Chapitre 17 – Bénédictions de reconnaissance et de joie

11. Détails d’application

Même si l’on a parlé à son ami par téléphone ou par vidéo au cours des trente jours, on dira la bénédiction quand on le reverra, si l’on se réjouit de le revoir[10].

Si, ayant rencontré un bon ami que l’on n’avait pas vu pendant trente jours, on a récité Chéhé‘héyanou, et qu’on rencontre ensuite un autre bon ami, que l’on n’avait pas vu non plus pendant trente jours, on répétera la bénédiction ; et ainsi de suite pour le troisième ami, le quatrième, et ainsi de suite. Car tant qu’il s’agit de nos amis chers, et que l’on est heureux de les revoir, on récite la bénédiction. Cependant, si l’on voit plusieurs de ses amis ensemble, une seule bénédiction vaudra pour tous (Da‘at Torah 225, 1).

Lorsqu’on prend part à une réunion amicale ou familiale, il est juste d’honorer l’un des participants, qui se réjouit assurément de cette rencontre, en l’invitant à réciter à haute voix la bénédiction Chéhé‘héyanou pour ses retrouvailles avec tous ceux de ses amis ou parents présents qu’il n’avait pas rencontrés pendant trente jours. Celui-là formera l’intention de les acquitter tous de la bénédiction, et eux aussi répondront amen en formant l’intention de s’en acquitter de cette façon. Ainsi, tous seront quittes de la mitsva de louer et bénir l’Éternel pour tous les bons amis qu’ils voient lors de cette rencontre.


[10]. Le Michna Beroura 225, 2 écrit que les A‘haronim sont partagés quant au cas dans lequel on reçoit une lettre de son ami au cours des trente jours. En raison du doute, ajoute-t-il, on ne récitera pas la bénédiction ; et plusieurs auteurs contemporains reproduisent ces paroles. Cependant, de nombreux auteurs se sont étonnés de cette position, car, disent-ils, on n’a point trouvé l’expression d’une telle opinion dans la littérature. Selon ces auteurs, on prononcera la bénédiction, même si l’on a reçu une telle lettre. Telle est la position du Halakhot Qetanot I, 220 et du Séder Birkot Hanéhénin 12, 11. Selon certains auteurs, même si les deux amis se sont parlé par téléphone, ils réciteront la berakha quand ils se reverront ; c’est ce qu’écrivent le ‘Hazon Ovadia p. 506, le Birkat Hachem IV, 2, note 146, et le Pisqé Techouvot 225, note 23. On pourrait certes dire que, si l’on a eu une longue conversation vidéo, il n’y aura plus lieu de réciter la berakha quand on se reverra. Mais en pratique, il semble qu’il y ait une valeur particulière au fait de se rencontrer véritablement ; par conséquent, dès lors que l’on se réjouit de la rencontre véritable, on récitera la berakha.

12. Ami que l’on n’a pas vu pendant douze mois

Si l’on n’a pas vu tel ami cher pendant douze mois, et que l’on n’ait pas non plus entendu de ses nouvelles, au point qu’une certaine crainte pourrait exister qu’il ne fût plus vivant, on dira, en le revoyant : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, me‘hayé hamétim (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui ressuscites les morts »). (Berakhot 58b ; Choul‘han ‘Aroukh 225, 1)

