Chapitre 11 – Horaires de la lecture du Chéma et de la prière du matin

12 – La prière en communauté face à la conservation des horaires

Dans la mesure où les sages ont décrété que le Chéma Israël et ses bénédictions devaient être suivis immédiatement de la ‘Amida, nous devons a priori fixer l’heure de l’office de Cha’harit de manière à avoir le temps de lire le Chéma avant la fin des trois premières heures de la journée, telles que le Maguen Avraham les calcule.

Quand l’office communautaire est fixé à une heure tardive, et qu’il est à craindre que le Chéma soit récité après l’expiration du terme défini par le Maguen Avraham, on annonce aux fidèles qu’ils doivent s’acquitter, avant l’office, de la lecture du premier paragraphe du Chéma. Celui qui veut être scrupuleux lira l’ensemble des trois paragraphes[18].

Dans le cas où l’assemblée tarde davantage et arrive à la récitation de la ‘Amida après l’expiration du temps prévu pour celle-ci selon le calcul du Maguen Avraham, les décisionnaires sont partagés quant à la priorité à donner. Certains disent qu’il vaut mieux prier au sein du minyan à l’intérieur des quatre heures telles que les calcule le Gaon de Vilna, puisque ce mode de calcul est suivi par la majorité des décisionnaires. De plus, font-ils valoir, l’horaire de Cha’harit est d’ordre rabbinique ; or, en cas de doute en matière rabbinique, on est indulgent. Enfin, en cas d’urgence, on peut dire la ‘Amida de Cha’harit jusqu’à midi. Par conséquent, il est préférable de prier en communauté comme l’ont institué les sages, même lorsque la ‘Amida n’est dite qu’après le terme fixé par le Maguen Avraham. Certains disent, en revanche, qu’il vaut mieux prier seul dans le délai indiqué par le Maguen Avraham que de prier en minyan après l’expiration de ce délai[19].

Mais si l’usage du minyan contredit la halakha, et que la ‘Amida n’est récitée qu’après l’expiration du terme de quatre heures tel que le calcule le Gaon de Vilna, tous les avis s’accordent à dire que l’on doit prier seul avant cela[20].

Celui qui n’a pas de téphilines ne retardera pas pour autant le moment de réciter le Chéma et de prier, car a posteriori, il est permis d’accomplir sans téphilines la mitsva de lire le Chéma et celle de prier (Michna Beroura 46, 33 ; voir ci-après chap. 12 § 9).


[18]. D’après la majorité des décisionnaires, seule la lecture du premier verset du Chéma Israël constitue une obligation toranique. Aussi le Beit Yossef et le Rama 46, 9 écrivent qu’il est bon d’intercaler ce verset au sein du rappel des Sacrifices (première partie de l’office du matin), afin de s’acquitter par là de l’obligation de lecture du Chéma. Le Michna Beroura 46, 31 rapporte l’avis de certains décisionnaires, selon lesquels on doit lire tout le premier paragraphe ; d’autres requièrent les deux premiers paragraphes (car selon le Peri ‘Hadach, la lecture de ces deux paragraphes est d’obligation toranique). Le mieux est de les lire tous les trois, car selon le Peri ‘Hadach, il est bon de s’acquitter de l’obligation de mentionner la sortie d’Egypte (comme nous le faisons à la fin du troisième paragraphe) durant le temps prévu pour la lecture du Chéma lui-même.

Certes, selon le Gaon de Vilna, se fondant sur Rabbi Aharon Halévi, il ne convient pas de s’acquitter de la mitsva de lire le Chéma sans accompagner celui-ci de ses bénédictions. Mais, quoi qu’il en soit, dans le cas qui nous occupe, où il s’agit de s’acquitter de la mitsva selon l’horaire du Maguen Avraham avant que cet horaire n’expire, il vaut mieux avancer la lecture du Chéma sans ses bénédictions ; on le redira, cette fois avec ses bénédictions, au sein du minyan (Béour Halakha 46, 9 ויוצא). Si l’on voit que l’assemblée n’est susceptible de retarder la lecture du Chéma que de quelques minutes, on peut, selon le Binyan ‘olam, précéder l’assemblée dans la récitation du Chéma et de ses bénédictions, et attendre d’être rejoint par elle au moment où l’on s’apprête à dire Chira ‘hadacha (dernière partie de la bénédiction qui précède la ‘Amida). De cette façon, on pourra lire le Chéma selon l’horaire du Maguen Avraham avec ses bénédictions, et également réciter la ‘Amida en minyan.

Dans ses notes, Rabbi Aqiba Eiger écrit que celui qui n’est pas certain d’arriver à lire le Chéma avec ses bénédictions avant l’expiration du terme défini par le Maguen Avraham, le lira avant cela sans ses bénédictions en formant la condition suivante : « Si la halakha est conforme à l’opinion du Gaon de Vilna, ou si je parviens à lire le Chéma avec ses bénédictions avant l’expiration du terme du Maguen Avraham, alors je n’ai pas l’intention de m’acquitter de l’obligation de lire le Chéma par la présente lecture. Je m’en acquitterai quand je le relirai avec ses bénédictions ». Le Da’at Torah et le Oneg Yom Tov disent qu’en matière d’obligations toraniques, une telle condition est inopérante. Les A’haronim sont partagés sur la question. La majorité des décisionnaires mentionnent en pratique le conseil de Rabbi Aqiba Eiger, comme le Yalqout Yossef I p. 101-107 et le Iché Israël 18, 18.

[19]. Selon le Min’hat Yits’haq, il est préférable de prier au sein du minyan dans le délai fixé par le Gaon de Vilna, et c’est aussi l’avis du Avné Yachfé. Face à eux, le Gaon Rabbi Chelomo Zalman Auerbach (cité par le Iché Israël) pense qu’il est préférable de prier seul dans le délai du Maguen Avraham. En ce qui concerne l’usage séfarade, les décisionnaires sont aussi partagés : le Min’hat Yits’haq écrit que, pour les Séfarades également, il vaut mieux prier en minyan. En revanche, le Rav Aba Chaoul pense que la coutume des Séfarades est conforme en cela à l’opinion du Maguen Avraham, et qu’il vaut donc mieux prier seul qu’en communauté après l’expiration du temps fixé par le Maguen Avraham. Selon le Chéérit Yossef, si l’on se conforme constamment à l’opinion du Maguen Avraham en la matière, et que l’on se sait capable de se concentrer sur le sens des mots, tout au long de la ‘Amida, il est préférable de prier seul dans le délai du Maguen Avraham. Mais si l’on ne peut se concentrer très bien, il vaut mieux prier au sein du minyan car, dans ce cadre, la prière est agréée.

Il faut terminer la répétition de l’officiant avant l’expiration des quatre premières heures (Michna Beroura 124, 7). Le Or Le-Tsion écrit que l’on ne commence pas la répétition de la ‘Amida après quatre heures. Le Béour Halakha 124, 2 (שיעבור) hésite à ce sujet : il se peut, pense-t-il,  que l’on puisse dire la répétition, même après quatre heures, puisque le temps de la ‘Amida, a posteriori, s’étend jusqu’à midi. Voir Iché Israël 13.

[20]. Lorsque l’on avance sa prière par rapport à celle de la communauté en raison du retard de celle-ci, certains auteurs disent que l’on doit prier en-dehors de la synagogue. D’autres disent que, dans la mesure où la communauté ne se conduit pas selon la règle, on est autorisé à avancer sa propre prière en sa présence. Voir Michna Beroura 90, 35. Il semble que si, grâce au fait qu’un fidèle prie plus tôt en présence des autres, ces-derniers sont susceptibles d’apprendre de lui la juste règle et d’avancer eux aussi leur prière, il vaille mieux prier en leur présence. Dans le cas contraire, il vaut mieux prier seul dans un autre endroit.

