Chapitre 15 – Qorbanot et Pessouqé dezimra

Chapitre 15 – Qorbanot et Pessouqé dezimra

Jusqu’ici, nous avons étudié des règles applicables aussi bien aux hommes qu’aux femmes, comme l’ablution des mains, les bénédictions du matin, celles de la Torah, et la ‘Amida. Dans les chapitres suivants, nous étudierons des prières obligatoires pour les hommes mais dont les femmes sont dispensées ; toutefois, celles qui veulent apporter à leur prière un supplément de perfection ont l’usage de les réciter.

01. La lecture de la section des sacrifices, pieux usage pour les femmes

Selon certains avis, les femmes doivent, elles aussi, réciter le paragraphe du sacrifice perpétuel (Parachat hatamid, Nb 28, 1-8), car c’est en référence à ce sacrifice que la ‘Amida a été instituée ; or de même que les femmes ont l’obligation de réciter la ‘Amida du matin (suivant la majorité des décisionnaires, comme nous l’avons vu au chap. 2 § 2), ainsi convient-il qu’elles récitent le paragraphe du sacrifice perpétuel. Selon certains, en plus de ce paragraphe, il est bon qu’elles récitent l’ensemble de la section des sacrifices.

Toutefois, en pratique, l’usage répandu est que les femmes ne récitent pas le paragraphe du sacrifice perpétuel, et telle est la position de la majorité des décisionnaires. La raison en est que, si les femmes ont l’obligation de prier, c’est essentiellement pour demander miséricorde, et non en référence aux sacrifices. De plus, les hommes eux-mêmes ne sont pas tenus de réciter la section des sacrifices, pas même – si l’on s’en tient à la stricte obligation – le paragraphe du sacrifice perpétuel ; il s’agit simplement d’une coutume, assimilée au fil du temps à un devoir ; à plus forte raison, les femmes n’y sont pas obligées. Toutefois, celle qui souhaite apporter à sa prière un supplément de perfection, en récitant le paragraphe de l’oblation perpétuelle et les versets relatifs à l’encens (Qetoret, Ex 30, 34-36 et 30, 7-8), sera bénie pour cela[1].


[1]. L’auteur du Agour, au nom du Maharil, écrit – et ses paroles sont rapportées par le Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm 47 –, que les femmes doivent réciter les bénédictions de la Torah (Birkot ha-Torah) en raison du fait qu’elles doivent dire le paragraphe du sacrifice perpétuel. Si le Maharil soutient cette position, c’est parce que les femmes, comme les hommes, sont tenues d’apporter des sacrifices [dès lors que le Temple est construit] ; elles doivent conséquemment réciter la section des sacrifices. Le Tevouot Chor se prononce dans le même sens. Toutefois, selon le Choul’han ‘Aroukh Harav 47, 10, les femmes ne sont tenues de dire que le paragraphe du sacrifice perpétuel (d’ailleurs, les hommes eux-mêmes ne sont pas tenus de réciter toute la section des sacrifices).

En revanche, le Peri Megadim, Echel Avraham 47, 14 écrit que l’obligation des sacrifices incombe aux hommes. Dans le même sens, le Mor Ouqtsi’a 47 et le Tehila Lé-David 47, 9 écrivent que les femmes n’avaient pas l’obligation de donner un demi-sicle pour le financement des sacrifices, et que l’obligation des femmes en matière de prière consiste à demander miséricorde, non à remplacer les sacrifices. Toutefois, selon le ‘Hida (Yossef Omets 67), il est certain que les femmes sont obligées à l’égard de tous les sacrifices, lesquels expient ensemble les fautes des hommes et des femmes. Cependant, en pratique, les femmes n’ont pas coutume de réciter la section des sacrifices, à l’exception de certaines, qui ajoutent à leur prière un supplément de perfection en récitant tout l’office, y compris cette section. Cf. Halikhot Beitah 4, 1, qui résume le sujet, et Ma’hazé Elyahou 14, qui avance plusieurs raisons de dispenser les femmes de cette récitation.