De prime abord, il y a lieu de s’étonner : au moment de la rencontre, l’ami ne ressuscite pas ; pourquoi faudrait-il dire, en le revoyant, « Béni sois-Tu… qui ressuscites les morts » ? Et cependant la séparation d’une année crée un changement réel dans l’esprit. Durant ces nombreux jours, la pensée s’est concentrée sur d’autres choses, et les sentiments d’amitié ont été oubliés, disparus au tréfonds de l’âme. (Le deuil, lui aussi, s’achève au terme d’une année, parce que la durée d’un an émousse et fait oublier l’intensité des sentiments premiers.) De sorte qu’il semble presque impossible, d’après la sèche logique – laquelle considère seulement ce qui s’offre à la vision –, de faire revivre les sentiments d’amitié après une séparation d’un an, après que la sensibilité s’est portée vers d’autres domaines, d’autres amis. Mais à la vérité, bien que les sentiments d’amitié paraissent extérieurement oubliés, l’amitié est, dans les replis de l’âme, vivante et solide ; et dès que l’on se rencontre de nouveau, elle revient à la vie. Il y a dans ce fait une affinité avec la résurrection des morts ; aussi dit-on, en revoyant l’ami dont on était resté sans nouvelles pendant un an, Me‘hayé hamétim, « qui ressuscites les morts », afin de signaler la force prodigieuse de la vie intérieure, qui peut se réveiller, même après une longue torpeur. Tout à fait semblablement, nous avons foi dans le fait qu’aucune nostalgie véritable ne reste lettre morte. La mort elle-même ne peut faire disparaître l’amour, et dans la profondeur de l’existence, dans les recoins de l’âme, tout demeure intact pour toujours, jusqu’à la fin des temps ; tous se relèveront alors, ressusciteront, et retrouveront tous leurs êtres chers, leurs amis bien aimés (cf. ‘Olat Réïya I, 380).

Cette bénédiction n’est presque plus dite, de nos jours, car, grâce aux moyens de communication, on entend au cours de l’année s’il arrive quelque chose de marquant à ses amis. Aussi, en se revoyant, on dira simplement Chéhé‘héyanou (Halakhot Qetanot I, 220 ; Birké Yossef 225, 3).

13. Naissance d’un fils ou d’une fille

Pour la naissance d’un fils, on dit Hatov vé-hamétiv, parce que cette joie est commune au père et à la mère (Berakhot 59b ; Choul‘han ‘Aroukh 223, 1). Si le père se trouve auprès de sa femme accouchée, l’un d’eux prononcera la bénédiction, et l’autre répondra amen. Si le père ne se trouve pas auprès de sa femme, celle-ci prononcera la bénédiction de son côté, et le père la dira au moment où il entendra la bonne nouvelle de la naissance de son fils (Or‘hot ‘Haïm I, Sé‘ouda 34).

Pour la naissance d’une fille, au moment de la voir pour la première fois, les parents diront Chéhé‘héyanou (Séder Birkot Hanéhénin 12, 12 ; Michna Beroura 223, 2). S’ils se trouvent ensemble après l’accouchement, l’un d’eux dira la bénédiction, et l’autre répondra amen. Si le père n’est pas auprès de sa femme accouchée, celle-ci dira la berakha dès qu’elle verra sa fille ; et quand le père, à son tour, verra sa fille pour la première fois, il dira, lui aussi, la bénédiction Chéhé‘héyanou. S’ils ne l’ont pas récitée au moment où ils ont vu leur fille pour la première fois, ils pourront encore louer l’Éternel et dire Chéhé‘héyanou tant qu’ils éprouvent de la joie et s’émeuvent en la voyant[11].

Quand des parents apprennent qu’ils ont donné naissance à un enfant malade, ou porteur d’une anomalie, ils ne diront pas de bénédiction, car ils ne sont pas heureux. Toutefois, s’ils sont heureux de cet enfant malgré cela, ils diront la bénédiction.

Le grand-père et la grand-mère, eux aussi, s’ils sont très heureux en voyant leur petit-fils ou leur petite-fille pour la première fois, diront la bénédiction Chéhé‘héyanou.

De même, d’autres membres de la famille, ou des amis très proches, s’ils éprouvent une grande joie en voyant le bébé, garçon ou fille, sont autorisés à dire Chéhé‘héyanou. Même au moment où l’on entend la bonne nouvelle, si l’on est très heureux, on est fondé à dire Chéhé‘héyanou, bien que l’on ne voie pas encore le nouveau-né. Si l’on a dit la bénédiction au moment où l’on entendait la nouvelle, on ne la répétera pas le jour où l’on verra le bébé (Séder Birkot Hénéhénin 12, 7 ; Béour Halakha 223, 1).


