06 – Le Birkat hamazon

Les jours de Yom tov, de ‘Hol hamo’ed et de Roch ‘hodech, les sages prescrivent de mentionner, dans les actions de grâce récitées après le repas (Birkat hamazon), la sainteté du jour, car le fait de manger pendant les jours consacrés ne peut se comparer au fait de manger les jours profanes. L’action de se restaurer est alors investie d’un supplément de mitsva et de sainteté. Nos sages prescrivent donc de mentionner la sainteté du jour, au sein du passage Ya’alé véyavo (« … que monte et vienne… notre souvenir… »), dans lequel nous demandons à Dieu de se souvenir de nous pour le bien, en ce jour particulier, de nous prendre en miséricorde et de nous secourir. On inclut cette prière dans la bénédiction Boné Yerouchalaïm (« Béni sois-Tu… qui construis Jérusalem »), car dans cette bénédiction aussi, on demande miséricorde (Berakhot 49a, Chabbat 24a, Tossephot ad loc.).

C’est une obligation que de manger du pain lors des repas de Yom tov ; par conséquent, si l’on a oublié de réciter Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon, on n’est pas quitte de son obligation, et l’on doit répéter le Birkat hamazon du début. Tel est la coutume des Ashkénazes et d’une partie des Séfarades (Choul’han ‘Aroukh 188, 6). Pour d’autres communautés séfarades, puisque certains décisionnaires estiment qu’il n’est pas obligatoire de manger du pain aux repas de Yom tov, celui qui oublie de réciter Ya’alé véyavo ne répète pas le Birkat hamazon ; ce n’est que si l’on a oublié de dire Ya’alé véyavo au repas du premier soir de Pessa’h (le séder), ou du premier soir de Soukot, que l’on est obligé de se répéter, puisque, d’après tous les avis, on a l’obligation d’y manger de la matsa ou du pain[5].

Quand un Yom tov ou un jour de ‘Hol hamo’ed coïncide avec Chabbat, on récite d’abord Retsé véha’halitsénou (« Veuille nous délivrer… ») – passage relatif au Chabbat –, car le Chabbat est plus fréquent, et sa sainteté est plus grande ; puis on récite Ya’alé véyavo (Choul’han ‘Aroukh 188, 5, Michna Beroura 13). Si, par erreur, on a commencé par Ya’alé véyavo, on terminera de lire ce passage, puis on dira Retsé… car l’ordre dans lequel ces deux textes sont lus ne conditionne pas la validité du Birkat hamazon[6].

Si l’on commence son repas avant le coucher du soleil et qu’on l’achève après la tombée de la nuit, on dira néanmoins Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon : puisque le repas a commencé pendant la fête, on était dès l’abord tenu de réciter le Birkat hamazon en y incluant la mention de la fête (Pniné Halakha – Les Bénédictions 4, 7, note 6 ; cf. aussi ibid. 4, 8).


[5]. Selon la majorité des Richonim, il est obligatoire de manger du pain lors des deux repas de chaque Yom tov. Par conséquent, si l’on a oublié de réciter Ya’alé véyavo, on se reprend. Tel est l’avis de Maïmonide, du Roch, du Ritva, du Mordekhi et du Ran ; et c’est ce qu’écrivent le Choul’han ‘Aroukh 188, 6, le Cheyaré Knesset Haguedola et de nombreux autres Richonim et A’haronim. Cependant, selon Tossephot (Souka 27a) et le Rachba, ce n’est que le premier soir de Pessa’h et le premier soir de Soukot qu’il est obligatoire de manger du pain lors du repas ; ce n’est donc que pour ces deux repas qu’il faut se répéter en cas d’oubli. De grands A’haronim séfarades estiment que, malgré la décision du Choul’han ‘Aroukh, on ne se reprend pas, puisqu’il s’agit d’un cas de doute portant sur des bénédictions, et que l’obligation de mentionner la fête est de rang rabbinique (Ben Ich ‘Haï, ‘Houqat 21, Kaf Ha’haïm 24, Ye’havé Da’at V 36). Mais la coutume d’Afrique du nord est de se reprendre, conformément au Choul’han ‘Aroukh, comme l’écrivent le Rav Yits’haq Taïeb (‘Erekh Hachoul’han 188, 3), le Choel Vénichal V Ora’h ‘Haïm 83 et le Rav Messas (Chémech Oumaguen I 13). C’est aussi en ce sens que conclut le Ba’alé Hadass 10, 8 ; et telle est la coutume yéménite (responsa Pé’oulat Tsadiq III 35).

S’agissant des femmes, et d’après la coutume ashkénaze elle-même, il y a lieu de dire qu’elles ne devront pas se répéter (en dehors du premier soir de Pessa’h). On tient compte, en effet, de l’opinion de Rabbi Aqiba Eiger, qui pense que les femmes ne sont pas assujetties à la mitsva de la joie et des repas, le Yom tov, et de l’opinion selon laquelle les femmes ne sont tenues au Birkat hamazon qu’en vertu d’une norme rabbinique (cf. Pniné Halakha – Les Bénédictions 4, note 5). Mais celles qui répètent leur Birkat hamazon ont sur qui s’appuyer (cf. Har’havot 1, 7, 6).

