Chapitre 13 – Erreurs et oublis dans la récitation de la ‘Amida

01. Omissions et erreurs dans la récitation de la ‘Amida

Les membres de la Grande Assemblée conçurent le texte de la ‘Amida comme un seul et même ensemble comprenant toutes les requêtes essentielles. Ils veillèrent également à l’ordre des bénédictions, qu’ils fondèrent sur l’interprétation de versets (Méguila 17b). Par conséquent, si l’on omet l’une quelconque des dix-neuf bénédictions de la ‘Amida, on ne s’acquitte pas de son obligation de prier. Même si l’on a modifié l’ordre des bénédictions, bien qu’en fait on ait dit l’ensemble d’entre elles, on n’est pas quitte de son obligation (Choul’han ‘Aroukh 119, 3).

Même si l’on a commis une erreur dans la récitation d’une des bénédictions, de telle manière qu’on a altéré celle-ci dans son fond – par exemple si l’on a omis sa formule conclusive (Baroukh ata…), ou si l’on a prononcé une parole hors-sujet, en demandant la pluie en été –, on considère que ladite bénédiction n’a pas été valablement prononcée (Béour Halakha 119, 3). De même, si l’on a oublié de dire le passage Ya’alé véyavo[a] un jour de néoménie (Roch ‘hodech) ou un jour de fête, on doit recommencer sa ‘Amida, en incluant cette fois Ya’alé véyavo.

En toutes ces matières, les règles applicables aux femmes sont semblables à celles qui s’appliquent aux hommes : dans tous les cas où un homme devrait répéter sa prière, la femme elle-même doit la répéter ; et en tout endroit où un homme devrait revenir à la bénédiction où il s’est trompé, la femme y revient elle aussi  (comme nous le verrons plus en détail au paragraphe suivant). Même quand une femme a récité une ‘Amida à laquelle elle n’était pas obligée – par exemple, si l’on n’a l’usage de dire que la prière de Cha’harit mais que, ce jour-là, on ait décidé d’ajouter celle de Min’ha et que l’on y ait introduit une erreur –, il faut néanmoins reprendre sa prière, cette fois sans erreur. De même, si l’on a l’habitude de réciter les prières de Cha’harit et de Min’ha, mais que l’on y ait ajouté pour une fois celle d’Arvit et que l’on s’y soit trompé, il faut répéter sa prière sans erreur. En effet, dès lors que l’on a commencé à prier, il faut le faire selon les règles instituées pas nos sages ; et si la fidèle a dérogé à la formule instituée par nos sages, il lui incombe de reprendre sa récitation de façon correcte[1].


[a]. Ya’alé véyavo: passage que l’on ajoute à la dix-septième bénédiction, Retsé (bénédiction pour le rétablissement du service du Temple), les jours de néoménie et les jours intermédiaires des fêtes de pèlerinage (‘Hol hamo’ed Pessa’h et ‘Hol hamo’ed Soukot).

[1]. Certes, selon certains avis, la femme n’est pas tenue de répéter en la corrigeant une prière à laquelle elle n’est pas obligée. Toutefois, la presque totalité des décisionnaires pensent qu’elle doit la répéter, de la même façon qu’un homme qui s’est trompé dans sa ‘Amida à ‘Arvit est tenu de se répéter, bien que cet office soit, dans son fondement, facultatif. Cf. Halikhot Beitahh 6, 9. C’est aussi ce que conclut le Yabia’ Omer 6, 18, lequel ajoute que, a priori, il est bon que la femme stipule en son cœur que, dans le cas où elle ne serait pas réellement tenue de reprendre sa prière, celle-ci devrait être considérée comme une prière additionnelle facultative. (Toutefois, le Halikhot Chelomo 15, note 5, pense que, si une femme n’a pas l’habitude de prier régulièrement et qu’elle ait oublié Ya’alé véyavo à Cha’harit ou à Min’ha de la néoménie, elle pourra choisir de reprendre ou non sa prière.)

02. Erreur et interruption au milieu de la ‘Amida

Celle qui, au milieu de sa ‘Amida, s’aperçoit d’une omission ou d’une erreur dans l’une des treize bénédictions centrales[b], doit revenir au début de ladite bénédiction, puis reprendre, à partir de celle-ci les bénédictions suivantes dans l’ordre. Et bien que l’on répète, en ce cas, des bénédictions déjà récitées, on considère que celles-ci n’ont pas été valablement dites, dans la mesure où tout ce qui a été prononcé après la bénédiction omise ou altérée l’aura été sans conformité à l’ordonnancement normal des bénédictions, si bien qu’il faut les redire dans l’ordre (Berakhot 34a, tel qu’expliqué par le Rachbam ; Choul’han ‘Aroukh 119, 3).

Dans le cas d’une omission ou d’une erreur portant sur l’une des trois premières ou des trois dernières bénédictions (que l’on ait déjà terminé de réciter ladite bénédiction en y introduisant une erreur, ou que l’on ait omis ladite bénédiction et commencé à réciter la suivante), on revient au début du groupe de trois bénédictions considéré. En effet, les trois premières bénédictions possèdent une thématique commune ; il en va de même pour les trois dernières (cf. ci-dessus, chap. 12 § 9). Aussi, chacun de ces deux groupes de trois bénédictions est considéré comme un seul bloc, et toute erreur commise dans l’une des bénédictions qui le constituent est considérée comme affectant l’ensemble d’entre elles, si bien qu’il faut répéter cet ensemble depuis le début (Berakhot 34a ; Rama 114, 6 ; nous verrons un exemple de cette règle au paragraphe 8).