[11]. Une femme qui avait perdu son mari avant d’enfanter son fils, dira Chéhé‘héyanou, puisqu’elle est seule à éprouver de la joie. De même, l’homme dont la femme meurt en donnant naissance à son enfant dira, pour le décès de sa femme, Dayan ha-émet, puis, pour la naissance de son fils ou de sa fille, Chéhé‘héyanou (Michna Beroura 223, 4-6).

La différence faite entre la naissance d’un fils et celle d’une fille s’explique par un motif halakhique : le fils a l’obligation d’honorer et d’aider ses parents constamment. Même s’il se marie et doit élever de petits enfants, il a l’obligation de s’occuper de ses parents et de les assister s’ils ont besoin d’aide. La fille, quant à elle, lorsque l’assistance à apporter à ses parents contredit les besoins de son mari et de ses enfants, est dispensée de l’obligation d’aider ses parents (Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 240, 17 et 24 ; cf. Sifté Cohen 19). Or, comme nous l’avons vu (§ 3), la bénédiction Hatov vé-hamétiv requiert un bienfait tangible. C’est ce qui ressort des responsa du Rachba IV, 77.

On peut également dire que la prescription de dire Hatov vé-hamétiv se basait, à l’origine, sur la situation socio-économique, d’après laquelle la naissance d’un garçon était un grand motif de réjouissance, tandis que la naissance d’une fille réjouissait les parents dans une moindre mesure. En effet, le fils apportait son concours à l’activité professionnelle de la famille, tandis que la fille était appelée à se marier et à habiter auprès de la famille de son mari. De plus, les parents qui avaient de nombreuses filles souffraient parfois de la faim, parce qu’ils devaient consacrer tout leur patrimoine à la recherche d’un mari pour chacune d’entre elles. De sorte que, en d’autres temps, on ne récitait pas même Chéhé‘héyanou à la naissance d’une fille.

Dans ces conditions, de nos jours, les parents qui se réjouissent de la naissance de leur fille au même degré que s’il s’agissait d’un fils, doivent dire, de prime abord, Hatov vé-hamétiv. Cependant, la consigne habituellement observée, et qui perpétue la tradition en même temps qu’elle exprime la joie liée à la naissance d’une fille, est celle que nous notions dans le corps de texte. Quoi qu’il en soit, ceux qui se réjouissent autant de la naissance d’une fille que de celle d’un fils, et qui voudraient dire Hatov vé-hamétiv, y sont autorisés.

14. Nouveaux fruits

Si l’on voit un fruit qui se renouvelle en sa saison, on dira Chéhé‘héyanou, afin d’exprimer notre reconnaissance envers Dieu, qui renouvelle le monde et fait pousser pour nous ce fruit en sa saison. Autrefois, quand l’agriculture était un métier plus répandu, on avait coutume de dire Chéhé‘héyanou au moment où l’on voyait les nouveaux fruits, car c’est alors que l’on s’en réjouissait. De nos jours encore, si l’on veut dire la berakha au moment où l’on voit le fruit nouveau, on y est autorisé. Cependant la coutume généralement observée est de dire Chéhé‘héyanou au moment où l’on mange du fruit nouveau pour la première fois de l’année ; en effet, la plupart des gens se réjouissent davantage du renouvellement du fruit au moment où ils en mangent (Choul‘han ‘Aroukh 225, 3 ; Levouch).

