La prière d’Israël

07 – Succession des appelés

Les sages ont décrété que la première montée serait donnée à un Cohen, la deuxième à un Lévi, et la troisième à un Israélite (c’est-à-dire tout autre Juif). La raison de cette disposition  réside dans la volonté de préserver la paix communautaire, afin que les fidèles ne se disputent pas l’honneur de monter en premier. Certes, ce décret n’a été établi par les sages qu’à l’égard du Chabbat, car alors  de nombreuses personnes se rassemblent à la synagogue, et il est davantage à craindre qu’une tension ne se manifeste à propos des montées à la Torah (Guitin 59b). Toutefois, les Richonim ont écrit qu’il fallait adopter cette conduite y compris le lundi et le jeudi, et c’est en ce sens que la halakha a été tranchée (Choul’han ‘Aroukh 135, 3).

Même en l’absence de ce décret des sages, le Cohen aurait préséance sur le simple Israélite dans le cas où l’un et l’autre seraient par ailleurs égaux en rang. En effet, il est écrit, au sujet du Cohen : « Tu le sanctifieras » (Lev 21, 8). Le décret a donc pour but d’établir qu’en matière de succession des appelés à la Torah, le Cohen a priorité, pour des raisons de paix communautaire, même dans le cas où tel autre juif lui serait supérieur par ses connaissances en Torah. Néanmoins, si le Cohen est un ignorant et tel autre juif un savant (talmid ‘hakham), les Richonim sont partagés sur la règle à appliquer. Selon le Rachba, il faut faire monter le Juif savant en premier. Selon Rav Amram Gaon, Rav Netronaï Gaon et certains Richonim, en matière de montée à la Torah, il faut donner préséance au Cohen sur le Juif érudit, même si le Cohen est un ignorant. Tel est l’usage en pratique (Choul’han ‘Aroukh 135, 4).

Il existe des cas où il est très nécessaire d’ajouter une montée. C’est le cas, par exemple, quand se trouvent à la synagogue, un lundi ou un jeudi, deux hommes, l’un et l’autre nouveaux mariés, et qui ne sont ni Cohen ni Lévi : la première et la deuxième montée sont déjà attribuées à un Cohen et à un Lévi ; il en résulte que, si l’on ne procédait pas à une montée supplémentaire, l’un des deux nouveaux mariés serait lésé, et que l’on ne pourrait l’honorer en l’appelant à la Torah. Selon le Rama, il est certes permis, pour un tel besoin, d’ajouter une montée ; toutefois, en pratique, il a été décidé d’interdire d’excéder le nombre de trois appelés (Choul’han ‘Aroukh 135, 1 ; Michna Beroura 3). La parade que l’on peut conseiller est de demander au Cohen de bien vouloir sortir de la synagogue au moment où l’on désigne le premier appelé : dans la mesure où il n’y a pas de Cohen présent, on appellera un Israélite pour la première montée, et de cette façon, on pourra faire monter les deux nouveaux mariés (cf. Yabia’ Omer VI 23).

08 – L’attitude de l’assemblée pendant la lecture de la Torah

Il est interdit de sortir de la synagogue, du début à la fin de la lecture de la Torah. Cet interdit s’applique, même si l’on a déjà entendu la lecture. Celui qui sort attente par là à l’honneur de la Torah, et c’est à son sujet qu’il est écrit : « Ceux qui abandonnent l’Eternel périront » (Is 1, 28). Si un fidèle est contraint de sortir, par exemple s’il doit prendre un train qui est sur le point de partir, et que le fait d’attendre la fin de la lecture soit susceptible de lui faire manquer ce train, il est autorisé à sortir entre deux montées ; en effet, le séfer-Torah est alors fermé, et l’atteinte à l’honneur de la Torah est moindre (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 146, 1).

Si l’on s’en tient à la stricte règle de droit, il n’est pas obligatoire d’être debout pendant la lecture de la Torah. Certains embellissent la pratique en se tenant debout, de la même façon que, lors du don de la loi au Sinaï, tout le peuple était debout (Rama, Ora’h ‘Haïm 146, 7). Certains exigent que l’on se lève au moment où l’on répond  Baroukh Ado-naï hamevorakh lé’olam vaed (« Béni soit l’Eternel, Lui qui est béni à jamais »), après la récitation de Barekhou par l’appelé. En effet, cette phrase fait partie de la catégorie des paroles de sainteté (devarim chébiqdoucha) ; or il faut se lever lorsque l’on récite de telles paroles (Michna Beroura 146, 18).  Selon de nombreux avis, il n’est pas nécessaire de se tenir debout pendant la lecture de la Torah, et c’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh (146, 4). Rabbi Isaac Louria (Ari zal) avait lui-même l’usage de s’asseoir pendant toute la lecture, voire pendant Barekhou (Kaf Ha’haïm 146, 20). Et tel est l’usage dans de nombreuses synagogues séfarades et ashkénazes.

