04.Jouir d’une chose quand on doute d’avoir dit la bénédiction

Si l’on souhaite manger un aliment, et que l’on ne sache plus si l’on en a déjà récité la berakha, on le mangera sans berakha, puisque, en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent. S’il est possible de trouver une autre solution, cela est souhaitable afin de sortir du doute. Par exemple, s’il se trouve près de vous une personne qui doit prononcer la même bénédiction, vous lui demanderez de former l’intention de vous en acquitter en la prononçant ; puis vous répondrez amen à sa bénédiction, et mangerez aussitôt. Pour les aliments dont la berakha finale est Boré néfachot, si vous sortez de chez vous pour faire une brève promenade, une interruption (hefseq) aura été créée ; de cette façon, lorsque vous rentrerez, vous pourrez redire la bénédiction initiale sur la nourriture que vous souhaiterez manger (cf. ci-dessus, chap. 9 § 7). On ne considère pas, en ce cas, que l’on s’est mis soi-même dans le cas de dire une bénédiction non nécessaire, puisque l’on aura agi ainsi pour échapper au doute (cf. ci-dessus, § 2). Quoi qu’il en soit, quand il n’y a pas de solution de ce type, il sera permis – si l’on s’en tient à la stricte règle halakhique – de manger de cet aliment. En effet, il n’y a d’obligation de réciter une berakha que lorsqu’il est certain qu’il faut la réciter. Quand il n’y a pas de telle certitude, il n’est simplement pas possible de la dire. Si l’on veut être rigoureux à l’égard de soi-même, on s’abstiendra de manger ledit aliment.

Certains auteurs pensent que, lorsqu’on n’est pas certain de devoir réciter la bénédiction, on peut la réciter, en disant, au lieu du nom divin, sa traduction ; par exemple : Baroukh Ra‘hamana[c] Mélekh ha’olam… (« béni soit le Miséricordieux, Roi de l’univers) ; puis on conclut la bénédiction en hébreu<[d]. De cette façon, d’un côté l’on ne fautera pas en prononçant vainement le nom divin, et de l’autre on s’acquittera de la possible obligation de la berakha. En effet, même si l’on disait toute une bénédiction dans une langue autre que l’hébreu, on s’acquitterait de son obligation (‘Aroukh Hachoul‘han 202, 3). Mais de nombreux auteurs s’opposent à cela, estimant que l’interdit de réciter une bénédiction vaine ne tient pas seulement à la question du nom divin, mais à l’intention même de prononcer une bénédiction alors qu’on n’y est pas tenu. Et de même que, si l’on prononce un vain serment en mentionnant le nom de Dieu dans une langue étrangère, on transgresse un interdit de la Torah, de même, prononcer une bénédiction où l’on mentionne le nom de Dieu dans une langue étrangère, c’est transgresser l’interdit de bénédiction vaine (responsa de Rabbi Aqiba Eiger 141, 25). Puisque la chose est controversée, il est préférable de s’en abstenir (Ye‘havé Da‘at VI, 15).

Certains A‘haronim suggèrent, chaque fois que, en raison du doute, il est impossible de dire une bénédiction, de formuler la celle-ci en pensée, dans son for intérieur. L’Éternel verra dans le cœur de l’homme que son intention est de lui exprimer sa reconnaissance ; dans le même temps, il ne sera pas à craindre de dire une bénédiction vaine (Peri Mégadim ; Rabbi Aqiba Eiger ; Ben Ich ‘Haï sur Matot 14 ; selon Maïmonide, on s’acquitte de son obligation par la méditation du cœur aussi bien que par la parole ; toujours selon lui, une bénédiction vaine n’est pas à craindre en pareil cas)[5].


[c]. Ra‘hamana veut dire « le Miséricordieux » en araméen. 

[d]. Par exemple en disant boré peri ha‘ets, dans le cas d’un fruit de l’arbre.

 

[5]. Le principe de base selon lequel on peut manger, en cas de doute, sans répéter la bénédiction, est expliqué par Maïmonide, dont les propos sont reproduits par le Choul‘han ‘Aroukh (167, 9 ; 209, 3). C’est aussi l’avis d’autres Richonim et A‘haronim, et c’est ce qu’écrit le Rema (210, 2). Certains pensent qu’il est préférable de ne pas manger du tout en un tel cas, afin de ne pas profiter d’une chose qui, peut-être, eût nécessité une bénédiction (Dvar Moché III, Ora‘h ‘Haïm, feuillet 14, colonne 4). Selon le Ben Ich ‘Haï, quand c’est possible, il vaut mieux ne pas manger (Nasso 11) ; a posteriori, on pourra méditer la bénédiction en son cœur (Balaq 7). Mais en pratique, ainsi que nous l’avons vu, on pourra profiter de l’aliment (cf. ‘Hazon Ovadia II, p. 398). Toutefois, si l’on peut trouver le moyen de dissiper le doute, c’est une pieuse attitude (midat ‘hassidout), comme l’écrit le ‘Aroukh Hachoul‘han 202, 2. Cf. Pisqé Techouvot 209, 7. Par exemple, si l’on a la possibilité d’apporter un aliment que l’on ne pensait pas du tout manger, et dont la berakha soit identique, on pourra prononcer sur cet aliment la berakha, ce par quoi on se défera du doute à l’égard du premier.

 

Quand le doute porte sur le fait d’avoir ou non mangé un kazaït, et que l’on veut apporter un supplément de perfection à sa pratique, on mangera un autre kazaït ; ainsi, on pourra réciter avec certitude la bénédiction finale. Quand il n’y a pas de solution, ceux qui veulent embellir leur pratique pourront méditer la bénédiction en leur cœur.

 

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