Il est interdit de se fermer à l’abondance que l’Éternel créa en son monde ; comme l’enseignent nos Sages : « L’homme devra rendre des comptes pour tout ce que ses yeux auront vu mais dont il n’aura pas mangé. » (Talmud de Jérusalem, Qidouchin 4, 12) Car il y a là une forme de déconsidération de la valeur de la Création, dans toute la variété de ses espèces. Certains expliquent que la faute consiste ici à manquer, par ce biais, de réciter la bénédiction Chéhé‘héyanou, que l’on aurait pu dire sur les fruits nouveaux (Tachbets Qatan 320). On rapporte ainsi que Rabbi Eléazar économisait de l’argent pour pouvoir acheter toutes sortes de fruits, au moins une fois par an, afin de les goûter, de se réjouir, et de réciter à cette occasion la bénédiction Chéhé‘héyanou (Talmud de Jérusalem, Qidouchin, ad loc. ; Michna Beroura 225, 19).

Par conséquent, avant de consommer un fruit nouveau, il faut réciter deux bénédictions : l’une est Chéhé‘héyanou, l’autre Ha‘ets ou Ha-adama. Certains ont coutume de commencer par la bénédiction du fruit (Radbaz ; ‘Hida) ; d’autres par Chéhé‘héyanou (Michna Beroura 225, 11). On est fondé à choisir quelle coutume adopter.

On ne dit pas Chéhé‘héyanou sur un fruit tant qu’il est encore vert ; il faut attendre qu’il ait fini de mûrir, et qu’il soit savoureux (Choul‘han ‘Aroukh 225, 7). A posteriori, si l’on a dit la bénédiction alors que le fruit était comestible en cas de nécessité pressante, on n’aura pas à la redire sur des fruits de cette espèce quand leur maturation sera achevée (Michna Beroura 225, 12).

Si l’on oublie de dire Chéhé‘héyanou la première fois que l’on mange tel fruit nouveau, on en aura perdu l’occasion – qui est liée à la notion de renouveau –, et l’on ne pourra pas réciter cette bénédiction la deuxième fois qu’on en mangera (Michna Beroura 225, 13). Mais tant que l’on se livre à la première consommation, on peut encore réciter la berakha[12].

Si l’on a devant soi deux sortes de fruits nouveaux, une seule berakha vaut pour les deux, même si l’on n’a pas l’intention de manger, pour le moment, de la deuxième espèce. Mais si la deuxième espèce ne se trouve pas devant soi, quoique l’on en ait chez soi, la bénédiction Chéhé‘héyanou récitée sur la première espèce n’acquitte pas la seconde (cf. Michpatim Yecharim 45 ; Cha‘ar Hatsioun 227, 16 ; Me‘at Maïm 65).


[12]. Si, au sein d’une salade de fruits, est servi un fruit coupé dont on n’a pas encore mangé en cette saison, on prendra un morceau de ce fruit nouveau et l’on dira sur lui Chéhé‘héyanou. À cet égard, Chéhé‘héyanou est soumis à la même règle que Ha‘ets : de même que le découpage d’un fruit ne le prive pas de la bénédiction Ha‘ets, de même ne le prive-t-il pas de la bénédiction Chéhé‘héyanou.

Pour du jus d’orange, ou quelque autre jus de fruit, on ne dit pas Chéhé‘héyanou. En effet, les jus de fruits ne sont pas considérés comme des fruits, et leur bénédiction est Chéhakol. Seul le vin est assimilé au « fruit de la vigne », de sorte que certains avaient coutume de dire Chéhé‘héyanou sur le vin nouveau, à condition de n’avoir pas mangé, avant cela, du raisin de l’espèce même qui servit à faire ce vin. Il faut cependant qu’il soit perceptible que le vin provient de raisins nouveaux. De nos jours, cela n’est pas perceptible ; on ne récite donc plus Chéhé‘héyanou sur du vin de raisins nouveaux (cf. Michna Beroura 225, 15).

