immédiatement suivis du mot Émet (vérité). Dans le cadre de la prière publique, l’officiant répète alors les trois mots Ado-naï Elo-hékhem Émet (« l’Eternel votre Dieu est vérité »), portant le nombre de mots du Chéma de deux cent quarante-cinq à deux cent quarante-huit. Quand il prie seul, c’est le particulier qui répète ces trois mots.
[10]. Il est vrai que les A’haronim divergent à ce sujet : d’après le Mahari Ayach, le Chaaré Téchouva et de nombreux autres auteurs, dès lors que l’on a entendu l’officiant dire Hachem Eloqékhem Emet, et même si l’on n’a pas encore achevé la lecture du Chéma, ces trois mots s’ajoutent à ceux du Chéma pour former le compte de deux cent quarante-huit mots. Tel est l’usage ashkénaze, également observé par une partie des Séfarades (comme l’explique le Chaaré Téphila). Cependant, selon le Kaf Ha’haïm 16, suivant les kavanot de Rabbi Isaac Louria, la récitation de ces trois mots doit se faire dans l’ordre. Par conséquent, si l’on a entendu l’officiant réciter ces mots avant d’avoir soi-même achevé la lecture du Chéma, on devra répéter soi-même Hachem Eloqékhem Emet.

Les usages divergent encore quant à la manière dont l’officiant (ainsi que, selon le Kaf Ha’haïm, le fidèle) doit ajouter ces trois mots. En effet, si l’on fait suivre immédiatement le dernier verset du Chéma – qui s’achève par les mots Ani Hachem Eloqékhem – du mot Emet, il s’ensuit que nous obtenons la séquence de mots suivante : Ani Hachem Eloqékhem, Emet, Hachem Eloqékhem Emet, si bien que ce ne sont plus deux-cent quarante-huit mots, mais deux-cent quarante-neuf qui sont dits au total. Pour le Assara Maamarot et le Gaon de Vilna, l’officiant ne devra dire, comme fin du Chéma, que les mots Ani Hachem Eloqékhem, puis prononcer Hachem Eloqékhem Emet. Pour le Choul’han ‘Aroukh et le Peri Mégadim, en revanche, dès la fin de la récitation du Chéma, l’officiant ajoute Emet, afin qu’il n’y ait pas de séparation entre les mots Eloqékhem et Emet. Quant à l’autre mention d’Emet, elle n’entre pas dans le compte des mots ajoutés au Chéma, car elle appartient déjà à la bénédiction qui suit immédiatement le Chéma : Emet véyatsiv. Tel est l’usage ashkénaze. L’usage séfarade veut que l’officiant dise à voix haute la fin du Chéma lui-même, Ani Hachem Eloqékhem, et que les fidèles ajoutent à sa suite le mot Emet à haute voix, tandis que l’officiant dit lui-même Emet à voix basse. Alors, l’officiant dit les mots Hachem Eloqékhem Emet à haute voix (Kaf Ha’haïm 61, 12).

Selon le ‘Hessed Laalafim, l’usage séfarade, selon lequel les fidèles disent Émet à voix haute à la suite de l’officiant, n’a cours que lorsque les fidèles achèvent la lecture du Chéma avec l’officiant. En revanche, si l’on achève sa lecture avant l’officiant, on doit dire Émet à part soi, afin de ne pas marquer d’interruption entre Eloqékhem et Émet. Dès lors, on ne répétera pas Émet à la suite de l’officiant. Selon le Kaf Ha’haïm 61, 12, lorsque les fidèles auront achevé leur lecture du Chéma avant l’officiant, ils ne diront pas Émet, mais attendront que l’officiant termine sa lecture, et répondront Émet à sa suite.

Pour l’office du soir (Arvit) : dans le cas où l’on n’a pas entendu l’officiant [par exemple, si l’on arrive en retard au minyan, après que le ‘hazan a dit Émet], le Kaf Ha’haïm est d’avis que l’on doit ajouter soi-même les mots Hachem Eloqékhem Émet à la fin de sa lecture du Chéma. Selon l’usage ashkénaze, ou bien on dira avant la lecture du Chéma les mots El Mélekh nééman (« Dieu est le Roi fidèle »), ou bien on pensera, en récitant le passage Émet véémouna qui suit le Chéma, aux lettres du Tétragramme [de la façon décrite par le Choul’han ‘Aroukh 61, 3 et expliquée par le Kaf Ha’haïm 18]  (Michna Beroura 12). Selon le Maamar Mordekhaï, il n’est pas tellement nécessaire d’atteindre le nombre de deux cent quarante-huit mots le soir car, selon la Guémara, il n’est pas formellement obligatoire de réciter le troisième paragraphe du Chéma le soir.

Les femmes sont traditionnellement considérées comme possédant deux cent cinquante-deux membres, mais sont par ailleurs dispensées de la lecture du Chéma. Toutefois, selon le Min’hat Eléazar, celle qui veut lire le Chéma dira, avant sa lecture, les mots El Mélekh nééman afin d’atteindre le nombre de deux cent quarante-huit mots. Pour le Chéérit Yossef, celle qui prie seule dira, en plus des mots El Mélekh Nééman, les mots Hachem Eloqékhem Émet en suivant l’usage séfarade (c’est-à-dire une première fois le mot Émet immédiatement après le dernier verset du Chéma, puis les mots Hachem Eloqékhem Émet). De cette façon, si l’on ajoute la seconde mention du mot Émet, on obtient au total le nombre de deux cent cinquante-deux mots.

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