10 – Les heures relatives et leurs règles

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Le temps prévu pour la lecture du Chéma s’étend jusqu’à la fin de la troisième heure de la journée, et le temps prévu pour la récitation de la ‘Amida s’étend jusqu’à la fin de la quatrième heure. Il est ici question d’ « heures relatives » (chaot zmaniot). C’est-à-dire que l’on divise la journée en douze parties égales, et que chaque partie est appelée heure relative (chaa zmanit). En été, où les journées sont longues, les heures sont longues ; en hiver où les journées sont courtes, les heures sont courtes.

La question est : à partir de quand considère-t-on que la journée commence ? Selon la méthode de calcul du Maguen Avraham, les heures du jour sont celles où la lumière est perceptible : le calcul se fait depuis l’aube jusqu’à l’obscurité totale. Selon le Gaon de Vilna, en revanche, le calcul se fait selon les heures où le soleil est visible, c’est-à-dire depuis le lever du soleil  jusqu’à son coucher (cheqiat ha’hama)[13].

La différence entre l’aube et le lever du soleil est d’environ soixante-douze minutes durant les mois de nissan et de tichri. Cela signifie que la période de trois heures prévue pour la lecture du Chéma débute, d’après le Maguen Avraham, soixante-douze minutes plus tôt que d’après le Gaon de Vilna. Aussi, le terme prévu pour le Chéma et pour la ‘Amida arrive-t-il plus tôt selon le Maguen Avraham. Il n’arrive pourtant pas soixante-douze minutes plus tôt, puisque les heures sont, d’après le Maguen Avraham, plus longues. Il s’ensuit qu’à l’expiration de la sixième heure, on arrive au midi solaire d’après les deux méthodes de calcul (voir la note)[14].


[13]. Ceux qui sont d’avis de calculer à compter de l’aube sont le Teroumat Hadéchen, le Ba’h, Elya Rabba. C’est aussi ce que laissent entendre certains Richonim, parmi lesquels Rachi, Tossephot, Na’hmanide et Rachba (voir Hazmanim Bahalakha 13). Certes, le Maguen Avraham lui-même (233, 3 ; 443, 3) a hésité à établir son calcul depuis l’aube ou depuis le lever du soleil. Mais dans la mesure où la lecture du Chéma est une mitsva toranique, il a tranché dans le sens de la rigueur (58, 1), et cette méthode est désignée d’après son nom.

Face à eux, on trouve, à l’appui de la méthode du Gaon de Vilna, Rabbénou ‘Hananel, Rabbi Saadia Gaon, Rabbi Haï Gaon, Maïmonide, les élèves de Rabbénou Yona, et d’autres. Pour les A’haronim : le Levouch, Tossephot Yom Tov, le Gaon Rabbi Chnéour Zalman ; et la majorité des décisionnaires va dans ce sens. L’opinion du Gaon de Vilna (Béour Ha-Gra 459, Chenot Elyahou, début de Berakhot) repose sur l’idée que le jour et la nuit sont de durée équivalente ; aussi, les vingt-quatre heures de la journée se répartissent en douze heures diurnes et douze heures nocturnes, et le calcul des horaires de l’année dans son ensemble donne des heures de jour équivalentes aux heures de nuit. Or, cela n’est possible que si l’on calcule la durée du jour en fonction du soleil : alors, les jours et les nuits de l’ensemble de l’année s’équivalent. Cela n’est pas le cas si l’on conçoit la journée comme s’étendant de l’aube à la tombée de la nuit, car alors les jours sont plus longs que les nuits d’environ deux heures en moyenne.