Dès l’instant que le rouleau de la Torah est ouvert, il est interdit aux fidèles de se parler les uns aux autres, même de sujets de halakha (Sota 39a). Selon un avis, il est permis d’échanger de brèves paroles de Torah pendant les pauses qui séparent les montées, à condition de ne pas en arriver à parler pendant les bénédictions ou la lecture elle-même (Ba’h). D’autres pensent qu’il est interdit de parler, même de Torah, entre les montées, et qu’il est seulement permis d’étudier pour soi-même (Elya Rabba). Il est bon d’être rigoureux en la matière. En effet, si l’on commence à échanger des propos de Torah, il sera difficile de s’interrompre quand l’appelé commencera à prononcer la bénédiction.

Il est permis au rabbin de répondre à une question urgente durant les pauses qui séparent les montées (Michna Beroura 146, 6). Il est également permis aux administrateurs de parler, durant les pauses, de sujets urgents liés à l’office. Et quand il n’y a pas d’autre possibilité, il est permis au rabbin de répondre à des questions, même pendant la lecture. De même, les administrateurs sont autorisés à parler de sujets urgents qui ne peuvent être repoussés, par exemple pour éviter que ne soit vexé un fidèle qui s’attend à être appelé.

09 – Quand un particulier ou une communauté n’ont pas procédé à la lecture de la Torah

L’institution de la lecture de la Torah concerne la communauté et ne s’applique pas à chaque particulier (Na’hmanide, Méguila 5a). Par conséquent, si l’on est contraint de sortir de la synagogue au cours de la lecture et que l’on manque ainsi une partie de celle-ci, on n’est pas obligé de chercher un autre minyan afin d’y rattraper ce que l’on a manqué ; car le principal est que la communauté en tant que telle ait procédé à la lecture.

Si deux possibilités s’offrent à soi : ou bien prier au sein d’un minyan et sortir avant la lecture de la Torah, ou bien écouter la lecture au sein d’un minyan et prier seul, il est préférable de prier en minyan, car prier en minyan est une obligation qui incombe au particulier, tandis que la lecture publique de la Torah est une obligation qui incombe à la communauté, et non au particulier (cf. Min’hat Yits’haq 7, 6 ; Pisqé Techouva 135, 2). De même, si l’on a été obligé de prier seul, et qu’après cela on soit informé de la tenue d’un minyan qui n’a pas encore procédé à la lecture, on n’est pas tenu de s’y rendre pour y écouter la lecture (Yalqout Yossef III 135, 7).

Si l’on est en retard à l’office, il arrive qu’au moment où l’on récite soi-même les Pessouqé dezimra ou les bénédictions du Chéma, l’assemblée commence déjà la lecture de la Torah. En ce cas, s’il est à prévoir que l’on aura l’occasion d’écouter la lecture de la Torah après le présent office, on continuera de prier. Mais si aucune occasion d’écouter la lecture n’est prévisible après cela, il sera bon a priori de s’interrompre pour écouter la lecture de la Torah (Leqet Yocher p. 18 ; Yabia’ Omer 7, 9).

Si, durant la matinée, se rassemblent six hommes qui ont prié individuellement, et qui n’ont pas entendu la lecture de la Torah, ils pourront s’adjoindre quatre autres personnes et procéder à la lecture (Béour Halakha 143, 1 ; cf. Pisqé Techouva 143, 3).

Même si l’on ne se rassemble que l’après-midi, de nombreux A’haronim pensent que l’on est fondé à rattraper la lecture de la Torah durant toute la période où peut se dire la prière de Min’ha (Michna Beroura 135, 1). Il est vrai que certains décisionnaires ne partagent pas cet avis et que, selon eux, on ne peut procéder à la lecture de la Torah après le midi solaire. Pourtant, en pratique, si l’on veut rattraper la lecture durant l’après-midi, on y est autorisé, et tel est l’usage admis par de nombreux grands maîtres d’Israël (Responsa Yehouda Yaalé, Ora’h ‘Haïm 51). Par conséquent, un minyan de soldats, ou de voyageurs qui n’avaient pas de rouleau de la Torah au moment de l’office de Cha’harit, pourra lire l’après-midi ce qui a été manqué le matin, si ces soldats ou voyageurs arrivent dans l’après-midi à un endroit où se trouve un séfer-Torah (cf. Yabia’ Omer 4, 17 ; Pisqé Techouva 135, 24).

01 – Achré (Ps 145) et Lamnatséa’h (Ps 20)

Après les supplications (Ta’hanounim) – ou, le lundi et le jeudi, après la lecture de la Torah –, on récite trois prières. La première est Achré/Tehila lé-David (Ps 145 précédé de deux versets). Bien que l’on ait déjà récité ce psaume pendant les Pessouqé dezimra, on le répète, en considération de ce qu’ont dit nos sages : « Toute personne qui récite Tehila lé-David trois fois par jour est assurée d’avoir part au monde futur » (Berakhot 4b). On lit ce psaume une première fois au sein des Pessouqé dezimra, une deuxième fois ici, après les supplications, et une troisième fois avant la ‘Amida de Min’ha (cf. lois des Pessouqé dezimra 14 § 3, note 5).

Après cela, on récite le psaume 20, Lamnatséa’h mizmor lé-David, ya’anekha Ado-naï bé-yom tsara… (« Au chef des chantres, cantique de David. L’Eternel te répondra au jour de détresse… »). Le thème de ce psaume prolonge les supplications qui suivent la ‘Amida[1].