01 – Les horaires du matin

Le premier temps significatif de la journée, du point de la halakha, est celui de amoud hacha’har (« la colonne de l’aube »), également appelée ‘alot hacha’har (lever de l’aube). En cas de nécessité impérieuse, on peut réciter le Chéma Israël et la ‘Amida dès l’aube, mais en temps normal, c’est interdit. Les A’haronim sont partagés sur la définition exacte de ‘amoud hacha’har : est-ce la première lueur ténue qui apparaît à l’est (comme le disent le Maguen Avraham et le Peri Mégadim), ou bien un peu plus tard, quand cette lumière ténue s’étend quelque peu lorsque l’on fait face à l’est (comme le disent le Elya Rabba et le Gaon de Vilna) ?

Après le lever de l’aube, vient le temps de michéyakir, littéralement « quand on reconnaît ». À ce moment-là, la lumière s’est quelque peu répandue sur la terre, au point que l’on peut reconnaître une personne que l’on n’est pas habitué à rencontrer, à une distance de quatre coudées (quatre amot, environ deux mètres). À ce même instant, on peut distinguer la couleur bleue de la couleur blanche. Dès ce moment, de l’avis de la majorité des décisionnaires, il est permis a priori de réciter le Chéma Israël (c’est-à-dire que la chose est parfaitement permise, sans qu’il soit besoin pour cela de se trouver dans un cas de nécessité impérieuse) ; toutefois, a priori, le temps de la ‘Amida n’est pas encore arrivé.

Le temps du hanets ha’hama (« éclat du soleil ») est le moment du lever du soleil, c’est-à-dire le moment où devient visible la partie supérieure du disque solaire. À cet instant, commence le temps de la ‘Amida a priori. Celui qui récite le Chéma Israël à l’approche du hanets ha’hama, de manière à dire la ‘Amida dès le lever du soleil, est considéré comme priant suivant l’usage de Vatiqin (« les anciens ») dont nos sages font l’éloge.

Pour toutes les mitsvot qui s’accomplissent le jour, telles que la circoncision, la période d’accomplissement commence au lever du soleil (hanets ha’hama), car c’est en fonction du soleil que se définit le jour. Cependant, a posteriori, si des mitsvot relatives au jour ont été accomplies dès l’aube (‘amoud hacha’har), on en est quitte car, à certains égards, le jour commence dès l’apparition de la lumière (Méguila 20a).

02 – Calcul des horaires du matin

D’après de nombreux avis, l’intervalle entre l’aube (‘amoud hacha’har) et le lever du soleil (hanets ha’hama) équivaut, en Israël, au temps nécessaire pour marcher quatre milles, soit environ soixante-douze minutes. Plus précisément, durant les mois de nissan et de tichri, soixante-douze minutes s’écoulent entre le moment où l’orient s’éclaire et celui où le soleil se lève.

Il faut savoir que cette mesure temporelle change au gré des saisons. C’est au printemps et en automne (les 5 mars et 5 octobre) que le processus est le plus rapide : le soleil se lève à l’expiration de soixante-douze minutes après l’aube. Mais en hiver, pour des raisons qui n’ont pas lieu d’être exposées ici, le processus du lever du soleil s’allonge, au point que, au plus fort de l’hiver (le 22 décembre), soixante-dix-huit minutes s’écoulent entre l’aube et l’apparition du soleil. En été, le processus est encore plus long et, à son apogée (le 22 juin), ce sont quatre-vingt-huit minutes qui s’écoulent de l’aube à l’apparition du soleil. Afin de déterminer le moment précis de l’aube selon cette conception, il faut calculer chaque jour en combien de temps le soleil parvient à 16,1 degrés au-dessous de l’horizon ; ce moment est celui de ‘amoud hacha’har.

Ce qui vient d’être dit est conforme à l’opinion selon laquelle l’aube est le moment où le ciel s’est quelque peu éclairci dans la direction de l’est. Mais pour ceux qui pensent que l’aube est le moment où l’on voit poindre la première lumière ténue à l’est, l’horaire est plus précoce : c’est l’instant où le soleil arrive à 17,5 degrés au-dessous de l’horizon. Toutefois, pour ne pas entrer dans un sujet de controverse, il est souhaitable d’adopter l’horaire plus tardif (16,1 degrés au-dessous de l’horizon), et de considérer que le moment de ‘amoud hacha’har n’arrive que lorsque le côté oriental du ciel est un peu éclairé. À ce moment, on peut, en cas de nécessité impérieuse, lire le Chéma Israël et réciter la ‘Amida[1]

En ce qui concerne l’horaire de michéyakir, un doute plane également car, bien que nos sages aient défini ce moment comme celui où l’on peut distinguer le bleu du blanc et reconnaître à une distance de quatre coudées une personne que l’on n’est pas habitué à voir, il subsiste une incertitude quant à l’identification exacte de ce temps. En pratique, il est admis de situer ce moment environ cinquante minutes avant le lever du soleil. Sur la détermination précise de cet horaire, voir la note 2[2].


[1]. Les sages sont partagés, dans le Talmud Pessa’him 93b-94a, sur la question de savoir combien de temps s’écoule entre ‘amoud hacha’har et hanets ha’hama. Selon Oula, cette période équivaut au temps nécessaire pour marcher cinq milles, et selon Rabbi Yehouda, à la durée d’une marche de quatre milles. Les Richonim sont, quant à eux, partagés sur la définition d’un mille : certains disent qu’il s’agit de la distance que l’on parcourt en 18 minutes (Maïmonide, Commentaire de la Michna, Berakhot 1, 1), d’autres disent 22,5 minutes, et d’autres encore 24 minutes (cf. Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 459,2 et Béour Halakha). En pratique, il y a deux systèmes principaux en la matière : a) 72 minutes, durée d’une marche de quatre milles, chaque mille équivalant à 18 minutes ; b) 90 minutes, chaque mille équivalant à 22,5 minutes. C’est ce que retiennent de nombreux calendriers. Cf. Hazmanim Bahalakha du Rav Haïm Beinish.

Pour le Maguen Avraham et le Peri Mégadim, ‘amoud hacha’har est le moment de l’apparition de la première lueur à l’est ; pour le Elya Rabba et le Gaon de Vilna, ‘amoud hacha’har arrive un peu plus tard, lorsque « s’illumine la face de l’orient » (kché-héïrou pné hamizra’h) ; le Béour Halakha incline dans ce sens (58, 4 et chap. 89, 1). Il faut savoir que, pour l’une et l’autre de ces opinions, il n’est question que d’une lumière très ténue qui paraît à l’est ; or si l’on se trouve dans un lieu où l’éclairage est électrique, ou dans un endroit éclairé, les pupilles se rétractent, et il est impossible de distinguer les changements qui se produisent à l’est. De même, celui qui n’a pas l’habitude d’observer l’aube ne remarque pas cette première lueur ténue, ni même la première extension de cette lumière « sur la face de l’orient ».

L’estimation de 72 minutes est bien compréhensible, car à Jérusalem, au printemps et en automne, une luminosité s’étend à l’orient 72 minutes avant le lever du soleil. Le soleil se trouve alors à 16,1° sous la ligne d’horizon. Et il faut procéder à un calcul analogue tout au long de l’année, selon la position du soleil durant ces périodes, comme nous l’avons écrit ci-dessus. Certes, certains pensent que la mesure de 72 minutes est fixe, et valable toute l’année ; la preuve qu’ils invoquent provient de la Guémara Pessa’him, qui cite une mesure fixe de quatre milles. Cependant, cette position est difficile à tenir, car c’est le critère variable de l’aube – « l’illumination de l’est » – qui est décisif, et non un calcul temporel constant. Le Béour Halakha 261, 2 (passage débutant par שהוא) se prononce en ce sens. On est donc obligé de dire que la différence entre l’aube et le lever du soleil change au gré des saisons de l’année. Cf. Hazmanim Bahalakha, où est expliqué pourquoi cet écart change en fonction des saisons.

