Chapitre 17 – La ‘Amida

01 – La ‘Amida, prière principale

La ‘Amida est le sommet de la prière, et toutes les parties qui la précèdent constituent, dans une large mesure, une préparation à ce sommet. Le fidèle monte de degré en degré, du rappel des sacrifices aux versets de louange, des versets de louange aux bénédictions du Chéma, jusqu’à ce qu’il puisse franchir le portique supérieur, le monde de l’Emanation (‘olam ha-Atsilout, cf. chapitre 13 § 2), et se tenir en prière devant Dieu. Certes, la lecture du Chéma est une mitsva de rang toranique, et c’est une obligation en soi de le réciter, indépendamment même de la prière. Toutefois, nos sages ont décrété que la lecture du Chéma doit se faire, avec ses bénédictions, avant la ‘Amida, afin qu’elles constituent une préparation à celle-ci. En effet, grâce à l’acquisition de la foi exprimée dans le Chéma et ses bénédictions, et grâce à la bénédiction de la Délivrance (Gaal Israël), on peut s’élever au plus haut degré de la prière de la façon la plus parfaite.

Dans la mesure où la ‘Amida est le sommet de la prière, les règles qui la régissent sont plus rigoureuses que celles d’autres sections de l’office. Par exemple, il faut venir à l’office dans des vêtements honorables, car durant la ‘Amida nous nous tenons devant le Roi ; il n’y a pas d’exigence semblable en ce qui concerne la lecture du Chéma et de ses bénédictions, par lesquels nous recevons le joug de la royauté du Ciel et louons Dieu, mais au cours desquels nous ne nous trouvons pas à ce niveau supérieur consistant à « nous tenir devant le Roi » (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 74, 6 ; 91, 1).

De même, de nombreuses règles que nous avons étudiées, concernant l’emplacement qui convient à la prière, visaient essentiellement la ‘Amida. Par exemple, le fait de ne pas prier à un endroit surélevé, ou dans un immeuble totalement ouvert, la nécessité d’avoir des fenêtres, la mitsva de prier au sein d’un minyan et à la synagogue, la nécessité de se fixer un endroit régulier pour prier, l’absence d’élément faisant écran entre le fidèle et le mur, le fait de ne pas prier à côté de son maître, ni derrière lui (comme il est expliqué au chapitre 3). Et puisque la ‘Amida forme une partie de la prière dans son ensemble, on s’efforce, dans le même élan, d’observer durant l’ensemble de l’office toutes les règles susmentionnées. Mais dans le cas où l’on ne peut réciter les Pessouqé dezimra (versets de louange) et les bénédictions du Chéma à l’endroit le mieux situé de ces différents points de vue, on s’efforce à tout le moins de dire la ‘Amida à l’endroit le mieux situé.

02 – Avancer de trois pas avant de prier

Nous avons coutume d’avancer de trois pas avant de réciter la ‘Amida, afin d’exprimer notre volonté de nous rapprocher de Dieu et de nous tenir devant Lui (Rama 95, 1). Celui qui se tient déjà à l’endroit prévu pour dire la ‘Amida n’a pas besoin, à l’approche de celle-ci, de faire trois pas en arrière pour revenir en avant. Du reste, par le fait même de venir à la synagogue, on se rapproche déjà de la prière, et l’on parcourt à cette fin plus de trois pas (Elya Rabba). D’autres disent que, même si l’on s’est déjà rendu à son lieu de prière, il est souhaitable, à l’approche de la ‘Amida, de revenir en arrière et de parcourir de nouveau trois pas en avant, pour gagner l’endroit où l’on prononce la ‘Amida (Ben Ich ‘Haï, Bechala’h 3 ; Kaf Ha’haïm 95, 7). Le mieux à faire est de marquer une petite interruption entre les pas en arrière et les pas en avant, afin de ne pas paraître aller et venir. Aussi, lorsqu’on arrive au passage Tehilot la-E.l E-lion (« Louanges au Dieu suprême »), on fait trois pas en arrière, puis, quand on s’apprête à conclure la bénédiction Gaal Israël (« qui délivras Israël »), on fait trois pas en avant. De même, aux offices de Min’ha et d’Arvit, dès le début du Qaddich qui précède la ‘Amida, on fera trois pas en arrière, puis, juste avant de commencer la ‘Amida, on avancera de trois pas (coutume du Maharil, Michna Beroura 95, 3).

