02. Minyan

La bénédiction Hagomel[b] a ceci de particulier qu’on doit la réciter au sein d’un minyan. De plus, il faut que deux des membres du minyan soient des talmidé ‘hakhamim (« disciples des sages », érudits). Il est dit en effet, dans le psaume décrivant les quatre cas dans lesquels on doit exprimer sa reconnaissance : « On l’exaltera dans l’assemblée du peuple, dans le voisinage des anciens on le glorifiera. » (Ps 107, 32) L’expression « dans l’assemblée du peuple » fait référence à un groupe d’au moins dix hommes ; « dans le voisinage des anciens » se réfère à deux disciples des sages[c] au moins. Comme nous l’avons vu au précédent paragraphe, la routine de l’existence nous empêche d’avoir pleinement conscience de la valeur de la vie que le Créateur nous a accordée. Ainsi, nous déambulons souvent, sombres et nerveux, et toutes sortes de petits événements nous causent du désagrément. Mais ceux qui ont quitté la routine de l’existence, ont souffert et se sont trouvés en danger, peuvent bien comprendre combien la vie ordinaire est bonne et heureuse. Afin d’enraciner en nous la conscience que l’existence est bonne, les Sages ont prescrit à ceux-là – qui avaient temporairement perdu la douceur dont est empreinte la vie ordinaire – de remercier Dieu, en présence d’un minyan incluant deux disciples des sages, pour le bien qu’Il leur a dispensé. Par cela, tant celui qui récitera la bénédiction que ses auditeurs sauront mieux percevoir la valeur de la vie quotidienne. Le nom divin sera ainsi sanctifié dans le monde.

Si, par erreur, on a récité la bénédiction sans minyan, certains estiment que l’on est quitte de son obligation (Ritva) ; d’autres pensent que l’on n’est point quitte (disciples de Rabbénou Yona ; Méïri). Aussi, celui qui a commis cette erreur fera-t-il bien de répéter la bénédiction en public, mais sans mentionner cette fois le nom ni la royauté de Dieu (Choul‘han ‘Aroukh 219, 3). Et s’il peut écouter une autre personne réciter la Birkat hagomel, il lui demandera de former l’intention de l’acquitter par sa bénédiction.

A priori, comme nous l’avons dit, deux érudits doivent être présents lorsque se récite la Birkat hagomel ; mais s’il ne se trouve pas deux érudits à cet endroit, la bénédiction n’est pas conditionnée par cela. Par contre, la présence d’un minyan conditionne cette récitation. Si donc il n’y a pas de minyan, on ne récitera pas la bénédiction. En cas de nécessité, on peut compter celui qui récite la berakha parmi les dix[1].


[b]. Dans la suite du texte, nous écrirons simplement « la Birkat hagomel ».

[c]. Zaqen, littéralement « vieillard », a un sens dérivé : celui que sa fréquentation des anciens a rempli de sagesse. Dans la mesure où le verset parle de zeqenim (au pluriel), la lecture midrachique relève qu’un minimum de deux sages est requis pour que cette bénédiction soit récitée.

[1]. Les Richonim sont partagés quant au fait de savoir si le minyan est une condition indispensable à la récitation de la Birkat hagomel. Selon Rabbi Aaron Halévi, le Ritva et le Tour, cela ne conditionne pas la validité de la berakha. Selon les disciples de Rabbénou Yona, le Méïri, le Mikhtam et le Méorot, c’est une condition de validité.

Le Choul‘han ‘Aroukh 219, 3 mentionne les deux opinions, en introduisant chacune d’elles par les mots yech omrim (« certains disent ») : la première opinion citée est celle qui ne fait pas du minyan une condition de validité de la berakha, tandis que la seconde en fait une condition de validité. Or, dans le cas où deux opinions sont consécutivement introduites par les mots yech omrim, il est de principe, dans le Choul‘han ‘Aroukh, que la halakha suive la seconde.

Certains A‘haronim ont cependant tendance à s’appuyer, a posteriori, sur l’opinion d’après laquelle le minyan ne conditionne pas la validité de la bénédiction (Baït ‘Hadach ; Knesset Haguedola ; ‘Atéret Tsvi). Le Michna Beroura lui-même (219, 8) incline en ce sens, et écrit, se fondant sur Rabbi Aaron Halévi, que, si l’on ne peut réciter la bénédiction dans les trente jours au sein d’un minyan, on la récitera sans minyan. Dans le même sens, le Knesset Haguedola écrit qu’une femme peut réciter la bénédiction en présence de femmes, ou bien d’un homme unique. Le Birké Yossef 2 et le Michna Beroura 3 le citent.

Mais la majorité des décisionnaires estiment que le minyan est indispensable (Levouch ; Elya Rabba ; ‘Hayé Adam ; Ma‘hatsit Hachéqel ; Maguen Guiborim ; Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi ; ‘Hessed Laalafim ; Ben Ich ‘Haï ; ‘Aroukh Hachoul‘han et d’autres). Par conséquent, il ne faut pas réciter cette bénédiction sans un minyan d’hommes. C’est la conclusion du ‘Hazon Ovadia, p. 342, du Bérour Halakha du Rav Zilber, I, p. 185, et du Pisqé Techouvot 219, 15. A priori, il est bon que soient présents dix hommes, sans compter celui qui dit la bénédiction lui-même, car telle est l’opinion de certains décisionnaires (Rabbi Elyahou ibn Haïm ; ‘Hayé Adam). En cas de nécessité, on peut compter celui qui dit la bénédiction parmi les dix, suivant l’opinion de la majorité des décisionnaires (Halakhot Qetanot ; ‘Hida ; Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi ; Michna Beroura 6).

 

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