Quoi qu’il en soit, il est permis de conseiller qu’après les bénédictions de la Torah, au lieu de réciter la bénédiction sacerdotale (Birkat cohanim) et la baraïtha « Voici les choses auxquelles aucune limite n’a été fixée… » (Elou devarim), les femmes disent le paragraphe du sacrifice perpétuel et le verset rappelant la sortie d’Egypte (dernier verset du Chéma). En effet, il n’y pas d’obligation à dire précisément les versets de la bénédiction sacerdotale ni cette baraïtha, et si ces textes ont été fixés dans les livres de prière, c’est pour permettre de faire une petite étude dès après les bénédictions de la Torah ; aussi vaut-il mieux étudier des versets dont la récitation est, selon certains avis, obligatoire. Il serait bon d’imprimer cela dans les rituels publiés pour les femmes ; ainsi, toutes seraient quittes du paragraphe du sacrifice perpétuel et de la mention de la sortie d’Egypte.

Il faut signaler que, bien que le débat entre décisionnaires porte principalement sur le paragraphe du sacrifice perpétuel, la récitation des versets de l’encens (Parachat haqetoret) est d’une importance assez proche. On apportait ces deux offrandes deux fois par jour, en début de matinée et à l’approche du soir. Le sacrifice perpétuel constituait l’offrande matérielle, dont l’oblation était faite sur l’autel extérieur, tandis que l’encens était l’offrande spirituelle, que l’on faisait fumer sur l’autel intérieur. Cf. La Prière d’Israël 13, 5-6 sur le sens de l’offrande perpétuelle et de l’encens.

02. Section des sacrifices : signification et coutume

Nos sages racontent que, lorsque Dieu contracta une alliance avec Abraham notre père et lui promit, ainsi qu’à sa descendance, l’héritage de la terre d’Israël, Abraham demanda au Saint béni soit-Il : « Maître de l’univers, peut-être – puissions-nous en être préservés – le peuple d’Israël fautera-t-il devant Toi, et leur feras-Tu subir ce que Tu as fait subir aux générations du déluge et de la tour de Babel ? » Le Saint béni soit-Il lui répondit : « Je ne leur ferai pas cela. » Abraham demanda : « Comment saurai-je que tu ne retrancheras pas leur souvenir ? » Le Saint béni soit-Il lui répondit (Gn 15, 9) : « Prépare-moi une génisse âgée de trois ans… » (Ta’anit 27b ; Méguila 31b). Dieu lui fit ainsi comprendre allusivement que ce seraient les sacrifices qui témoigneraient du lien éternel existant entre Lui et Israël. Ainsi, même si des fautes se trouvaient être commises parmi le peuple, cela ne serait que l’effet d’une influence extérieure ; à leur racine, les enfants d’Israël sont justes et liés à Dieu. Aussi, par le biais des sacrifices, lesquels expriment le lien absolu reliant Israël à Dieu, les fautes obtiennent leur expiation.

Dans la suite de ce passage aggadique, Abraham demande au Saint béni soit-Il : « Maître de l’univers, qu’en sera-t-il lorsque le Temple sera détruit ? Par quoi leurs fautes seront-elles expiées ? ». Le Saint béni soit-Il lui répondit : « J’ai déjà institué à leur intention le récit des sacrifices : chaque fois qu’ils le liront, je le leur compterai comme s’ils m’apportaient un sacrifice, et leur pardonnerai toutes leurs fautes. »

Nos sages disent encore que toute personne qui étudie les lois relatives au sacrifice expiatoire (‘hatat), c’est comme si elle offrait un sacrifice expiatoire, et que si l’on étudie les lois de l’offrande délictive (acham), c’est comme si l’on offrait un délictif ; et ainsi de l’étude de tous les sacrifices (Mena’hot 110a ; cf. La Prière d’Israël 13 § 5-6 sur le sens du sacrifice perpétuel et de l’encens).

Cela signifie que chaque acte accompli en ce monde est doté d’une âme intérieure. L’âme des mitsvot est constituée par les paroles de la Torah qui se rapportent à ces mitsvot. Cela est particulièrement vrai des sacrifices, dont tout le propos est d’exprimer le lien à Dieu. Aussi, quand il est impossible d’offrir effectivement les sacrifices, l’étude de ceux-ci est considérée comme un substitut à leur oblation (cf. Maharal, Guevourot Hachem[a] 5, 8).