Puisqu’il s’agit d’une prière pour un « jour de détresse », on ne la récite pas pendant les jours de réjouissance. Or les coutumes diffèrent à ce propos. Suivant l’usage séfarade, la règle relative à ce psaume est identique à celle qui s’applique aux Ta’hanounim. Par conséquent, chaque jour qui se caractérise par une réjouissance, et où l’on est donc dispensé de Ta’hanounim, on ne dit pas non plus Lamnatséa’h. Selon l’usage ashkénaze, pour être dispensé de Ta’hanounim, il suffit d’une réjouissance légère ; mais pour être dispensé de Lamnatséa’h, il faut une grande réjouissance. Aussi, quand un nouveau marié, ou une personne célébrant une circoncision (baal habrit)[a] prient au sein de l’assemblée, on ne récite pas les Ta’hanounim, mais on récite Lamnatséa’h. De même, au mois de nissan, ou entre Kippour et la fin du mois de tichri, où l’on ne dit pas les supplications, on dit néanmoins Lamnatséa’h. Ce n’est qu’aux jours de fête, de veille de fête ou de lendemain de fête (Isrou ‘hag), que l’on ne récite pas Lamnatséa’h (Rama 131, 1 ; Michna Beroura 35 ; Kaf Ha’haïm 37). Ces usages sont consignés dans les livres de prière, avant Lamnatséa’h, chaque communauté suivant son usage.


[1]. Il s’agit du vingtième chapitre du livre des Psaumes ; aussi convient-il de le réciter après la ‘Amida (« prière des dix-huit bénédictions ») : en effet, après que l’on a ajouté à cette prière une bénédiction consacrée aux méchants, la ‘Amida compte dix-neuf bénédictions. [Le Psaume 20 sert donc, en quelque sorte, de clôture aux dix-neuf bénédictions de la ‘Amida]. Certes, avant l’adjonction de la bénédiction consacrée aux méchants, il n’y avait que dix-huit bénédictions. Mais les chapitres 1 et 2 du Livre des Psaumes peuvent eux-mêmes être considérés comme un seul et même psaume [si bien que le Psaume 20 peut être aussi considéré comme le Psaume 19, qui clôt donc un cycle de dix-huit bénédictions].
[a]. chap. 21 § 8.

02 – Qédoucha de-sidraOuva lé-Tsion

Après cela, on récite la Qédoucha de-sidra[b], c’est-à-dire les versets Qadoch, qadoch, qadoch… (« Saint, saint, saint est l’Eternel, Dieu des légions, toute la terre est emplie de Sa majesté »), Baroukh kevod Ado-naï mimeqomo (« Béni soit l’honneur de l’Eternel depuis Son séjour ») et Ado-naï yimlokh lé’olam vaed (« L’Eternel régnera à jamais »), avec leur traduction araméenne. Nos sages ont institué cette lecture afin que chaque fidèle ait le mérite d’apprendre chaque jour  quelques versets des prophètes ; c’est pourquoi on a traduit ces versets en araméen, de façon que tout le peuple, dont la langue d’usage était l’araméen, en comprît le sens. Les sages ont hautement loué la récitation de la Qédoucha de-sidra qui, après la destruction du Temple, compte parmi les paroles grâce auxquelles le monde se maintient (Sota 49a). Rachi explique qu’il y a deux grands mérites à réciter ce passage : l’un est l’étude même de versets de la Torah ; l’autre est que ces versets traitent de la sainteté de Dieu. À l’office du matin de Chabbat, il n’est pas besoin de dire la Qédoucha de-sidra, car on s’acquitte déjà de l’étude des prophètes par la lecture de la haftara[c]. Quoi qu’il en soit, afin de ne pas en annuler la lecture, on a l’usage de la réciter au début de l’office de Min’ha, pour ajouter encore à l’étude de Chabbat et, plus encore, pour y ajouter une étude qui traite de la sainteté de Dieu.

Certains disent que les sages en ont institué la lecture à une époque où le peuple juif s’était vu interdire la récitation de la Qédoucha, et où des policiers païens surveillaient le déroulement des offices jusqu’à la répétition de la ‘Amida incluse ; une fois les policiers partis, on avait l’usage de dire la Qédoucha de-sidra. Or même après la révocation de l’interdit, l’usage de réciter ledit passage n’a pas été suspendu (Chibolé Haléqet 44, Beit Yossef 132, 2).

Il se trouve donc que nous disons la Qédoucha trois fois durant l’office de Cha’harit. D’abord dans la bénédiction Yotser or (« Qui crées la lumière »), première des bénédictions du Chéma ; puis lors de la répétition de la ‘Amida ; enfin, lors de la Qédoucha de-sidra. Dans le même sens, nous voyons que nos sages ont institué une triple récitation de nombreuses paroles importantes ; c’est le cas d’Achré/Tehila lé-David (Ps 145), chaque jour, et de Vaykhoulou (Gn 2, 1-3 : « Ainsi furent terminés les cieux et la terre… »), le soir de Chabbat.