Les décisionnaires sont partagés sur la règle à suivre quand, lors d’un repas où l’oubli de Retsé (le Chabbat) ou de Ya’alé véyavo oblige à se reprendre, on ne se souvient plus si l’on a récité ces passages. Le Yabia’ Omer VII 28 suit les décisionnaires d’après lesquels, en cas de doute, on ne se reprend pas, puisque la mention du jour elle-même n’est qu’une obligation rabbinique ; or en cas de doute portant sur l’accomplissement d’une norme rabbinique, comme en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent. De plus, il se peut que la sainteté du jour nous ait rappelé au devoir de réciter le passage considéré. Le Michna Beroura 188, 16 décide que l’on se reprend, puisque, de prime abord, on aura récité le Birkat hamazon suivant son habitude, sans mention du jour. C’est aussi ce qu’écrit le Birkat Hachem II 5, 18. Il semble, en pratique, que, si l’on croit vraisemblable que l’on ait oublié, il faille se reprendre ; et que, si l’on croit vraisemblable que l’on n’a pas oublié, on n’ait pas à se reprendre. Et quand le doute est égal de part et d’autre, on ne se reprendra pas.

[6]. Tel est l’avis d’une majorité de décisionnaires, dont le Rav Tsvi Yehouda Kook, dans ‘Olat Reïya, Yabia’ Omer X 22 ; cf. Pniné Halakha, Berakhot, Har’havot 4, 7. Dans ceux des repas où il faut se reprendre, si l’on a commencé Hatov véhamétiv [quatrième bénédiction du Birkat hamazon], il faut reprendre au début du Birkat hamazon, afin de le réciter dans les règles. On ne se contente pas de reprendre au début de la bénédiction Ra’hem [troisième bénédiction, où s’intercalent Retsé et Ya’alé véyavo] (Choul’han ‘Aroukh 188, 6, Béour Halakha ד »ה לראש).

Mais si l’on s’aperçoit de son oubli avant d’avoir débuté la bénédiction Hatov véhamétiv, que ce soit ou non à un repas où l’oubli de Ya’alé véyavo est un facteur d’invalidation, on récitera cette bénédiction complémentaire : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam, acher natan yamim tovim lé-Israël le-sasson oul-sim’ha, et yom ‘hag (ha-Matsot / ha-Chavou’ot / ha-Soukot / Chemini ‘hag ‘atséret) hazé ; baroukh Ata Ado-naï, meqadech Israël véhazemanim (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné des jours de fête à Israël, pour l’allégresse et la joie, [dont] ce jour de fête (des matsot / de Chavou’ot / de Soukot / de Chemini ‘atséret) ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies Israël et les fêtes »). Et si Yom tov tombe un Chabbat et que l’on ait oublié de réciter Retsé et Ya’alé véyavo, on dira : Baroukh… ché-natan Chabbatot limnou’ha lé’amo Israël bé-ahava, léot vélivrit, vé-Yamim tovim le-sasson oul-sim’ha, et yom ‘hag (ha-Matsot / ha-Chavou’ot / ha-Soukot / Chemini ‘hag ‘atséret) hazé ; baroukh Ata Ado-naï, meqadech ha-Chabbat vé-Israël véhazemanim (« Béni sois-Tu… qui as donné à ton peuple Israël des Chabbats pour le repos, comme signe et alliance, et des jours de fête pour l’allégresse et pour la joie, [dont] ce jour de fête (des matsot / de Chavou’ot / de Soukot / de Chemini ‘atséret) ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies le Chabbat, Israël et les fêtes »). Cf. Pniné Halakha, Berakhot, Har’havot 4, 8 ; voir aussi ce qui y est dit au sujet de Roch hachana.

Si l’on ne connaît pas le texte de la bénédiction complémentaire, on ne saurait se rendre quitte en récitant Ya’alé véyavo avant la bénédiction Hatov véhamétiv ; dans le cas où cette mention conditionne la validité du Birkat hamazon, on reviendra donc au début de celui-ci (Touré Zahav, Michna Beroura 188, 17 ; cf. Béour Halakha ad loc., et Har’havot sur Pniné Halakha, Berakhot p. 58).

Si l’on s’aperçoit que l’on a oublié Retsé ou Ya’alé véyavo avant d’avoir prononcé le nom divin dans la conclusion de la bénédiction Ra’hem (Baroukh… boné Yerouchalaïm), on reviendra au début du texte à intercaler, complétant simplement ce qui était manquant. Si l’on a prononcé le nom divin, de nombreux décisionnaires prescrivent de dire alors lamdéni ‘houqékha (« enseigne-moi tes loi ») [car la formule Baroukh Ata Ado-naï, lamdéni ‘houqékha forme un entier verset (Ps 119, 12) dont la récitation n’a rien d’interdit], faute de quoi on devra enchaîner avec la suite de la bénédiction complémentaire (Ata, Ado-naï… acher natan…). Si l’on a déjà prononcé le mot boné (« qui construis »), on achèvera cette bénédiction, puis on récitera la bénédiction complémentaire. Si l’on a déjà prononcé le mot Baroukh de la bénédiction suivante (Hatov véhamétiv), la majorité des décisionnaires estiment que l’on a déjà perdu la possibilité de dire la bénédiction complémentaire (Michna Beroura 188, 23, Cha’ar Hatsioun 18, Béour Halakha ד »ה עד). Certains pensent cependant que, si le fait de ne pas enchaîner avec la bénédiction complémentaire a pour effet de devoir reprendre au début le Birkat hamazon, et tant que l’on en est encore aux premiers mots de la bénédiction Hatov véhamétiv – lesquels sont identiques aux premiers mots de la bénédiction complémentaire –, on enchaînera avec la bénédiction complémentaire (‘Hayé Adam, Yabia’ Omer VI 28). Tout cela est expliqué en Pniné Halakha, Les Bénédictions 4, 8).

Livres