Afin de ne pas marquer d’interruption entre la mention de la Délivrance et la ‘Amida, on a soin de faire ses trois pas en avant alors que l’on n’a pas encore terminé de dire la bénédiction Gaal Israël, afin qu’immédiatement après la conclusion de celle-ci, on se tienne déjà au lieu de sa prière et que l’on commence à dire Ado-naï, sefataï tifta’h (« Eternel, ouvre mes lèvres »), verset par lequel débute la ‘Amida[1].

Avant la ‘Amida, le fidèle doit éloigner de son esprit toutes les choses susceptibles de perturber sa concentration. Si l’on est enrhumé, on se mouchera avant la ‘Amida, afin de ne pas avoir à se moucher au cours de celle-ci. Si l’on a une mucosité dans la gorge, susceptible d’être gênante, on l’expulsera avant de prier, afin qu’elle ne nous perturbe pas (Choul’han ‘Aroukh 92, 3 ; cf. chap. 6). Si l’on a besoin de se moucher au cours de la ‘Amida, on le fera de la façon la plus discrète. Celui qui est contraint de bâiller durant la ‘Amida posera la main sur sa bouche. Car celui qui se tient en prière doit être très attentif à l’honneur du Ciel, et tout ce qui est considéré comme impoli en présence de son prochain est interdit au moment de la ‘Amida (cf. Choul’han ‘Aroukh 97, 1-2).


[1]. L’officiant débute, lui aussi, sa répétition par ce verset ; selon l’usage séfarade, il le dit à haute voix, et selon l’usage ashkénaze, à voix basse (Michna Beroura 111, 10 ; Kaf Ha’haïm 10).

Aux offices de Min’ha et de Moussaf,  les officiants ashkénazes ont l’usage de dire, avant la répétition, le passage Ki chem Hachem eqra… (« Quand j’invoque le nom de l’Eternel… »). Mais si l’officiant oublie ce passage et commence à dire les premiers mots de la ‘Amida, Hachem, sefataï tifta’h (« Mon Dieu, ouvre mes lèvres… »), il ne doit pas se reprendre et dire Ki chem Hachem eqra. En effet, par le verset Hachem, sefataï tifta’h, l’officiant a déjà commencé la répétition de la ‘Amida. C’est ce qu’écrit Iché Israël 62. Selon le Béour Halakha 111, 2 (חוזר), si l’on a dit la ‘Amida sans l’introduire par le verset Hachem sefataï tifta’h, on est quitte, car cela ne constitue pas un manque affectant l’essentiel de la prière. (Toutefois, selon le Igrot Moché, il faut répéter la ‘Amida). Le Yalqout Yossef p.278 conforte les propos du Michna Beroura en se fondant sur Echkol et Ohel Moëd. Et telle est la halakha.

03 – Se tourner vers Jérusalem

Durant les différentes parties de la prière, le fidèle peut s’orienter en quelque direction qu’il souhaite. Mais dès lors qu’il arrive au sommet de la prière, et qu’il se lève pour se tenir devant le Roi de l’univers durant la ‘Amida, il devra se tourner vers Jérusalem, vers le lieu que Dieu a choisi pour faire résider Sa Présence dans le monde.

Si  l’on prie en-dehors de la terre d’Israël, on se tournera en direction de la terre d’Israël, et l’on orientera son cœur vers Jérusalem, vers le site du Temple et vers le Saint des Saints (Qodech haqodachim). Si l’on prie en Israël, on se tournera en direction de Jérusalem, et l’on orientera son cœur vers le site du Temple et vers le Saint des Saints. Si l’on prie à Jérusalem, on se tournera vers le site du Temple et l’on orientera son cœur vers le Saint des Saints (Berakhot 30a ; Choul’han ‘Aroukh 94, 1).

