10 – Lecture des méguilot

Nos sages disent, dans une baraïtha du traité Soferim (14, 1), qu’au cours de l’année on lit les cinq méguilot[g] (rouleaux) : Chir hachirim (le Cantique des cantiques) à Pessa’h, Ruth à Chavou’ot, Eikha (les Lamentations) le 9 av, Qohélet (l’Ecclésiaste) à Soukot, Esther à Pourim ; et l’on prononce avant leur lecture la bénédiction ‘Al miqra méguila (« Béni sois-Tu… qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous a prescrit la lecture de la Méguila »). C’est ce qu’écrivent, en pratique, les grands Richonim du monde ashkénaze (Ma’hzor de Vitry, Hagahot Maïmoniot au nom du Maharam, Or Zaroua’, Chibolé Haléqet, Maharil).

Toutefois, de nombreux auteurs ont émis des doutes à ce sujet, car, en dehors du rouleau d’Esther, nous ne trouvons pas, dans le Talmud, qu’il faille lire les méguilot, et à plus forte raison ne trouvons-nous pas qu’il faille dire une bénédiction sur une telle lecture. Telle est la consigne des grands maîtres séfarades que de ne point dire de bénédiction pour cette lecture ; et telle est la coutume de tous les Séfarades (Radbaz VI 2091, Beit Yossef 559, 2).

S’agissant du rite ashkénaze, de nombreux auteurs estiment que, en raison du doute, il est juste de ne pas dire la bénédiction sur la lecture des quatre méguilot (autres qu’Esther) (Rama 490, 9, Touré Zahav 6, Peri Mégadim, ‘Hoq Ya’aqov). Tel est aujourd’hui l’usage de tous les ‘Hassidim, qui prient selon le rituel sfard, et d’une partie de ceux qui prient selon le rituel ashkénaze. D’autres pensent qu’il faut dire la bénédiction (Levouch, Baït ‘Hadach, Maguen Avraham 490, 9, Gaon de Vilna). Tel est l’usage des membres du vieux yichouv de Jérusalem, fondé par les disciples du Gaon de Vilna. C’est aussi l’usage de nombreux Juifs d’origine lituanienne. Ceux qui ont coutume de dire la bénédiction ont soin de lire la méguila dans un véritable rouleau de parchemin (d’après les responsa du Rama 35, Michna Beroura 490, 19).

Nombre de ceux dont la coutume est de réciter la bénédiction relative à la méguila récitent aussi, à l’occasion de sa lecture, la bénédiction Chéhé’héyanou (Levouch, Gaon de Vilna). Nombreux sont ceux qui s’en sont étonnés, car, au traité Soferim, les sages ne mentionnent pas cette bénédiction ; et la majorité des A’haronim n’en font pas mention dans notre cas. Il est donc juste que ceux qui ont coutume de la réciter portent, à cette occasion, un vêtement neuf ; alors, ils pourront réciter Chéhé’héyanou d’après toutes les opinions.

En un lieu où prient ensemble des fidèles originaires de différentes communautés, il est bon de lire la méguila sur parchemin, et que l’un de ceux qui ont coutume de dire la bénédiction ‘Al miqra méguila la dise à haute voix, tandis que tous ceux qui l’entendent répondront amen. De cette façon, on sera quitte, selon tous les décisionnaires.

La coutume ashkénaze est de lire le Cantique des cantiques (Chir hachirim) le Chabbat de Pessa’h, et Qohélet le Chabbat de Soukot ; à Chavou’ot, on lit Ruth. Les méguilot se lisent avant la lecture de la Torah.

Selon les coutumes séfarade et yéménite, on lit la méguila de Ruth peu avant l’office de Min’ha ; mais si l’on en a déjà fait la lecture dans le Tiqoun de la nuit de Chavou’ot, il n’est pas nécessaire de la répéter avant Min’ha (cf. ci-après, chap. 13 § 12).

Dans leur majorité, les Séfarades n’ont pas coutume de lire la méguila de Qohélet. Les Yéménites en lisent une partie peu avant l’office de Min’ha de Chabbat ‘Hol hamo’ed, et l’autre partie au cours du dernier Yom tov[h]. C’est aussi l’usage yéménite quant au Cantique des cantiques : une partie se lit le Chabbat, une autre le dernier Yom tov[i]. Les Séfarades, ainsi que de nombreux fidèles de toutes les communautés, ont coutume de lire le Cantique des cantiques à la fin de la Haggada de Pessa’h.


[g]. Plur. de méguila.

[h]. Chemini ‘Atséret.

[i]. Chevi’i chel Pessa’h.

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