Joie et bénédiction du foyer

03. Le second stade appartient à la femme

Après chacune des étapes que l’homme initie, la femme, en accueillant son mari, rend le lien qui les unit profond et complet, et noue ce lien à un niveau plus élevé. Si l’on y réfléchit, on voit que la force de l’homme s’exprime dans l’initiative première, dans le fait de frayer la voie, dans la cour faite à l’épouse et dans les qidouchin qu’il lui remet. Cependant, après que l’homme a consacré son épouse par la remise des qidouchin, il arrive que sa force décroisse ; c’est alors la femme qui a tendance à s’investir davantage dans le lien qui les unit, et à l’approfondir. De même, s’agissant de la mitsvat ‘ona, la force de l’homme se manifeste dans le désir puissant de se lier à sa femme et de s’unir à elle ; cependant, lorsque l’union se produit, la capacité de la femme à réaliser cette union et à s’en réjouir est plus grande. Ce phénomène se manifeste également par le fait que la femme intègre la semence de l’homme, et continue de développer celle-ci durant tout le temps de la grossesse, jusqu’à la naissance.

Si l’on s’en tient à l’apparence, l’homme est premier, il dirige et entraîne ; aussi est-ce à lui d’initier le lien. Mais d’un autre côté, puisque l’homme est considéré comme le continuateur d’Adam – le premier homme –, et que la femme prolonge la personne d’Eve, la femme se situe, d’un certain point de vue, à un degré supérieur. En effet, la matière dont Adam fut créé était la poussière de la terre, comme il est dit : « L’Éternel-Dieu forma l’homme, poussière provenant de la terre, et insuffla en ses narines une âme de vie ; et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7) ; tandis que la matière dont fut créée la femme se trouve appartenir à une dimension plus élevée, puisqu’elle fut extraite de l’homme, ainsi qu’il est dit : « Il prit l’un de ses côtés et forma une chair à sa place » (ibid. 2, 21). De plus, Dieu bâtit la femme de façon particulière, propre à la rendre belle, comme il est dit : « L’Éternel-Dieu bâtit le côté qu’Il avait pris de l’homme en en faisant une femme » (verset 22 ; ‘Erouvin 18a). Aussi la femme a-t-elle la faculté d’approfondir et de porter à un degré plus élevé le lien qui l’unit à son époux.

La force de l’homme est plus manifeste, plus extérieure ; celle de la femme est cachée et intérieure. L’ordonnancement du monde veut que, au début, le côté extérieur se révèle, suivi par le côté intérieur. Ainsi, dans un premier temps, le statut de l’homme semble plus élevé : il recherche la femme, se la consacre, et l’éveille à la mitsvat ‘ona et à la procréation. Cependant, les années passant, grâce à l’élévation de la femme, qui peut intégrer l’initiative de l’homme et la porter à sa complétude, le statut de la femme au sein de sa famille s’élève ; de sorte que, à y regarder plus profondément, il s’avère que l’influence de la femme est, dans de nombreux cas, supérieure à celle de l’homme.

Si l’on approfondit la question, on s’aperçoit que, de même que l’initiative de l’homme, en un premier temps, stimule secrètement la femme en tout ce qu’elle fait en un second temps, de même la femme stimule secrètement le retour de la première phase. Certes, la cour manifeste est faite par l’homme ; mais la femme, par le fait même de sa présence, de sa bonté et de sa beauté, attire l’homme, et l’incite à lui faire la cour. Certes, c’est l’homme qui se consacre la femme ; mais la femme, de par sa volonté profonde de créer un couple et une famille, l’amène à cela. Dans certains cas, l’homme veut bien se lier à la femme, mais sans engagement dans la durée ; ce n’est que parce que la femme ne consent pas à s’unir à lui sans mariage – lequel engage – qu’il l’épouse finalement. De même, s’agissant de la mitsvat ‘ona : bien qu’il incombe à l’homme d’accomplir la mitsva, celle-ci est annulée dans le cas où la femme ne s’ouvre pas à lui pour l’accueillir avec joie (cf. ci-dessus, chap. 2 § 2).

04. L’élévation du statut de la femme dans le cadre du mariage

Le midrach raconte :

Il y avait un homme pieux qui était marié à une femme pieuse, mais ils n’avaient pas eu d’enfants l’un de l’autre. Ils dirent : « Nous ne sommes en rien utiles au Saint béni soit-Il. » Ils divorcèrent. L’homme épousa une femme impie, qui fit de lui un impie ; quant à la femme, elle épousa un impie, et fit de celui-ci un juste. Nous voyons donc que tout dépend de la femme » (Gn Rabba 17, 7).

Il est probable que, dans ces deux cas, l’influence de la femme était cachée. Si les époux se disputaient sur le chemin qu’il convenait de suivre, l’homme rejetait les paroles de sa femme et s’entêtait à aller dans la voie opposée. Mais leur influence était tout intérieure. La femme pieuse, de par sa modestie et son amour, répondait positivement à toute bonne initiative de son époux impie, s’en réjouissait, la grandissait et l’approfondissait, de sorte que l’homme ressentait l’attraction de ladite initiative ; en effet, toutes les bonnes choses qu’elle s’employait à développer venaient, en définitive, de lui-même. Ainsi, par un processus graduel, les mauvais côtés qui se trouvaient en lui disparaissaient, et les bons côtés devenaient l’essentiel de sa personnalité. À l’inverse, la femme impie n’était pas d’accord avec les bonnes initiatives de l’homme juste ; en revanche, quand, à l’initiative de son mari, quelque point négatif se manifestait, elle l’approuvait immédiatement, avec joie ; elle développait et amplifiait ce point négatif, de sorte que, par un processus graduel, elle fit de lui un impie.

Certes, en général, il n’y a pas de grandes différences entre les membres du couple : tous deux visent un but commun et, par l’effet de la stimulation mutuelle qui existe entre eux, ils vont en s’élevant : l’homme initie, la femme prolonge son initiative, l’approfondit et la développe ; grâce à cela, l’homme prend de nouvelles initiatives, la femme, de nouveau, les développe, et ainsi de suite.

Il arrive qu’ils changent de rôle, que le développement se révèle être une initiative, et l’initiative un développement ; mais la mélodie première de l’homme et de la femme demeure dans la majorité des couples : il initie, elle développe ; et, à mesure que les années s’écoulent, la valeur du rôle de la femme se révèle davantage, et son statut s’élève.

Nous trouvons à cela une allusion dans les paroles de nos sages, au sujet du lien unissant le Saint béni soit-Il et Israël :

Parabole d’un roi qui avait une fille unique, qu’il chérissait à l’extrême, et qu’il appelait « ma fille ». Il ne cessa de la chérir, jusqu’à ce qu’il l’eût appelée « ma sœur » [comme si elle eût été son égale]. Il ne cessa de la chérir, jusqu’à ce qu’il l’eût appelée « ma mère » [comme si elle eût été sa supérieure]. Ainsi, le Saint béni soit-Il, au début, appela Israël sa « fille » (…). Il ne cessa de chérir [les enfants d’Israël], jusqu’à ce qu’Il les eût appelés « ma sœur » (…). Il ne cessa de les chérir, jusqu’à ce qu’Il les eût appelés « ma mère » (Ex Rabba 52, 5).