De même que pour la Qédoucha, l’assemblée doit, dans la Qédoucha de-sidra, réciter en chœur les versets Qadoch et Baroukh. A cette fin, l’officiant doit dire à haute voix les phrases introductives des versets de la Qédoucha. Quand un particulier prie seul, il vaut mieux qu’il récite ces versets en respectant la mélodie des téamim (les signes de cantillation traditionnels), afin de tenir compte de l’opinion selon laquelle, puisqu’il s’agit d’une Qédoucha (parole sainte), celle-ci doit être dite dans le cadre d’un minyan. En effet, réciter ces versets avec leur mélodie traditionnelle est comparable à lire la Torah ; or il n’est point besoin de minyan pour ce faire. Si l’on ne sait pas lire les versets avec leurs téamim, on les récitera sans téamim car, du point de vue halakhique, l’opinion essentielle consiste à dire que le particulier lui-même peut prononcer la Qédoucha de-sidra : en effet, celle-ci se borne à décrire comment les anges sanctifient le nom de Dieu, béni soit-Il[2].

Comme prolongation de la Qédoucha de-sidra, les Guéonim établirent l’usage de dire d’autres versets et requêtes pour l’expiation, la foi et la Torah. Certains adoptèrent l’usage de réciter tout le texte que nous connaissons aujourd’hui (sidour de Rav Amram Gaon) ; d’autres récitaient une version plus courte (sidour de Rav Saadia Gaon). A l’époque des Richonim, tout le monde adopta la version reproduite aujourd’hui dans nos livres de prière, avec quelques variations légères entre les communautés.

Après la Qédoucha de-sidra, l’officiant récite le Qaddich Titqabal, dans lequel, en plus de la partie principale du Qaddich, figure la demande que notre prière soit agréée. Aussi l’officiant doit-il avoir grand soin de ne pas parler entre la répétition de la ‘Amida et ce Qaddich inclus[3].


[b]. Qédoucha de-sidra: littéralement « Qédoucha (sainteté) de l’ordre », c’est-à-dire : Qédoucha qui s’insère dans l’ordre de la prière Ouva lé-Tsion, ou encore Qédoucha qui s’insère dans l’ordre de l’étude des versets des prophètes. Cette prière commence par les versets Ouva lé-Tsion, se poursuit par la Qédoucha, et s’achève par d’autres versets et requêtes. On l’appelle donc Ouva lé-Tsion, d’après ses premiers mots, ou Qédoucha de-sidra, d’après la Qédoucha qu’elle contient.
[c]. Haftara: passage des prophètes qui est lu, le Chabbat, les jours de fête et certains jours de jeûne, après la lecture de la Torah.
[2]. Les Richonim sont également partagés sur la question de la Qédoucha incluse dans la bénédiction Yotser haméorot (Yotser or) : là également, la majorité des décisionnaires pensent que le particulier est autorisé à dire les versets de cette Qédoucha, mais que, pour être quitte d’après tous les avis, il est bon de les lire avec leurs téamim. C’est ce qui ressort également des propos du Choul’han ‘Aroukh et du Rama, Ora’h ‘Haïm 59, 3. En ce qui concerne la Qédoucha de-sidra, les décisionnaires sont encore plus nombreux à penser que le particulier peut réciter les versets. Cf. Yabia’ Omer V 7, 2. Prolongement de cette controverse : certains préfèrent dire la Qédoucha de-sidra en se tenant debout, comme on dit la Qédoucha durant la répétition de la ‘Amida. Toutefois, l’usage répandu est de la dire assis, et tel est l’usage des kabbalistes, ce qui laisse également entendre que cette Qédoucha ne requiert pas la présence d’un minyan. Cf. Pisqé Techouva 132, 2.

Quand un fidèle n’a pas encore terminé Lamnatséa’h ou Achré, alors que l’assemblée en est déjà aux versets de la Qédoucha de-sidra, il doit, selon le Michna Beroura 132, 3, sauter les passages qui le séparent des versets, afin de pouvoir réciter ces derniers avec l’assemblée. Selon le Kaf Ha’haïm 8, on ne saute pas ces passages, car il est plus important de réciter la prière dans l’ordre. Le Michna Beroura (132, 4) écrit que la traduction araméenne des versets doit se lire à voix basse. Dans le Chaar Hatsioun, le même auteur signale que Rabbi Isaac Louria n’était pas pointilleux à cet égard.

[3]. Si, par erreur, l’officiant a lu le Qaddich Titqabal après les Ta’hanounim, il récitera, après Ouva lé-Tsion, un Qaddich complet (Yehé chelama rabba), mais sans la phrase Titqabal (« Que soit reçue notre prière… ») (Iché Israël 26, 5). Si l’officiant oublie de dire le Qaddich Titqabal après Ouva lé-Tsion, il ajoutera la phrase Titqabal dans le Qaddich suivant (Iché Israël 26, 11).

03 – Si l’on est pressé d’achever sa prière, quand doit-on sortir et que peut-on omettre ?

La récitation d’Achré/Tehila lé-David (Ps 145) et d’Ouva lé-Tsion/Qédoucha de-sidra a priorité sur les Ta’hanounim, car nos sages abondent en louanges à l’égard de ceux qui récitent Tehila lé-David trois fois par jour : ils ont part, disent-ils, au monde futur (Berakhot 4b) ; quant à la Qédoucha de-sidra, ils enseignent qu’elle est l’une des choses grâce auxquelles le monde se maintient après la destruction du Temple (Sota 49a). Tandis que la récitation des supplications est facultative (Tour 131 au nom de Rav Netronaï Gaon). Par conséquent, un particulier qui prie seul et n’a pas le temps de tout dire donnera la préférence à Tehila lé-David et à la Qédoucha de-sidra (Ye’havé Da’at 2, 8).