Il faut signaler que tous ces calculs sont valables pour Jérusalem et pour tout endroit qui se trouve sur la même latitude ; plus on se rapproche des pôles, plus l’écart entre l’aube et le lever du jour se creuse. Même en Israël, il existe des différences : à Safed, qui est plus au nord, cet écart est plus long d’environ une minute et demie qu’à Jérusalem.

Dans de nombreux calendriers, on détermine le moment de l’aube en soustrayant 90 minutes au moment du lever du soleil aux mois de nissan et de tichri, ce qui situe le soleil à 19,75° sous l’horizon. D’après ce même calcul, au plus fort de l’été, l’aube paraît 112 minutes avant le lever du soleil. Cette position est très difficile à soutenir, car à ces différents moments, aucune lueur n’est perceptible à l’est. Selon le calcul des astronomes, avant que le soleil n’arrive à 18° sous l’horizon, même les meilleurs yeux ne peuvent distinguer la moindre lumière ; à plus forte raison lorsque le soleil est encore à 19,75° sous l’horizon. Par conséquent, il est en pratique très difficile de se baser sur ces calendriers.

Certes, on peut tenter d’expliquer l’opinion selon laquelle la mesure de quatre milles équivaut à 90 minutes, en disant qu’il s’agit là du plus fort de l’été, car alors, l’orient s’éclaire environ 90 minutes avant le lever du soleil. On peut encore dire que, selon ce système, ‘amoud hacha’har se définit comme l’apparition de la première lueur ténue à l’est, laquelle est visible lorsque le soleil se trouve environ à 17,5° au-dessous de l’horizon ; l’aube précède alors le lever du soleil d’environ 78 minutes au printemps et en automne, de 85 minutes au plus fort de l’hiver, et de 96 minutes au plus fort de l’été. Peut-être a-t-on voulu dire par là que l’écart moyen entre l’apparition de la première lueur et le lever du soleil est de 90 minutes. (Il se peut, de plus, que l’on tienne compte des avis qui retardent le lever du soleil de quelques minutes, car ils prennent en considération les collines, cf. § 6 ; alors, en effet, l’aube paraît en moyenne 90 minutes avant le lever du soleil. L’opinion selon laquelle un mille équivaut à une marche de 24 minutes et quatre milles à 96 minutes peut, elle aussi, être expliquée comme se rapportant au plus fort de l’été).

En résumé, la détermination de l’aube est liée au mouvement du soleil, et l’on distingue deux systèmes : a) depuis le moment où l’orient s’éclaire, quand le soleil est à 16,1° au-dessous de l’horizon ; au printemps et en automne, l’aube paraît 72 minutes avant le lever du soleil ; b) depuis la première lueur, quand le soleil est à 17,5° au-dessous de l’horizon ; au printemps et en automne, l’aube précède le lever du soleil de 78 minutes. J’ai retenu comme principale l’opinion selon laquelle l’aube se lève lorsque l’orient s’éclaire, quand le soleil est à 16,1° sous l’horizon, car c’est en ce sens que penche le Béour Halakha, et c’est aussi ce qu’écrit le Ye’havé Da’at 2, 8 d’après Maïmonide et le Choul’han ‘Aroukh. De plus, en ce qui concerne la lecture du Chéma et la ‘Amida, celui qui s’en tient à cette opinion est quitte d’après tous les avis, car il est alors évident que le jour a commencé ; tandis qu’avant ce moment, la période est sujette à controverse. Pour pouvoir calculer exactement ces horaires en tout endroit, on peut s’aider du programme ‘Hazon Shamaim du Rav Eytan Tzakoni.

[2]. Dans les livres récents de halakha, plusieurs opinions sont rapportées quant à l’horaire de michéyakir : pour le Ye’havé Da’at, 66 minutes avant le lever du soleil ; pour le Kaf Ha’haïm, 60 minutes ; mais à Jérusalem, on a l’usage de fixer ce moment 50 à 55 minutes avant le lever du soleil, et en certains endroits de Bné-Brak, 45 minutes avant le lever du soleil. En pratique, de nombreux livres mentionnent 50 minutes avant le lever du soleil. C’est ce qu’écrivent le Téphila Kehilkhata et le Iché Israël. Simplement, nous avons déjà appris qu’il y avait des différences entre les saisons de l’année, et il est difficilement compréhensible que l’on n’ait pas tenu compte de ces différences. Certains des décisionnaires qui retiennent des horaires différents les uns des autres n’ont peut-être aucune divergence réelle, chacun se référant à une autre période de l’année. Voir Hazmanim Bahalakha 23, 6.

Selon les différentes observations, certains distinguent le bleu du blanc (ou reconnaissent leur prochain à 4 coudées de distance) quand le soleil atteint 12° au-dessous de l’horizon, d’autres y parviennent à 11°, et d’autres encore à 10°. En pratique, il semble que l’on doive établir son calcul selon la position du soleil à 11° sous l’horizon. Michéyakir précède alors de 48 minutes le lever du soleil aux mois de nissan et de tichri, de 52,5 minutes au plus fort de l’hiver (22/12), et de 58 minutes au plus fort de l’été (22/6). La moyenne se situe donc autour de 50 minutes durant la majorité de l’année. Quoi qu’il en soit, il est bon, a priori, de retarder le temps de michéyakir de cinq minutes supplémentaires. En cas de nécessité impérieuse, on peut au contraire l’avancer de cinq minutes.

Il faut ajouter qu’autrefois, quand on n’avait pas de montres, on se fondait évidemment sur la vision et, si le jour était nuageux, on devait attendre, afin de sortir du doute. Mais maintenant que nous avons des montres, on se fonde sur la montre, comme le disent les responsa Choel Ouméchiv 2, 162.

Signalons que, d’après la majorité des décisionnaires, le moment où se reconnaît son prochain à 4 coudées et le moment où se distingue le bleu du blanc ne font qu’un, comme l’écrit le Michna Beroura 58, 2.

03 – Horaires de la lecture du Chéma

Le temps de la lecture du Chéma du matin s’apprend du verset : « Ces paroles… tu les diras… à ton coucher et à ton lever (ouvqoumékha) » (Dt 6, 7), c’est-à-dire à l’heure où les gens ont l’habitude de se lever. Puisque certaines personnes se lèvent dès l’aube (environ soixante-douze minutes avant le lever du soleil – cf. note 1), ce temps est considéré par la Torah comme heure du lever, et l’on peut, dès ce moment, accomplir la mitsva de lecture du Chéma. La raison en est qu’il est dit ouvqoumékha (à ton lever) au singulier, ce qui laisse entendre que, même lorsque ce ne sont que certains individus qui se lèvent, le temps de la lecture du Chéma a commencé. Mais celui qui lirait le Chéma avant cela ne se rendrait pas quitte de son obligation, car sa lecture précéderait l’heure du lever.