Aussi, de nombreux hommes ont-ils l’usage de lire chaque matin, avant l’office, le paragraphe du sacrifice perpétuel. Certes, les sages du Talmud n’ont pas positivement décrété que ce passage fût récité, si bien que sa récitation n’est pas considérée comme une obligation véritable ; mais puisque l’usage de réciter ce paragraphe est basé sur des paroles de nos sages, de mémoire bénie, et puisque ceux-ci ont fixé l’horaire de la prière matinale en fonction du sacrifice perpétuel du matin, les hommes ont pris l’usage de dire ce paragraphe chaque jour, au point que sa récitation s’est établie à la manière d’une obligation.

Deuxième en importance après le paragraphe du sacrifice perpétuel (Tamid) est celui de l’encens (Qetoret), car l’encens était, lui aussi, fumé chaque jour. Dans le Zohar (Vayaqhel 218b), on fait grand éloge de ceux qui le récitent chaque jour. Il est bon que les hommes récitent également les autres paragraphes et prières imprimés dans la section des sacrifices, toutefois il n’est pas obligatoire de les réciter (La Prière d’Israël 13 § 1, note 1).


[a]. Traduit en français par Edouard Gourévitch sous le titre Les Hauts Faits de l’Eternel (Cerf).

03. Signification de la lecture des Pessouqé dezimra

La prière doit s’agencer selon un certain ordre : il faut commencer par des louanges à Dieu et, seulement après, Lui adresser ses requêtes. Nous apprenons cela de la prière de Moïse notre maître. Celle-ci débutait par des louanges : « Eternel Dieu, Tu as commencé de révéler à Ton serviteur Ta grandeur et la puissance de Ta main ; et quelle est la divinité, aux cieux et sur la terre, qui pourrait égaler Tes œuvres et Ta puissance ? » (Dt 3, 24). Ce n’est qu’ensuite qu’était formulée la requête : « Laisse-moi, de grâce, passer le Jourdain, que je voie la bonne terre… » (verset 25). En se fondant sur ce passage, Rabbi Simlaï conclut : « Que toujours on expose la louange du Saint béni soit-Il avant que de prier » (Berakhot 32a).

Certes, la priorité de la louange sur la requête se réalise essentiellement par l’agencement des bénédictions de la ‘Amida, comme nous l’avons vu (chap. 12 § 9) : par ses trois premières bénédictions, la ‘Amida commence par des louanges, et se poursuit seulement ensuite par des bénédictions de requête. Toutefois, il y a lieu d’introduire également l’ensemble de l’office par des louanges, et tel est le propos des Pessouqé dezimra (littéralement « versets de cantiques »).

En récitant les Pessouqé dezimra, la fidèle médite sur la grandeur du Créateur ; grâce à cela, lorsqu’il se tiendra ensuite en prière durant la ‘Amida, il saura devant Qui il se tient ; faute de quoi, il est à craindre que l’on ne prie pour ses besoins à la manière de ces idolâtres, dont toute la motivation tient dans la réussite de leurs basses entreprises personnelles, et qui ne cherchent pas du tout à s’attacher à Dieu, béni soit-Il, source de la vie. En revanche, celui qui purifie son cœur en méditant sur la grandeur de Dieu saura comment prier ; alors même qu’il présentera ses requêtes, pour sa santé, sa subsistance, il le demandera dans le but de pouvoir s’attacher à Dieu et réparer le monde en établissant le règne du Tout-Puissant. De cette façon, sa prière est plus vraie ; dès lors, elle est agréée (cf. ‘Olat Reïya du Rav Kook, I p. 14).

C’est à cela que fait allusion le nom Pessouqé dezimra : le mot zimra désigne des chants, des cantiques, mais aussi la taille de la vigne. De même que celui qui taille sa vigne coupe les branches superflues afin de renforcer la pousse des branches destinées à porter de bons fruits, ainsi, par la lecture des Pessouqé dezimra, le fidèle retranche ses pensées erronées, ses mauvais sentiments, et fait s’estomper la paresse accumulée en lui par l’effet du sommeil. De cette façon, il pourra prier en dirigeant sa pensée : avec kavana. Or puisque cette purification à l’approche de la prière réjouit, puisqu’elle est source de délice, elle donne lieu au chant et à la mélodie. C’est aussi pour cela que ces versets sont appelés Pessouqé dezimra, versets de chants délectables (cf. La Prière d’Israël 14, note 2).