De même, le rang de Tehila lé-David et de la Qédoucha de-sidra, qui sont d’institution talmudique, est supérieur à la récitation du psaume du jour (Chir chel yom), des paragraphes de l’encens (Qetoret) et d’Alénou léchabéa’h (« Il nous revient de louer… »), que l’on a pris l’usage de dire à l’époque des Guéonim et des Richonim (Avné Yachfé 9, 58-60).

Si l’on prie au sein d’un minyan, et que l’on est contraint de sortir avant la fin de l’office, il faut s’efforcer de rester au moins jusqu’à la Qédoucha de-sidra. On ne commencera pas non plus à ôter ses téphilines avant la fin de la Qédoucha de-sidra (Choul’han ‘Aroukh 25, 13).

Quand la chose est possible, on gardera les téphilines jusqu’à la fin du Qaddich Titqabal (Michna Beroura 25, 56). Tout cela ne s’applique qu’en cas d’urgence, mais a priori, il faut écouter deux Qaddich supplémentaires : le Qaddich Yehé chelama qui suit la récitation de versets, et le Qaddich derabbanan, qui suit les paragraphes de l’encens.

04 – Psaume du jour (Chir chel yom)

Puisque l’office de Cha’harit a été institué en référence au sacrifice journalier, et qu’après l’oblation du sacrifice, les lévites chantaient le cantique du jour, on a pris l’usage de réciter ce cantique à la fin de la prière (Sofrim 18, 1). Toutefois, à l’origine, nos sages n’ont pas fait de cet usage une obligation, et l’on trouvait certaines communautés qui n’avaient pas coutume de lire le psaume du jour. À la fin de la période des Richonim, tout le monde avait déjà pris l’usage de le lire[4].

Avant de réciter le psaume, on mentionne le jour : « Aujourd’hui, premier jour à compter du Chabbat », cela, afin d’accomplir la mitsva de se souvenir du jour de Chabbat tous les jours de la semaine (d’après Na’hmanide sur Ex 20, 8, et Rabbi Isaac Louria, tel que le cite le Kaf Ha’haïm 132, 26).

Dans le rituel séfarade, on ajoute, avant le psaume du jour, le cantique Téphila lé-David (Ps 86), puis un groupe de versets commençant par les mots Beit Yaaqov, ainsi que le psaume 124, Chir hamaalot lé-David (Cantique des degrés, de David). Les jours de réjouissance, de même que l’on ne récite pas le psaume 20, Lamnatséa’h (« Au chef des chantres, cantique de David. L’Eternel te répondra au jour de détresse »), qui se trouve après Achré/Tehila lé-David (Ps 145), on ne récite pas non plus Téphila lé-David (Ps 86). En effet, il y est dit : « Au jour de ma détresse, je T’appelle » (Pisqé Techouva 132, 11). Dans les livres de prière de la tradition sfard-‘hassidique, ces passages sont également imprimés, mais nombreux sont ceux qui en omettent la lecture et ne lisent que le psaume du jour, comme le veut la coutume ashkénaze.

Autre différence entre les rituels : selon la coutume ashkénaze, on dit d’abord ‘Alénou léchabéa’h, puis le psaume du jour, et ensuite seulement les paragraphes de l’encens (Qetoret). Tandis que, suivant l’usage séfarade et sfard, on dit d’abord le psaume du jour, puis les paragraphes de l’encens, et enfin ‘Alénou léchabéa’h (nous présenterons ici les règles relatives à ces différents textes suivant l’ordre séfarade et sfard).

Si l’on a pour coutume de suivre tel rituel et que l’on prie au sein d’un minyan dans lequel l’officiant en observe un autre, il vaut mieux, de l’avis de certains décisionnaires, prier suivant le rituel de l’officiant. D’autres décisionnaires pensent qu’il vaut mieux prier selon le rituel de ses pères, à condition de ne pas être assis lorsque toute l’assemblée est debout, pendant ‘Alénou léchabéa’h ; cela, afin de ne pas mettre en relief les différences de rite (voir plus haut, chap. 6 § 5).


[4]. Dans le sidour de Rav Amram Gaon, il est dit que l’on récite le psaume du jour après les paragraphes de l’encens (Pitoum haqetoret). Dans la version de l’office selon Maïmonide, à la fin de Michné Torah, Ahava, l’auteur écrit : « Une partie du peuple a l’usage de lire… » Bien qu’au Temple, on récitât le psaume du jour également après le sacrifice journalier de l’après-midi, nous n’avons pas l’usage de le dire à Min’ha. Le Michna Beroura 132, 16 en explique la raison : même à l’époque du Temple, si l’on tardait à apporter les libations en les repoussant à la nuit, on ne récitait pas alors le psaume, car on ne récite pas de chira (cantique) la nuit.