05. Le processus historique

De même que, au sein de tout couple, existe un processus au cours duquel la position de la femme tend à s’élever, de même y a-t-il un semblable processus sur le plan de l’Histoire : au début, la position de l’homme était manifestement plus élevée. Puis, par un développement graduel, le statut de la femme alla en s’élevant. Ce processus est destiné au parachèvement du monde ; car Dieu avait créé un monde incomplet, de façon que les hommes eussent le mérite d’être associés à son parachèvement. Dans un premier temps, il est nécessaire de définir le bien et le mal, et de fixer la direction de principe à suivre. À ce stade, les qualités masculines sont davantage requises, car l’homme a davantage tendance à séparer les différents domaines les uns des autres, et l’intellect du sentiment, tout en avançant face aux défis qui se dressent devant lui. Le caractère féminin, en revanche, qui tend à conjuguer les différents domaines, risque de perturber le jeu de cette première période, car le sentiment risque de se mêler aux appréciations de l’intellect et de le détourner de façon défavorable, comme il arriva lors de la faute du premier homme.

On peut expliquer, d’une autre manière, que l’homme tend davantage vers l’intellect qui, naturellement, est plus objectif, tandis que la femme a tendance, dans son appréciation, à inclure le sentiment qui, naturellement, est plus subjectif. Ainsi, à un premier stade, où il faut décider et fixer ce qui est bien et ce qui est mal, l’homme est celui qui doit conduire et diriger. Il fait cela grâce à l’aide que lui apporte son étude de Torah ; et, par cela le monde va en progressant. À mesure que les valeurs du bien et du mal se font plus claires et sont mieux admises, nous accédons à un stade où il nous faut comprendre ces valeurs plus en profondeur, selon toutes leurs nuances, et en concrétiser l’enseignement dans tout l’ensemble de la vie réelle ; alors, la qualité féminine se fait plus importante[2].

C’est aussi ce à quoi fait allusion la sagesse cabalistique : en ce monde, la position de l’homme est plus élevée, tandis que, dans des temps à venir, il y aura une égalité, et, dans le monde futur, la position de la femme sera supérieure à celle de l’homme. Ce monde-ci est rempli de méchanceté, de disputes et de guerres ; pour combattre les mauvais côtés qui s’y trouvent, l’homme doit étudier la Torah, élucider les fondements de la vérité et du bien, et faire régner les valeurs de la vérité et du bien dans tous les aspects de l’existence. Même dans la période appelée ‘olam hazé (« ce monde-ci »), il se produit un processus d’élévation quant au statut de la femme ; et plus les valeurs du bien deviennent claires, plus son statut s’élève. Toutefois, la position de l’homme reste dominante, parce qu’il est encore nécessaire de lutter pour faire régner les valeurs du bien.

La seconde étape, celle des temps à venir (lé’atid lavo), est le temps de la Délivrance (Guéoula), durant laquelle le peuple d’Israël revient à sa terre, où le Temple est reconstruit, où la lumière de la Torah et de la foi éclaire le monde entier, où le Messie, fils de David, règne sur Israël, « arbitre entre les nations et est le précepteur de nombreux peuples ; alors, ceux-ci, de leurs épées, forgeront des socs de charrue, et de leurs lances des serpettes. Un peuple ne tirera plus l’épée contre un autre, et l’on n’apprendra plus l’art de la guerre » (Is 2, 4). Alors, la position de l’homme et celle de la femme seront égales. Il sera encore nécessaire de définir la différence entre bien et mal, et de faire régner le bien ; à cette fin, les qualités masculines sont davantage requises. Mais à l’inverse, à ce stade, nous révélerons déjà de façon effective les valeurs de la foi et du bien, dans la vie réelle en toutes ses composantes ; à cette fin, les qualités féminines sont davantage requises ; par cela, son statut sera rendu égal à celui de l’homme.

La troisième étape, celle du monde à venir (ha’olam haba), est celle du monde qui suit la résurrection des morts, dans lequel la lutte entre bien et mal ne sera plus nécessaire. Alors, les qualités féminines pourront se révéler dans leur plénitude, et la position de la femme sera supérieure à celle de l’homme, comme y fait allusion le verset : « Car l’Éternel a créé une nouveauté sur la terre : la femme entourera l’homme » (Jr 31, 21). Certes, il semble que l’homme conservera toujours le premier rôle : celui qui définit le principe, qui s’enquiert de sa femme, qui la consacre en tant qu’épouse, et commence à la réjouir par la mitsvat ‘ona. Simplement, à cette époque, la vision sera plus profonde, et il apparaîtra que les qualités féminines sont plus importantes. Car c’est la femme qui a la capacité d’intégrer et de révéler tout ce que renferme l’initiative de l’homme, à un plus haut degré que ce que l’homme lui-même n’en comprend. Cette capacité permet également d’intégrer les étincelles divines enfouies dans la Création, de manière plus profonde, riche et complète. C’est là le but essentiel de la Création du monde, et toutes les définitions précises mises au jour par les hommes, dans le cadre de leur étude, ne sont qu’une percée aboutissant à la complète révélation, à laquelle les femmes seront davantage associées. Aussi la position de la femme sera alors plus élevée. Cela n’ôtera rien à la pudeur ni à la modestie de la femme, car c’est précisément par le biais de ces qualités que se révèlent son caractère particulier, celui d’être apte à tout intégrer de façon plus profonde[3].


[2]. Ci-dessus, en expliquant l’obligation de l’homme à l’égard de la mitsvat ‘ona (chap. 2 § 2), nous avons davantage insisté sur la caractéristique de l’homme, qui tend à distinguer entre les domaines, face à la femme, qui a tendance à les joindre et à les conjuguer ; tandis que, dans La Prière juive au féminin, chap. 3, au sujet des mitsvot « positives » déterminées par le temps et de la mitsva d’étudier la Torah, nous avons expliqué, d’après notre maître le Rav Tsvi Yehouda Kook – que la mémoire du juste soit bénie –, que l’homme tend davantage vers l’intellect et la femme vers le sentiment. Or les deux distinctions sont liées, car l’intellect analyse et distingue, tandis que le sentiment inclut ensemble tous les éléments.

[3]. Nous avons vu, ci-dessus, que le lien entre le Saint béni soit-Il et Israël est comparé à celui d’un homme et de sa femme. Au début, toute l’abondance nous parvient du Saint béni soit-Il, sans aucun acte de notre part. Cependant, l’Éternel a ordonné la marche du monde de telle façon que, par le biais des actes d’Israël, l’abondance se déversât sur le monde. Plus les enfants d’Israël ont de mérites, s’élevant et parachevant le monde, plus grande est leur influence quant à la descente ici-bas de l’abondance céleste, au point qu’il leur est donné de s’élever à un degré de dévoilement divin supérieur à celui que la Cabale appelle Zéer anpin : celui d’Ima (ou Bina, « discernement »), qui influe sur Zéer anpin (Tiféret).