[14]. Certains auteurs ont calculé les heures du jour selon la méthode du Maguen Avraham, en prenant pour limites l’aube et l’apparition des étoiles (tset hakokhavim) ; ils ont trouvé qu’avant le lever du soleil, on devait ajouter 72 minutes, tandis qu’après le coucher du soleil, seulement 18 ou 13 minutes et demie (Maamar Mordekhaï, Ben Ich ‘Haï, première année, Vayaqhel 4, Divré Yossef). Mais cette position présente une difficulté, car il résulte de leur calcul que midi (‘hatsot) arrive avant que le soleil ne parvienne au milieu du ciel, et que, dès lors, l’horaire du Maguen Avraham est en avance sur la réalité astronomique. C’est pourquoi le Rav Tikotchinsky, se fondant sur de grands maîtres de Jérusalem, a calculé le temps qui suit le coucher du soleil à l’égal du temps qui précède son lever : si l’aube précède le lever du soleil d’environ 72 minutes, on ajoute également 72 minutes après le coucher du soleil. De cette façon, les six premières heures du jour s’achèvent toujours au midi solaire, aussi bien selon la méthode du Maguen Avraham que selon celle du Gaon de Vilna.

D’après cela, on peut facilement calculer la différence entre l’heure limite selon le Maguen Avraham et l’heure limite selon le Gaon de Vilna. On calcule d’abord le temps qui sépare l’aube du lever du soleil, puis on le divise en six parties égales. Par exemple, d’après ce que l’on observe aux mois de nissan et de tichri, où l’aube précède le lever du soleil de 72 minutes, il ressort que chaque heure dure, d’après le Maguen Avraham, 12 minutes de plus que d’après le Gaon de Vilna. Par conséquent la différence entre les deux méthodes après trois heures se résume à 36 minutes. Ce qui revient à dire que, en remontant de trois heures à partir du midi solaire (où les deux systèmes se rejoignent), l’heure limite de récitation du Chéma pour le Maguen Avraham précède de 36 minutes cette même heure pour le Gaon de Vilna. Quant à l’heure limite de la ‘Amida, elle précède pour le Maguen Avraham de 24 minutes cette même heure pour le Gaon de Vilna [en effet, pour arriver à la fin de la quatrième heure, on remonte de deux heures à partir du midi solaire. La différence entre les deux avis étant de 12 minutes par heure, on compte 2 x 12’= 24’]. Toutefois, comme nous l’avons vu en  note 1, au sujet des variations d’horaire de l’aube en fonction des saisons, il apparaît qu’au plus fort de l’hiver, l’heure limite de lecture du Chéma pour le Maguen Avraham précède de 39 minutes cette même heure pour le Gaon de Vilna ; et au plus fort de l’été, la différence est de 44 minutes.

Puisqu’il est ici question d’une incertitude portant sur une mitsva toranique (safeq de-oraïtha), il paraît juste de prendre pour base, dans son calcul, le moment où le soleil se trouve à 17,5° sous l’horizon, car dès ce moment, la première lueur est perceptible, et certains auteurs pensent que c’est là qu’il faut situer l’apparition de l’aube (voir note 1). D’après cela, aux mois de nissan et de tichri, l’aube précède le lever du soleil de 78 minutes (qui se divisent en six parties égales de 13 minutes), et l’heure limite du Chéma selon le Maguen Avraham précède de 39 minutes (3 x 13) cette même heure selon le Gaon de Vilna. Au plus fort de l’hiver, la différence est de 42,5 minutes, et au plus fort de l’été de 48 minutes. Dans de nombreux calendriers, on prend pour base de calcul le moment où le soleil est à 19,75° sous l’horizon, si bien que l’horaire du Maguen Avraham précède celui du Gaon de Vilna de 45 minutes en nissan et de 56 minutes en été. J’ai déjà écrit en note 1 que cette méthode était très problématique, car à une telle heure, aucune lumière n’est visible à l’est. Certains, en plus de situer l’aube 90 minutes avant le lever du soleil, ne situent la tombée de la nuit que 18 minutes après le coucher du soleil, d’où il résulte que, selon eux, l’horaire du Maguen Avraham précède celui du Gaon de Vilna d’une heure ou davantage. J’ai écrit plus haut que cette opinion était très difficile à soutenir.

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