05 – Pitoum haqetoret (paragraphes de l’encens) et ‘Alénou léchabéa’h

Après le psaume du jour, on a coutume de dire le Pitoum haqetoret (paragraphes de l’encens), précédé de l’hymne Ein Kélo-hénou (« Il n’est personne qui soit comparable à notre Dieu »). Il y a deux raisons à cette récitation : la première est que ces paragraphes viennent en regard de l’offrande de l’encens, que l’on faisait fumer chaque matin et chaque soir au Temple. La seconde raison est de permettre à chaque Juif d’avoir le mérite d’étudier chaque jour les paroles des sages[5].

Le Zohar fait grand éloge de la récitation du Pitoum haqetoret, par laquelle on échappe à toutes sortes de calamités (II 212, 2). Certains disent qu’il faut prendre grand soin de n’omettre la mention d’aucun composant de l’encens et que, par conséquent, on ne récite pas les paragraphes de l’encens les jours ouvrables, de crainte d’omettre la mention de l’un des composants en raison de l’urgence où l’on est de regagner son travail (Rama 132, 2). En pratique, la majorité des décisionnaires pensent qu’il n’est pas nécessaire d’être si pointilleux en la matière, mais qu’il est bon, a priori, de réciter ce passage en le lisant dans son sidour, afin de ne pas faire d’erreur et de ne rien omettre (Beit Yossef, Michna Beroura 132, 17).

On a coutume de dire, à la fin de l’office, ‘Alénou léchabéa’h (« Il nous revient de louer le Seigneur de toute chose… »), afin d’implanter dans nos cœurs, avant de quitter notre prière, la foi en Dieu et l’espoir de la Délivrance ; et afin qu’ensuite, lorsque le Juif rencontrera des non-Juifs dans son commerce et ses travaux, il ne soit pas attiré par leurs divinités et par leur foi (Ba’h, Ora’h ‘Haïm 133)[6].

En raison de l’importance de cette prière, on a coutume de la dire debout. On a l’usage de s’incliner quelque peu quand on dit « Nous nous prosternons devant le Roi des rois, le Saint béni soit-Il » (Michna Beroura 132, 9).


[5]. Le Sidour de Rav Amram Gaon ne mentionne pas, avant la prière, les paragraphes du sacrifice journalier ni de l’encens : la prière est elle-même considérée comme venant en lieu et place du sacrifice A la fin de la prière, en revanche, Rav Amram Gaon écrit que l’on récite le paragraphe de l’encens. A l’époque des Richonim, nombreux sont ceux qui ont commencé à prendre l’usage de réciter les paragraphes des sacrifices et de l’encens avant la prière, s’inspirant des paroles du Talmud, Taanit 27b, qui rapporte que la récitation de ces passages est considérée comme remplaçant les sacrifices.

Il faut encore signaler qu’à l’origine, l’usage voulait que le Pitoum haqetoret précédât le psaume du jour, comme le rapporte le sidour du Rav Amram Gaon ; et c’est aussi ce qu’écrivent le Tour, Ora’h ‘Haïm 133 et le Rama 132, 2. Or l’usage s’est modifié sous l’influence de Rabbi Isaac Louria, qui a établi l’ordre des prières en fonction de l’enchaînement des mondes selon la Kabbale (cf. plus haut, chap. 13 § 2) : le psaume du jour précède à présent le Pitoum haqetoret. Toutefois, on peut s’interroger : au Temple, l’ordre en usage voulait que l’offrande de l’encens précédât le cantique des Lévites. Comment peut-on donc modifier cet ordre ? Echel Avraham 132 explique que, du fait que l’on a déjà récité les paragraphes de l’encens après celui du sacrifice journalier dans la première partie de l’office (Séder haqorbanot), il n’est plus nécessaire que le Pitoum haqetoret précède le psaume du jour. En revanche, il y a toujours lieu de réciter le Pitoum haqetoret à la fin de la prière, en regard de la fumée de l’encens qui continuait de s’élever longuement.

On explique au nom de Rabbi Isaac Louria que la récitation des paragraphes de l’encens, à la fin de la prière, épargne celle-ci des extériorités (ou qlipot, écorces impures) (Michna Beroura 132, 14). Le Chné Lou’hot Habrit écrit, d’après la Kabbale, que l’on a l’usage de réciter tout le cérémonial de l’encens trois fois par jour : deux fois à Cha’harit, une fois à Min’ha. Cette source est citée par Kaf Ha’haïm 133, 19 et Michna Beroura 132, 14. Quoi qu’il en soit, j’ai déjà écrit (chap. 13 § 1) que ceux qui sont pressés peuvent se contenter de dire, à Cha’harit, les versets de l’encens, en se fondant sur le fait qu’à la fin de l’office, l’officiant dira les passages talmudiques qui s’y rapportent.

[6]. Selon Rabbi Isaac Louria, on récite ‘Alénou léchabéa’h après chacun des trois offices (Michna Beroura 132, 7 ; Kaf Ha’haïm 11-12). La place essentielle d’Alénou léchabéa’h se trouve dans la ‘Amida de Moussaf de Roch Hachana, en introduction au passage consacré à la royauté divine (séder malkhouyot). A l’époque des Richonim, on a commencé à conclure l’office du matin des jours ouvrables par ‘Alénou léchabéa’h.