Par ailleurs, il faut considérer le fait que [toujours selon l’enseignement de la Cabale], lors de l’illumination produite par or yachar (« lumière droite »), le mâle est en tête, tandis que, lorsque l’illumination est celle d’or ‘hozer (« lumière récurrente »), la femelle est en tête ; et c’est ce qui se produit après la réparation (tiqoun), comme le suggère le verset רֹכֵב שָׁמַיִם בְּעֶזְרֶךָ (Dt 33, 26), ce qui se traduit : « Il est ton soutien, lui qui chevauche les cieux », mais peut aussi se lire : « Il chevauche les cieux avec ton aide ».

De plus, la question s’explique selon la théorie cabalistique des cercles et de la ligne, le côté féminin relevant des cercles, le côté masculin de la ligne. Il faut encore ajouter que tous les processus de changement se produisent, principalement, du côté féminin, comme l’explique le Cha’ar Hakavanot (76, 2), selon qui les femmes sont « en regard de la séfira (attribut) de Malkhout (royauté), attribut de la lune », et qu’en elle se produit le renouvellement. Chez les hommes, en revanche, qui sont « en regard de Tiféret (harmonie/splendeur) », il n’y a pas de renouvellement. (En Malkhout, il y a également une notion de chute ; or, à partir de la chute, Malkhout peut s’élever plus haut encore que Tiféret. Une allusion à cela se trouve dans l’expression biblique עֲטֶרֶת בַּעְלָהּ, « couronne de son époux ».)

06. Abaissement du statut de la femme suite à la faute d’Adam

Indépendamment du fait que, suivant l’ordonnancement de la création de l’humanité, la position de l’homme est plus élevée dans un premier temps, la position de la femme a connu un déclin supplémentaire à la suite de la faute commise par le premier homme, quand Eve, se laissant séduire, mangea du fruit de l’arbre de la connaissance et en donna également à son époux, qui en mangea ; ainsi qu’il est écrit :

À la femme, Il dit : « J’augmenterai la douleur de ta grossesse ; c’est avec peine que tu enfanteras ; ta passion te portera vers ton mari, et lui te dominera. » À Adam, Il dit : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme en mangeant de l’arbre au sujet duquel je t’avais ordonné : “Tu n’en mangeras point”, maudite est la terre à cause de toi ; c’est avec peine que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie. Elle produira pour toi épines et ronces, et tu mangeras l’herbe des champs. C’est à la sueur de ta face que tu mangeras du pain, jusqu’à ton retour à la terre, car c’est d’elle que tu fus pris. Car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras » (Gn 3, 16-19).

Trois punitions essentielles ont été prononcées contre Adam et Eve, et toutes trois frappèrent davantage la femme. Premièrement,  le processus de la grossesse, de l’enfantement et du maternage s’est vu marqué par la douleur et les épreuves, a affaibli la femme et l’a obligée à rester proche du foyer, tout en la rendant dépendante de son mari, lequel lui fournit nourriture, refuge et protection. Deuxièmement, après l’expulsion d’Adam et d’Eve du jardin d’Éden, obtenir de la nourriture est devenu chose difficile, dépendante de la force physique, à l’égard de laquelle l’avantage de l’homme est net. La nécessité de construire une maison, qui protège les époux de la pluie et du froid, et la nécessité de se défendre contre les ennemis et les bêtes prédatrices, renforcèrent encore la dépendance de la femme à l’égard de son mari. Troisièmement, les êtres humains furent promis à la mort ; or c’est précisément au moment de la naissance, lorsque la femme a le mérite de faire naître une vie nouvelle en ce monde, que croît le danger pesant sur elle. Tout ce que la parturiente peut alors souhaiter encore, c’est que son mari continue de veiller sur ses enfants.

Ces punitions, avec toute la souffrance qu’elles portent, conduisent l’être humain à sa complète rédemption. Suite à la faute, il apparut que le caractère féminin, qui associe et mêle, suivant ses appréciations, tous les domaines, risque de conduire à la faute. En effet, de cette manière, les sentiments, y compris les penchants mauvais, se mêlent à la pensée, et brouillent l’appréciation de la raison. La voie menant à la réparation requiert la distinction entre l’intellect et le sentiment, ainsi qu’une diminution du rôle des sentiments, afin que l’intellect puise peser toute question en tant que telle, et régenter le sentiment et les penchants. Il y a là un manque, car, dans une situation parfaite, toutes les facultés doivent s’exprimer en une pleine harmonie ; cependant, afin d’asseoir les principes de la justice et de la morale, on est contraint, en premier lieu, de faire en sorte que l’intellect règne sur le sentiment et sur les pulsions. Et puisque l’homme, de par sa nature, tend davantage vers l’intellect et vers la possibilité de distinguer entre les domaines, qualité requise afin de vaincre la guerre qui nous est livrée par le penchant au mal, c’est à l’homme qu’il est prescrit d’étudier la Torah et d’assurer les rôles de direction. Et plus le monde s’amendera, et la Torah éclairera sa voie, moins il sera à craindre que le sentiment naturel ne fasse irruption de manière erronée et destructive. Dès lors, les freins à sa révélation seront ôtés, et le bien que recèle le caractère féminin, lequel conjugue tous les domaines, trouvera son expression. Alors, la position de la femme ira en s’élevant.

Le processus de parachèvement moral du monde se produit parallèlement au développement de la science, de la technologie et de l’économie, développement qui a permis à l’homme d’obtenir sa nourriture avec des efforts moindres, l’a libéré des souffrances liées à sa punition, et a libéré la femme de sa dépendance désespérée à l’égard de son mari. Ce processus s’est poursuivi, de façon progressive, durant des millénaires, et s’est fortement accru dans les dernières générations, grâce à la possibilité, qui nous est désormais offerte, de gagner notre vie par le biais du talent, plutôt que de la force physique. Le développement de la science médicale a aussi atténué, considérablement, les dangers de l’accouchement, et a contribué à l’ascension du statut de la femme[4].


[4]. Dans une perspective midrachique, la faute du premier homme, à laquelle Eve participa plus activement qu’Adam, est la continuation de la faute de la terre : celle-ci avait reçu l’ordre de produire un ‘ets péri (littéralement, un « arbre-fruit »), de sorte que le goût de l’arbre eût été semblable à celui du fruit, mais elle ne fit pas cela : « La terre produisit les arbres donnant fruit », et non des « arbres-fruits » (Rachi sur Gn 1, 11). Le propos de ce midrach est d’enseigner qu’il est difficile à la réalité terrestre d’appliquer l’idéal divin dans sa plénitude. On le sait, le féminin est comparé à la terre ; pour la femme aussi, il fut difficile d’appliquer l’idéal dans sa plénitude. Toutefois, dans la mesure où tout le but de la création du monde est que se révèle la Présence divine, précisément sur la terre, la femme réalisera, après le parachèvement du monde, tous les idéaux ; alors, sa position sera plus élevée, puisque c’est là le but de tout.