04. Leur récitation est-elle obligatoire ?

Jadis, durant la période des Tannaïm, la récitation des Pessouqé dezimra était considérée comme un pieux usage, que les sages louaient ; pour introduire leur récitation, ils instituèrent la bénédiction Baroukh chéamar et, pour la conclure, la bénédiction Yichtaba’h. Au fil du temps, l’usage s’est répandu au point de devenir obligatoire, si bien que tous les hommes commencent leur prière par les Pessouqé dezimra (La Prière d’Israël 14, note 1).

Toutefois, les femmes sont dispensées de les réciter, car la lecture des Pessouqé dezimra est dépendante du temps. En effet, il est prescrit de les réciter avant la prière de Cha’harit, or les femmes sont dispensées des mitsvot « positives » dont l’accomplissement est soumis à un temps déterminé. Certains auteurs, il est vrai, estiment que, puisque les femmes sont tenues de réciter la ‘Amida, elles sont également tenues de dire les Pessouqé dezimra, afin de se préparer à celle-ci. Toutefois, selon la majorité des décisionnaires, et quoique les femmes soient tenues de réciter la ‘Amida, elles ne sont pas obligées aux préparations et aux introductions dont la lecture ne conditionne pas la validité de la ‘Amida, puisque s’applique à elles la dispense des mitsvot dont la pratique est conditionnée par le temps. Et c’est en ce sens que la règle est tranchée : les femmes ne sont pas tenues de dire les Pessouqé dezimra ; mais si l’on veut donner à sa prière une forme plus accomplie, on est autorisé à les dire avec leurs bénédictions, afin de se préparer avec perfection à la ‘Amida (comme nous l’avons vu au chap. 2, note 10)[2].


[2]. Le Michna Beroura 70, 2 rapporte que, selon Rabbi Aqiva Eiger, les femmes sont tenues de dire les Pessouqé dezimra, car ceux-ci constituent une préparation à la ‘Amida. Toutefois, l’auteur du Michna Beroura signale dans ses notes (Cha’ar Hatsioun) que, selon le Choul’han ‘Aroukh Harav 70, 1, les femmes en sont exemptées. En réalité, nombreux sont ceux qui se sont demandé comment le Michna Beroura avait pu inférer des propos de Rabbi Aqiva Eiger que les femmes sont tenues à la lecture des Pessouqé dezimra. Certains décisionnaires ont donné pour directive pratique que les femmes lisent les Pessouqé dezimra, en raison du fait que le Michna Beroura incline à le penser ; c’est ce qu’écrivent le Halikhot Bat Israël 2, 7 et le Iché Israël 7, 10. C’est aussi ce qu’écrit le Bérour Halakha (du Rav Zilber), seconde édition, Ora’h ‘Haïm 70, qui appuie son opinion sur les propos du Maharil.

Toutefois, pour la grande majorité des décisionnaires, les femmes sont dispensées des Pessouqé dezimra. C’est ce qu’écrivent le Choul’han ‘Aroukh Harav 70, 1 (déjà cité), le ‘Aroukh Hachoul’han 70, 1, le Ye’havé Da’at III 3, le Ma’hazé Eliahou 15. De plus, puisque certains décisionnaires estiment que les femmes ne sont tenues qu’à une seule prière quotidienne et qu’elles peuvent s’acquitter à Min’ha, que d’autres estiment même qu’elles ne sont tenues de réciter que les bénédictions matinales et celles de la Torah – comme nous l’avons vu, supra 2 § 3-4 – et que de nombreuses femmes ont cette coutume (cf. Halikhot Chelomo 2, note 5), il est clair qu’elles n’ont pas l’obligation de réciter les Pessouqé dezimra.