Cependant, nos sages ont érigé une haie protectrice autour de la mitsva, et ont décidé que le Chéma ne serait lu, a priori, qu’à partir du moment où davantage de personnes ont l’habitude de se lever : moment où il y a déjà davantage de lumière sur la terre, de telle façon que l’on puisse reconnaître son prochain à une distance de quatre coudées (Choul’han ‘Aroukh 58, 1). C’est le temps appelé michéyakir (environ cinquante minutes avant le lever du soleil durant le mois de nissan, cf. note 2). En cas d’urgence, quand on ne peut lire le Chéma après l’arrivée du temps de michéyakir, il est permis de le lire à partir du lever de l’aube (‘amoud hacha’har). De même, a posteriori, si l’on s’est trompé et que l’on ait lu le Chéma à l’aube, on est quitte de son obligation. Il y a toutefois une différence : si la raison de cette lecture avancée est la contrainte (oness), on est quitte, même si l’on est obligé de faire cela tous les jours ; en revanche, si l’on a avancé sa lecture en raison d’une erreur, on n’est quitte que dans le cas où cette erreur est accidentelle (aqraï), c’est-à-dire une fois par mois au plus. Mais si l’on a fait cette erreur plus d’une fois dans le mois, les sages imposent une « pénalité » en considérant que l’on n’est pas quitte ; il faut en ce cas relire le Chéma, une fois venu le temps de michéyakir (Choul’han ‘Aroukh 58, 3-4, Michna Béroura 58, 19).

L’heure de la récitation du Chéma se prolonge jusqu’à la fin de la troisième heure du jour. En effet, certaines personnes, telles que les enfants de rois, ont l’habitude de prolonger leur sommeil jusqu’à la fin de la troisième heure ; jusqu’à l’expiration de cette troisième heure, on se trouve donc encore dans le temps d’ouvqoumékha, « à ton lever » (la fixation de l’horaire sera expliquée par la suite, §10 et 11).

Le moment le meilleur pour réciter le Chéma est conforme à l’usage des Vatiqin (les anciens), c’est-à-dire peu de temps avant le lever du soleil[3].


[3]. Selon la majorité des décisionnaires, le temps prescrit pour la lecture du Chéma Israël s’étend du moment où l’on distingue le bleu du blanc (michéyakir)  jusqu’à la fin de la troisième heure ; le moment le plus choisi correspond à Vatiqin. Telle est l’opinion des élèves de Rabbénou Yona, de Tossephot, du Roch, du Rachba, et c’est ce que décident le Tour et le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 58, 1. C’est ce que j’ai écrit ci-dessus. On trouve toutefois d’autres opinions : selon Rabbénou ‘Hananel et Rabbénou Tam, le temps prescrit pour la lecture du Chéma s’étend du lever du soleil à la fin de la troisième heure ; selon eux, ceux qui ont l’habitude de lire suivant l’usage de Vatiqin ne suivent pas en cela la halakha, car ils récitent le Chéma un peu avant le lever du soleil. Il semble toutefois que, même selon eux, il soit possible de lire le Chéma avant le lever du soleil en cas de nécessité impérieuse (et ce n’est que d’après le Maor que l’on ne s’acquitte pas, avant le lever du soleil, de son obligation de lire le Chéma). En pratique, on ne tient pas compte de leur opinion.

Le Rif et Maïmonide pensent que le moment par excellence de la lecture du Chéma est celui de Vatiqin, c’est-à-dire un peu avant le lever du soleil. Si l’on n’a pas récité le Chéma au moment de Vatiqin, pensent-ils, on peut le réciter jusqu’à la fin de la troisième heure. Quant au temps qui précède Vatiqin, il est valable pour cette lecture en cas de nécessité impérieuse. Voir Beit Yossef ad loc. et Bérour Halakha sur Berakhot 8b, notes 2 et 3, 9b, note 1, 10b, note 4. Aux paragraphes 7 et 8, il sera expliqué ici jusqu’à quel point il est possible, en pratique, d’avancer la prière de Cha’harit. (Pour le Kessef Michné sur  Hilkhot qriat Chéma 1, 13, le temps de la lecture du Chéma selon la Torah s’étend à toute la journée, car « à ton lever » signifie « tout le temps qu’il est d’usage d’être éveillé » ; ce sont les sages qui, selon lui, ont fixé pour limite la fin de la troisième heure, afin de rattacher la lecture du Chéma à la prière. Mais ses paroles n’ont pas été adoptées : l’incertitude qui plane sur la fixation du terme de la troisième heure, comme nous le verrons au paragraphe 11, est considérée comme un safeq de-Oraïta,  incertitude sur une règle de rang toranique et non rabbinique).

04 – Horaires de la ‘Amida

Les membres de la Grande Assemblée (anché Knesset Haguedola) ont institué trois prières quotidiennes, et ont fixé leurs horaires en fonction de ceux des offrandes journalières à l’époque du Temple. L’offrande du matin était apportée à partir de l’aube ; par conséquent, l’heure de la ‘Amida du matin devrait, elle aussi, être fixée a priori à partir de l’aube. Mais  nos sages ont décrété qu’il convenait de prier une fois le soleil levé, comme il est dit (Psaume 72, 5) : « Ils te craindront avec le soleil »[a] (Berakhot 9b). Cependant, si l’on a prié dès l’aube, on est quitte, car la prière a été dite à un moment qui convenait à l’offrande journalière du matin (Choul’han ‘Aroukh 89, 1).

Le temps le plus indiqué pour dire la ‘Amida est celui des anciens (Vatiqin), qui récitaient la ‘Amida au lever du soleil (hanets ha’hama) [4].

Le temps prescrit pour réciter la ‘Amida se prolonge jusqu’à la fin de la quatrième heure ; en effet, le temps de l’offrande journalière du matin, selon Rabbi Yehouda, se prolongeait jusqu’à la fin de la quatrième heure. Et bien que, selon les sages, le temps de l’offrande journalière se prolonge jusqu’au midi solaire, la halakha est ici conforme à l’opinion de Rabbi Yehouda. En effet, dans le traité talmudique Edouyot, où chaque michna est élevée au rang de halakha, c’est l’opinion de Rabbi Yehouda qui est rapportée ; la prière de Cha’harit est donc fixée jusqu’à la fin de la quatrième heure (Berakhot 27a). Malgré cela, l’avis des Sages n’a pas été repoussé entièrement : si les quatre premières heures du jour sont passées sans que l’on ait dit la ‘Amida de Cha’harit, on peut a posteriori la réciter jusqu’à midi. Dans un tel cas, bien que l’on n’ait pas le mérite d’avoir dit la prière en son temps, on a le mérite d’avoir dit la prière en tant que telle (comme il sera expliqué ci-après, § 11).


[a]. D’après le sens premier du verset, le psalmiste s’adresse à Dieu en disant : « Le peuple Te craindra aussi longtemps qu’existera le soleil ». Dans la lecture midrachique : « Le peuple T’exprimera sa révérence par la prière au moment où brillera le soleil ».