Il faut ajouter que, d’après la sagesse cabalistique, la première faute fut accomplie avant la création de ce monde-ci, dans le monde de Tohu (monde du chaos), qui était plus élevé, et qui était marqué par l’orgueil et la séparation. En conséquence de cela, les réceptacles furent brisés en leur partie féminine, et ces bris furent enfouis en la matérialité de ce monde-ci (le ‘olam hazé). Par le biais de la lumière de la réparation (tiqoun) prodiguée par la Torah et la direction qu’elle donne, dont le fondement est du côté masculin, le monde va vers son parachèvement. Mais puisque, à l’origine, les lumières de Tohu sont plus élevées, elles retourneront à leur emplacement après l’achèvement du tiqoun ; alors, elles se trouveront au-dessus des lumières mâles.

07. Direction manifeste et direction occulte en ce monde-ci

Même durant les périodes où le statut de l’homme était à son sommet, on pouvait observer, en y regardant de façon plus profonde, la grande influence des femmes. En effet, lors même que la direction manifeste est confiée aux hommes, les hautes qualités des femmes sont enfouies dans les profondeurs, et dispensent force et puissance aux hommes, leur permettant de remplir concrètement leur rôle. Certes, pour définir les buts et ouvrir la voie, la direction fut confiée aux hommes ; mais à des heures décisives où il était nécessaire de se relier plus profondément et pleinement à la foi (émouna), ce sont précisément des femmes qui réussirent, plus que les hommes, à remplir cette mission.

Après que Moïse eut tardé à descendre du mont Sinaï, les hommes voulurent se faire un veau d’or, à l’exemple des idoles qu’il y avait en Égypte. Ils exigèrent que leurs femmes fissent don de leurs anneaux d’or, afin qu’ils pussent le fabriquer. Mais les femmes « n’acceptèrent point de donner leurs anneaux à leurs maris ; elles dirent : “Pour faire une idole, chose abominable, impuissante à porter secours ? Nous ne vous écouterons pas !” Le Saint béni soit-Il les récompensa en ce monde, car les femmes observent, plus que les hommes, les néoménies (Roch ‘hodech) ; et Il les récompensa dans le monde à venir, car les femmes sont destinées à se renouveler, comme les néoménies, ainsi qu’il est dit : “Il rassasie de bien ta beauté ; ta jeunesse se renouvellera comme celle de l’aigle” (Ps 103, 5) » (Pirqé de-Rabbi Eliézer 45).

Au moment où les hommes eurent peur de conquérir la terre d’Israël, et fautèrent en écoutant le conseil des explorateurs (Nb chap. 13 et 14), les femmes, là encore, ne participèrent pas à la faute. Aussi, le décret interdisant de pénétrer en terre d’Israël ne visa que les hommes, et non les femmes. Nous voyons encore que les filles de Celofhad chérissaient la terre d’Israël, et qu’elles voulurent en hériter (Tan’houma, Pin’has 7). De même, « Rabbi Aqiba enseigna : “C’est par le mérite des femmes justes qu’Israël sortit d’Égypte” » (Sota 11b ; cf. ci-dessus, chap. 1 § 8). Quant à l’avenir, nos sages enseignent : « Les générations ne sont délivrées que par le mérite des femmes justes de chaque génération » (Midrach Zouta, Ruth 4, 11).

Aussi, lors du don de la Torah, Dieu commanda-t-il à Moïse de s’adresser d’abord aux femmes, comme il est dit : « Ainsi tu diras à la maison de Jacob, et tu parleras aux fils d’Israël » (Ex 19, 3) ; les sages expliquent : « Tu diras à la maison de Jacob – ce sont les femmes ; à elles, tu parleras en des termes doux. Et tu parleras aux fils d’Israël – à eux, tu tiendras un langage ferme, qui convient à l’exposé des punitions prévues par la Torah et aux enseignements précis de celle-ci. » De ce qu’il est écrit « ainsi tu diras » (ko tomar), nos sages apprennent qu’il faut respecter l’ordre, c’est-à-dire qu’il faut parler d’abord aux femmes (Mékhilta, citée par Rachi). En effet, la vision ultime de la Torah est que, par un langage doux, tout soit compris et parachevé ; et bien que nous ne puissions atteindre cela que dans le futur, et qu’il faille entre-temps donner préséance à la direction masculine, il y a lieu, au moment du don de la Torah, de donner préséance aux femmes, qui donnent expression à la vision d’ensemble.

De même, c’est de la femme sunamite que nous apprenons dans quel honneur nous devons tenir la Torah et les disciples des sages. Celle-ci allait en effet saluer le prophète Elisée les jours de Chabbat et de néoménie (II R 4, 23 ; Roch Hachana 16b). Ce n’est pas un hasard que l’honneur dû à la Torah nous soit appris d’une femme, car les femmes sont davantage liées au côté collectif et suprême que recèle la Torah (Si’hot Harav Tsvi Yehouda Kook, Chémot pp. 178-181). Dans le même sens, nos sages disent : « La promesse que le Saint béni soit-Il fit aux femmes est supérieure à celle faite aux hommes » (Berakhot 17a). Les sages expliquent que, si les femmes ont un tel mérite, c’est parce qu’elles envoient leurs enfants étudier la Torah, encouragent leurs époux à étudier la Torah à la maison d’étude, et les attendent joyeusement jusqu’à ce qu’ils aient achevé leur étude, sans les presser de rentrer au plus vite à la maison.  De manière extérieure, la position des hommes, qui étudient la Torah, paraît plus élevée ; mais dans l’intériorité, puisque ce sont les femmes qui font en sorte que l’étude de la Torah se maintienne au sein du peuple juif, leur position est plus élevée. D’un point de vue extérieur, cette supériorité tient au fait qu’elles encouragent l’étude, mais, d’un point de vue intérieur, cela tient à ce que leur lien intime avec la Torah est plus profond[5].


[5]. Il faut signaler que la séparation entre l’homme et sa femme reflète la séparation entre le monde et son Créateur, entre l’assemblée d’Israël et le Saint béni soit-Il, conformément à ce que nous avons vu ci-dessus, chap. 1 § 6 et chap. 3 § 15, note 10. Dans le prolongement de cette idée, il convient de noter ceci, quant à la faute du veau d’or et à la faute des explorateurs : si les hommes et les femmes avaient été plus unis, on peut estimer que ces fautes n’auraient pas été commises, car les hommes auraient compris que la foi, propre aux femmes, ne leur était pas étrangère, mais qu’au contraire, fondamentalement, c’est d’eux-mêmes que les femmes l’avaient apprise. Grâce à cela, les hommes se seraient renforcés et auraient tenu bon face à ces épreuves. De même, quant aux femmes, qui, s’agissant des relations charnelles interdites, fautèrent et firent fauter davantage, dans les générations précédant la destruction du Temple – comme l’explique le prophète –, il faut supposer que, s’il avait existé plus d’amour entre leurs maris et elles-mêmes, elles auraient compris d’eux les définitions des concepts toraniques, et, par cela, elles auraient pu tenir bon face au penchant au mal.

Il faut encore signaler que, à l’exemple de ce que nous avons vu plus haut, d’après quoi l’influence des femmes est plus importante, nous apprenons au traité Pessa’him 50a que, Rav Yossef fils de Rabbi Yehochoua ben Lévi étant malade et à l’article de la mort, son âme s’éleva dans le monde supérieur et revint à la vie terrestre. Son père lui demanda : « Qu’as-tu vu en haut ? » Il répondit : « C’est un monde inversé que j’ai vu : le haut est en bas, le bas en haut. » Son père lui demanda : « Mon fils, c’est un monde clair que tu as vu. » En ce monde-ci, on voit l’extériorité ; dans le monde de vérité, on voit l’intériorité.

