08 – Jusqu’à quel point il est permis d’avancer la ‘Amida en cas de nécessité impérieuse

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En cas de nécessité impérieuse (ou force majeure, bich’at had’haq), on peut prononcer les bénédictions du Chéma dès l’aube (‘amoud hacha’har), c’est-à-dire soixante-douze minutes avant le lever du soleil (durant les mois de nissan et de tichri, cf. note 1). Cependant, tant que l’on a la possibilité de dire ces bénédictions à partir de michéyakir, il ne faut pas les dire à l’aube. Celui qui doit voyager, par exemple, et qui peut prier tout en marchant, ou assis dans un véhicule conduit par une autre personne, devra attendre l’heure de michéyakir, et dire les bénédictions du Chéma ainsi que la ‘Amida tout en marchant, ou assis.

Si l’on est en mesure de réciter les bénédictions du Chéma en chemin, à partir de michéyakir, mais que l’on n’est pas en mesure de dire la ‘Amida en chemin, on avancera la ‘Amida à l’aube, et l’on récitera le Chéma et ses bénédictions en chemin, bien qu’il en résulte que l’on ne pourra enchaîner la bénédiction de la Délivrance[d] à la ‘Amida[9].

Quand on n’a pas la possibilité de dire les bénédictions du Chéma en chemin – par exemple quand on ne les connaît pas par cœur et que l’on n’est pas en mesure de les lire dans son sidour tout en marchant ou tout en voyageant – on peut avancer sa prière, s’il s’agit d’un cas de nécessité impérieuse. On procédera de la façon suivante : on dira les bénédictions matinales (Birkot hacha’har), le rappel des sacrifices et les versets de louange (Pessouqé dezimra) avant l’aube ; quand l’aube se lèvera, on s’enveloppera du talith sans prononcer la bénédiction correspondante, on attachera ses téphilines sans prononcer la bénédiction correspondante, on récitera le Chéma et ses bénédictions, puis la ‘Amida. Lorsque la ‘Amida sera terminée, le temps de michéyakir sera arrivé ; on palpera son talith et ses téphilines et l’on récitera les bénédictions qui s’y rapportent. Selon l’usage ashkénaze, on ne récitera pas non plus la bénédiction Yotser haméorot (« Bénis sois-Tu… qui crées les corps célestes », première bénédiction précédant le Chéma) avant l’heure de michéyakir, mais on la repoussera après la récitation de la Amida[10].


[d]. Birkat Haguéoula, bénédiction de la Délivrance : elle suit le Chéma et se termine par les mots : « Bénis sois-Tu, Eternel, qui délivras Israël ». Il importe que la ‘Amida suive sans interruption cette bénédiction. Mais dans un cas d’urgence tel que celui qui est décrit ci-dessus, on renonce à cet enchaînement.

[9]. Dans le traité Berakhot 30a, nous apprenons à quel point la récitation du Chéma et de ses bénédictions avant michéyakir correspond à une situation d’urgence : tant que l’on a la possibilité de les réciter tout en marchant, à partir de michéyakir, on doit procéder ainsi. La seule question qui reste pendante est : quand dire la ‘Amida ? Selon Rabbénou ‘Hananel, Tossephot et d’autres auteurs, on dira la ‘Amida chez soi avant michéyakir ; c’est ce que décide le Choul’han ‘Aroukh 89, 8. Selon le Halakhot Guédolot, il vaudra mieux prier en chemin, afin d’enchaîner la bénédiction de la Délivrance à la ‘Amida. En pratique, c’est ce dernier usage qui est répandu, comme l’expliquent le Michna Beroura 89, 42 et le Kaf Ha’haïm Toutefois, lorsqu’on est en mesure de dire les bénédictions du Chéma en chemin, mais que l’on n’est pas en mesure de dire la ‘Amida en chemin – par exemple si l’on connaît par cœur les bénédictions du Chéma mais non la ‘Amida, ou encore si l’on est au volant et que l’on sait être en mesure de dire les bénédictions du Chéma en conduisant, chose interdite quand il s’agit de la ‘Amida, comme nous le verrons au chap. 17 § 16 –, on se conformera alors à l’opinion de Rabbénou ‘Hananel et de Tossephot: on récitera la ‘Amida à la maison à l’aube, et l’on repoussera la récitation des bénédictions du Chéma au cours de son voyage afin de pouvoir les dire à partir de michéyakir.

[10]. Au printemps et en automne, l’aube se lève 72 minutes avant le lever du soleil (quand le soleil se trouve à 16,1° au-dessous de l’horizon) ; au plus fort de l’hiver (22/12), 78 minutes avant le lever du soleil ; au plus fort de l’été (22/6), 88 minutes avant le lever du soleil. Voir en note 1 la raison pour laquelle j’ai retenu cette convention. Il est possible, tout au plus, d’être indulgent en se fondant sur le moment de la première lueur paraissant à l’est (lorsque le soleil est à 17,5° sous l’horizon) comme expliqué en note 1. Dans de nombreux calendriers, on a indiqué, comme horaire de l’aube, des heures où n’apparaît aucune lumière à l’est, et il est très difficile de s’appuyer sur ces calendriers.

Dans la note 2, j’ai indiqué que michéyakir avait pour horaire le moment où le soleil est à 11° sous l’horizon ; il s’agit d’une position médiane par rapport aux différentes opinions et observations. Cependant ici, en cas d’urgence, si l’on est en mesure de dire les bénédictions du Chéma environ cinq minutes avant ce moment et que, grâce à cela, on a le temps de réciter la ‘Amida chez soi, il vaut mieux procéder de cette façon que de prier ensuite en marchant.

En cas de nécessité impérieuse, on peut commencer les bénédictions du Chéma depuis l’aube, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh 58, 3. On peut, avant cela, mettre son talith et ses téphilines sans bénédiction, comme l’expliquent le Choul’han ‘Aroukh et le Michna Beroura (Choul’han ‘Aroukh 18, 3 et Michna Beroura 10 au sujet du talith, Choul’han Aroukh 30, 3 et Michna Beroura 11 au sujet des téphilines). Certes, selon le Kaf Ha’haïm 30, 8, on ne doit pas mettre les téphilines avant l’aube ; de même, le Choul’han ‘Aroukh (1, 6 et 47, 13) explique qu’il ne faut pas dire le paragraphe de l’offrande journalière avant l’aube. De la même façon, le Kaf Ha’haïm 89, 7 dit que l’on ne doit pas réciter les Pessouqé dezimra avant l’aube. Toutefois, nous avons déjà appris que, selon certains avis, l’aube se lève un peu plus tôt, et certains la situent 90 minutes avant le lever du soleil, comme l’écrit le Kaf Ha’haïm 89, 1. Aussi, en cas de nécessité impérieuse, pour ces questions où l’on ne risque pas de dire une bénédiction en vain (berakha lévatala), on peut se fonder sur cette ligne.

Pour de nombreux décisionnaires ashkénazes, il n’y a pas lieu de dire la bénédiction Yotser haméorot (« qui crées les corps célestes ») avant le temps de michéyakir. C’est ce qu’écrivent le Maguen Avraham, le Gaon Rabbi Chnéour Zalman, auteur du Choul’han Aroukh Harav, et le Michna Beroura 58, 17. Quoi qu’il en soit, si l’on a déjà dit Yotser haméorot avant l’heure de michéyakir, on ne répétera pas cette bénédiction à la fin de la prière, puisqu’on en est quitte selon le Choul’han ‘Aroukh et le Kaf Ha’haïm 58, 19 (Béour Halakha 58, 4 בלא).

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