[4] Beit Yossef 89, 1, Choul’han ‘Aroukh Harav 89, 2, Bérour Halakha 26, 1 note 8. En résumé, on trouve trois méthodes principales : a) Pour Maïmonide et Rabbénou ‘Hananel, la ‘Amida est essentiellement fixée du lever du soleil à la fin de la quatrième heure, et ce n’est qu’a posteriori que l’on peut prier depuis l’aube ; c’est dans ce sens que tranchent le Choul’han ‘Aroukh 89, 1 et le Michna Beroura 4. b) Pour le Roch, ce que la Guémara nous enseigne est que le temps de Vatiqin est le plus choisi, comme il est dit : « Ils te craindront avec le soleil ». En revanche, le temps qui précède le lever du soleil et le temps qui le suit, jusqu’à quatre heures, ont un statut égal, car tout le temps qui convenait à l’offrande journalière convient aussi à la prière de Cha’harit. (Selon le Peri Mégadim, le Roch pense que l’on ne prie à l’aube – prise comme apparition de la première lueur à l’est – qu’en cas d’urgence, tandis que l’on peut prier, même a priori, dès que la lumière s’est étendue sur la face de l’est. En effet, dans le cas de l’offrande journalière, l’horaire toranique initial était fixé dès l’aube, mais les sages décrétèrent qu’il fallait attendre que la lumière s’étendît à l’est, afin que l’on n’en vînt pas à se tromper ; c’est aussi l’opinion du Peri ‘Hadach en pratique. Le Michna Beroura et le Béour Halakha 89, 1 expliquent que la définition de l’aube est sujette à controverse – première lueur ou l’illumination de l’est ? – et qu’il y a lieu d’être rigoureux et d’attendre, des deux moments, le plus tardif). c) Pour Rabbénou Yerou’ham, de l’aube au moment de michéyakir [où l’on peut distinguer le bleu du blanc], la prière est valable a posteriori, mais de michéyakir au lever du soleil, on peut prier a priori, de même qu’après le lever du soleil. (Certains croient comprendre, d’après les termes de Rachi et du Raavan, qu’en cas de nécessité impérieuse on peut dire la ‘Amida de Cha’harit même avant l’aube, mais cette interprétation n’a pas été retenue, même en cas de nécessité impérieuse).

05 – La prière de Vatiqin au lever du soleil

Les horaires les plus indiqués pour la récitation du Chéma et pour la prière sont ceux dits des anciens, Vatiqin, qui récitaient le Chéma peu avant le lever du soleil et commençaient à prier[b] au lever du soleil (hanets ha’hama). La raison en est que celui qui prie tard est entraîné par le mouvement naturel de l’univers : ce n’est qu’après que le soleil s’est levé, que la vie recommence à battre son plein, qu’il se réveille. Il s’aperçoit alors que l’Eternel est Dieu, prend sur lui le joug de la royauté des Cieux et prie. Ceux qui adoptent l’usage des anciens, en revanche, anticipent et conduisent la nature. Avant même que le soleil ne paraisse et que la nature ne se dévoile dans toute sa beauté et toute sa splendeur, ils prennent sur eux, par l’effet de leur foi parfaite, le joug de la royauté des Cieux ; et dès que le soleil se lève, que le jour commence, ils se tiennent en prière et attirent une abondance de bénédictions sur le monde[5].

Nos sages disent que celui qui enchaîne la bénédiction de la Délivrance (qui suit le Chéma) à la ‘Amida, en respectant les heures de Vatiqin, ne connaîtra aucun dommage de la journée (Berakhot 9b, Tossephot).

Toutefois, si l’on sait que, en se levant très tôt pour s’associer à la prière de Vatiqin, on sera fatigué et l’on ne pourra pas étudier ou travailler correctement, on fera mieux de prier plus tard. De nos jours où le mode de vie a changé, et où d’importantes activités ont lieu le soir, telles que des cours de Torah et des mariages, il est préférable, pour la majorité des gens, de dormir davantage le matin et de prier après les horaires de Vatiqin.


[b]. Dans ce contexte, « prier », sans autre précision signifie réciter la ‘Amida, prière par excellence.

[5]. La Guémara Berakhot 9b laisse entendre que l’essentiel, en ce qui concerne Vatiqin, est, plus que le Chéma, la prière : celle-ci doit coïncider avec le lever du soleil. C’est ce qui ressort également des écrits de nombreux Richonim et A’haronim. Toutefois, d’après la Michna Berakhot 22b, il semble qu’il y ait également un intérêt à réciter le Chéma avant le lever du soleil. Il s’ensuit donc que l’avantage de Vatiqin est double : du point de vue du Chéma et du point de vue de la prière. Et de fait, le Choul’han ‘Aroukh Harav 58, 4 rapporte que certains s’obligent, même lorsqu’ils ne peuvent prier au lever du soleil, à dire au moins le Chéma avant le lever du soleil, cela, même s’ils n’ont pas encore attaché leurs téphilines. Le Kaf Ha’haïm 58, 8 pense que, si l’on n’a pas encore attaché ses téphilines, on ne doit pas réciter le Chéma avant le lever du soleil. Cette question dépend aussi d’une autre controverse : pour le Beit Yossef et le Rama, on peut s’acquitter a priori de la lecture du Chéma sans réciter au même moment les bénédictions qui le précèdent et le suivent (cf. chap. 16), tandis qu’aux yeux de Rabbi Aharon Halévi et du Gaon de Vilna, on ne s’en rend quitte de cette manière qu’a posteriori.

06 – Les horaires de Vatiqin et le moment précis du lever du soleil

Le hanets ha’hama (« éclat du soleil » ou lever du soleil) est le moment où le soleil paraît ; bien qu’apparemment cette définition semble simple et claire, ce n’est pas le cas en pratique.

Premièrement, la durée du lever du soleil, depuis l’instant où l’on voit la première extrémité de l’astre jusqu’à ce que celui-ci soit entièrement visible, est d’environ deux minutes et demie. Or les décisionnaires sont partagés sur ce que l’on appelle exactement le hanets ha’hama : pour la majorité d’entre eux, le moment du « lever du soleil » vient immédiatement lorsque le sommet du soleil devient visible ; c’est à ce moment, selon eux, qu’il faut commencer à dire la ‘Amida d’après l’usage de Vatiqin. D’autres disent que ce que l’on appelle « lever du soleil » correspond à l’achèvement du processus de lever du soleil. Pour d’autres encore, la notion de « lever du soleil » se prolonge pendant l’intégralité des deux minutes trente de son ascension. D’autres enfin pensent que le « lever du soleil » se prolonge pendant quelques minutes encore, tout le temps que les rayons du soleil sont encore rougeoyants.  En pratique, on s’efforce de faire coïncider le début de la ‘Amida de Vatiqin avec le début de l’ascension du soleil, mais on n’est pas trop pointilleux en la matière, car on considère également les autres opinions[6].

Un autre doute se présente : faut-il tenir compte des collines qui se dressent à l’est et qui cachent le lever du soleil, ou bien va-t-on d’après le point du jour astronomique (à horizon droit) ? Il est clair que celui qui se trouve au pied d’un rocher ou d’un immeuble élevé qui cache le côté est, ne peut prétendre que le lever du soleil est, à son égard, le moment où le soleil lui devient visible. En effet, le lever du soleil risquerait d’avoir lieu, en ce qui le concerne, vers midi. La question qui se pose est : quelle est la règle, par exemple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, où l’horizon est caché à l’est par le mont des Oliviers et où, par conséquent, le soleil n’est visible que quelques minutes après son lever au-dessus de la ligne d’horizon ? Même pour ceux qui se trouvent sur le mont des Oliviers, les monts de Moab cachent le début de l’ascension du soleil. Certains pensent que le « lever du soleil » se dit uniquement du moment où l’on voit effectivement le soleil, c’est-à-dire quand le soleil est visible au-dessus du mont des Oliviers. D’autres pensent qu’il ne faut pas tenir compte d’une colline proche, comme le mont des Oliviers, attendu que l’on peut s’y rendre à pied, mais qu’il faut tenir compte, en revanche, des monts de Moab, qui sont plus éloignés. La différence entre les deux opinions se monte à quelques minutes.

Certains disent que l’on ne doit pas du tout tenir compte des collines qui se trouvent à l’est, et que le moment du lever du soleil se calcule à horizon fixe, c’est-à-dire d’après l’instant où il serait possible d’observer le lever du soleil s’il n’y avait pas de collines. Il existe de nos jours des programmes informatiques permettant de calculer à tout endroit le moment précis du lever astronomique du soleil, sans qu’il soit tenu compte des collines présentes à l’orient ; nombreux sont ceux qui ont l’usage de fixer l’horaire du lever du soleil d’après ce calcul[7].