Si l’on a terminé sa ‘Amida, et que l’on se souvienne alors que l’on a omis une bénédiction ou que l’on y a introduit une erreur, il faut répéter la ‘Amida. Même si l’on n’a pas encore reculé de trois pas, pour peu que l’on ait terminé la supplication qui suit les dix-neuf bénédictions (Elo-haï netsor) et que l’on se soit apprêté à reculer, on doit reprendre sa ‘Amida au début (Choul’han ‘Aroukh 117, 5).

Si l’on s’est interrompu au milieu de la ‘Amida en parlant, ou au contraire en se taisant : si l’interruption a été courte, on reprend sa prière depuis l’endroit où l’on s’est interrompu ; mais si l’interruption a été longue, de façon que, dans un tel laps de temps, la fidèle aurait pu réciter l’intégralité de la ‘Amida du début à la fin, il faut revenir au début de la ‘Amida. Selon certains avis, il n’y a pas, à cet égard, de différence à faire entre le cas où l’interruption a été motivée par la propre volonté de la fidèle et le cas où celle-ci s’est trouvée contrainte : en tout état de cause, dès lors que le temps de l’interruption équivaut au temps nécessaire à la fidèle pour réciter la ‘Amida, il lui faut reprendre celle-ci au début (Choul’han ‘Aroukh 104, 5 ; tel est l’usage séfarade). Selon d’autres, c’est seulement dans le cas où l’interruption a été causée par une contrainte que l’on revient au début ; si, en revanche, on s’est interrompu volontairement, on ne reprend sa prière qu’à l’endroit de l’interruption, même si celle-ci a été longue (Rama 65, 1 ; Michna Beroura 104, 16 ; tel est l’usage ashkénaze).

Nous verrons par la suite (14 § 1-2) les cas dans lesquels il est permis de s’interrompre durant la ‘Amida.


[b]. Sur la structure générale de la ‘Amida, voir chap. 12 § 9.

03. Ajouts relatifs à la thématique du jour

Les jours particuliers, on ajoute à la ‘Amida des passages se rapportant à la thématique du jour. Certains de ces ajouts sont d’une importance telle que, si l’on oublie de les réciter, on n’est pas quitte de son obligation de réciter la ‘Amida. Dans d’autres cas, l’ajout doit a priori être fait, mais a posteriori, s’il ne l’a pas été, la ‘Amida n’est pas invalidée.

A ‘Hol hamo’ed de Pessa’h et de Soukot[c], on ajoute, au milieu de la bénédiction Retsé (« Agrée… »), le passage Ya’alé véyavo (« Que notre souvenir… s’élève et parvienne devant Toi »). Si l’on a oublié de dire ce passage et que l’on ait achevé sa ‘Amida, il faut répéter celle-ci. Dans le cas où l’on n’a pas encore terminé sa ‘Amida, on revient au début de la bénédiction Retsé, où l’on inclut Ya’alé véyavo, et l’on poursuit la récitation, depuis cette bénédiction, jusqu’à la fin de la ‘Amida. De même, à Roch ‘hodech (néoménie), on récite Ya’alé véyavo. Si l’on a oublié de le dire à l’office du matin (Cha’harit) ou de l’après-midi (Min’ha), on doit répéter sa ‘Amida[d]. Mais si l’on a oublié de dire Ya’alé véyavo à l’office du soir (‘Arvit) de Roch ‘hodech, on ne se reprend pas. En effet, à l’époque où le Sanhédrin proclamait le nouveau mois d’après le rapport de témoins (qui déclaraient avoir aperçu la nouvelle lune), cette proclamation ne se faisait pas de nuit ; par conséquent, la sainteté de Roch ‘hodech n’est pas encore présente le soir (Choul’han ‘Aroukh 422, 1).

À l’issue du Chabbat, on ajoute à la bénédiction Ata ‘honen (« Tu dispenses la sagesse à l’homme… ») un texte de séparation entre le Chabbat et la semaine. Si l’on a oublié de le dire, on ne revient pas à ce passage, puisque l’on est amené à s’acquitter, par la suite, de l’obligation de marquer cette séparation, par la cérémonie de la Havdala[e] dite sur une coupe de vin (Choul’han ‘Aroukh 294, 1).

À ‘Hanoukka et à Pourim, on ajoute, au sein de la bénédiction de reconnaissance (Modim), le passage ‘Al hanissim (« Pour les miracles… »). Si l’on a oublié de dire ce passage, on ne revient pas en arrière, car ces fêtes sont d’institution rabbinique, si bien que l’omission du texte s’y rapportant dans la ‘Amida n’invalide pas celle-ci (Choul’han ‘Aroukh 682, 1).

Les jours de jeûne, le particulier ajoute le passage ‘Anénou (« Réponds-nous… ») à la bénédiction Choméa’ téphila (« … qui écoutes la prière »). D’après la coutume ashkénaze, on ne dit ce passage qu’à l’office de Min’ha (Rama 565, 3). Selon la coutume séfarade, le passage se dit tout au long du jeûne : le 9 av (jeûne commençant le soir), à ‘Arvit, Cha’harit et Min’ha, et pour les autres jeûnes (qui commencent le matin), à Cha’harit et à Min’ha (Kaf Ha’haïm 565, 17). Certains ont l’usage de dire ce passage à ‘Arvit également, pour tous les jeûnes (Rav Raqa’h, Maharits). D’après tous les usages, si l’on a oublié de dire ‘Anénou, on ne se reprend pas.