08. Elévation du statut de la femme, d’un point de vue halakhique

Le processus d’élévation que connaît le statut de la femme trouve également son expression en matière halakhique. Selon la Torah, il est permis à l’homme d’épouser plusieurs femmes ; il peut également, de manière discrétionnaire, divorcer de sa femme. Il ne peut certes pas se consacrer une femme sans qu’elle y consente, mais il peut en divorcer sans son consentement. Il suffit à l’homme de lui écrire un acte de divorce (guet) et de le lui remettre en main.

Pour expliquer ces règles, il faut d’abord dire que la Torah ne contraint pas l’homme à aller à l’encontre de la nature. La nature est le soubassement, l’assise sur laquelle l’homme peut s’amender et s’accomplir. Dans le même sens, la Torah ne se mêle pas du quotidien du marché économique ; elle laisse les forces du marché mener leur action, tout en leur fixant des limites morales et une vision fondée sur des valeurs. Aussi, la Torah n’interdit-elle pas même l’esclavage, car, en des périodes de pénurie et de famine, il est préférable à l’homme d’être esclave, pourvu qu’il puisse survivre. S’ils n’avaient pu compter sur le cadre de l’esclavage, il est des hommes qui seraient morts de faim, ceux qui n’avaient point réussi à se sustenter par eux-mêmes, parce qu’ils étaient paresseux, ou manquaient de débrouillardise, ou parce que leur terre avait été conquise. Par le biais de l’esclavage, ils purent survivre, eurent des descendants, qui sont aujourd’hui des hommes libres. Aussi, la Torah s’est-elle contentée de fixer des limites morales à l’esclavage.

Il en est également ainsi en matière de mariage : il arrivait que tout le monde ne réussisse pas à se sustenter convenablement. Si l’on n’avait permis aux hommes ayant réussi, par leur sagacité, à rassembler davantage de nourriture et de biens, d’épouser deux femmes ou même davantage, de nombreuses femmes, qui n’auraient pas eu la chance d’épouser un homme capable de les sustenter, seraient mortes de faim, sans avoir de descendance. Par ailleurs, lorsque l’obtention de moyens de subsistance requérait un travail très difficile, et que l’homme devait travailler péniblement toutes les heures du jour pour sa femme et ses enfants afin de leur fournir nourriture, vêtement et abri, on ne pouvait soumettre l’homme à la volonté de sa femme. La permission donnée à l’homme de divorcer sans le consentement de son épouse, ou d’en prendre une seconde, lui donnait le sentiment d’une liberté, qui lui permettait de s’engager à prendre sur lui le joug pesant de la subsistance de sa femme, et à s’engager, de plus, à sustenter leurs petits enfants.

Certes, la Torah prescrit que, même si l’homme prend une seconde épouse, il doit toujours veiller à réjouir la première, par la mitsvat ‘ona, et à remplir tous ses besoins, ainsi qu’il est dit : « Sa nourriture (chéérah), son habillement (kessoutah) et son droit conjugal (‘onatah), il n’en retranchera rien » (Ex 21, 10). Nos sages ont ajouté à cela un important décret : que l’homme n’épouse point une femme sans établir de ketouba (acte de mariage), c’est-à-dire de ne point se marier sans s’engager, au moment des noces, à dédommager sa femme, en cas de divorce, par une somme d’argent suffisante à sa survie, pendant un an au moins ; cela, afin que le divorce ne soit pas, aux yeux de l’homme, une décision que l’on peut prendre à la légère (Ketoubot 39b ; Maïmonide, Ichout 10, 7).

En général, la somme prévue par la ketouba était même supérieure, tout dépendant des conventions entre le fiancé et la famille de la fiancée. Dans le cas où la somme prévue par la ketouba était très élevée, et qu’il apparaissait à l’homme qu’il avait épousé une femme mauvaise, qui l’affligeait, la vie de l’homme était difficile et pénible, car il devait veiller à assurer tous les besoins de son épouse, sans qu’il lui fût possible de divorcer. C’est pour un tel homme, disent nos sages, que le verset déclare : « Voici que je leur envoie un mal tel qu’ils ne pourront en sortir » (Jr 11, 11) ; ou encore : « Dieu m’a livré en des mains dont je ne puis me relever » (La 1, 14). Sur une telle femme, il est dit : « Je trouve, quant à moi, plus amer que la mort : la femme dont le cœur est piège et filet (…) Celui qui est bon devant Dieu y échappera, mais le pécheur sera pris à son piège… » (Ec 7, 26). Rava a dit : « Une femme mauvaise dont la ketouba est élevée, sa rivale est à son côté. » En d’autres termes : le conseil que l’on peut donner à un tel mari est d’épouser une femme supplémentaire ; par l’effet de sa jalousie envers la nouvelle épouse, la première améliorera ses voies. Cela, bien entendu, à condition que l’homme puisse satisfaire les besoins des deux femmes, et donner à chacune d’elles une chambre séparée (Yevamot 63b).

09. L’interdit de la bigamie

Le long des générations, la situation économique s’améliora, et, parallèlement, les cas de bigamie diminuèrent de beaucoup, au point que, dès l’époque de la Michna, il y a environ deux mille ans, on ne mentionne aucun Tanna qui eût deux femmes. Durant la période talmudique, il y a environ mille six cents ans, le modèle social consistant à ne pas prendre une seconde épouse était si évident que les Amoraïm discutèrent s’il était, en pratique, permis de le faire. Selon Rabbi Ami, cela était interdit, parce que toute femme accepte d’être consacrée à un homme à la condition implicite que celui-ci ne prenne pas d’épouse supplémentaire ; aussi n’est-il permis à un homme de prendre une seconde épouse que dans le cas où la première y consent, ou s’il paie sa ketouba à celle-ci et en divorce préalablement. Cependant, la halakha suit l’opinion de Rava, selon lequel l’homme ne prend pas un tel engagement au moment du mariage ; par conséquent, il lui est permis de se consacrer une épouse supplémentaire, sans qu’il soit besoin d’obtenir l’accord de la première (Yevamot 65a).

Il y a environ mille ans, Rabbénou Guerchom Méor Hagola (« lumière de la diaspora ») décréta que l’homme ne pourrait désormais épouser plus d’une femme. Il décréta également que l’on ne pourrait plus divorcer de sa femme sans son consentement. Ce n’est que dans le cas d’une permission particulière, accordée par cent rabbins venant d’au moins trois pays, que l’on pourrait accorder à l’homme de divorcer de sa femme malgré elle.

Ce décret interdisant la bigamie a été adopté dans les pays de rite ashkénaze, tandis que, en Espagne, il ne fut pas adopté en tant que norme obligatoire ; cependant, en pratique, c’est en ce sens que l’on agit dans la majorité des communautés, le fiancé s’engageant, dans la ketouba, à ne pas prendre d’épouse supplémentaire. À la suite de la fondation de l’Etat, le Conseil du Grand-rabbinat décida, en l’an 5710 (1949-50), que l’interdit de la bigamie s’imposerait également à toutes les communautés.