15. Fruits qui se renouvellent en leur saison, fruits constamment présents

Pour des fruits (ou légumes) qui ne se renouvellent pas en une saison particulière, mais qui poussent durant toute l’année, ou que l’on peut garder dans leur fraîcheur durant toute l’année, on ne récite pas Chéhé‘héyanou. Même si l’on n’en a pas mangé pendant longtemps, on ne dira pas cette bénédiction ; car celle-ci ne dépend pas de la joie individuelle, mais bien du renouvellement du fruit en sa saison (Choul‘han ‘Aroukh 225, 6). Par conséquent, jadis non plus, on ne disait pas cette berakha sur des noix, de l’oignon, de l’ail, des pommes de terre ou de la betterave, car ces fruits et légumes se conservaient ou étaient disponibles tout au long de l’année.

Il y a de nombreux fruits et légumes pour lesquels, autrefois, on disait Chéhé‘héyanou, car on ne pouvait les obtenir qu’en leur saison ; tandis qu’aujourd’hui, on les trouve sur le marché tout au long de l’année, de sorte que l’on ne dit plus cette bénédiction à leur propos. Il y a à cela trois raisons : a) de nos jours, on peut conserver par réfrigération de nombreux fruits, toute l’année durant ; ainsi des pommes et des bananes ; b) il y a des légumes, comme les concombres ou les tomates, que l’on peut cultiver aujourd’hui toute l’année, dans des serres ; c) grâce à l’importation de fruits, on peut distribuer de nombreux fruits tout au long de l’année. Par exemple, on trouve de nos jours des poires, toute l’année au marché : certains mois, elles sont importées de l’étranger.

Le principe est le suivant : pour tout fruit ou légume qui se trouve dans le commerce tout au long de l’année, à l’état frais, ou proche de l’état frais, on ne récite pas Chéhé‘héyanou, bien qu’il y ait une saison spécifique où il pousse. Mais si, pendant une certaine période, on ne le trouve pas fréquemment sur le marché, on dira Chéhé‘héyanou quand, au retour de sa saison, il réapparaîtra. Même s’il est possible de conserver ces fruits et légumes par réfrigération, ou de les importer, et quoique l’on puisse les trouver toute l’année dans certains magasins, on dira Chéhé‘héyanou au retour de leur saison. En effet, en pratique, il y a des mois où ils sont rares, de sorte que, lorsque leur saison revient et qu’on les trouve frais au marché, chacun peut sentir leur renouvellement (cf. Igrot Moché, Ora‘h ‘Haïm III, 34 ; ‘Hout Chani, ‘Inyané berakhot 7 ; certains auteurs tranchent différemment : cf. Pisqé Techouvot 225, 17, 2)[13].


[13]. Voici la majorité des fruits sur lesquels on a l’habitude de dire Chéhé‘héyanou, selon leur ordre d’apparition au cours de l’année : au printemps, commencent à mûrir les pêches, les nèfles, les bigarreaux, les cerises, les abricots, les raisins, les pastèques et les melons. Puis, l’été : les prunes, figues, mûres, litchis, figues de Barbarie, avocats, dattes fraîches, grenades, mangues, kakis et goyaves. À l’approche de Roch hachana, mûrissent les pamplemousses, mandarines, clémentines, caramboles, coings, pomelos et kiwis. Au mois de ‘hechvan [octobre-novembre], commencent d’apparaître les oranges, les feijoas et les fraises.

Il y a vraisemblablement des fruits et des légumes pour lesquels, aujourd’hui, nous disons Chéhé‘héyanou, mais que l’on trouvera un jour tout au long de l’année sur le marché, soit parce qu’on apprendra à les conserver par réfrigération, soit parce qu’on les importera. Dès lors, on ne dira plus Chéhé‘héyanou sur eux. Par conséquent, il ne faut pas s’appuyer absolument sur la présente liste : c’est seulement quand on sait que tel fruit était absent du marché pendant une certaine période que l’on récitera Chéhé‘héyanou à son retour.