Durant les dix jours de pénitence (entre Roch Hachana et Kippour), qui sont des jours de jugement, où se dévoile la royauté de Dieu dans le monde, on ponctue la troisième bénédiction par la formule « Roi saint » (Hamélekh haqadoch). Dans la bénédiction où l’on demande la restauration de la justice, on ponctue : « Roi de la justice » (Hamélekh hamichpat). Si, par erreur, on a dit dans la troisième bénédiction « Dieu saint » (HaE-l haqadoch) au lieu de « Roi saint » (Hamélekh haqadoch)[f], on reprend la ‘Amida au début. Nous avons en effet déjà vu que les trois premières bénédictions constituent un seul et même bloc et que, si l’on se trompe dans la récitation de l’une d’elles, on reprend au début de la ‘Amida. Si l’on s’est corrigé immédiatement, c’est-à-dire avant l’expiration du temps nécessaire pour dire trois mots à un rythme habituel, on continuera sa prière.

Si l’on se trompe dans la bénédiction de la restauration de la justice, en disant, comme toute l’année, « Roi qui aimes la justice et le droit » (Mélekh ohev tsédaqa oumichpat) au lieu de « Roi de la justice » (Hamélekh hamichpat), et que l’on ne se soit pas corrigé immédiatement, l’usage diffère selon les communautés. Suivant la coutume ashkénaze et celle d’une partie des Séfarades, on est quitte a posteriori, puisque le texte de toute l’année mentionne lui aussi le mot Mélekh (Roi) (Rama 118, 1 ; Ben Ich ‘Hai, Nitsavim 19 ; Kaf Ha’haïm 1). Selon la coutume d’autres communautés séfarades, on n’est pas quitte, puisque le texte que l’on a récité n’était pas le texte spécifiquement conçu pour les jours redoutables[g]. Si donc on n’a pas encore terminé sa ‘Amida, on doit revenir au début de la bénédiction de la justice (Hachiva chofeténou,  « Fais revenir nos juges… »), que l’on conclut comme il convient, puis on continue, de là, jusqu’à la fin de la ‘Amida. Si en revanche on a déjà terminé la ‘Amida, on reprend celle-ci au début, et l’on émet en son for intérieur la condition selon laquelle, dans le cas où l’on ne serait pas obligé de répéter la ‘Amida, cette seconde ‘Amida constituerait une prière additionnelle volontaire (téphilat nédava)[h] (Choul’han ‘Aroukh 118, 1 ; Ye’havé Da’at 1, 57).

Durant les dix jours de pénitence, on insère encore quatre ajouts : Zokhrénou (« Souviens-toi de nous… ») dans la première bénédiction, Mi kamokha (« Qui est comme toi ?… ») dans la deuxième, Oukhtov (« Inscris tous les enfants de ton alliance… ») dans Modim, et Ouvséfer ‘haïm (« Dans le livre de la vie… ») dans la bénédiction de la paix (Sim chalom ou Chalom rav). Si l’on oublie de réciter ces ajouts, on ne revient pas en arrière (Choul’han ‘Aroukh 682, 5)[2].


[c]. ‘Hol hamo’ed : jours intermédiaires non chômés, à l’intérieur des fêtes de Pessa’h et de Soukot.

[d]. Si l’on a achevé celle-ci, comme pour ‘Hol hamo’ed. Si on ne l’a pas achevée, on revient à Retsé.

[e]. Havdala: littéralement « distinction ». Brève cérémonie du samedi soir, marquant la séparation entre le Chabbat et la semaine, et qui comprend quatre bénédictions.

[f]. Et que l’on ne se soit pas repris immédiatement (avant l’expiration du temps nécessaire pour dire trois mots, comme on va le voir).

[g]. Jours redoutables (yamim noraïm) : autre appellation des dix jours de pénitence (‘asséret yemé techouva).

[h]. Puisque la question de savoir si l’on est quitte a posteriori est sujette à controverse, et bien que, dans ces communautés, on suive l’opinion rigoureuse en répétant la ‘Amida, on tient néanmoins compte de l’opinion indulgente : de crainte de dire en vain les bénédictions de cette seconde ‘Amida, on stipule préalablement que, dans le cas où la vérité de la halakha se trouverait du côté de l’opinion indulgente, la seconde ‘Amida ne serait pourtant pas dite en vain puisqu’il s’agirait alors d’une prière additionnelle volontaire.

[2]. Si, par erreur, on a récité, un jour ordinaire, Ya’alé véyavo ou Zokhrénou (que l’on récite durant les dix jours de pénitence), ou encore ‘Al hanissim (spécifique à ‘Hanouka et à Pourim), on revient au début de la bénédiction considérée. Si l’on est déjà passé à la bénédiction suivante, on continuera, malgré l’erreur (La Prière d’Israël 18, note 2).

04. Prière volontaire (téphilat nédava)

Comme nous l’avons vu (chap. 1 § 7), nos sages ont institué trois offices quotidiens : Cha’harit, en regard du sacrifice journalier du matin, Min’ha en regard du sacrifice journalier de la fin de l’après-midi, ‘Arvit en regard de la combustion des membres et des graisses sacrificiels sur l’autel (ci-dessus, au chap. 2 § 2-5, nous avons appris en quoi consistait à cet égard l’obligation des femmes). De même que, à l’époque du Temple, toute femme qui le désirait pouvait ajouter des offrandes volontaires, ainsi toute femme peut-elle réciter une ‘Amida supplémentaire, volontaire. Comme le dit Rabbi Yo’hanan : « Si seulement on pouvait être toute la journée en prière ! » (Berakhot 21a). Et pour qu’il soit perceptible qu’il s’agit d’une prière additionnelle, il faut ajouter dans cette ‘Amida quelque demande personnelle, particulière. De même que l’on ne fait pas de sacrifice additionnel de Moussaf, ainsi ne récite-t-on pas une ‘Amida volontaire additionnelle de Moussaf. Et de même que l’on ne fait pas de sacrifices volontaires le Chabbat et les jours de fête, ainsi ne dit-on pas, durant ces jours, de ‘Amida à titre volontaire (Choul’han ‘Aroukh 107, 1-2).

