Si l’on voit un fruit qui se renouvelle en sa saison, on dira Chéhé‘héyanou, afin d’exprimer notre reconnaissance envers Dieu, qui renouvelle le monde et fait pousser pour nous ce fruit en sa saison. Autrefois, quand l’agriculture était un métier plus répandu, on avait coutume de dire Chéhé‘héyanou au moment où l’on voyait les nouveaux fruits, car c’est alors que l’on s’en réjouissait. De nos jours encore, si l’on veut dire la berakha au moment où l’on voit le fruit nouveau, on y est autorisé. Cependant la coutume généralement observée est de dire Chéhé‘héyanou au moment où l’on mange du fruit nouveau pour la première fois de l’année ; en effet, la plupart des gens se réjouissent davantage du renouvellement du fruit au moment où ils en mangent (Choul‘han ‘Aroukh 225, 3 ; Levouch).
Il est interdit de se fermer à l’abondance que l’Éternel créa en son monde ; comme l’enseignent nos Sages : « L’homme devra rendre des comptes pour tout ce que ses yeux auront vu mais dont il n’aura pas mangé. » (Talmud de Jérusalem, Qidouchin 4, 12) Car il y a là une forme de déconsidération de la valeur de la Création, dans toute la variété de ses espèces. Certains expliquent que la faute consiste ici à manquer, par ce biais, de réciter la bénédiction Chéhé‘héyanou, que l’on aurait pu dire sur les fruits nouveaux (Tachbets Qatan 320). On rapporte ainsi que Rabbi Eléazar économisait de l’argent pour pouvoir acheter toutes sortes de fruits, au moins une fois par an, afin de les goûter, de se réjouir, et de réciter à cette occasion la bénédiction Chéhé‘héyanou (Talmud de Jérusalem, Qidouchin, ad loc. ; Michna Beroura 225, 19).
Par conséquent, avant de consommer un fruit nouveau, il faut réciter deux bénédictions : l’une est Chéhé‘héyanou, l’autre Ha‘ets ou Ha-adama. Certains ont coutume de commencer par la bénédiction du fruit (Radbaz ; ‘Hida) ; d’autres par Chéhé‘héyanou (Michna Beroura 225, 11). On est fondé à choisir quelle coutume adopter.
On ne dit pas Chéhé‘héyanou sur un fruit tant qu’il est encore vert ; il faut attendre qu’il ait fini de mûrir, et qu’il soit savoureux (Choul‘han ‘Aroukh 225, 7). A posteriori, si l’on a dit la bénédiction alors que le fruit était comestible en cas de nécessité pressante, on n’aura pas à la redire sur des fruits de cette espèce quand leur maturation sera achevée (Michna Beroura 225, 12).
Si l’on oublie de dire Chéhé‘héyanou la première fois que l’on mange tel fruit nouveau, on en aura perdu l’occasion – qui est liée à la notion de renouveau –, et l’on ne pourra pas réciter cette bénédiction la deuxième fois qu’on en mangera (Michna Beroura 225, 13). Mais tant que l’on se livre à la première consommation, on peut encore réciter la berakha[12].
Si l’on a devant soi deux sortes de fruits nouveaux, une seule berakha vaut pour les deux, même si l’on n’a pas l’intention de manger, pour le moment, de la deuxième espèce. Mais si la deuxième espèce ne se trouve pas devant soi, quoique l’on en ait chez soi, la bénédiction Chéhé‘héyanou récitée sur la première espèce n’acquitte pas la seconde (cf. Michpatim Yecharim 45 ; Cha‘ar Hatsioun 227, 16 ; Me‘at Maïm 65).
Pour du jus d’orange, ou quelque autre jus de fruit, on ne dit pas Chéhé‘héyanou. En effet, les jus de fruits ne sont pas considérés comme des fruits, et leur bénédiction est Chéhakol. Seul le vin est assimilé au « fruit de la vigne », de sorte que certains avaient coutume de dire Chéhé‘héyanou sur le vin nouveau, à condition de n’avoir pas mangé, avant cela, du raisin de l’espèce même qui servit à faire ce vin. Il faut cependant qu’il soit perceptible que le vin provient de raisins nouveaux. De nos jours, cela n’est pas perceptible ; on ne récite donc plus Chéhé‘héyanou sur du vin de raisins nouveaux (cf. Michna Beroura 225, 15).