02 – Mitsvot positives des jours de fête

11 – Havdala

Comme à l’issue de Chabbat, c’est une mitsva, à l’issue de Yom tov, que de se séparer de la fête en faisant la Havdala, c’est-à-dire en marquant par la parole la distinction entre la sainteté du jour de fête et les jours profanes. Même quand on passe de Yom tov à ‘Hol hamo’ed, c’est une mitsva que de faire la Havdala. La règle applicable à la Havdala est semblable à celle du Qidouch : de même qu’il faut mentionner la sainteté du Yom tov au sein de la prière, puis sur une coupe de vin, de même, à l’issue du Yom tov, on dit un texte de Havdala (distinction, séparation) aussi bien au sein de l’office que sur une coupe. Dans la prière, le texte de séparation que l’on intercale est Ata ‘honanetanou (« Tu nous as gratifiés… »), qui se récite au sein de la quatrième bénédiction de la ‘Amida d’Arvit.

Nos sages ont prescrit de ne point accomplir de mélakha (travail) avant que l’on ait dit Ata ‘honanetanou, et de ne point manger avant la Havdala récitée sur la coupe de vin. Si l’on a oublié de dire Ata ‘honanetanou, on s’en rend quitte par la Havdala récitée sur la coupe : après celle-ci, il sera permis d’accomplir des travaux et de manger. De même, celles des femmes qui n’ont pas coutume de dire la prière d’Arvit s’acquittent de la séparation par la Havdala récitée sur une coupe de vin. Une femme qui voudrait accomplir une mélakha avant la Havdala dite sur la coupe dira : Baroukh hamavdil bein qodech le’hol (« Béni soit Celui qui distingue entre le saint et le profane ») ; par cela, elle accomplira la séparation en paroles, et il lui sera permis de faire des mélakhot. Même chose pour celui qui serait en retard à l’office d’Arvit et qui, entre-temps, voudrait accomplir une mélakha, ou celui qui aurait oublié de réciter Ata ‘honanetanou et voudrait faire une mélakha avant la Havdala sur la coupe.

Il y a deux différences entre la Havdala de Chabbat et celle de Yom tov : a) à l’issue de Chabbat, on dit une bénédiction sur les parfums, car, après l’achèvement du Chabbat, l’âme supplémentaire (néchama yetera) se retire et l’esprit s’afflige ; or pour rétablir le souffle qui l’anime, on respire des parfums. Mais à Yom tov, où nous n’avons pas d’âme supplémentaire comme le Chabbat, il n’est pas tant nécessaire de consoler l’esprit. Aussi ne dit-on pas de bénédiction sur les parfums. b) Ce n’est qu’à l’issue de Chabbat que nous avons pour mitsva de dire une bénédiction sur la bougie, car le feu fut créé à l’issue de Chabbat (Choul’han ‘Aroukh 491, 1, Michna Beroura 2-3).

Nous voyons donc que, dans la Havdala de l’issue de Yom tov, on ne dit que deux bénédictions : celle du vin, et celle de la séparation proprement dite (« Béni sois-Tu… qui distingues entre le saint et le profane… »).

À l’issue de Chabbat, tout le monde a coutume de réciter des versets de bénédiction, avant que ne soient dites les quatre bénédictions de la Havdala. C’est en effet un moment particulier, où la bénédiction sabbatique se prolonge au sein des six jours ouvrables. Mais à l’issue de Yom tov, qui n’offre pas cette vertu particulière, la coutume ashkénaze est de ne pas réciter ces versets, tandis que la coutume séfarade est de les dire.

12 – Yom tov tombant à l’issue de Chabbat

Lorsque Yom tov tombe à l’issue de Chabbat, il faut faire attention de ne rien préparer pendant le Chabbat pour les besoins de la fête, car le Chabbat est destiné à la sainteté et au repos, et non aux préparatifs de quelque autre jour ; et tout effort que l’on ferait pendant Chabbat, pour préparer des choses en vue d’un jour ouvrable ou d’un jour de fête, porterait atteinte à l’honneur sabbatique (cf. Les Lois de Chabbat II 22, 15-16).

Par conséquent, il est interdit de laver des pièces de vaisselle qui se sont salies pendant Chabbat, afin d’en faire usage pendant la fête. Ce n’est qu’après l’issue de Chabbat que l’on fera cette vaisselle, pour les besoins du repas festif. De même, il est interdit de nettoyer la table en l’honneur de la fête ; mais il est permis de la nettoyer afin qu’elle soit en ordre pendant Chabbat, bien qu’il s’ensuive une utilité pour la fête.

A priori, il faut fixer la sé’ouda chelichit (troisième repas de Chabbat) avant les trois dernières heures de la journée. Si l’on n’a pas commencé si tôt, on fera néanmoins ce repas, quoique l’on soit proche de la fête. On s’efforcera alors de limiter sa consommation, afin de pouvoir manger avec appétit lors du repas du soir de Yom tov (Rama 529, 1, Michna Beroura 8).