Si l’on se propose de dire une prière additionnelle, il faut bien se connaître, afin d’être certain de pouvoir se concentrer du début à la fin de sa ‘Amida. Si l’on ne peut se concentrer comme il convient, on ne dira pas de ‘Amida additionnelle (Choul’han ‘Aroukh 107, 4).

De nos jours, il est convenu de dire que nous ne nous concentrons pas comme il convient, et l’on donne donc pour consigne de ne pas ajouter de ‘Amida volontaire. Toutefois, quand une femme veut réciter la ‘Amida du soir (‘Arvit), bien qu’elle en soit exemptée, cette prière n’est pas considérée à son égard comme prière additionnelle volontaire ; par conséquent, même quand elle n’est pas en mesure de se concentrer durant toute la ‘Amida, elle peut réciter celle du soir, si elle le souhaite, et elle en percevra la récompense.

05. Cas de  doute

Une femme qui a l’habitude de réciter chaque jour la ‘Amida de Cha’harit ou celle de Min’ha, ou les deux, et qui, un certain jour, ne se souvient plus si elle a dit ou non la prière qu’elle a l’habitude de réciter, devra, dans la mesure où le temps de récitation de la prière considérée n’est pas expiré, redire la ‘Amida en raison du doute. On formule alors intérieurement la condition suivante : dans le cas où j’aurais déjà prié, la présente ‘Amida constituerait une prière additionnelle volontaire, et dans le cas où je n’aurais pas encore prié, cette ‘Amida aurait valeur de prière régulière obligatoire. Dans un tel cas, il n’est pas nécessaire d’ajouter de requête personnelle, car le fait même de sortir du doute constitue pour la fidèle un élément de renouveau. Et bien que, de nos jours, la ‘Amida additionnelle volontaire ne soit plus en usage, l’usage reste actuel quand il s’agit de sortir du doute. Si, après avoir ainsi entamé une ‘Amida additionnelle, on se souvient que l’on avait en réalité déjà dit la ‘Amida, on devra poursuivre sa prière additionnelle jusqu’à la fin. En effet, il avait été préalablement stipulé que, dans le cas où l’on aurait déjà prié, la présente ‘Amida aurait valeur de prière volontaire. Simplement, en ce cas, on ajoutera une demande personnelle, afin de manifester qu’il s’agit effectivement d’une prière personnelle.

Si, croyant n’avoir pas encore prié, on entame la ‘Amida en pensant qu’il s’agit d’une prière obligatoire, et que l’on se souvienne soudain, au milieu de cette ‘Amida, que l’on avait en réalité déjà prié, on interrompt immédiatement sa prière. Il est impossible de poursuivre cette prière en stipulant intérieurement que la suite de celle-ci aura le caractère de prière volontaire. En effet, de même qu’un sacrifice ne peut appartenir en partie à la catégorie de sacrifice obligatoire et en partie à celle de sacrifice volontaire, de même une prière ne peut commencer en tant qu’obligation et se terminer en tant que bénévolat (Choul’han ‘Aroukh 107, 1).

Quand l’esprit vagabonde au milieu de sa prière, au point de ne plus savoir à quelle bénédiction l’on se trouve – par exemple, quand on ne sait plus si l’on en est à la sixième bénédiction ou à la dixième – on doit reprendre sa récitation à la première des bénédictions faisant l’objet de l’hésitation ; dans l’exemple cité, on reprendra à la sixième bénédiction, et l’on récitera toute la suite, jusqu’à la fin (conformément à l’avis de la majorité des décisionnaires ; cf. La Prière d’Israël 18, note 3).

06. Remplacement d’une prière oubliée

Si l’on a coutume de réciter une ‘Amida chaque jour, et que l’on n’ait pas eu le temps de prier avant l’heure du midi solaire – qui marque l’achèvement du temps prescrit pour la prière de Cha’harit (cf. chap. 8 § 1) –, on laissera s’écouler une demi-heure solaire après le milieu du jour, et l’on pourra alors réciter la ‘Amida de Min’ha. Si l’on n’a pas eu le temps non plus de dire Min’ha avant le coucher du soleil[i], on dira la prière d’Arvit à partir de la tombée de la nuit.

Si l’on a coutume de prier chaque jour à Cha’harit et à Min’ha, l’institution de la prière de remplacement (Tachloumin) s’applique. Si l’on a oublié – ou si l’on a été empêché – de réciter la ‘Amida de Cha’harit, on dira deux fois celle de Min’ha : la première fois en tant que prière de Min’ha, la deuxième fois comme prière de remplacement de celle de Cha’harit.

Si l’on a oublié – ou si l’on a été empêché – de réciter la ‘Amida de Min’ha, et que l’on ait aussi l’habitude de réciter celle d’Arvit, on remplacera la ‘Amida de Min’ha après avoir récité celle d’Arvit. Mais si l’on n’a pas l’usage de prier à Arvit, on pourra, si l’on veut, réciter cette fois la ‘Amida à Arvit, puis on dira une ‘Amida supplémentaire pour remplacer celle de Min’ha. Toutefois, la femme n’est pas tenue de faire cela, dès lors qu’elle n’a pas l’usage de dire régulièrement la prière d’Arvit : dans ce cas, puisqu’elle ne récite pas la ‘Amida d’Arvit, elle ne peut pas réciter non plus de ‘Amida de remplacement pour Min’ha. Quant au lendemain matin, il est clair que, après avoir récité la ‘Amida de Cha’harit, elle ne pourra pas remplacer celle de Min’ha, car nos sages ont institué l’usage de Tachloumin aux fins de remplacer seulement la ‘Amida immédiatement précédente. Dès lors que le temps de la prière suivante a expiré, la prière précédente ne peut plus être remplacée (La Prière d’Israël 18, 9).