05. De quels versets se composent les Pessouqé dezimra ?

Les passages essentiels des Pessouqé dezimra sont les six derniers psaumes (Ps 145 à 150). Le plus important est le premier des six, Téhila lé-David (Louange de David), psaume 145. On a l’usage d’introduire ce psaume par deux versets commençant l’un et l’autre par le mot achré (« heureux ») : « Heureux ceux qui sont assis dans Ta Maison, qu’ils Te louent toujours / Heureux le peuple qui connaît un tel sort, heureux le peuple dont l’Eternel est Dieu » (Ps 84, 5 et 144, 15). C’est pourquoi on a l’habitude de surnommer ce psaume Achré. Après le psaume 145, on dit cinq psaumes qui ont pour particularité de débuter et de s’achever par le mot Alléluia (« louez Dieu »), et au sujet desquels Rabbi Yossé a dit : « Que ma part soit avec ceux qui disent le Hallel[b] chaque jour » (Chabbat 118b).

À l’époque des Savoraïm[c] (qui suit celle des Amoraïm, maîtres du Talmud), on a introduit l’usage de réciter Hodou (« Louez Dieu car Il est bon, car Sa grâce est éternelle », I Ch 16, 8-36), cantique de louange que prononça David lorsque l’arche de Dieu retourna à la tente du Sanctuaire, après que les Philistins s’en furent emparé. Par la suite, à l’époque du Temple, on disait la moitié de ce cantique au moment du sacrifice perpétuel du matin, et l’autre moitié lors du sacrifice perpétuel de l’après-midi (Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm 50). Selon la coutume ashkénaze, on lit Hodou après la bénédiction Baroukh chéamar, afin que tous les cantiques de louange et de gloire soient inclus entre les bénédictions des Pessouqé dezimra (Tour, Ora’h ‘Haïm 51). Selon la coutume séfarade et sfard, on lit Hodou avant Baroukh chéamar, car la lecture de cet hymne prolonge celle du paragraphe de l’offrande quotidienne, lui-même inclus dans la section des sacrifices (Echkol, Kolbo).

Les Savoraïm ont encore institué la lecture, avant Achré, d’une suite de versets commençant par les mots Yehi khevod (« L’honneur de l’Eternel durera à jamais »), car ces versets renforcent la foi en Dieu et en la délivrance d’Israël (Sofrim 17, 11). Rabbi Isaac Louria s’étend longuement sur les secrets que contient ce passage (Kaf Ha’haïm 51, 13).

Par la suite, pendant la période des Guéonim[d], on a encore ajouté aux Pessouqé dezimra des paragraphes et des versets : les Guéonim ont institué la lecture du psaume Mizmor letoda (Cantique de reconnaissance, Ps 100) car, selon nos maîtres, de mémoire bénie, tous les cantiques sont destinés à disparaître sauf celui-ci (Vayiqra Rabba 9, 7) ; aussi, il convient de le chanter. On ne le dit pas le Chabbat, ni les jours de fête, mais on le remplace par Mizmor chir leyom hachabbat (cantique pour le jour de Chabbat, Ps 92)[3].

Certains, rapportent les Guéonim, ont l’usage de lire Vaïvarekh David (« David bénit l’Eternel », I Ch 29, 10-13 et Ne 9, 6-11) ainsi que le Cantique de la mer Rouge (Chirat hayam) que Moïse et les enfants d’Israël chantèrent à l’Eternel (Ex 15, 1-18). Au cours des siècles, l’usage s’en est répandu, si bien qu’à la fin de la période des Richonim[e], tout le monde avait déjà coutume de dire ces passages. Certes, la partie essentielle des Pessouqé dezimra est constituée de cantiques de David, comme nous le disons dans la bénédiction Baroukh chéamar : « Nous te glorifierons par les chants de David, ton serviteur ». Toutefois, rien n’empêche d’ajouter aux Pessouqé dezimra le paragraphe Vaïvarekh David, qui ne fait pas partie des Psaumes, ni le Cantique de la mer Rouge, qui est le cantique de Moïse (La Prière d’Israël 14, note 3).


[b]. Le mot Hallel (louange) désigne dans ce cas l’ensemble des psaumes 145 à 150, dont les cinq derniers commencent et s’achèvent par Alléluia.

[c]. 6ème et 7ème siècles de l’ère civile.