[6]. Selon la majorité des décisionnaires, le temps du hanets ha’hamacorrespond au début du lever du soleil. C’est ce qu’écrivent le Béour Halakha 58, 1 (כמו) et le Chéérit Yossef 2 p. 253. Pour le Ich Matslia’h, il s’agit de la fin de l’ascension du soleil. Le Maor pense que ce temps se poursuit tout au long de l’ascension du soleil. Certains disent que quelques minutes plus tard encore, tant que le soleil est proche de la terre, s’applique le verset « Ils te craindront au soleil levant », et la lumière solaire reste alors crépusculaire. C’est ce que laisse entendre Maïmonide, responsum 255. (Cf. Hazmanim Bahalakha 24).

[7]. Selon le Divré Yossef, la fixation de l’horaire du lever du soleil dépend de la visibilité effective de celui-ci ; aussi faut-il tenir compte de l’écran constitué par le mont des Oliviers. En revanche, d’après le Maharil Diskin, cité dans Nivréchet, on ne tient pas compte de l’obstacle que constitue le mont des Oliviers, car celui-ci se trouve à moins d’un jour de marche. En revanche, on tient compte de l’obstacle des monts de Moab (toutefois, en ce qui concerne le Chabbat et la fixation de l’horaire du coucher du soleil, l’auteur ne tranche pas). On hésite encore sur la question des villes construites sur des collines. Faut-il aller, dans chaque quartier, selon la hauteur du quartier, ou bien va-t-on d’après la hauteur du quartier le plus élevé de la ville, quartier dans lequel le soleil est visible en premier ? La coutume est d’aller d’après le quartier le plus élevé. Un doute se présente encore dans le cas où se trouverait un gratte-ciel dans la ville, et où les premiers rayons du soleil brilleraient à son sommet une minute avant qu’ils ne brillent sur la terre : va-t-on d’après le premier moment ou le second ? De même, si la ville est très grande, va-t-on, même alors, d’après l’endroit le plus élevé, ou bien, en raison de la taille de la ville, chaque quartier est-il pris de façon autonome ? Cf. Hazmanim Bahalakha 7, qui mentionne ces questions et les différentes opinions en présence.

Même pour la méthode d’après laquelle on calcule le lever et le coucher du soleil à horizon fixe (sans tenir compte des collines etc.), on peut s’interroger sur la hauteur à laquelle on se place pour effectuer son calcul. En effet, plus l’endroit est élevé, plus tôt on peut observer le lever du soleil, et plus tard on peut voir le coucher du soleil. Par exemple, à une altitude de 800 mètres au-dessus du niveau de la mer, on continue de voir le soleil à son coucher environ 4,6 minutes plus tard que si l’on se trouvait au niveau de la mer, et l’on peut voir le soleil environ 4,6 minutes plus tôt à son lever. Aussi, cette méthode se subdivise-t-elle en trois branches : a) Certains pensent que l’on prend en compte le lever du soleil à horizon fixe, en se référant à la hauteur de l’endroit. Quand on dit cela, le doute subsiste pour une ville où se trouveraient collines et vallées : considère-t-on chaque quartier en tant que tel, ou va-t-on d’après l’endroit le plus élevé ? b) Selon le Choul’han Aroukh Harav, on considère, en tout endroit, le lever du soleil par référence à une hauteur de 800 mètres au-dessus du niveau de la mer, conformément à l’altitude de Jérusalem. C’est aussi ce que dit le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm 1, 97. (C’est-à-dire que, même si les fidèles se trouvent en un endroit plat, situé au niveau de la mer, l’heure du « lever du soleil » serait fixée juridiquement 4,6 minutes avant de pouvoir observer effectivement le soleil). c) Selon un autre avis, on va d’après le lever astronomique, sans tenir  compte en rien de l’altitude : on considère le moment où le soleil serait visible si l’on se trouvait au niveau de la mer (qui recouvre la majorité du monde), sans collines ; c’est ce qu’écrit le Rav Isser Zalman Meltzer. Cf. Zmanim Bahalakha, chap. 7.

Le programme informatique Hazon Shamaim permet d’obtenir l’horaire astronomique précis du lever du soleil en tout endroit et pour le jour souhaité, selon la longitude, la latitude et la hauteur de l’endroit. Dans la mesure où les résultats d’un tel programme sont précis, grâce aux multiples calculs effectués sur la base d’observations, nombreux sont ceux qui ont l’habitude de calculer de cette façon l’horaire du lever du soleil. Il semble ainsi, pour tous les habitants des villages du secteur oriental des monts de Samarie, qu’ils n’ont pas besoin, en pratique, de tenir compte des collines et des vallées qui les bordent à l’est ; car s’ils en tenaient compte, ils devraient calculer un horaire différent pour chaque maison, en fonction de sa hauteur et des collines qui lui cachent le côté est, et à chaque saison selon le point d’où le soleil se lève. Aussi faut-il aller d’après l’horizon astronomique, selon l’endroit le plus élevé de la contrée. Certes, jadis, quand on vivait dans un environnement ouvert, le lever du soleil était une chose tangible, l’essentiel dépendant de la vision réelle. Mais de nos jours où la plupart des gens se trouvent au milieu d’immeubles et ne voient pas le point du jour, et où en revanche les modes de calcul sont devenus faciles, le lever du jour doit, de notre point de vue, être conçu suivant l’horizon astronomique, heure à laquelle on peut d’ailleurs voir les rayons du soleil depuis les endroits élevés de la région. Toutefois, lorsqu’il y a une chaîne de montagnes éloignées à l’orient, qui cachent de façon égale tout le côté est, comme dans la région israélienne de la Plaine côtière (Chfelat ha’hof), et que ces montagnes empêchent de voir le soleil dans toute la région pendant quelques minutes, il semble, à notre humble avis, qu’il faille en tenir compte et retarder l’horaire du lever du soleil. (L’horaire de michéyakir dépend de la luminosité, comme indiqué en note 2, ce qui correspond au moment où le soleil se trouve à 11° sous l’horizon astronomique ; cet horaire n’est pas lié au lever visible du soleil).

07 – Jusqu’à quel point il est permis d’avancer l’heure de la prière

A priori, on ne récitera pas la ‘Amida avant l’heure de Vatiqin car, d’après plusieurs décisionnaires, le temps de récitation de la ‘Amida s’étend a priori du lever du soleil (hanets ha’hama) à la fin de la quatrième heure, et le moment le plus indiqué est bien entendu immédiatement l’heure de Vatiqin. Par conséquent, pour un fidèle dont la prière durerait environ vingt-cinq minutes du début de l’office jusqu’au début de la ‘Amida, le moment de commencer la prière serait, au plus tôt, vingt-cinq minutes avant le lever du soleil.

Si l’on est contraint de partir tôt en voyage ou au travail, on est autorisé à commencer sa prière depuis le moment de michéyakir, où l’on peut reconnaître son prochain à une distance de quatre amot. En effet, à ce moment, la lumière s’est déjà quelque peu répandue sur la terre, et il est dès lors permis de réciter le Chéma et d’accomplir la mitsva des tsitsit (se couvrir du talith), ainsi que la mitsva des téphilines. Nous avons déjà vu que michéyakir tombait à peu près cinquante minutes avant le lever du soleil (durant la majorité de l’année) (cf. note 2).

Si l’on doit avancer davantage sa prière, on commencera à prier sans talith ni téphilines, jusqu’à la fin des Pessouqé dezimra[c] ; après avoir terminé la bénédiction Yichtaba’h, on attendra le moment de michéyakir pour s’envelopper du talith et attacher les téphilines, puis on continuera sa prière[8].