De prime abord, la chose est difficile à comprendre. En effet, nous avons pour principe que les sages n’ont pas autorité pour interdire une chose que la Torah autorise expressément (Touré Zahav, Yoré Dé’a 117, 1). Comment donc Rabbénou Guerchom a-t-il pu interdire d’épouser deux femmes, et pourquoi cette décision a-t-elle été adoptée au sein du peuple juif ? Notre maître, le Rav Tsvi Yehouda Hacohen Kook – que la mémoire du juste soit bénie –, explique que, du contexte dans lequel la Torah nous dit qu’il est permis d’épouser deux femmes, on peut comprendre que la chose n’est pas souhaitable, comme il est dit : « Si un homme a deux femme, l’une aimée, l’autre haïe, et qu’elles lui aient donné des fils, la femme aimée et la femme haïe, et que le fils premier-né soit à la femme haïe… » (Dt 21, 15).

Le premier problème est que l’une soit aimée et l’autre haïe. Dans le même sens, nous voyons que deux épouses d’un même homme sont appelées rivales (tsarot) l’une de l’autre (cf. I S 1, 6). Cette rivalité risque de donner lieu à des disputes quant à l’héritage, disputes susceptibles de déchirer la famille ; à tel point que la Torah a dû nous mettre en garde : « [L’homme] ne pourra conférer le droit d’aînesse au fils de la femme aimée, au détriment du fils de la femme haïe, qui est le premier-né. Car c’est le premier-né, fils de la femme haïe, qu’il reconnaîtra, pour lui donner double portion de tout ce qui se trouvera en sa possession ; car il est la primeur de sa puissance, à lui le droit d’aînesse » (Dt 21, 16-17). Après cela, la Bible expose le cas du « fils dévoyé et rebelle » (ben sorer oumoré). Or nos sages enseignent que cette juxtaposition des deux cas vient nous enseigner que la déplorable situation d’un tel fils est la conséquence du fait que l’homme possédait deux femmes (Rachi sur Dt 21, 11 ; Si’hot Harav Tsvi Yehouda Kook, Devarim p. 361). Nous voyons donc que la permission d’épouser deux femmes n’est donnée qu’a posteriori, en raison d’une contrainte que l’on ne saurait blâmer. Cependant, quand la nécessité est levée, il est de coutume, au sein du peuple d’Israël, de ne point épouser deux femmes.

Il convient de signaler que les instructions de la halakha sont allées de pair avec l’amélioration des possibilités qu’a l’homme d’assurer sa subsistance, et précédèrent de plusieurs siècles, voire de plusieurs millénaires, l’ascension du statut de la femme du point de vue économique. Ce n’est en effet qu’à l’époque moderne, avec le perfectionnement mécanique et le passage d’un travail physique difficile à un travail sollicitant davantage des dons d’intellect et de sensibilité, que le niveau des revenus propres à la femme s’éleva, et que leur position économique s’améliora. En d’autres termes, ce n’est pas la force économique ascendante des femmes qui entraîna un changement de prescription halakhique, mais bien la situation économique de l’ensemble de la population. Aussi, dès lors qu’il fut possible d’assurer la subsistance des femmes sans permettre la bigamie, la chose fut entièrement interdite, ou se transforma en un phénomène rare. Il en est de même à l’époque de nos sages, de mémoire bénie, quant à l’institution de la ketouba : dès qu’il fut possible d’exiger de l’homme de donner une ketouba et d’en remplir les obligations, ainsi fut-il décidé.

10. Signification du changement, en matière de mitsvat ‘ona

À la suite de la faute du premier homme et des peines qui furent décidées pour la sanctionner, un défaut affecta l’union charnelle entre l’homme et sa femme. Suivant le plan divin, l’homme devait en avoir la première initiative, puis c’était à la femme de compléter celle-ci, sur un pied d’égalité. Par cela, l’amour entre époux se situait à un niveau élevé. Après la faute, l’homme et la femme chutèrent de niveau, et puisqu’ils s’étaient éloignés de Dieu et de l’abondance de sa lumière, l’amour qui les reliait ne put se révéler comme il convenait. De même, la bénédiction de leurs moyens de subsistance en fut affectée, et, à cause de cela, le niveau de la femme chuta plus encore que celui de l’homme, au point qu’elle devint entièrement dépendante de lui pour les nécessités de sa subsistance. Du point de vue psychique, également, la dépendance de la femme à l’égard de son mari s’accrut, de sorte qu’elle éprouva le besoin de recevoir davantage de compliments et de plaisirs afin d’être sûre de son amour, et afin d’obtenir une joie entière ; c’est à ce propos qu’il est dit : « Vers ton homme te portera ta passion, et lui règnera sur toi » (Gn 3, 16 ; cf. ci-dessus, chap. 2 § 2).

Pourtant, c’est précisément de cette grande chute que germera une ascension plus grande encore, ainsi que l’enseignent nos sages : « À l’endroit où se tiennent les repentants, les justes parfaits ne peuvent se tenir » (Berakhot 34b). En effet, à la fin du processus de repentir (téchouva), le statut de la femme sera supérieur à celui de l’homme. À partir de la dépendance de la femme à l’égard de son mari, commence un processus de profonde réparation morale pour l’un et l’autre. Pour la femme, parce qu’elle est prête davantage à accepter le commandement de l’intellect toranique, que l’homme représente ; pour l’homme, parce que l’on exige de lui d’approfondir davantage ses émotions et de les exprimer, afin d’accomplir la mitsvat ‘ona et de réjouir son épouse comme le veut la halakha. Par cela, malgré la situation difficile, qui pousse tout homme à se soucier de soi-même, les époux transcendent les voiles qui les séparent et surmontent les obstacles que la faute a suscités ; ils révèlent leur amour, et une étincelle de l’unité divine revient résider entre eux et dans le monde, lequel va en s’élevant, vers sa Délivrance.

Concurremment à la germination de la Délivrance, au rassemblement des exilés et à la reconstruction de la terre d’Israël, qui recommence à donner ses fruits abondamment, se produit une ascension dans la position de la femme, et, avec elle, la grande nouvelle, pour l’avenir, d’un lien plus parfait entre l’homme et la femme. Certes, comme toujours, on obtient d’abord des fruits trop verts : les courants nouveaux de l’ascension féminine ébranlent la stabilité de l’institution familiale ; et très nombreux sont ceux qui restent isolés et malheureux. On dédaigne la vieille morale, qui avait consolidé la famille durant des générations. Sans Torah, ceux-là ne réussissent pas à créer une vie de couple fidèle et sanctifiée.