[d]. Jusqu’au11ème siècle de l’ère civile.

[3].Suivant l’usage ashkénaze, on dit Mizmor letoda en référence au sacrifice de reconnaissance (toda) qui était accompagné de pains levés ; aussi ne dit-on pas ce psaume à la veille de Pessa’h, ni aux jours intermédiaires de Pessa’h (‘Hol hamo’ed), ni la veille de Kippour, jours durant lesquels on n’offrait pas de sacrifice de toda en raison de l’interdit lié au ‘hamets (pâte levée) ou au jeûne. Selon l’usage séfarade, le propos de cette lecture est la louange et la reconnaissance, et non la référence à l’offrande de toda, aussi dit-on ce psaume également durant ces jours (Beit Yossef et Rama, 51, 8).

[e]. 16ème siècle de l’ère civile.

06. Coutumes et intentions liées à la lecture des cantiques

En raison de la valeur particulière de la bénédiction Baroukh chéamar, qui fait allusion à des notions très élevés, on a l’usage de la réciter debout (Michna Beroura 51, 1 ; Kaf Ha’haïm 1). Selon l’usage ashkénaze, on se lève aussi pour la bénédiction Yichtaba’h, qui clôt les Pessouqé dezimra ; selon l’usage séfarade, on ne se lève pas pour cette dernière bénédiction (Rama 51, 7 ; Kaf Ha’haïm 42). On a également l’usage de se lever pour Vaïvarekh David (« David bénit l’Eternel aux yeux de toute l’assemblée »), jusqu’aux mots acher ba’harta bé-Avram (« … qui as choisi Avram », Ne 9, 7), en raison de l’honneur dû à la royauté d’Israël, fondée par le Roi David[4].

On récite les cantiques tranquillement, et non hâtivement (Choul’han ‘Aroukh 51, 8). En particulier, il faut se concentrer sur le psaume Tehila lé-David (Ps 145 précédé des deux versets commençant par achré). Nos sages disent que celui qui récite ce psaume chaque jour méritera le monde futur (cf. La Prière d’Israël 14, note 5), car les louanges qu’il contient sont rédigées dans l’ordre alphabétique[f], et parce que l’on y trouve l’important verset Potéa’h et yadékha : « Tu ouvres la main et rassasies volontiers tout être vivant » (verset 16 ; Berakhot 4b). Si l’on se souvient que l’on ne s’est pas concentré en récitant ce verset, Potéa’h et yadékha, on le répétera en se concentrant cette fois ; et même si l’on a déjà commencé la lecture d’autres louanges, on répétera ledit verset (Choul’han ‘Aroukh 52, 7 ; La Prière d’Israël 14, 3 note 5).

Dans la mesure où Baroukh chéamar est la bénédiction introductive aux Pessouqé dezimra et où Yichtaba’h en est la bénédiction conclusive, l’ensemble des Pessouqé dezimra forme une unité qu’il est interdit d’interrompre par des paroles. Toutefois, en cas de grande nécessité, par exemple pour éviter une perte financière, il est permis de s’interrompre par des paroles. De même, pour éviter de vexer autrui, il est permis de répondre à son bonjour (le Michna Beroura 51, 7 écrit que, dans de tels cas, on dira, avant et après l’interruption, les trois versets commençant par Baroukh Ado-naï, que l’on trouve avant Vaïvarekh David).

Si l’on a besoin d’aller aux toilettes alors que l’on est en train de réciter les Pessouqé dezimra – et quoique certains disent que, afin de ne pas interrompre leur lecture par la récitation de la bénédiction Acher yatsar, il vaut mieux repousser celle-ci après l’achèvement de sa prière –, il est préférable de réciter immédiatement Acher yatsar. En effet, si l’on repousse sa récitation après la prière, il est à craindre de l’oublier (La Prière d’Israël 14, note 6).


[4]. Suivant la coutume séfarade et sfard, on a aujourd’hui l’usage de se lever dès que l’on dit Hachem Mélekh, Hachem malakh etc. (« L’Eternel règne, l’Eternel a régné, l’Eternel règnera à jamais »), avant Baroukh chéamar. Cf. La Prière d’Israël 14, note 4.