Si l’on a oublié – ou si l’on a été empêché – de dire Min’ha le vendredi, veille de Chabbat, et que l’on veuille remplacer cette prière après celle d’Arvit de Chabbat, c’est le texte de la ‘Amida propre à ‘Arvit de Chabbat que l’on récitera comme prière de remplacement (cf. La Prière d’Israël 18, 10)[3].

La ‘Amida de remplacement (Tachloumin) doit être dite après celle qui correspond à l’obligation du moment. Si, par erreur, on avait l’intention, en disant la première ‘Amida, d’en faire une prière de remplacement, puis, en disant la deuxième, d’en faire une prière principale, on n’est pas quitte, par sa première ‘Amida, de son obligation de remplacement ; il faut alors dire une troisième ‘Amida à titre de Tachloumin (op. cit. 18, 8).

Entre la prière principale et la prière de remplacement, il faut marquer une interruption équivalente au temps nécessaire pour parcourir quatre coudées (environ deux mètres). A posteriori, dans le cas où l’on aurait dû remplacer la ‘Amida de Cha’harit et que l’on ait oublié de le faire immédiatement après celle de Min’ha, on peut encore dire une ‘Amida de remplacement pour Cha’harit tant que le délai de Min’ha n’est pas expiré, c’est-à-dire tant que le soleil n’est pas couché (op. cit. 18, 8).

La ‘Amida de Moussaf ne connaît pas de remplacement, car l’oblation des sacrifices de Moussaf n’a lieu que le jour même auxquels ils se rapportent. Dans le même sens, celle qui aurait oublié de réciter la ‘Amida de Cha’harit un jour où l’on dit Moussaf ne pourrait remplacer la prière de Cha’harit après celle de Moussaf, mais ne doit le faire qu’après Min’ha (op. cit. 18, 9).

La prière de remplacement a été instituée au seul profit de ceux et celles qui, par contrainte ou par inadvertance, n’ont pas prié. En revanche, si c’est volontairement que l’on s’est abstenu de prier, on ne peut bénéficier de l’institution du remplacement (op. cit. 18, 9).


[i]. Sur l’heure limite de Min’ha, cf. ci-après, chap. 18 § 1.

[3]. La question de la prière de remplacement, en ce qui concerne les femmes, est exposée par le Michna Beroura 263, 43 et le Kaf Ha’haïm 263, 65. La question y est abordée à propos du remplacement de la prière de Min’ha du vendredi après-midi lors de l’office d’Arvit, le soir de Chabbat. Selon le Halikhot Chelomo, Tephila 13 note 10, il faut inférer des propos du Michna Beroura que, même une femme qui n’a pas l’habitude de prier à Arvit doit, quand elle a oublié de dire Min’ha, réciter la prière d’Arvit afin de pouvoir remplacer ensuite la ‘Amida de Min’ha, dès lors qu’elle a coutume de réciter cette dernière. C’est aussi ce qu’écrivent le Halikhot Beitah 6, 8 et note 13, et le Pisqé Techouva 234, 4. Toutefois, il semble plus juste de dire que l’intention du Michna Beroura visait seulement à indiquer la voie la meilleure, sans vouloir en faire une obligation. On peut aussi supposer que, dans la mesure où de nombreuses femmes ont pris l’usage de réciter Arvit de Chabbat, le Michna Beroura a conseillé de remplacer après la ‘Amida d’Arvit celle de Min’ha, sans avoir l’intention d’y obliger les femmes. (Cf. Halikhot Bat Israël 2, 20, Iché Israël 30, note 6, qui estiment eux aussi qu’il n’y a pas là d’obligation, et qui fondent leurs propos sur le Rav Chelomo Zalman Auerbach lui-même, dont la pensée est comprise différemment de ce que rapporte le Halikhot Chelomo.)

07. La mention des pluies et la prière pour la pluie

Pendant la période hivernale, nous mentionnons la pluie par deux fois au cours de la ‘Amida. Dans un premier temps, nous mentionnons la pluie afin de louer Dieu, qui fait pleuvoir ; dans un second temps, nous demandons à Dieu de nous bénir par la rosée et par la pluie.

Ainsi, dans la deuxième bénédiction de la ‘Amida, Mé’hayé hamétim (« qui ressuscites les morts »), nous disons la louange Machiv haroua’h oumorid haguéchem (« Tu fais souffler le vent et tomber la pluie »). Nos sages ont inséré la louange récitée pour la pluie au sein de la bénédiction « qui ressuscites les morts », car la pluie amène la vie au monde.

Puis dans la neuvième bénédiction, celle des années, Birkat hachanim, nous demandons la pluie. Selon l’usage séfarade, tout le texte de la bénédiction des années diffère selon que l’on est en hiver ou en été : en hiver, on commence par les mots Barekh ‘alénou (« Bénis, pour nous, cette année et toutes ses récoltes… »), tandis qu’en été, on commence par Barkhénou Ado-naï Elo-hénou (« Bénis-nous, Eternel, notre Dieu »). Selon l’usage ashkénaze, le texte de la bénédiction des années est semblable en été comme en hiver ; simplement, en hiver, on insère les mots Véten tal oumatar livrakha (« Envoie la rosée et la pluie pour la bénédiction »), tandis qu’en été on dit Véten berakha (« Envoie la bénédiction »). Les Yéménites ont un texte différent, mais le principe halakhique est le même.