Si l’on se rend à la synagogue alors qu’il fait encore jour, on est autorisé à prendre un ma’hzor (livre de prière) de fête[j]. On y lira quelque peu pendant Chabbat : de cette manière, on l’aura porté également pour le Chabbat.

Les décisionnaires contemporains sont partagés quant au fait de savoir si l’on peut sortir des aliments du congélateur, pendant Chabbat, pour les besoins du repas du soir de fête. En pratique, en cas de nécessité pressante, lorsque l’attente de la fin du Chabbat causerait de l’affliction et un retard significatif du repas festif, il est permis de sortir ces aliments pendant Chabbat. Mais quand il n’y a pas à cela de grande nécessité, il faut être rigoureux, et s’abstenir de sortir aucun aliment du congélateur pour les besoins de la fête (cf. Har’havot).

Quand Chavou’ot a lieu à l’issue de Chabbat, il est préférable de ne pas dire que « l’on dort pendant Chabbat afin d’avoir de la force pour étudier pendant la nuit de Chavou’ot ». Mais celui qui voudrait dire cela y est autorisé, puisque l’interdit fondamental est de parler, le Chabbat, de choses qu’il est interdit de faire pendant Chabbat ; or dans l’étude, il n’est aucun acte qui soit interdit pendant Chabbat. De plus, cette parole ne porte pas tellement atteinte à l’honneur du Chabbat, puisqu’elle vise les besoins d’une mitsva.

Quand la fête tombe à l’issue de Chabbat, il est interdit d’allumer les veilleuses de la fête avant la tombée de la nuit (tset hakokhavim). Il faut attendre l’apparition des étoiles et l’expiration du Chabbat ; alors la femme dira : Baroukh hamavdil bein qodech lé-qodech (« Béni soit Celui qui distingue entre le saint et le saint »), et allumera les veilleuses[k] (cf. ci-dessus, § 2).

Puisqu’il est interdit d’allumer, le Yom tov, un feu nouveau (cf. ci-après, chap. 5 § 1), il est nécessaire de préparer, avant Chabbat, une bougie qui brûlera plus de vingt-quatre heures, et à partir de laquelle on pourra allumer les veilleuses de la fête. Si l’on n’a pas préparé de telle bougie, on devra s’aider de ses voisins, en puisant à leur feu afin d’allumer ses veilleuses de fête.

Dans la ‘Amida d’Arvit, le soir de fête qui suit un Chabbat, on ne dit pas Ata ‘honanetanou, passage institué pour distinguer entre le saint et le profane ; on dira en revanche Vatodi’énou (« Tu nous as fait connaître tes règles justes… »), passage institué pour distinguer entre la sainteté de Chabbat, plus sévère, et celle de la fête. Si l’on a oublié de dire Vatodi’énou, on ne se reprend pas, car on devra réciter ensuite une formule de Havdala sur la coupe du Qidouch (Choul’han ‘Aroukh 491, 2, Michna Beroura 4). Si l’on veut faire, avant le Qidouch, une mélakha pour les besoins alimentaires du Yom tov, on dira d’abord : Baroukh hamavdil bein qodech lé-qodech. La règle est la même pour celle des femmes qui ne disent pas la ‘Amida d’Arvit, et qui voudraient faire une mélakha autorisée, avant d’écouter la Havdala dite sur la coupe du Qidouch (Michna Beroura 299, 36).

Au Qidouch de la fête, on ajoute donc un texte de Havdala, marquant une séparation entre sainteté et sainteté ; on dit aussi une bénédiction sur la bougie. Mais on ne dit point de bénédiction sur les parfums, puisque respirer des parfums le samedi soir est destiné à atténuer la souffrance liée à l’expiration du Chabbat ; or, quand à l’issue du Chabbat commence la fête, il n’y a pas de souffrance, et il n’est pas besoin de senteurs pour l’atténuer[10].

L’ordre à suivre, au Qidouch, est donc le suivant : bénédiction du vin, bénédiction de la sainteté du jour (birkat haqidouch), bénédiction de la flamme (méoré ha-ech), bénédiction de Havdala, puis bénédiction du temps (Chéhé’héyanou) (Choul’han ‘Aroukh 473, 1). Ces cinq bénédictions forment ensemble les initiales יקנה »ז : Yayin (vin), Qidouch, Ner (bougie), Hamavdil (« qui distingues ») et Zeman (temps).


[j]. À condition qu’il y ait un ‘érouv (dispositif de jonction des domaines), car porter des objets dans le domaine public est interdit, le Chabbat.

[k]. À partir d’une flamme existante.