Par conséquent, ceux qui prient sur l’esplanade du Mur occidental (le Kotel) doivent s’orienter durant la ‘Amida en direction du lieu du Sanctuaire. C’est-à-dire que ceux qui se trouvent sur l’esplanade ouverte doivent se tourner légèrement sur la gauche, et que ceux qui se trouvent dans l’enceinte des hommes, au milieu de la galerie couverte, doivent s’orienter face au mur.

On a l’usage de fixer l’arche sainte des synagogues sur le mur orienté vers Jérusalem, de façon que les fidèles récitant la ‘Amida soient également tournés vers l’arche sainte. Cependant, l’essentiel est de prier en direction de Jérusalem. Aussi, si en raison d’une erreur ou d’une contrainte, l’arche sainte n’est pas véritablement orientée en direction de Jérusalem, on se tournera, au moment de la ‘Amida, dans la direction de Jérusalem (Michna Beroura 94, 9). Mais si toute l’assemblée se trompe et s’oriente dans la direction de l’arche sainte, il vaut mieux ne pas se séparer de la communauté, et l’on se tiendra dans la même direction que l’assemblée ; toutefois, on tournera sa tête vers Jérusalem (Michna Beroura 94, 10).

Si l’on ne sait pas quel côté de la pièce est orienté en direction de Jérusalem, on priera dans quelque direction que l’on voudra, et l’on orientera son cœur vers son Père qui est au Ciel (Choul’han ‘Aroukh 94, 3). Même s’il apparaît après coup que l’on s’est trompé, on n’a pas besoin de répéter sa prière en se tournant vers Jérusalem[2].


[2]. Le Michna Beroura 94, 10 écrit que, dans le cas où l’on s’est trompé et où l’on a commencé à prier dans une autre direction, si l’on se trouve à la synagogue et que l’on soit gêné à l’égard de la communauté qui perçoit son erreur, on pourra se déplacer et se tourner dans la direction de Jérusalem. Mais si l’on n’éprouve pas de gêne à cet égard, on restera à sa place première, car il est plus important de ne pas se déplacer durant la ‘Amida. Selon le Ben Ich ‘Haï, Yitro 1, si l’on se trouve à la synagogue, on devra se tourner en tout état de cause vers Jérusalem ; mais si l’on prie seul chez soi, on continuera comme on a commencé. Cf. Kaf Ha’haïm 7, qui conclut que, si l’on s’est trompé et que l’on prie dans la direction opposée à Jérusalem, on devra rectifier sa position et s’orienter vers Jérusalem, même si l’on prie seul.

04 – Se tenir debout, pieds joints

Durant les Pessouqé dezimra et les bénédictions du Chéma, on peut être assis ou debout. Mais dès que l’on arrive à la ‘Amida, on doit se tenir debout et pieds joints. En se tenant debout, l’homme manifeste sa disponibilité totale, de la tête aux pieds, à l’approche de la prière. De plus, le fait d’être debout est une expression de révérence et de crainte à l’égard du Roi de l’univers. Aussi, il ne faut s’appuyer sur aucun support durant la ‘Amida, car celui qui appuie un tant soi peu sa personne ne se tient pas d’une façon empreinte de crainte. En cas de contrainte, par exemple si l’on est faible et obligé de s’appuyer, on s’efforcera de ne s’appuyer que légèrement, de sorte que, si l’appui était ôté subitement, on resterait debout par l’effet de ses propres forces. Par cela, et bien que cette façon ne soit pas empreinte de crainte, on est néanmoins considéré comme priant debout (Choul’han ‘Aroukh 94, 8 ; Michna Beroura 22).