Certes, la mention de la pluie et la demande de la pluie se font l’une et l’autre en hiver, mais il y a une différence entre elles : la mention de la pluie se dit durant toute la période où la pluie est susceptible de tomber[j], tandis que la demande de la pluie ne se dit qu’à partir du moment où nous souhaitons que la pluie commence à tomber.

La mention de la pluie commence à Chemini ‘atseret[k]. Il est vrai qu’il y aurait eu lieu de mentionner la pluie dès le début de la fête de Soukot, car c’est dès ce moment que commence la saison des pluies. Mais puisque la pluie est considérée comme un signe de malédiction à Soukot – car lorsque la pluie tombe, on ne peut accomplir le commandement de résider dans la souka –, on ne mentionne pas la pluie durant la fête de Soukot. Nos maîtres ont décidé que l’on commencerait à mentionner la pluie lors de la ‘Amida de Moussaf de Chemini ‘Atseret car, à ce moment, toute la communauté se trouve à la synagogue, et l’on peut alors annoncer, en présence de tous les fidèles, que l’on commence à mentionner la pluie. En revanche, tout le monde ne se rend pas à l’office du soir (‘Arvit) ; quant à Cha’harit, on ne peut y faire une telle annonce, puisqu’il ne faut pas marquer d’interruption entre la bénédiction de la Délivrance (Emet véyatsiv… gaal Israël, qui suit la lecture du Chéma) et la ‘Amida (Beit Yossef et Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 114, 1-2).

En revanche, s’agissant de la demande de la pluie, nos maîtres ont repoussé de quinze jours cette requête, au 7 du mois de ‘hechvan au soir[l]. Cela, afin que le dernier des pèlerins, qui viendrait de la lointaine rive de l’Euphrate pour célébrer la fête de Soukot au Temple de Jérusalem, ait le temps, une fois la fête terminée, de rentrer chez lui sans être mouillé par la pluie en chemin (Choul’han ‘Aroukh 117, 1). Même après la destruction du Temple, la coutume n’a pas été suspendue, car toute coutume qui rappelle les jours glorieux où le Temple se dressait sur son enceinte est très chère à notre cœur, et nous ne voulons pas en suspendre l’application. Ce n’est que lorsque le Temple sera reconstruit, bientôt et de nos jours, que le Sanhédrin pourra décider s’il faut modifier le moment à partir duquel on prie pour la pluie, en considération des nouveaux moyens de transport.

On continue de mentionner la pluie jusqu’au premier jour de la fête de Pessa’h. À l’office de Cha’harit, on mentionne encore la pluie, et à Moussaf, on mentionne la rosée. En ce qui concerne la demande de la pluie, puisque celle-ci ne se dit que les jours ouvrables, la dernière fois où l’on prie pour la pluie est nécessairement à l’office de Min’ha de la veille de Pessa’h.


[j]. Le lieu de référence étant la terre d’Israël.

[k]. Fête de clôture, au lendemain du dernier jour de Soukot. Soukot est la fête des cabanes : durant sept jours, on réside dans une cabane (souka).

[l]. La date est différente en diaspora : cf. ci-après § 10.

08. Quand on se trompe dans la mention des pluies ou dans la prière les concernant

Quand l’erreur a consisté à mentionner la pluie en été : puisque, à pareille époque, cela ne constitue pas une louange, on doit revenir en arrière et rectifier son erreur. Si l’on n’a pas encore terminé la bénédiction, on retourne au début de celle-ci et l’on dit Morid hatal (« Tu fais venir la rosée »), suivant le rituel de l’été. Si l’on a déjà terminé la récitation de la bénédiction, celle-ci n’aura pas été valablement dite ; et puisque les trois premières bénédictions de la ‘Amida sont considérées comme un seul et même bloc, il faut recommencer la ‘Amida afin de la réciter comme il convient (Choul’han ‘Aroukh 114, 4).

Quand l’erreur a consisté à ne pas mentionner la pluie en hiver : si l’on a mentionné la rosée, comme on le fait en été (Morid hatal), on ne doit pas revenir en arrière, puisque l’on aura dit une certaine louange liée au don de l’eau. Mais si l’on n’a pas non plus mentionné la rosée, on revient en arrière, puisqu’on aura manqué de prononcer une louange aussi importante (Choul’han ‘Aroukh 114, 5).

Si l’erreur a consisté à demander la pluie en été : puisque la requête n’est pas d’actualité, on aura désorganisé le contenu de la bénédiction des années, et l’on devra donc revenir en arrière pour corriger son erreur. Par conséquent, si l’on n’a pas encore terminé la ‘Amida, on revient au début de la bénédiction des années (Barkhénou), et on la prononce comme il faut. De là, on poursuit la récitation de l’ensemble des bénédictions qui suivent, jusqu’à la fin de la ‘Amida. Si l’on a déjà terminé la ‘Amida, on reprend au début de celle-ci en priant comme il convient (Choul’han ‘Aroukh 117, 3).

Quand l’erreur a consisté à ne pas demander la pluie en hiver : si l’on a déjà achevé la bénédiction des années et que l’on ne soit pas encore arrivée à la bénédiction Choméa’ téphila (« qui écoutes la prière »), on continue la récitation de la ‘Amida, et lorsqu’on arrive à la bénédiction Choméa’ téphila, au sein de laquelle il est permis de présenter des requêtes additionnelles, on prie alors pour la pluie (en intercalant les mots Véten tal oumatar livrakha : « Envoie la rosée et la pluie bienfaisantes », avant le mot Oumiléfanékha ou avant les mots Ki Ata chomé’a, selon le rite) ; de cette façon, on rectifie son erreur. En revanche, si l’on a déjà dépassé la bénédiction Choméa’ téphila, on a manqué l’endroit où il était encore possible de se reprendre et, de ce fait, la récitation de toutes les bénédictions dites après celle des années se trouve invalidée. Dans un tel cas, il faut revenir au début de la bénédiction des années, la dire comme il convient et, de là, poursuivre sa prière dans l’ordre, en redisant l’ensemble des bénédictions suivantes. Mais dans le cas où l’on a déjà terminé sa ‘Amida, et où l’on a déjà formé l’intention de reculer de trois pas, cette prière est défectueuse, puisque l’on a oublié de prier pour la pluie. Il faut alors reprendre sa ‘Amida depuis le début, selon les règles (Choul’han ‘Aroukh 117, 4-5).