[c]. Pessouqé dezimra : versets de louanges, deuxième partie de l’office. Cf. chap. 14.

[8]. A priori, il ne faut pas prier avant Vatiqin car, selon la majorité des décisionnaires, parmi lesquels Maïmonide et le Choul’han ‘Aroukh, le temps qui sépare l’aube du lever du soleil ne convient à la prière qu’a posteriori, comme nous l’expliquions en note 4. S’agissant même de la lecture du Chéma, selon certains décisionnaires (Maïmonide et Rabbénou Tam), la période qui va de michéyakir au lever du soleil n’est valable qu’a posteriori. Cependant, pour la majorité des décisionnaires, ce temps est valable a priori pour la lecture du Chéma ; mais dans la mesure où l’on doit enchaîner la ‘Amida au Chéma et à ses bénédictions, on aura soin de ne pas dire a priori la ‘Amida avant le lever du soleil.

En cas de nécessité (bich’at hatsorekh), on pourra dire la ‘Amida depuis le temps de michéyakir, car cette heure est, d’après la majorité des décisionnaires, celle où l’on peut commencer à lire le Chéma, comme le décide le Choul’han ‘Aroukh 58, 1 et comme nous l’avons vu en note 3. Cette heure est aussi celle où l’on peut commencer à s’envelopper du talith et à attacher ses téphilines, comme l’énonce le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 18, 3 et 30, 1. On peut terminer les Pessouqé dezimra et Yichtaba’h avant cela, et quand arrive le moment de michéyakir, mettre talith et téphilines, comme l’explique le Béour Halakha 58, 1 (זמן). Mais on n’anticipera pas davantage, car ce n’est qu’en cas de nécessité impérieuse (bich’at had’haq) qu’il est permis de lire le Chéma et ses bénédictions avant le temps de michéyakir. Pour la définition de cet horaire, cf. note 2.

08 – Jusqu’à quel point il est permis d’avancer la ‘Amida en cas de nécessité impérieuse

En cas de nécessité impérieuse (ou force majeure, bich’at had’haq), on peut prononcer les bénédictions du Chéma dès l’aube (‘amoud hacha’har), c’est-à-dire soixante-douze minutes avant le lever du soleil (durant les mois de nissan et de tichri, cf. note 1). Cependant, tant que l’on a la possibilité de dire ces bénédictions à partir de michéyakir, il ne faut pas les dire à l’aube. Celui qui doit voyager, par exemple, et qui peut prier tout en marchant, ou assis dans un véhicule conduit par une autre personne, devra attendre l’heure de michéyakir, et dire les bénédictions du Chéma ainsi que la ‘Amida tout en marchant, ou assis.

Si l’on est en mesure de réciter les bénédictions du Chéma en chemin, à partir de michéyakir, mais que l’on n’est pas en mesure de dire la ‘Amida en chemin, on avancera la ‘Amida à l’aube, et l’on récitera le Chéma et ses bénédictions en chemin, bien qu’il en résulte que l’on ne pourra enchaîner la bénédiction de la Délivrance[d] à la ‘Amida[9].

Quand on n’a pas la possibilité de dire les bénédictions du Chéma en chemin – par exemple quand on ne les connaît pas par cœur et que l’on n’est pas en mesure de les lire dans son sidour tout en marchant ou tout en voyageant – on peut avancer sa prière, s’il s’agit d’un cas de nécessité impérieuse. On procédera de la façon suivante : on dira les bénédictions matinales (Birkot hacha’har), le rappel des sacrifices et les versets de louange (Pessouqé dezimra) avant l’aube ; quand l’aube se lèvera, on s’enveloppera du talith sans prononcer la bénédiction correspondante, on attachera ses téphilines sans prononcer la bénédiction correspondante, on récitera le Chéma et ses bénédictions, puis la ‘Amida. Lorsque la ‘Amida sera terminée, le temps de michéyakir sera arrivé ; on palpera son talith et ses téphilines et l’on récitera les bénédictions qui s’y rapportent. Selon l’usage ashkénaze, on ne récitera pas non plus la bénédiction Yotser haméorot (« Bénis sois-Tu… qui crées les corps célestes », première bénédiction précédant le Chéma) avant l’heure de michéyakir, mais on la repoussera après la récitation de la Amida[10].


[d]. Birkat Haguéoula, bénédiction de la Délivrance : elle suit le Chéma et se termine par les mots : « Bénis sois-Tu, Eternel, qui délivras Israël ». Il importe que la ‘Amida suive sans interruption cette bénédiction. Mais dans un cas d’urgence tel que celui qui est décrit ci-dessus, on renonce à cet enchaînement.

[9]. Dans le traité Berakhot 30a, nous apprenons à quel point la récitation du Chéma et de ses bénédictions avant michéyakir correspond à une situation d’urgence : tant que l’on a la possibilité de les réciter tout en marchant, à partir de michéyakir, on doit procéder ainsi. La seule question qui reste pendante est : quand dire la ‘Amida ? Selon Rabbénou ‘Hananel, Tossephot et d’autres auteurs, on dira la ‘Amida chez soi avant michéyakir ; c’est ce que décide le Choul’han ‘Aroukh 89, 8. Selon le Halakhot Guédolot, il vaudra mieux prier en chemin, afin d’enchaîner la bénédiction de la Délivrance à la ‘Amida. En pratique, c’est ce dernier usage qui est répandu, comme l’expliquent le Michna Beroura 89, 42 et le Kaf Ha’haïm Toutefois, lorsqu’on est en mesure de dire les bénédictions du Chéma en chemin, mais que l’on n’est pas en mesure de dire la ‘Amida en chemin – par exemple si l’on connaît par cœur les bénédictions du Chéma mais non la ‘Amida, ou encore si l’on est au volant et que l’on sait être en mesure de dire les bénédictions du Chéma en conduisant, chose interdite quand il s’agit de la ‘Amida, comme nous le verrons au chap. 17 § 16 –, on se conformera alors à l’opinion de Rabbénou ‘Hananel et de Tossephot: on récitera la ‘Amida à la maison à l’aube, et l’on repoussera la récitation des bénédictions du Chéma au cours de son voyage afin de pouvoir les dire à partir de michéyakir.

[10]. Au printemps et en automne, l’aube se lève 72 minutes avant le lever du soleil (quand le soleil se trouve à 16,1° au-dessous de l’horizon) ; au plus fort de l’hiver (22/12), 78 minutes avant le lever du soleil ; au plus fort de l’été (22/6), 88 minutes avant le lever du soleil. Voir en note 1 la raison pour laquelle j’ai retenu cette convention. Il est possible, tout au plus, d’être indulgent en se fondant sur le moment de la première lueur paraissant à l’est (lorsque le soleil est à 17,5° sous l’horizon) comme expliqué en note 1. Dans de nombreux calendriers, on a indiqué, comme horaire de l’aube, des heures où n’apparaît aucune lumière à l’est, et il est très difficile de s’appuyer sur ces calendriers.

Dans la note 2, j’ai indiqué que michéyakir avait pour horaire le moment où le soleil est à 11° sous l’horizon ; il s’agit d’une position médiane par rapport aux différentes opinions et observations. Cependant ici, en cas d’urgence, si l’on est en mesure de dire les bénédictions du Chéma environ cinq minutes avant ce moment et que, grâce à cela, on a le temps de réciter la ‘Amida chez soi, il vaut mieux procéder de cette façon que de prier ensuite en marchant.