Kolbo rapporte que Josué a établi le texte d’Alénou léchabéa’h. Cette source est citée par Kaf Ha’haïm 133, 15 ; certains disent qu’Akhan, lorsqu’il confessa sa faute, déclara : « Aussi espérons-nous en Toi… » (ועל כן נקוה…) [deuxième paragraphe de cette prière ; les trois mots forment l’acrostiche du nom Akhan ; cf. Jos 7]. Le Netiv Bina I p. 373-374 rapporte que c’est Rav (maître talmudique) qui a établi ce texte.

06 – Le Qaddich et son importance

Le Qaddich a ceci de particulier que, dans sa majeure partie, il traite de l’honneur du Ciel. Aussi faut-il être très attentif quand on y répond, et prendre garde d’en détourner son esprit. À plus forte raison faut-il prendre garde de bavarder quand le Qaddich est récité (Choul’han ‘Aroukh 56, 1, Michna Beroura 1). Nos sages disent que, lorsqu’une personne répond Amen, yehé chemeh rabba mévarakh… (« Amen ; que Son grand nom soit béni à jamais ») de toute la force de son esprit, on déchire l’éventuel mauvais décret qui pouvait avoir été promulgué à son encontre pour soixante-dix ans (Chabbat 119b ; élèves de Rabbénou Yona). Nos sages disent également que, lorsque les Juifs entrent dans les synagogues et disent Yehé chemeh rabba mévarakh à voix haute, des décrets difficiles sont annulés à leur profit (Pessiqta citée par Tossephot ad loc.). Ils disent encore que le fait de répondre au Qaddich éveille la miséricorde divine à l’égard d’Israël en exil. Car lorsque les Juifs entrent dans les synagogues et les maisons d’étude et répondent Yehé chemeh hagadol mevorakh[d], leur souvenir est rappelé devant le Saint béni soit-Il. À ce moment, si l’on peut s’exprimer ainsi, le Saint béni soit-Il secoue la tête en signe d’affliction et dit : « Heureux le Roi que l’on glorifiait ainsi en Sa demeure » ; la volonté de délivrer Israël s’éveille alors en Lui (cf. Berakhot 3a).

Puisque, par le Qaddich, nous sanctifions le nom de l’Eternel, il faut le dire au sein d’un minyan, car le Saint béni soit-Il se sanctifie par le biais d’une assemblée (‘eda) d’Israël. Le Qaddich est rédigé en langue araméenne, qui était la langue en usage à l’époque du Second Temple parmi tout le monde juif. En voici la traduction :

  1. Que soit élevé et sanctifié Son grand nom
  2. Dans le monde qu’Il créa selon Sa volonté ; qu’Il y établisse Son règne, qu’Il fasse germer Son salut et rapproche la venue de Son messie
  3. Durant votre vie et de vos jours (ceux de l’assemblée des fidèles), et du vivant de toute la maison d’Israël, promptement, en un temps prochain, et dites amen.

L’assemblée répond :

  1. Yehé Chemeh rabba mévarakh lé’alam oul’almé ‘almaya, ce qui signifie :

Que Son grand nom soit béni à jamais, pour l’éternité

L’officiant poursuit :

Que soit béni, loué, magnifié, élevé, exalté, glorifié, vénéré, célébré le nom du Saint béni soit-Il

  1. Au-delà de toute bénédiction, cantique, louange et consolation qui se disent dans le monde, et dites amen.

Telle est la partie principale du Qaddich, appelée couramment ‘hatsi-Qaddich (« demi-Qaddich » ou Qaddich abrégé). Bien qu’en général on ajoute à cette partie principale d’autres passages (comme nous l’expliquerons plus loin), l’essentiel se trouve dans ce ‘hatsi-Qaddich. Y répondre est d’une importance incomparable ; même si l’on se trouve en pleine récitation des bénédictions du Chéma, on peut s’interrompre pour y répondre[7]. C’est une mitsva que de courir pour entendre le Qaddich. Si l’on a déjà terminé sa prière et que l’on se trouve en présence de deux minyans, l’un où l’on récite le Qaddich et l’autre où l’on récite la Qédoucha, il est préférable de se joindre au minyan où se dit le Qaddich, car le degré d’élévation de celui-ci est plus important que celui de la Qédoucha (Michna Beroura 56, 6)[8].


[d]. Version hébraïque de la phrase araméenne Yehé chemeh rabba mévarakh (« Que Son grand nom soit béni »).
[7]. Selon le Michna Beroura 66, 17, si l’on est en train de réciter les bénédictions du Chéma ou les Pessouqé dezimra, on s’interrompt pour répondre au Qaddich en deux endroits : Amen yehé chemeh rabba mévarakh lé’alam oul’almé ‘almaya (« Amen ; que Son grand nom soit béni à jamais, pour l’éternité »), et le dernier amen de la partie principale du Qaddich (daamiran bé’alma véimrou amen). Pour le Kaf Ha’haïm 66, 23, on dit les cinq amen de la partie principale du Qaddich. Cf. ci-dessus, règles des bénédictions du Chéma, chap. 16 § 5.

