03 – Horaires de la lecture du Chéma

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Le temps de la lecture du Chéma du matin s’apprend du verset : « Ces paroles… tu les diras… à ton coucher et à ton lever (ouvqoumékha) » (Dt 6, 7), c’est-à-dire à l’heure où les gens ont l’habitude de se lever. Puisque certaines personnes se lèvent dès l’aube (environ soixante-douze minutes avant le lever du soleil – cf. note 1), ce temps est considéré par la Torah comme heure du lever, et l’on peut, dès ce moment, accomplir la mitsva de lecture du Chéma. La raison en est qu’il est dit ouvqoumékha (à ton lever) au singulier, ce qui laisse entendre que, même lorsque ce ne sont que certains individus qui se lèvent, le temps de la lecture du Chéma a commencé. Mais celui qui lirait le Chéma avant cela ne se rendrait pas quitte de son obligation, car sa lecture précéderait l’heure du lever.

Cependant, nos sages ont érigé une haie protectrice autour de la mitsva, et ont décidé que le Chéma ne serait lu, a priori, qu’à partir du moment où davantage de personnes ont l’habitude de se lever : moment où il y a déjà davantage de lumière sur la terre, de telle façon que l’on puisse reconnaître son prochain à une distance de quatre coudées (Choul’han ‘Aroukh 58, 1). C’est le temps appelé michéyakir (environ cinquante minutes avant le lever du soleil durant le mois de nissan, cf. note 2). En cas d’urgence, quand on ne peut lire le Chéma après l’arrivée du temps de michéyakir, il est permis de le lire à partir du lever de l’aube (‘amoud hacha’har). De même, a posteriori, si l’on s’est trompé et que l’on ait lu le Chéma à l’aube, on est quitte de son obligation. Il y a toutefois une différence : si la raison de cette lecture avancée est la contrainte (oness), on est quitte, même si l’on est obligé de faire cela tous les jours ; en revanche, si l’on a avancé sa lecture en raison d’une erreur, on n’est quitte que dans le cas où cette erreur est accidentelle (aqraï), c’est-à-dire une fois par mois au plus. Mais si l’on a fait cette erreur plus d’une fois dans le mois, les sages imposent une « pénalité » en considérant que l’on n’est pas quitte ; il faut en ce cas relire le Chéma, une fois venu le temps de michéyakir (Choul’han ‘Aroukh 58, 3-4, Michna Béroura 58, 19).

L’heure de la récitation du Chéma se prolonge jusqu’à la fin de la troisième heure du jour. En effet, certaines personnes, telles que les enfants de rois, ont l’habitude de prolonger leur sommeil jusqu’à la fin de la troisième heure ; jusqu’à l’expiration de cette troisième heure, on se trouve donc encore dans le temps d’ouvqoumékha, « à ton lever » (la fixation de l’horaire sera expliquée par la suite, §10 et 11).

Le moment le meilleur pour réciter le Chéma est conforme à l’usage des Vatiqin (les anciens), c’est-à-dire peu de temps avant le lever du soleil[3].


[3]. Selon la majorité des décisionnaires, le temps prescrit pour la lecture du Chéma Israël s’étend du moment où l’on distingue le bleu du blanc (michéyakir)  jusqu’à la fin de la troisième heure ; le moment le plus choisi correspond à Vatiqin. Telle est l’opinion des élèves de Rabbénou Yona, de Tossephot, du Roch, du Rachba, et c’est ce que décident le Tour et le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 58, 1. C’est ce que j’ai écrit ci-dessus. On trouve toutefois d’autres opinions : selon Rabbénou ‘Hananel et Rabbénou Tam, le temps prescrit pour la lecture du Chéma s’étend du lever du soleil à la fin de la troisième heure ; selon eux, ceux qui ont l’habitude de lire suivant l’usage de Vatiqin ne suivent pas en cela la halakha, car ils récitent le Chéma un peu avant le lever du soleil. Il semble toutefois que, même selon eux, il soit possible de lire le Chéma avant le lever du soleil en cas de nécessité impérieuse (et ce n’est que d’après le Maor que l’on ne s’acquitte pas, avant le lever du soleil, de son obligation de lire le Chéma). En pratique, on ne tient pas compte de leur opinion.

Le Rif et Maïmonide pensent que le moment par excellence de la lecture du Chéma est celui de Vatiqin, c’est-à-dire un peu avant le lever du soleil. Si l’on n’a pas récité le Chéma au moment de Vatiqin, pensent-ils, on peut le réciter jusqu’à la fin de la troisième heure. Quant au temps qui précède Vatiqin, il est valable pour cette lecture en cas de nécessité impérieuse. Voir Beit Yossef ad loc. et Bérour Halakha sur Berakhot 8b, notes 2 et 3, 9b, note 1, 10b, note 4. Aux paragraphes 7 et 8, il sera expliqué ici jusqu’à quel point il est possible, en pratique, d’avancer la prière de Cha’harit. (Pour le Kessef Michné sur  Hilkhot qriat Chéma 1, 13, le temps de la lecture du Chéma selon la Torah s’étend à toute la journée, car « à ton lever » signifie « tout le temps qu’il est d’usage d’être éveillé » ; ce sont les sages qui, selon lui, ont fixé pour limite la fin de la troisième heure, afin de rattacher la lecture du Chéma à la prière. Mais ses paroles n’ont pas été adoptées : l’incertitude qui plane sur la fixation du terme de la troisième heure, comme nous le verrons au paragraphe 11, est considérée comme un safeq de-Oraïta,  incertitude sur une règle de rang toranique et non rabbinique).

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