09. Conseil pour éviter de se tromper

L’erreur la plus fréquente, dans la ‘Amida, est celle qui touche à la mention des pluies et à la demande de la pluie. En effet, tous les six mois, le texte change : dans la mesure où l’on s’est habitué à un texte déterminé durant six mois, on a tendance à répéter ce texte habituel. Or, comme nous l’avons vu, trois des quatre erreurs possibles en la matière obligent à se reprendre : pour toutes les erreurs touchant à la demande de la pluie, on se reprend, ainsi que pour l’une des erreurs touchant à la mention des pluies. On se reprend donc dans les cas suivants : 1) si l’on a demandé la pluie en été ; 2) si l’on n’a pas demandé la pluie en hiver ; 3) si l’on a mentionné la pluie en été. On ne se reprend pas si l’on a oublié de mentionner la pluie en hiver, pour peu que l’on ait mentionné la rosée.

Si l’on doute d’avoir dit le texte qui convient, et tant qu’on est encore dans les trente jours qui suivent le changement de texte – au début de l’été ou de l’hiver –, il faut considérer que l’on s’est probablement trompé, car l’habitude est encore rivée au texte de la période précédente. Si donc il s’agit de l’une des trois erreurs obligeant à se reprendre, il faut se reprendre et prier comme il convient. Mais si trente jours sont déjà passés, on présume que la bouche s’est déjà habituée au changement de texte et que l’on a probablement prié correctement ; aussi ne doit-on pas reprendre sa prière.

Afin de lever ce type de doute, en raison duquel on doit souvent répéter sa ‘Amida, il est bon que chacune s’habitue au nouveau texte, le jour du changement, en le répétant quatre-vingt-dix fois[m], afin que ce nouveau texte soit courant dans sa bouche et que l’on ne se trompe pas. De cette façon, même si l’on doute, par la suite, d’avoir dit le texte adéquat lors d’une ‘Amida, on présumera que cela a bien été le cas, dans la mesure où l’on avait déjà habitué sa langue à dire ce texte quatre-vingt-dix fois ; on n’aura pas, par conséquent, à reprendre sa prière (Choul’han ‘Aroukh 114, 8-9 ; La Prière d’Israël 18, note 4).

Aussi, selon la coutume séfarade, où tout le texte de la bénédiction des années est renouvelé, quand arrive la nuit du 7 ‘hechvan on s’habitue à entamer la bénédiction comme il convient, en répétant quatre-vingt-dix fois l’enchaînement entre la bénédiction précédente (celle de la guérison) et celle des années : rofé ‘holé ‘amo Israël / Barekh alénou (« qui guéris les malades de Ton peuple Israël / Bénis, en notre faveur »). Selon la coutume ashkénaze, on dira : vé-et kol miné tévouatah létova, véten tal oumatar livrakha (« … et toutes sortes de récolte, pour le bien ; et amène la rosée et la pluie, pour la bénédiction »). À l’approche de l’office de Moussaf du premier jour de Pessa’h, on dira quatre-vingt-dix fois : mé’hayé métim Ata, rav léhochia’, morid hatal (« Tu ressuscites les morts, Ton secours et grand, Tu envoies la rosée »). À la sortie du jour de Yom tov, avant ‘Arvit de ‘Hol hamo’ed, on dira selon l’usage séfarade : rofé ‘holé ‘amo Israël / Barkhénou (« qui guéris les malades de Ton peuple Israël / Bénis-nous ») ; selon l’usage ashkénaze, on dira : vé-et kol miné tévouatah létova, véten berakha (« et toutes sortes de récolte, pour le bien ; et amène la bénédiction ») (Michna Beroura 114, 40 ; Kaf Ha’haïm 60). Ainsi, on habituera sa bouche au nouveau libellé, et si par la suite on n’est pas certain d’avoir dit le bon texte, on n’aura pas besoin de se reprendre[4].


[m]. Nombre correspondant aux trois offices quotidiens multiplié par le nombre de jours nécessaires pour prendre un nouvel automatisme. Cet exercice se fait en-dehors des offices.

[4]. Mais quand il s’agit du passage de l’été à l’hiver, à Chemini ‘atseret, pour la mention des pluies, on ne doit pas se reprendre dans le cas où l’on s’est trompé. En effet, en cas d’erreur, on aura dit Morid hatal (« Tu fais tomber la rosée »), comme on a l’habitude de le dire en été. Or nous avons déjà vu que, si l’on mentionne la rosée en été, on est quitte a posteriori. (Le Rama 114, 3 écrit certes que l’on ne dit pas Morid hatal en été, mais la coutume ashkénaze en terre d’Israël est de le dire).

10. Règle applicable en diaspora

Nos sages ont repoussé le début de la prière pour la pluie, dans les communautés babyloniennes, au soixantième jour de l’équinoxe d’automne (ce qui correspond au 4 ou au 5 décembre). Cela en raison du fait que l’eau y abonde, en provenance du Tigre et de l’Euphrate, et qu’il n’est donc pas besoin, dans ces régions, de multiplier les prières pour la pluie dès le début de l’hiver. Toutes les autres communautés en-dehors d’Israël sont rattachées à la règle régissant la Babylonie, et l’on y prie pour la pluie à partir du soixantième jour de l’équinoxe (Choul’han ‘Aroukh 117, 1)[5].