 

16. Deux variétés d’une même espèce

Les décisionnaires sont partagés au sujet des fruits ou des légumes dont il existe plusieurs variétés. Certains disent qu’une seule bénédiction vaut pour elles toutes (Cheyaré Knesset Haguedola ; Birké Yossef). D’autres estiment que, puisqu’il existe entre ces variétés des différences significatives, on récite une bénédiction distincte pour chacune (Séfer ‘Hassidim ; Maharil ; Choul‘han ‘Aroukh 225, 4).

En pratique, il existe des variétés dont les différences sont petites, au point que seuls des spécialistes savent les distinguer. Il est clair qu’il n’y a pas lieu de dire Chéhé‘héyanou pour toutes les variétés d’une telle espèce. Même quand les différences sont discernables, du point de vue du goût et de l’apparence, le doute oblige à s’abstenir de redire la bénédiction, dès lors que ces différences ne sont pas grandes. Quand c’est possible, il est bon de se rendre quitte à l’égard de ces fruits, en récitant Chéhé‘héyanou sur un fruit requérant clairement cette bénédiction.

Mais quand il existe une grande différence entre les deux variétés, du point de vue gustatif et visuel, différence proche de celle qui distingue une espèce d’une autre, on sera autorisé, si l’on se réjouit de leur renouvellement, à dire Chéhé‘héyanou sur chacune. Le cas est en effet semblable à celui de deux espèces, plutôt que deux variétés d’une même espèce. Si, de plus, ces deux variétés ne poussent pas en même temps, il y a lieu de dire la bénédiction sur chacune[14].


[14]. Selon la majorité des décisionnaires, on récite la berakha pour chaque variété, car tel est l’avis du Teroumat Hadéchen, du Choul‘han ‘Aroukh 225, 4, du Maguen Avraham, du Gaon Rabbi Chnéour Zalman et de l’Elya Rabba. Face à cela, le ‘Hakham Tsvi, le Halakhot Qetanot, le Gaon de Vilna et le Birké Yossef écrivent que l’on ne redit pas la bénédiction. Selon le Cha‘ar Hatsioun 225, 18, chacun est autorisé à choisir quelle opinion il veut adopter. Quand les deux variétés mûrissent à des périodes différentes de l’année, nombre d’auteurs rigoureux admettent qu’il y a lieu de dire la berakha pour chacune ; c’est ce qu’écrivent le Birké Yossef, le Ben Ich ‘Haï, Réeh 13, et le ‘Hazon Ovadia, p. 447.

Exemples de variétés qui ont entre elles de grandes différences et qui croissent à des périodes différentes : le raisin blanc et le raisin noir ; les dattes jaunes [qui se consomment fraîches] et noires [qui ne se consomment que sèches] ; les prunes ordinaires (rondes) et les prunes de Californie (sombres et allongées). Pour les pommes également : si l’on sent la différence et la particularité des pommes du Hermon, par exemple, qui sont grandes, belles et rouges, dont le goût est acidulé et doux, et dont la saison revient à l’approche de Roch hachana, on sera fondé à dire Chéhé‘héyanou à leur sujet. Cf. Igrot Moché, Ora‘h ‘Haïm III, 33, selon qui, fondamentalement, même pour un type de fruit qui est présent chaque année grâce à la réfrigération, on peut dire Chéhé‘héyanou au retour de sa saison ; de sorte que l’on pourrait dire la bénédiction sur les pommes au moment de leur renouvellement. À plus forte raison sera-ce vrai pour la variété Hermon et certaines autres, qui sont spécifiques, et qui ne sont pas présentes toute l’année. Cf. cependant Vézot Haberakha p. 162, qui cite des opinions d’après lesquelles il n’y a pas lieu de dire Chéhé‘héyanou en ce cas.

En cas de doute, si l’on a un fruit ou un vêtement sur lequel on doit dire Chéhé‘héyanou, on pourra, par la berakha que l’on dira sur ce qui la requiert certainement, couvrir le fruit sur lequel porte le doute. Si, quand on a mangé pour la première fois des raisins blancs, on a oublié de dire Chéhé‘héyanou, et que l’on ait à présent des raisins noirs, il semble que l’on doive, d’après toutes les opinions, réciter Chéhé‘héyanou sur ces raisins noirs.