[10]. Pour les besoins de la bénédiction que l’on dit sur la flamme, on peut se servir d’une des veilleuses qu’a allumées la femme (Or lé-Tsion III 18, 6, contrairement à l’avis du Tsits Eliézer XIV 42, 2, qui est rigoureux). Selon certains, il ne faut pas rapprocher les deux veilleuses l’une de l’autre : on dira la bénédiction sur une flamme unique, car, quand on sépare les flammes, on provoque une extinction (Or lé-Tsion, réf. cit.). Certains sont indulgents (Hilkhot ‘Hag Be’hag, au nom du Rav Yossef Chalom Elyachiv), et cette position semble juste. Si l’on dit cette bénédiction sur des allumettes, allumées à partir d’une des veilleuses, il ne faut pas les éteindre activement, puisqu’il est interdit d’éteindre un feu, le Yom tov : on les déposera sur un ustensile, et on les laissera s’éteindre d’elles-mêmes (cf. ci-après, chap. 5 § 1-2).

13 – Isrou ‘hag (lendemain de Yom tov)

C’est une bonne coutume que de manger et de boire un peu plus que d’ordinaire, au lendemain d’une fête de pèlerinage (Rama 429, 2), car l’illumination de la fête s’y prolonge. Dans le Talmud de Jérusalem (‘Avoda Zara 1, 1), ce jour est appelé Ben hamo’ed[l] ; dans le Talmud babylonien, il est appelé Isrou ‘hag[m], c’est-à-dire le jour qui est lié à la fête. En ajoutant un peu à la joie d’Isrou ‘hag, nous montrons que la fête nous est très chère, et que s’en séparer nous est difficile.

Nos sages enseignent :

Quiconque opère une jonction avec la fête, par la nourriture et la boisson, le verset le lui impute comme s’il avait construit l’autel, et y avait apporté un sacrifice, comme il est dit : « Attachez le sacrifice par des liens, jusqu’aux cornes de l’autel » (Ps 118, 27) (Soukot 45b).

Ce que nous apprenons ici, c’est que celui qui mange au nom du Ciel (léchem Chamaïm) afin d’avoir la force d’accomplir de bonnes actions, qui reçoit à son repas des invités, pour les réjouir, et qui prononce à sa table des paroles de Torah, en lui s’accomplit la parole de nos sages : « La table de l’homme lui apporte l’expiation, comme l’autel » (Berakhot 55a ; Mena’hot 97a, Tossephot et Maharcha ad loc. ; Maximes des pères 3, 3). Or le fondement de la sainteté de la table commence précisément pendant les fêtes, car c’est alors une mitsva que de servir de bons repas ; et celui qui, à partir de cette sainteté de la fête, ajoute à son repas d’Isrou ‘hag, perpétue la sainteté de la fête et ses valeurs, en les faisant rayonner sur les repas de toute l’année. Aussi, celui qui donne à ce repas un caractère plus copieux que d’ordinaire est-il considéré comme ayant construit l’autel et élevé sur celui-ci un sacrifice à l’Éternel.

Puisque l’illumination de la fête se prolonge quelque peu le jour d’Isrou ‘hag, on a coutume de ne pas prononcer d’éloge funèbre et de ne pas jeûner ce jour-là. Mais si l’on s’en tient à la stricte règle de halakha, cela n’est pas interdit (Choul’han ‘Aroukh 429, 17, Kaf Ha’haïm 494, 48).

À Isrou ‘hag de Chavou’ot, cependant, il est halakhiquement interdit de prononcer un éloge funèbre ou de jeûner, car ce jour est yom tevoa’h[n], c’est-à-dire un jour où étaient abattues des bêtes destinées aux sacrifices. En effet, il arrivait que l’on offrît ce jour-là les sacrifices de fête, car, si Chavou’ot tombait un Chabbat, on devait repousser au dimanche, qui est Isrou ‘hag, l’oblation de « l’holocauste d’apparition » (‘olat réïya) et des rémunératoires festifs (chelamé ha’haguiga). Les autres années elles-mêmes, nombreux étaient ceux qui n’avaient pas eu le temps d’offrir tous leurs sacrifices au jour de fête. Ce qu’ils n’avaient pas eu le temps d’offrir, ils l’offraient donc le lendemain. Or un jour d’oblation de sacrifices est considéré comme un jour de joie ; aussi est-il interdit de plein droit de prononcer un éloge funèbre ou de jeûner ce jour-là (Choul’han ‘Aroukh 494, 3, Levouch, Maguen Avraham 3, Choul’han ‘Aroukh Harav 19).


[l]. « Fils de la fête ».

[m]. « Attachez [le sacrifice de] fête » (d’après Ps 118, 27, qui sera cité dans un instant). La dracha joue sur le double sens du mot ‘hag (sacrifice festif, ou simplement fête) pour rendre l’idée d’un jour attaché à la fête qui le précède.

[n]. « Jour d’abattage ».

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