Nos Sages enseignent :
On doit exprimer sa reconnaissance dans quatre cas : après avoir pris la mer et être revenu sur la terre ferme ; après être allé dans le désert, quand on revient dans un endroit habité ; après avoir guéri d’une maladie ; après avoir été libéré d’une détention en prison. » (Berakhot 54b)
Ces propos s’appuient sur des versets du psaume 107, psaume de la reconnaissance. Les Sages prescrivent d’exprimer notre reconnaissance en présence d’un minyan, dans les quatre cas susdits, en récitant la bénédiction suivante : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, hagomel le‘hayavim tovot, ché-guemalani kol touv (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui prodigues des bontés aux coupables, et qui m’as comblé de tout bien »). En d’autres termes, malgré nos fautes et nos défauts, à cause desquels nous risquons d’être considérés comme « coupables », l’Éternel, béni soit-Il, nous prodigue des bontés et nous sauve des dangers. À la suite de cette bénédiction, ceux qui l’ont entendue répondent amen et ajoutent : Mi [ou : Ha-El] ché-guemalekha kol touv, Hou yigmolkha kol touv, sélah ! Ce qui signifie : « Que Celui [ou : que le Dieu] qui t’a octroyé tout bien, t’octroie tout bien[a], sélah ! » (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 219, 1-2)
La routine de l’existence nous distrait grandement de la conscience de tout le bien que Dieu a créé dans le monde. Ainsi, parfois, au lieu de louer l’Éternel, nous nous plaignons qu’il fait trop chaud, ou trop froid, que l’on est trop serré, ou que le lieu est trop dépeuplé, etc. Mais l’homme qui a navigué en bateau, a souffert des vagues, a rendu ses entrailles, sait, quand il revient sur la terre ferme, combien la vie ordinaire est agréable et bonne, et à quel point il convient de louer Dieu.
D’autres fois, l’homme ressent de la détresse face à une vie sociale qui ne le satisfait pas, et peut-être même l’oppresse ; mais quand il erre dans le désert, loin de ses semblables, il comprend combien la société le protège, combien il est agréable et bon de vivre au sein d’une société ordonnée, dotée de services élémentaires – infrastructures d’eau, magasins d’alimentation, commerces et services de santé. Aussi, quand il retourne dans un lieu habité, doit-il louer l’Éternel pour cela.
De même, l’homme en bonne santé ne sait pas toujours apprécier à sa juste valeur son état ; ce n’est qu’après être tombé malade qu’il prend conscience du caractère si précieux de la santé ; lorsqu’il guérit, il doit exprimer sa reconnaissance envers Dieu.
Le principe vaut encore pour celui qui a été emprisonné : en général, un tel homme ne connaissait pas la valeur de la vie ordinaire, avec ses limitations. Ses aspirations dépassaient ce qu’il pouvait atteindre par les voies routinières ; il fauta donc contre son prochain, fut arrêté puis condamné. Quand il sort de prison, il lui revient de louer Dieu, de reconnaître combien merveilleuse est la vie ordinaire, dans le monde créé par le Saint béni soit-Il, et de regretter de n’avoir pas su le reconnaître avant sa faute. Aussi dit-on, dans le texte de la bénédiction : « qui prodigues aux coupables des bontés ». Quant aux trois autres personnes qui doivent réciter la bénédiction Hagomel, elles aussi sont, dans une certaine mesure, considérées comme « coupables », en ce qu’elles ne savaient pas, auparavant, à quel point il convient de remercier l’Éternel pour le bien que renferme la vie ordinaire (‘Olat Réïya I, pp. 309-312).