En cas de nécessité impérieuse, on peut commencer les bénédictions du Chéma depuis l’aube, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh 58, 3. On peut, avant cela, mettre son talith et ses téphilines sans bénédiction, comme l’expliquent le Choul’han ‘Aroukh et le Michna Beroura (Choul’han ‘Aroukh 18, 3 et Michna Beroura 10 au sujet du talith, Choul’han Aroukh 30, 3 et Michna Beroura 11 au sujet des téphilines). Certes, selon le Kaf Ha’haïm 30, 8, on ne doit pas mettre les téphilines avant l’aube ; de même, le Choul’han ‘Aroukh (1, 6 et 47, 13) explique qu’il ne faut pas dire le paragraphe de l’offrande journalière avant l’aube. De la même façon, le Kaf Ha’haïm 89, 7 dit que l’on ne doit pas réciter les Pessouqé dezimra avant l’aube. Toutefois, nous avons déjà appris que, selon certains avis, l’aube se lève un peu plus tôt, et certains la situent 90 minutes avant le lever du soleil, comme l’écrit le Kaf Ha’haïm 89, 1. Aussi, en cas de nécessité impérieuse, pour ces questions où l’on ne risque pas de dire une bénédiction en vain (berakha lévatala), on peut se fonder sur cette ligne.

Pour de nombreux décisionnaires ashkénazes, il n’y a pas lieu de dire la bénédiction Yotser haméorot (« qui crées les corps célestes ») avant le temps de michéyakir. C’est ce qu’écrivent le Maguen Avraham, le Gaon Rabbi Chnéour Zalman, auteur du Choul’han Aroukh Harav, et le Michna Beroura 58, 17. Quoi qu’il en soit, si l’on a déjà dit Yotser haméorot avant l’heure de michéyakir, on ne répétera pas cette bénédiction à la fin de la prière, puisqu’on en est quitte selon le Choul’han ‘Aroukh et le Kaf Ha’haïm 58, 19 (Béour Halakha 58, 4 בלא).

09 – Privilégier Vatiqin quitte à prier seul, ou préférer prier en communauté ?

Les A’haronim sont partagés sur la question de savoir ce qui est le plus louable : prier solitairement à l’heure de Vatiqin, ou prier en communauté après l’heure de Vatiqin. Certains disent qu’il vaut mieux prier seul à l’heure de Vatiqin, dans la mesure où les sages louent celui qui prie à cette heure, et où ils déclarent que celui-là ne connaîtra point de dommage de la journée. D’autres disent qu’il est préférable de prier au sein d’un minyan, car la prière dite en minyan est certainement agréée. De plus, des doutes reposent sur la détermination précise de l’horaire de Vatiqin (comme nous l’avons vu au paragraphe 6) ; il n’est donc pas souhaitable qu’une qualification incertaine de Vatiqin repousse la prière collective. La consigne  donnée usuellement est de préférer la prière en minyan. Toutefois, celui qui a l’habitude de prier chaque jour à l’heure de Vatiqin en communauté et qui, pour une fois, ne peut se joindre à un minyan à cette heure, est autorisé à prier seul à l’heure de Vatiqin, ce jour-là, afin de ne pas déroger à sa coutume[11].

Celui qui se trouve face à deux possibilités, ou bien prier en minyan avant le lever du soleil – ce qui constitue un horaire de prière a posteriori –, ou bien prier seul à l’heure de Vatiqin, fera mieux, selon de nombreux avis, de prier seul à l’heure de Vatiqin. D’autres disent qu’il sera préférable de prier en communauté avant le lever du soleil, à condition de ne pas commencer les bénédictions du Chéma avant l’heure de michéyakir. En un tel cas, il y a lieu de consulter son Rav. Mais si le fait que plusieurs fidèles décident de prier seuls à Vatiqin entraînait l’annulation du minyan habituel, faute de fidèles en nombre suffisant pour constituer ce minyan, il serait préférable de prier en minyan avant le lever du soleil[12].


[11]. Pour le Mahari Schwartz, il vaut mieux prier à Vatiqin, et pour Rabbi Chelomo Kluger, dans Haelef lekha Chelomo, il est préférable de prier en minyan. Voir Yabia’ Omer, Ora’h ‘Haïm I 4,9 et Yalqout Yossef I p. 140, qui font dépendre la règle de la kavana: si l’on se concentre bien, on priera à Vatiqin ; sinon, il vaut mieux prier en minyan. L’auteur des responsa Peri Yits’haq écrit que, puisque nous avons des incertitudes sur le moment exact de Vatiqin (comme nous l’avons vu au § 6), il vaut mieux prier en communauté que selon un horaire de Vatiqin C’est cette dernière consigne que l’on a coutume de donner. Mais puisque certains décisionnaires ne partagent pas cette opinion, un particulier qui voudrait de temps en temps prier à Vatiqin serait autorisé à se fonder sur leur avis.

Selon le Béour Halakha 58, 1, ceux qui ont soin de prier chaque jour à l’heure de Vatiqin et en communauté sont autorisés, lorsqu’ils ne peuvent prendre part à un minyan à cette heure, à prier seuls. Le Halikhot Chelomo 5, 17 explique que, dans un tel cas, on est lié par une sorte de vœu, aussi bien à l’égard de la prière de Vatiqin qu’à l’égard de la prière en minyan ; aussi est-on autorisé à choisir quelle conduite adopter.

[12]. Nous avons vu au paragraphe 4, note 4 que, selon la majorité des décisionnaires – et le Choul’han ‘Aroukh 89, 1, suivi par le Michna Beroura 4, tranche en ce sens –, le temps qui précède le lever du soleil ne convient qu’a posteriori à la ‘Amida. De plus, nous avons vu en note 11 que, selon certains auteurs, même quand le minyan prie après le lever du soleil, il vaut mieux néanmoins prier à Vatiqin. Par conséquent, il apparaît que, selon la majorité des décisionnaires, la valeur de Vatiqin est telle qu’il vaut mieux prier seul à Vatiqin, et non avant le lever du soleil en communauté. C’est ce qu’écrivent le Avné Yachfé et le Yalqout Yossef I p.137.

Cependant, nous avons vu que, selon le Roch et Rabbénou Yerou’ham, l’heure de la ‘Amida a priori était celle de michéyakir. D’autre part, le Michna Beroura 89, 1 écrit, au sujet de ceux qui veillent pendant la nuit de Chavou’ot, qu’ils peuvent prier en minyan avant le lever du soleil. Quant au Yaskil Avdi et au Or lé-Tsion, ils écrivent qu’il est préférable de prier en minyan avant le lever du soleil, dans la mesure où il s’agit d’un cas de nécessité impérieuse, puisqu’on ne trouvera pas de minyan après cela. Et c’est aussi l’opinion du ‘Hazon Ich (rapportée dans Iché Israël 13, 6).

À notre humble avis, il est préférable de donner pour consigne générale de conserver la prière en minyan, car la prière en minyan est agréée, et grande est la capacité de la communauté à préserver la régularité de la prière. Pour celui qui veut, par piété, prier à Vatiqin – et seulement pour lui –, il se peut qu’il soit préférable de prier à Vatiqin ; mais pour les autres, il vaut mieux prier en minyan avant le lever du soleil.

À plus forte raison pour un petit village, où certains fidèles doivent se rendre tôt à leur travail, et où il est impossible de rassembler un minyan à partir du lever du soleil : il s’agit d’un cas de nécessité impérieuse et il faut donc fixer le minyan avant le lever du soleil. Même en ce qui concerne les particuliers qui seraient en mesure de prier seuls plus tard, il convient qu’ils s’associent au minyan avancé. (Toutefois, s’ils veulent se lever tôt pour compléter le minyan, répondre au Qaddich et à la Qédoucha, et prier ensuite seuls à l’heure de Vatiqin, ils y sont autorisés).

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