[f]. Ce psaume est un acrostiche qui suit l’ordre de l’alphabet. L’ordre alphabétique exprime une idée de louange universelle, embrassant l’ensemble des moyens d’expression (Aboudraham).

07. Ordre de priorité

Une femme qui souhaite réciter les Pessouqé dezimra et ses bénédictions, mais qui n’a pas le temps de dire l’ensemble des paragraphes, pourra en réciter l’essentiel : elle commencera par la bénédiction Baroukh chéamar, poursuivra par les six psaumes, de Achré à la fin des Alléluias (Ps 145 à 150), qui constituent la partie principale des Pessouqé dezimra, puis conclura par la bénédiction Yichtaba’h. S’il lui arrive d’être plus pressée, elle pourra suivre la coutume abrégée, consistant à réciter Baroukh chéamar, Achré-Tehila lé-David (Ps 145), les deux psaumes commençant par les mots Alléluia, hallelou (« Louez Dieu, louez le… »), c’est-à-dire les psaumes 148 et 150, puis Yichtaba’h. Si l’on n’a pas assez de temps non plus pour cela, on pourra se contenter de dire Baroukh chéamar, Achré-Tehila lé-David et Yichtaba’h. Mais si l’on n’a pas non plus le temps de dire Achré, on ne pourra réciter les bénédictions Baroukh chéamar et Yichtaba’h, car celles-ci ont été instituées pour encadrer les cantiques de David : à tout le moins, il faut dire le psaume principal qu’est Achré-Tehila lé-David entre les deux bénédictions.

Toutefois, cette possibilité n’est donnée que de manière occasionnelle ; en revanche, il semble que celle qui souhaiterait, de manière régulière, ne dire qu’Achré-Tehila lé-David en introduction à sa prière, ne pourrait réciter les bénédictions Baroukh chéamar et Yichtaba’h qui encadrent ce psaume ; en effet, on a pris la coutume de dire ces bénédictions pour servir de cadre à la partie essentielle des Pessouqé dezimra, laquelle est constituée des six psaumes, 145 à 150 ; or puisque les femmes n’ont pas l’obligation de réciter les Pessouqé dezimra, il ne convient pas qu’elles en récitent les bénédictions suivant l’usage a posteriori.

Dans le cadre de la scolarité des filles, les éducatrices sont autorisées à décider que, de façon régulière, les élèves se contenteront de réciter les bénédictions Baroukh chéamar et Yichtaba’h avec les six Alléluias. Ainsi, d’un côté, les élèves réciteront les Pessouqé dezimra, et de l’autre, on n’appesantira pas trop leur charge. Toutefois, s’il semble aux éducatrices qu’il est difficile aux élèves de lire avec attention les six Alléluias, il sera préférable de ne pas leur faire réciter du tout les Pessouqé dezimra (comme expliqué ci-dessus, chap. 8 § 3)[5].


[5]. La règle des priorités est la suivante : l’essentiel de la prière consiste dans : les bénédictions matinales suivies des bénédictions de la Torah, le premier verset du Chéma Israël, la ‘Amida. Si l’on dispose de plus de temps, il est préférable de dire la bénédiction Emet véyatsiv, qui suit le Chéma Israël, car il s’y trouve la mention de la sortie d’Egypte, événement dont le rappel est une obligation toranique pour les hommes, et même, de l’avis de certains auteurs, une obligation pour les femmes. De plus, en récitant cette bénédiction, on a l’avantage de juxtaposer la mention de la délivrance d’Israël (par laquelle se conclut Emet véyatsiv) à la prière par excellence qu’est la ‘Amida, comme nous l’avons vu plus haut, chap. 8 § 3, note 4.