Mais ceux qui ont le mérite d’être fidèles aux valeurs de la Torah et aux directives de la halakha réussissent, eux, à maintenir l’alliance du mariage avec constance, tout en ayant l’avantage de goûter aux bons fruits qui commencent à apparaître, à mesure qu’avance le processus de Délivrance. Certes, la structure essentielle du lien unissant l’homme et sa femme, dont le fondement réside dans les mitsvot de la Torah, ne changera pas. C’est à l’homme qu’incombe la mitsva de rechercher sa compagne, de la consacrer en tant qu’épouse, de la réjouir par la mitsvat ‘ona, et d’accomplir la mitsva de croître et multiplier ; et c’est toujours une mitsva pour la femme que de s’associer à lui pour cela. Cependant, plus on avance, plus il apparaît que, par sa faculté d’intégration, la femme a la capacité de développer l’initiative de l’homme en la portant à un degré bien plus profond, élevé et large, ainsi que de dispenser davantage de bénédiction à son mari et au monde. Il apparaîtra finalement que, à l’étape même où l’homme a l’initiative, la femme, par sa bonne volonté, entraîne l’homme à l’initiative. Et au stade même où la femme élabore, l’homme, par son attente et son estime à son endroit, l’entraîne à cela. Alors, le côté masculin qui réside dans la femme se révélera, ainsi que le côté féminin qui se trouve en l’homme.

Du point de vue halakhique et moral, plus le statut de la femme s’élève – au sein du processus de développement historique, comme du processus de développement propre à la vie commune de chaque couple –, plus la femme doit prendre conscience de sa responsabilité dans l’accomplissement de l’alliance matrimoniale. Par une écoute très profonde, elle dévoilera, avec son mari, des secrets, cachés dans les profondeurs ; et, avec une sensibilité délicate et de la modestie, elle participera au processus de construction du lien les unissant. Grâce à cela, les époux auront le mérite de voir croître l’amour et la joie, ils accompliront la mitsvat ‘ona avec perfection, et mériteront abondance de bénédiction et de paix.

Le monde rayonnera de leur amour, et sera apaisé de la tension existant entre les sexes. Alors les qualités féminines de modestie et de réception, de passion et de soif de lien, qualités qui semblent parfois émaner d’une faiblesse ou d’un manque de stature – à la manière du désert qui, désolé, n’a pas d’existence propre –, deviendront source de bénédiction pour le monde entier. « Car l’Éternel a consolé Sion, a consolé toutes ses ruines, et a fait de son désert un Éden, de sa solitude un jardin divin. Joie et allégresse y règneront, chants de reconnaissance et son des cantiques » (Is 51, 3). « Et les rachetés de l’Éternel reviendront, ils rentreront à Sion avec des chants de joie, une exultation infinie sur leur tête ; ils atteindront joie et allégresse ; et détresse et peine s’enfuiront » (ibid. 11).

06. Deux degrés dans l’accomplissement de la mitsva rabbinique

Comme nous l’avons vu, la Torah a établi que la mitsva de procréer oblige à engendrer un fils et une fille, et les sages ont ajouté, en tant que mitsva obligatoire, le devoir de l’homme d’avoir des enfants supplémentaires. De prime abord, on peut supposer que la mitsva, telle que l’ont fixée les sages, n’a pas de limite, chacun devant s’évertuer, de toutes ses forces, à engendrer autant d’enfants que possible. Mais il est plus vraisemblable qu’il y ait des degrés dans la mitsva, telle que les sages la conçoivent : le premier est l’obligation, valable pour tous, d’avoir quatre ou cinq enfants ; le second degré est la mitsva d’avoir des enfants au-delà de cela, chaque couple selon ses forces.

D’après cela, des parents ordinaires, qui ne sont pas particulièrement malades, ni de corps ni d’esprit, ont l’obligation d’accomplir la mitsva, au sens rabbinique du terme, consistant à avoir quatre ou cinq enfants. Après cela, ils détermineront s’ils ont la force de continuer à accomplir cette grande mitsva, et d’avoir d’autres enfants. Par exemple, s’ils savent qu’ils pourront élever d’autres enfants et les éduquer à la Torah, aux mitsvot et aux bonnes actions, c’est une mitsva que d’avoir autant d’enfants qu’ils le pourront. Mais s’ils savent que, avec des enfants supplémentaires, la charge serait trop lourde pour eux, que la colère et l’énervement accompagneraient leur vie, il y a des raisons de s’abstenir d’enfanter davantage, car s’il est vrai qu’ils accompliraient une mitsva à chaque enfant supplémentaire, ils commettraient aussi des fautes par l’effet de leur mauvaise humeur, et la chose risquerait d’influer négativement sur l’éducation de leurs enfants. Bien plus, sont autorisés à faire ce choix – comme nous le verrons ci-après, § 16 –, ceux-là même qui aspirent à libérer une partie de leur énergie pour la consacrer à de nouveaux projets dignes d’estime, de sorte qu’il ne leur resterait plus de forces pour élever des enfants supplémentaires (les moyens contraceptifs qui conviennent à ce cas seront cités ci-après, § 17-19, et la nécessité de consulter une autorité rabbinique sera exposée au § 20).

Le fondement de cette distinction est le suivant : dans de nombreux cas, nous voyons que les sages ont fixé leur propre mitsva sur le modèle de la mitsva toranique. Puisque donc la Torah fixe, comme obligation, le fait d’engendrer deux enfants, il y a lieu de dire que l’obligation rabbinique sera d’ajouter deux enfants supplémentaires. On peut même dire que l’obligation consistera peut-être, aux yeux des sages, à avoir deux fils et deux filles. En ce cas, dans la majorité des familles, on devra avoir à cette fin cinq enfants. Nous voyons ainsi que, dans la majorité des familles pratiquantes, on fait en sorte d’avoir au moins quatre ou cinq enfants.

Nous voyons donc que, quoique le couple accomplisse une grande mitsva de la Torah à chacun des enfants qu’il engendre, on peut distinguer trois niveaux quant à la question de l’obligation (‘hiyouv) : a) l’obligation toranique est d’avoir un fils et une fille ; même quand les circonstances sont difficiles, il faut grandement s’efforcer de remplir cette obligation (cf. ci-après § 13-15 ; chap. 6 § 1-4). b) L’obligation rabbinique consiste à s’efforcer d’avoir quatre ou cinq enfants (c’est-à-dire deux ou trois de plus que ce que prévoit l’obligation toranique). c) C’est une mitsva que d’avoir des enfants supplémentaires, en fonction des forces des parents (comme nous le verrons aux § 16 et 20)[6].


[6]. Maïmonide écrit : « Bien qu’il ait déjà accompli la mitsva de procréation (en ayant un fils et une fille), l’homme a l’obligation, de par la législation rabbinique, de ne pas cesser de procréer, tant qu’il en a la force » (Ichout 15, 16). C’est dans ces mêmes termes que s’expriment le Rivach 15 et le Séfer ‘Harédim 7, 2. Il n’est pas dit si l’obligation consiste, pour l’homme, à s’y évertuer de toutes ses forces, sans presque tenir compte des difficultés liées à la santé ou à la subsistance, ou bien si l’intention de ces auteurs est que l’on s’y évertue de façon commune, en tenant compte des différentes difficultés. Certains Richonim écrivent que la mitsva formulée par l’Ecclésiaste (11, 6), « Le matin, ensemence ton champ, et le soir, ne laisse pas reposer ta main… », est de rang rabbinique, et que les sages n’ont point assujetti la mitsva à la question des forces des parents ou du nombre présent de leurs enfants (Rif, Roch, Séfer Mitsvot Gadol et de nombreux autres auteurs ; quoi qu’il en soit, des termes de Tossephot sur Chabbat 110b ד »ה והתניא, il apparaît nettement que le terme « soir » [‘érev] renvoie à plus de deux fils et deux filles).