Quand une habitante de la terre d’Israël se rend à l’étranger pour une période de plusieurs mois : d’après certains, elle doit prier pour la pluie conformément à l’usage d’Israël, puisque c’est là qu’elle est établie (Peri ‘Hadach). Selon d’autres, elle doit prier conformément à l’usage du lieu où elle se trouve présentement (Birké Yossef). Afin d’être quitte aux yeux de tous les décisionnaires, en tout cas de doute, on intercalera la prière pour la pluie à l’intérieur de la bénédiction Choméa’ téphila  et non dans la bénédiction des années (cf. La Prière d’Israël 18, note 6)[6].

Dans les contrées où l’on a besoin de pluie au printemps, on ne continue pas pour autant à prier pour la pluie dans le cadre de la bénédiction des années : la règle qui s’applique à ces lieux est semblable à celle qui régit les particuliers en voyage, et l’on doit prier pour la pluie dans le cadre de la bénédiction Choméa’ téphila (« qui écoutes la prière »), au sein de laquelle chacun peut ajouter des demandes particulières (Choul’han ‘Aroukh 117, 2 ; en cas d’erreur, voir La Prière d’Israël 18, note 7, où il est dit que, selon le Choul’han ‘Aroukh, on répète sa prière, en émettant intérieurement la condition qu’il s’agira d’une prière additionnelle volontaire si cette répétition n’est pas nécessaire ; mais que selon le Rama, a posteriori, on ne la répète pas).

Même dans les pays situés en-deçà de l’équateur, comme l’Argentine, le Brésil ou l’Australie, on prie pour la pluie quand c’est l’hiver en terre d’Israël. Et bien que, à pareille époque, ce soit l’été dans ces pays, on prie néanmoins pour la pluie selon l’hiver israélien, car la terre d’Israël est le pilier du monde, et le reste du monde y est rattaché. Quand on a besoin de demander la pluie pour le pays de sa résidence, on le fera dans la bénédiction Choméa’ téphila.

Mais dans les pays où la pluie cause des dommages en été, et bien qu’alors ce soit l’hiver en terre d’Israël, on ne peut demander la pluie dans le cadre de la bénédiction des années, car on ne saurait prier pour une chose susceptible de constituer une malédiction pour les habitants du pays. On dira toute l’année, dans de tels cas, le texte de l’été dans la bénédiction des années, et dans la bénédiction Choméa’ téphila, on demandera toute l’année la pluie : pendant l’hiver de ces contrées, on priera pour qu’il pleuve au lieu où l’on habite, et pendant l’hiver israélien, on priera pour qu’il pleuve en Israël.

Une habitante d’Israël ou de l’un des pays de l’hémisphère nord qui quitte le sol de son pays de résidence pour visiter un pays de l’hémisphère sud, continuera à prier pour la pluie selon les dates de l’hiver israélien, même si la pluie est source de dommage dans le pays où elle se trouve (puisque la voyageuse oriente sa pensée vers le pays où elle est établie de façon permanente) (Chi’ourim Hametsouyanim Bahalakha 19, 3).


[5]. Dans les pays proches de la terre d’Israël, dont le climat est aride et qui ont davantage besoin d’eau, on commence la prière pour la pluie en même temps que les habitants de la terre d’Israël, le soir du 7 ‘hechvan (Maïmonide, commentaire de la michna Taanit, chap. 1, Radbaz, Roua’h ‘Haïm de Rabbi ‘Haïm Falagi 117, 1).

[6]. Détails d’application :

Habitante de la terre d’Israël séjournant à l’étranger : 1) Si l’on a quitté Israël avant le 7 ‘hechvan, on inclura la prière pour la pluie (en disant Véten tal oumatar livrakha – « Donne une rosée et une pluie de bénédiction ») à l’intérieur de la bénédiction Choméa’ téphila, cela à partir du 7 ‘hechvan. 2) Si l’on a quitté Israël après le 7 ‘hechvan, puisqu’on a déjà commencé à prier pour la pluie, on continuera à le faire à l’intérieur de la bénédiction des années (Kaf Ha’haïm 13 au nom du Qécher Godel). 3) Si l’on a quitté Israël avec sa famille pour plus d’un an, on est considéré, durant cette période, comme résidant en-dehors de la terre d’Israël, et l’on adopte immédiatement l’usage local.

Habitante de diaspora séjournant en Israël : il est préférable qu’elle se conforme à l’usage des habitants d’Israël. Aussi, si elle a l’intention de repartir à l’extérieur d’Israël après le soixantième jour de l’équinoxe, elle priera pour la pluie comme les habitants d’Israël. Si elle a l’intention de repartir avant le soixantième jour de l’équinoxe, elle devra, selon certains, inclure la prière pour la pluie à l’intérieur de la bénédiction Choméa’ téphila (cf. Iché Israël 23, 37). Selon d’autres, elle priera pour la pluie selon l’usage des habitants de la terre d’Israël ; et une fois revenue à l’extérieur d’Israël, elle ne sera pas obligée de continuer à prier pour la pluie, mais il sera bon de le faire à l’intérieur de la bénédiction Choméa’ téphila (Yalqout Yossef 117, 17).

En toutes ces matières, il semble que, si l’on s’est involontairement comporté suivant l’une des opinions en présence (au lieu de prier pour la pluie dans la bénédiction Choméa’ téphila), il ne soit pas nécessaire de se reprendre (cf. Iché Israël 23, note 149).

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