Il faut signaler que, selon la coutume séfarade et sfard, l’officiant dit, dans le texte du Qaddich : Veyatsma’h pourqaneh viyqarev mechi’heh (« Qu’Il fasse germer Son salut et rapproche la venue de Son messie »), après quoi l’assemblée répond amen. Tandis que, dans l’usage ashkénaze, on ne dit pas ce passage. Cette différence de versions trouve son origine dans les propos des Guéonim. Dans le sidour de Rav Amram Gaon et dans le Ma’hzor (rituel des jours redoutables) de Vitry, la version reproduite du Qaddich est semblable à celle en usage chez les Ashkénazes ; tandis que dans le sidour de Rav Saadia Gaon et dans les écrits de Maïmonide, le texte est semblable à celui des Séfarades, à ceci près que l’on n’y trouve que l’ajout de Veyatsma’h pourqaneh (« Qu’Il fasse germer Son salut ») (cf. Netiv Bina I p. 366). Il faut encore signaler que c’est la seule différence que l’on puisse trouver dans la partie principale du Qaddich. En revanche, à la conclusion du Qaddich, on trouve de nombreuses différences. En effet, dans la partie essentielle de la prière, le texte original qu’ont institué les sages du Talmud est davantage préservé ; tandis que, quand il s’agit d’ajouts insérés par les maîtres des générations suivantes, après la dispersion des communautés dans le monde, les différences entre rituels sont plus saillantes. [Les communautés ‘hassidiques qui ont adopté le rituel sfard et les coutumes de Rabbi Isaac Louria ont ajouté, comme les Séfarades, les mots Veyatsma’h pourqaneh ; en revanche, la fin du Qaddich y est presque semblable au texte ashkénaze.]

[8]. Selon le Zohar II 129b, le Qaddich s’élève au-delà des autres paroles saintes, car cette prière a pour faculté de briser toutes les écorces impures (qlipot) et de sanctifier Dieu dans tous les mondes. C’est pourquoi on le récite en araméen, afin de frapper les extériorités dans leur langue. [Auprès de l’hébreu, langue de la Torah, noyau de la sainteté, l’araméen fait figure de langue profane, propre au monde extérieur, où sévissent les écorces ou extériorités, entités spirituelles qui s’opposent à la sainteté.]

07 – Les différentes sortes de Qaddich

Nos sages ont institué la récitation du Qaddich à la fin de chaque section de l’office. Après le rappel des sacrifices, on dit le Qaddich derabbanan ; après les Pessouqé dezimra, on récite le Qaddich abrégé (‘hatsi-Qaddich) ; après la Nefilat apayim et les Ta’hanounim, le Qaddich abrégé ; [les lundis et jeudis, on ajoute un autre Qaddich abrégé après la lecture de la Torah ;] après la Qédoucha de-sidra, le Qaddich Titqabal ; après le psaume du jour, le Qaddich des orphelins (Qaddich Yehé chelama) ; et après les paragraphes de l’encens (Pitoum haqetoret), le Qaddich derabbanan (Chibolé Haléqet 8). Par le biais du Qaddich, nous concluons et nous élevons chaque étape de la prière vers sa plus haute vocation, l’honneur dû à Dieu. De là, nous poursuivons vers l’étape suivante.

Il existe quatre versions du Qaddich, que nous signalerons nommément : 1) Qaddich abrégé (‘Hatsi-Qaddich) : il est formé de la partie essentielle du Qaddich ; on l’appelle ainsi pour le distinguer des autres versions du Qaddich, qui sont augmentées d’autres passages. Chaque fois qu’il convient de ne pas trop s’interrompre, on dit le Qaddich abrégé. 2) Qaddich Yehé chelama[e], également appelé Qaddich complet (Qaddich chalem). On le dit après la récitation de versets de la Bible ; il s’y ajoute la demande que nous, ainsi que tout le peuple d’Israël, bénéficions de la paix et d’une bonne vie. Il se conclut par la formule : Ossé chalom bimromav… véimrou amen (« Celui qui fait régner la paix dans ses cieux, qu’Il fasse régner la paix sur nous et sur tout Israël, et dites amen »). Dans la mesure où ce Qaddich est généralement récité par des personnes ayant perdu un parent, il est également appelé Qaddich des orphelins (Qaddich yatom). 3) Qaddich Titqabal[f] : il est prononcé par l’officiant après la conclusion de la ‘Amida[g]. Avant le passage Yehé chelama, également inséré ici, est incluse la demande que notre prière soit agréée. 4) Qaddich derabbanan (« Qaddich des rabbins ») : on le dit après l’étude des paroles des sages. Avant le passage Yehé chelama, également inclus ici, on insère une requête pour les étudiants de la Torah, afin qu’ils bénéficient d’une bonne et longue vie.

Répondre amen à ces différents ajouts n’est pas aussi important que de répondre à la partie essentielle du Qaddich. Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’interrompre au cours de la récitation des bénédictions du Chéma ou des Pessouqé dezimra pour répondre à ces ajouts (cf. note 7).


[e]. Il tire son nom des premiers mots de la partie ajoutée au Qaddich de base : Yehé chelama rabba min Chemaya…(« Qu’une grande paix nous soit accordée du Ciel… »).
[f]. Ainsi appelé d’après les premiers mots du passage qui y est ajouté : Titqabal tselotehon ouva’outehon… (« Que soient agréées les prières et les requêtes de toute la maison d’Israël… »).
[g]. Comprise extensivement : la ‘Amida, conclue par les éventuelles supplications (Ta’hanounim), la lecture de la Torah, Achré/Tehila lé-David et Ouva lé-Tsion.

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