 

17. Fruits provenant d’arbres greffés

Certains auteurs pensent qu’il n’y a pas lieu de dire Chéhé‘héyanou sur des fruits poussant sur un arbre obtenu par greffe de deux espèces, puisque cet arbre est le produit de la transgression d’un interdit (Halakhot Qetanot I, 60). D’autres estiment que, de même que l’on récite, avant de les manger, la bénédiction Ha‘ets, de même faut-il réciter Chéhé‘héyanou. En effet, s’il est vrai que l’acte de greffe est interdit, les fruits qui ont poussé à cet arbre sont permis à la jouissance et à la consommation (Chéélat Ya‘avets I, 60).

En pratique, on a l’usage de dire la bénédiction Chéhé‘héyanou pour tout fruit qui se renouvelle en sa saison, sans s’inquiéter de savoir s’il s’agit d’un fruit provenant d’un arbre greffé de manière interdite. Cela, pour deux raisons : premièrement, parce que telle est la coutume, et que, en présence d’une coutume, on ne tient pas compte du doute portant sur une bénédiction. Deuxièmement, même si l’on sait que le fruit provient d’un arbre greffé, il n’est pas encore certain que cette greffe ait été faite de manière interdite : peut-être s’agit-il de la greffe de deux variétés d’une même espèce, dont la greffe n’est pas interdite. Il se peut aussi que la greffe ait été faite par un non-Juif ; or certains décisionnaires pensent qu’il n’est pas interdit à un non-Juif de pratiquer une greffe végétale.

De même, l’oroblanco (hébr. pomelit), mélange de pomélo et de pamplemousse, requiert la bénédiction Chéhé‘héyanou, car ce fruit a été créé par hybridation d’étamines, et non par greffe de branches d’arbre ; or de cette façon, il n’y a pas d’interdit (Pniné Halakha – Lois de la cacheroute I, 3, 5)[15]


[15]. Le Min‘hat Yits‘haq III, 25 tient compte du doute reposant sur la bénédiction ; aussi écrit-il qu’il ne faut pas dire Chéhé‘héyanou sur des fruits provenant d’arbres greffés de manière interdite. C’est aussi en ce sens qu’incline l’Igrot Moché, Ora‘h ‘Haïm II, 58. Mais l’usage est de dire Chéhé‘héyanou, comme l’explique le Yabia’ Omer, Ora‘h ‘Haïm V, 19, 6. De plus, même quand l’arbre est greffé, il n’est pas certain que la greffe ait été faite de manière interdite. En effet, si la greffe réunit deux variétés d’une même espèce, il n’y a pas d’interdit.

Si l’on suivait l’opinion selon laquelle on ne dit pas Chéhé‘héyanou pour un fruit ayant poussé sur un arbre greffé de manière interdite, il nous serait difficile de savoir sur quoi dire cette berakha, et sur quoi ne pas la dire. Par exemple, la majorité des poires poussent sur des arbres greffés de manière interdite ; il en va de même pour une part importante des abricots, des pêches, des prunes et des amandes. Par exemple, les pêchers cultivés dans les montagnes sont greffés de manière interdite avec des amandiers, tandis que ceux qui sont cultivés dans la plaine côtière sont greffés de manière permise avec d’autres variétés de pêchers. Or il est difficile de savoir quelles pêches ont poussé de manière permise, et lesquelles sont le fruit d’un interdit. De plus, si la greffe a été faite par un non-Juif, il n’y a pas d’interdit, de l’avis de Tossephot et du Ritva, car le greffage n’a pas été interdit aux enfants de Noé. Par conséquent, il semble qu’il faille perpétuer cette coutume et dire Chéhé‘héyanou pour tout fruit nouveau en sa saison, selon son espèce.

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