Si l’on achète ou si l’on reçoit un livre neuf dont on se réjouit, qu’il s’agisse d’un livre d’étude juive (qodech) ou d’un livre profane (‘hol), on dira Chéhé‘héyanou. Certains auteurs estiment, il est vrai, qu’il ne faut pas réciter cette bénédiction pour des livres de qodech, parce que les mitsvot n’ont pas été données pour qu’on en tire un profit ordinaire, mais pour nous sanctifier par elles. Cependant, la halakha suit la majorité des décisionnaires, d’après lesquels on récite la berakha, si l’on se réjouit de cette nouvelle acquisition[8].
Si l’on a loué les services d’un scribe (sofer) pour écrire un rouleau de la Torah (séfer-Torah), on dira Chéhé‘héyanou au moment où s’achèvera l’écriture et où le rouleau sera introduit à la synagogue (Responsa du Mahari Beirav 62 ; Maguen Guiborim 223, 3 ; ‘Aroukh Hachoul‘han 8). Ceux qui apportent à leur pratique un supplément de perfection (hidour) offriront à cette occasion un repas, où seront servis deux vins différents, qui seront bus en compagnie : on dira alors Hatov vé-hamétiv sur le second vin, en formant l’intention de couvrir également, par cette bénédiction, le rouleau de la Torah, qui est un sujet de joie pour les convives (cf. ci-dessus, chap. 7 § 7-8).
Certains auteurs craignent qu’il n’y ait pas lieu de réciter la bénédiction Chéhé‘héyanou pour l’acquisition d’un rouleau de la Torah. Pour sortir du doute, on achètera un vêtement neuf, sur lequel on dira Chéhé‘héyanou en incluant, en son esprit, le rouleau (Birké Yossef, Yoré Dé‘a 270, 8).
Lors de l’inauguration d’une nouvelle synagogue, l’un des représentants de la communauté récitera au nom de tous Hatov vé-hamétiv (Ma‘haziq Berakha 223, 1 ; Maguen Guiborim 7 ; Michna Beroura 11). Certains décisionnaires craignent, là encore, qu’il ne faille pas dire de bénédiction. Pour échapper au doute et remercier l’Éternel, on servira un repas festif, au cours duquel deux vins seront servis : sur le second vin, on prononcera la bénédiction Hatov vé-hamétiv. De même, il est juste qu’un des participants étrenne un vêtement neuf, sur lequel il dira Chéhé‘héyanou, en formant l’intention d’inclure la synagogue dans cette berakha.
Certains de nos plus grands maîtres avaient coutume, quand ils écrivaient un livre, de réciter Chéhé‘héyanou au moment de sa parution. Quoique les décisionnaires soient partagés à ce sujet, celui qui éprouve de la joie et souhaite dire cette bénédiction est autorisé à le faire (Mor Ouqtsi‘a 223 ; Tsits Eliézer XIV, 67).
[8]. Selon le Maguen Avraham 223, 5, le Ma‘haziq Berakha et d’autres, on ne dit pas de bénédiction pour l’acquisition de livres d’étude toranique, car ceux-ci sont destinés à l’accomplissement d’une mitsva – celle d’étudier la Torah –, or « les mitsvot n’ont pas été données pour la jouissance ». Certes, pour des mitsvot dont l’accomplissement a lieu à temps fixe, comme le chofar ou le loulav (les quatre espèces végétales que l’on réunit à Soukot), les Sages ont prescrit de réciter Chéhé‘héyanou. Mais cette berakha a alors pour propos de remercier l’Éternel de nous avoir fait parvenir à l’époque où la mitsva doit s’accomplir. En revanche, lorsque cette berakha a pour propos de louer Dieu pour une acquisition nouvelle et réjouissante, c’est, selon ces auteurs, pour des choses profanes et destinées à la jouissance qu’elle a été instituée.
Mais selon la majorité des décisionnaires, on récite la berakha pour l’acquisition de tels livre. Parmi eux : Radbaz III, 412 ; Mor Ouqtsi‘a 223 ; Choul‘han Mélakhim 223, 12 ; Maguen Guiborim 2 ; Bené Tsion III, 223, 5, et d’autres. D’autres auteurs écrivent que celui qui se réjouit de cette acquisition et souhaite dire la berakha y est autorisé (‘Hayé Adam 62, 5 ; Michna Beroura 223, 13 ; ‘Hazon ‘Ovadia, Berakhot p. 398). Cf. note 1, où nous avons vu que, lorsque la majorité des décisionnaires estiment qu’il faut dire la bénédiction Chéhé‘héyanou, celui qui se réjouit est autorisé à la réciter.