À notre humble avis, jadis, presque aucune question ne se posait en la matière, car, de manière naturelle, environ la moitié des enfants mourraient dans leur très jeune âge, et de nombreuses femmes devenaient stériles, pour différentes raisons, telles que les fausses couches (qui risquent, s’il n’est pas procédé à un curetage, de causer la stérilité). L’allaitement, lui aussi, faisait obstacle aux règles et à la conception pendant une période de deux ans (à ce qu’il semble, l’abondance de nourriture qui est disponible de nos jours donne à la femme la force d’allaiter et d’ovuler tout à la fois). En tout état de cause, jadis, le nombre moyen d’enfants était, tout au plus, de quatre ou cinq par femme. Quant à celles qui étaient bénies par une plus grande famille, il ne leur serait pas venu à l’esprit d’empêcher une grossesse.

De nos jours, en raison des progrès de la médecine et du raccourcissement de la période d’allaitement, une femme moyenne a la possibilité d’enfanter beaucoup plus. La question se pose donc : quelle est son obligation, quant à la mitsva de procréer, et quand est-il permis de recourir à la contraception ? Certains ont tendance à dire que l’obligation consiste à enfanter autant que possible, sans presque prendre en considération les problèmes financiers du ménage ni les difficultés physiques ; ce n’est que dans un cas de maladie physique ou psychique que les sages eussent permis la contraception (Rav Yossef Messas, Yaskil ‘Avdi, Min’hat Yits’haq). D’autres estiment que l’on peut prendre en considération les questions de subsistance et les difficultés physiques (‘Aroukh Hachoul’han, Igrot Moché, Tsits Éliézer), comme nous le verrons en note 15. Cependant, en pratique, il apparaît que les décisionnaires rigoureux eux-mêmes sont enclins à l’indulgence lorsque le couple qui les consulte décrit sa situation comme difficile, et que, à l’inverse, les décisionnaires indulgents eux-mêmes sont enclins à la rigueur quand le couple décrit sa situation comme aisée. La réponse dépend donc, dans une grande mesure, de la manière dont est formulée la question, laquelle dépend elle-même du sentiment et de la conception du monde de celui qui la pose, quant aux naissances nombreuses : est-ce, à ses yeux, une chose particulièrement difficile ou non ?

Afin d’assister aussi bien les familles que les rabbins consultés, il nous semble nécessaire de distinguer deux degrés au sein même de la mitsva rabbinique, ce qui permet de répondre à la majorité des questions ; de plus, il semble que ce soit en pratique en ce sens que tranchent la majorité des rabbins : avant que la famille n’ait atteint la taille moyenne des familles composant le milieu religieux, on a moins tendance à autoriser la contraception ; une fois que cette taille est atteinte, on tend davantage à l’indulgence. Il se trouve donc que cette distinction, que nous opérons, reflète les décisions usuellement rendues, en leur conférant un cadre nettement défini (comme on le verra en note 15).

Cette distinction peut s’appuyer sur deux thèses talmudiques. La première : nous voyons que les sages ont fixé leurs prescriptions à la manière des mitsvot toraniques : « Tout ce qu’ont institué nos maîtres, c’est à la façon de la Torah qu’ils l’ont institué » (Guitin 65a, formule que l’on retrouve en d’autres occurrences). C’est le cas, par exemple, des jeûnes fixés par les prophètes : leurs lois sont, à l’origine, semblables à celles du jeûne de Kipour, institué par la Torah (cf. Pniné Halakha, Zemanim Fêtes et solennités juives, vol. 1, chap. 7 § 1). C’est bien ce qu’apprend Rabbi Yossef Otlingi dans son Lou’ah Dinim chel ha-Nimouqé Yossef sur Yevamot, chiffre 60 : « Du point de vue de l’obligation toranique, l’homme a accompli le devoir de procréation dès lors qu’il a un fils et une fille ; du point de vue rabbinique, on exige deux de chaque. » De ces paroles, il ressort qu’il faut précisément deux garçons et deux filles.

Il faut associer à cela les propos du ‘Emeq Chééla 165, 3-4, qui se fondent sur le Chéïltot (cf. ci-dessus, note 5), selon qui, pour garantir l’accomplissement de la mitsva toranique, il est nécessaire d’avoir précisément deux fils et deux filles. En pratique, les chances d’avoir, sur quatre enfants, deux garçons et deux filles est de 37, 5 % ; sur cinq enfants, les chances sont de 62, 5 % (sur six, 78, 13 %, sur sept, 87, 5 %). Aussi, le deuxième niveau d’obligation est-il de quatre ou cinq enfants : s’il ne se trouvait pas deux fils et deux filles parmi les quatre premiers enfants, il serait bon d’engendrer un cinquième enfant, puisque, dans la majorité des familles, sur un groupe de cinq enfants, se trouvent deux garçons et deux filles. Mais il n’y a pas lieu de fixer, en se fondant sur cette seule thèse, une obligation d’enfanter davantage que cinq enfants. En effet, dès le quatrième enfant, il y a, du point de vue du nombre, une imitation de la mesure toranique par la règle rabbinique. Le risque même que l’obligation de croître et de multiplier ne soit pas accomplie est divisé de moitié, puisque l’un des deux sexes est nécessairement représenté par deux enfants.

La seconde thèse donne lieu à une définition moins nette, mais elle est de grand poids : c’est un principe bien connu que de « regarder ce que les gens font » ; en d’autres termes, quand on ne sait pas comment accomplir une mitsva déterminée, on regarde quelle est la coutume répandue parmi ceux qui observent les mitsvot. Le nombre moyen d’enfants parmi les familles pratiquantes qui n’ont pas de difficultés particulières, ni physiques ni psychiques (et si l’on exclut les familles qui pratiquent très au-delà de la stricte obligation), se situe entre quatre et cinq enfants. De même, nous voyons que, selon les Richonim, cette mitsva rabbinique n’oblige pas à tout faire pour engendrer des enfants sans limitation ; la mitsva consiste seulement à suivre la coutume naturelle, permettant le peuplement du monde. C’est ainsi que se prononcent Rabbi Zera’hia Halévi et Na’hmanide (sur Yevamot 19b, selon la pagination du Rif). Certains rabbins contemporains pensent que la question de savoir si cette mitsva rabbinique est une pleine obligation – comme toute mitsva rabbinique – ou s’il s’agit d’une mitsva légère, est controversée (Bné Banim 2, 38, Ich Ouveito 17, note 2). Certes, il semble plus vraisemblable de dire qu’il n’y a pas là de controverse ; mais si l’on adopte leur idée, la distinction que nous avons tenté d’opérer laisse une place à chaque opinion : jusqu’à quatre ou cinq enfants, la mitsva se conçoit comme une obligation ; au-delà, elle est une simple faculté.

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