Après cela, par ordre d’importance, viennent les Pessouqé dezimra, c’est-à-dire, plus précisément, la bénédiction Baroukh chéamar suivie des six Alléluias et de Yichtaba’h. Il est vrai que le Bérour Halakha du Rav Zilber, Ora’h ‘Haïm I, 60 et le Iché Israël 7, 18 estiment, en matière de priorité que, dès lors qu’une femme a le temps de réciter Baroukh chéamar, Achré et Yichtaba’h, elle devra réciter la suite du Chéma Israël et ses bénédictions, et que, si elle dispose de plus de temps, elle récitera le reste des Pessouqé dezimra. Toutefois, cette position est difficile à défendre, car certains décisionnaires estiment que les femmes ont l’obligation de réciter les Pessouqé dezimra, et, selon tous les avis, ces louanges constituent une préparation à la prière ; or les femmes ont l’obligation de prier, et la partie essentielle des Pessouqé dezimra est bien constituée par les six derniers chapitres du livre des Psaumes, comme le disent le Rif et le Roch (cf. La Prière d’Israël 14, note 3, ainsi que la fin de la note 1 et la note 10). Dans ces conditions, pourquoi la femme donnerait-elle priorité aux bénédictions du Chéma dont elles sont assurément dispensées, et qui ne constituent pas une préparation à la prière ? (Le Avné Yachfé 16, 7 laisse la question en suspens pour cette raison.) Par conséquent, il semble que l’ensemble des six Alléluias ait priorité sur les bénédictions du Chéma, comme nous le disons ci-dessus, chap. 8 § 3, note 4.

Nous trouvons également que l’auteur du Halikhot Bat Israël 2, note 21, écrit au nom du Rav Sheinberg que les femmes doivent réciter les Pessouqé dezimra, et qu’elles peuvent se contenter peut-être de Baroukh chéamar, Achré et Yichtaba’h. De nouveau, cet avis semble difficile à défendre : comment peut-on recommander d’omettre de façon permanente la partie essentielle des Pessouqé dezimra ? Peut-être cet avis s’explique-t-il par l’influence du Michna Beroura, qui infère des propos de Rabbi Aqiva Eiger que les femmes sont tenues de réciter les Pessouqé dezimra, si bien que le Halikhot Bat Israël donne aux femmes pour consigne permanente de les réciter, même de la façon la plus abrégée, en se fondant sur les élèves de Rabbénou Yona, qui écrivent que les Pessouqé dezimra ont été principalement institués en vue de la récitation d’Achré-Tehila lé-David. Toutefois, l’opinion de la majorité des décisionnaires est que les femmes sont dispensées de la récitation des Pessouqé dezimra, comme nous l’avons vu en note 2 ; par conséquent, pourquoi les réciteraient-elles de la manière la plus abrégée ? Si une femme souhaite apporter à sa prière un supplément de perfection en les récitant, il est nécessaire qu’elle les récite comme il convient, c’est-à-dire avec l’ensemble des six psaumes, qui constituent la partie essentielle des Pessouqé dezimra, comme l’écrivent le Rif et le Roch (et sauf mention contraire, il n’y a pas de raison de penser que les élèves de Rabbénou Yona ne s’accordent pas avec cela), et qu’elle ne se contente pas de dire, à la hâte, un seul psaume. Le Rav Na’houm Eliézer Rabinowitz – qu’il soit distingué pour une bonne et longue vie –, auteur du Yad Pechouta sur Maïmonide, s’accorde avec notre position à ce sujet.

De plus, le Ye’havé Da’at III 3 décide qu’il est interdit aux femmes de dire les bénédictions des Pessouqé zimra, car celles-ci sont dépendantes du temps. Et bien que l’on n’ait pas coutume de le suivre à ce sujet, comme expliqué plus haut, chap. 2, note 10, il est juste de tenir compte de son opinion en ne récitant pas lesdites bénédictions pour la récitation d’un seul psaume. Du reste, même s’agissant des hommes, il serait peut-être souhaitable de ne pas enseigner de réciter régulièrement ces bénédictions pour n’encadrer qu’Achré/Tehila lé-David. En revanche, après avoir dit les six psaumes qui constituent l’essentiel des Pessouqé dezimra, la femme doit donner priorité au Chéma Israël et à ses bénédictions, en raison de leur importance, puis au paragraphe du sacrifice perpétuel et aux versets de l’encens, qui ont préséance sur les autres paragraphes des Pessouqé dezimra, comme nous l’expliquons dans La Prière d’Israël 13, 1, note 2. Les règles de préséance dans leurs généralités sont exposées ci-dessus, chap. 8 § 3, note 4.

Contents