06. Voyages dans le désert ou sur les routes

Les Sages prescrivent à ceux qui ont traversé un désert de réciter la bénédiction Hagomel. À l’époque des Richonim, suivant la coutume séfarade, on devait réciter la berakha dans le cas même où l’on voyageait de ville en ville ; tandis que, selon la coutume d’Allemagne et de France, l’usage était de ne la réciter que si le chemin était connu pour être dangereux, parce que la présence de brigands ou d’animaux carnassiers y était fréquente (Choul‘han ‘Aroukh 219, 7).

D’après cela, certains auteurs estiment que, de nos jours encore, selon la coutume séfarade, si l’on voyage pendant le temps nécessaire pour parcourir la mesure d’une parsa, c’est-à-dire soixante-douze minutes, on récitera Hagomel. Et celui qui voyage de Jérusalem à Tel Aviv, puis revient à Jérusalem, récitera Hagomel, puisque, tout compte fait, il aura voyagé ce même jour plus de soixante-douze minutes (Netivé ‘Am 219 ; Yabia’ Omer I, 13 ; VI, 48, 9). Mais selon d’autres, ce n’est que si l’on fait un trajet de soixante-douze minutes en quelque endroit vide d’habitants, comme le désert, que l’on récitera Hagomel. Pour un voyage sur les routes du pays, en revanche, il n’y a pas lieu de dire cette bénédiction, puisque d’autres automobiles empruntent ce même chemin, et que l’on peut toujours trouver une localité habitée à une distance de moins de soixante-douze minutes de route. Celui qui voyage sur les routes du pays ne saurait donc être considéré comme traversant un désert (Or lé-Tsion II, 14, 42 ; Meqor ‘Haïm de Rabbi ‘Haïm David Halévi 94, 3).

Bien plus, la bénédiction Hagomel a été instituée pour des cas rares ; et de l’avis de beaucoup, seul celui qui, en raison du voyage accompli, a contracté l’obligation d’apporter un sacrifice de reconnaissance doit réciter la berakha. Il n’est donc pas concevable que, pour un voyage de routine, on ait à la réciter. Il semble donc, en pratique, qu’il n’y ait pas lieu de dire la Birkat hagomel pour un voyage sur des routes pavées, dans des pays modernes, ce qui inclut les routes de Judée et de Samarie[6].


[6]. Certes, les accidents de la route représentent un très grand danger ; mais relativement au temps que les gens passent en voyage, le risque est faible et ne justifie pas la récitation de la Birkat hagomel. En 5779 (2018-19), le risque d’être mêlé à un accident de la route pendant un voyage de 100 km (soixante-douze minutes), était de 23 sur un million ; et ce n’est que dans 15 % des cas qu’un tel accident aurait été grave ou meurtrier (selon les données du Bureau central des statistiques israélien). D’un point de vue statistique, le danger n’est pas plus grand que de descendre un escalier ou de prendre un bain de mer ; si l’on veut un élément de comparaison, l’entrée d’une personne adulte dans une baignoire est plusieurs fois plus dangereuse. Quant au Netivé ‘Am et au Yabia’ Omer, selon qui l’on dit la bénédiction, leur directive à cet égard date d’environ soixante-dix ans. Depuis lors, voyager par route est devenue chose routinière et beaucoup moins dangereuse, relativement au nombre d’heures passées sur les routes.

Bien plus, certains auteurs estiment que la Birkat hagomel a été instituée à l’intention de ceux qui devaient apporter un sacrifice de toda pour avoir été sauvés d’un danger. C’est ce qu’écrivent le Roch sur Berakhot 9, 3, l’Or Zaroua’, hilkhot Pessa‘him 252, et le Séfer Mitsvot Gadol, mitsva positive 183. Le ‘Hayé Adam, à la suite de son soixante-neuvième principe, écrit même un texte décrivant l’oblation du sacrifice de toda, texte à réciter dans les quatre cas où l’on a l’obligation d’exprimer sa reconnaissance ; l’auteur ajoute que ceux qui récitent Hagomel doivent offrir aux étudiants de Torah une somme équivalente à la valeur de ce sacrifice. Or est-il concevable que l’on doive apporter un sacrifice de toda et offrir un repas de reconnaissance, chaque jour pour le voyage que l’on a fait ? Certes, aux yeux de nombreux auteurs, parmi lesquels Rachi sur Lv 7, 12, ce n’est pas une obligation, pour ceux qui ont à réciter la Birkat hagomel, que d’apporter un sacrifice de toda : ce n’est là qu’une mitsva facultative. Cf. Rabbi Yerou‘ham Perla sur le Séfer Mitsvot Gadol, mitsva positive 59. Mais il est permis de dire que, de nos jours, un repas de reconnaissance [sé‘oudat hodaa], même petit, peut être considéré comme tenant lieu de sacrifice de toda, et que celui à qui il ne viendrait pas à l’esprit d’offrir un repas de reconnaissance pour son voyage quotidien ne saurait non plus réciter Hagomel à ce propos.

Quoi qu’il en soit, même si l’on s’obstine à ne pas adopter cette position, on devra à tout le moins s’abstenir de dire la berakha pour un voyage de soixante-douze minutes, au titre du principe safeq berakhot lehaqel (« en cas de doute sur la nécessité de dire une bénédiction, on s’en abstient »). Toutefois, en un endroit où il est encore d’usage de dire cette berakha, avec l’accord du rabbin local, il n’y a pas lieu de protester auprès de ceux qui la disent.

Il est évident que, après avoir voyagé sur les routes de Judée ou de Samarie, il n’y a pas lieu de réciter Hagomel. Certes, chaque attentat est très douloureux ; mais la Birkat hagomel a été instituée pour des cas de danger relativement importants ; or les risques d’attentat sont significativement plus faibles que ceux d’accident, lesquels sont, en eux-mêmes, relativement faibles. Il est de fait que des dizaines de milliers d’automobiles voyagent quotidiennement sur les routes de Judée et de Samarie, et que le pourcentage d’attentats contre les personnes est infime. Toutefois, celui qui s’est personnellement trouvé en danger récitera Hagomel ; c’est le cas, par exemple, si une bouteille incendiaire a été lancée vers lui, ou que l’on ait tiré sur lui, ou que des pierres aient été dirigées contre lui d’une manière capable de le mettre en danger. (Comme nous le verrons ci-après, § 8, la règle vaut aussi bien pour les Séfarades que pour les Ashkénazes.)

 

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