On joint les jambes de manière qu’elles paraissent former une jambe unique. La raison en est que l’écartement des jambes reflète le côté matériel de l’homme ; il représente également la course, à la poursuite des affaires de ce monde. Aussi, les prêtres, lorsqu’ils montaient à l’autel, marchaient de façon à accoler le talon du pied droit au gros orteil gauche, et inversement ; de la même façon, pendant la ‘Amida, nous nous abstenons d’écarter les jambes. De plus, la jonction des jambes représente le rassemblement des forces réalisatrices présentes en nos jambes, pour mettre ces forces au service exclusif de Dieu, et manifester que nous n’avons qu’une volonté, celle de nous tenir en prière devant Lui. Nos sages ont déduit cela de l’exemple des anges, au sujet desquels il est dit : « Leurs jambes sont une jambe rectiligne » (Ez 1, 7), c’est-à-dire que leurs jambes sont accolées l’une à l’autre, au point qu’elles semblent constituer une seule et même jambe (Berakhot 10b ; Talmud de Jérusalem I, 1 ; voir Maharal, Netiv Haavoda 6).

Il faut joindre les pieds l’un à l’autre dans toute leur longueur, afin qu’ils paraissent être autant que possible un seul et même pied, et non comme ceux qui ne joignent que leurs talons (Choul’han ‘Aroukh 95, 1, élèves de Rabbénou Yona). A posteriori, si l’on a prié jambes disjointes, on est quitte (Michna Beroura 1, Kaf Ha’haïm 2).

Un malade qui ne peut se tenir debout priera assis. Si même s’asseoir lui est impossible, il priera couché. Selon plusieurs décisionnaires, si, avant l’expiration de l’heure de récitation de la ‘Amida que l’on n’a pu dire debout, on recouvre ses forces et l’on peut se lever, on devra répéter sa ‘Amida, car la mitsva de réciter la ‘Amida se réalise essentiellement debout (Choul’han ‘Aroukh 94, 9). Toutefois, les A’haronim s’accordent à dire en pratique que, si l’on a prié assis ou couché, on est quitte a posteriori, et que, même si l’on peut se relever après cela, on n’a pas besoin de répéter sa ‘Amida (Michna Beroura 94, 27, Kaf Ha’haïm 34).

Celui-là même qui est contraint de prier assis ou couché, doit s’efforcer de joindre les pieds et de fléchir le corps aux moments de prosternation. Si l’on est assis sur un fauteuil roulant, on reculera quelque peu son fauteuil à la fin de sa ‘Amida, dans la mesure des trois pas par lesquels on achève sa prière (voir plus loin, paragraphe 16).

05 – Position du corps et des mains

Le fidèle en prière doit incliner quelque peu la tête, de manière que ses yeux regardent vers le bas en signe de modestie ; il doit imaginer qu’il se trouve au Temple, et orienter son cœur en haut vers le Ciel (Yevamot 105b ; Choul’han ‘Aroukh 95, 2).

Les kabbalistes font l’éloge de celui qui prie les yeux fermés. Cependant, celui qui lit dans son rituel (sidour) se conduit lui aussi selon la règle fixée a priori. De nombreux A’haronim conseillent de prier en suivant le texte dans son sidour, car de cette façon, on peut se concentrer davantage dans sa prière (Michna Beroura 95, 5 ; Kaf Ha’haïm 9-10 ; cf. Béour Halakha au sujet du Maamar Mordekhaï).

En ce qui concerne les mains, Maïmonide écrit que l’on doit poser les mains sur son cœur, serrées l’une sur l’autre, la droite sur la gauche. De cette façon, on se tient comme un élève devant son maître, avec crainte et révérence (Hilkhot Téphila 5, 4). C’est aussi ce qu’écrit le Choul’han ‘Aroukh (95, 3) et ce qu’expliquent les Kavanot de Rabbi Isaac Louria (Kaf Ha’haïm 95, 12). Mais de nombreux décisionnaires pensent que tout dépend de la coutume locale : dans la ville où vivait Maïmonide, on avait en effet l’usage de se tenir devant les  monarques et les ministres de la façon ci-dessus décrite ; mais dans d’autres lieux, la coutume était différente. Par exemple, dans les pays d’Europe, on avait l’usage de se tenir mains jointes, et dans les pays ismaélites, on se tenait mains derrière le dos, comme pour exprimer son absence de mains – de pouvoir – en dehors de la permission octroyée par son vis-à-vis (Mahari Abouhav, cité par le Beit Yossef ; Michna Beroura 95, 6). D’après cela, de nos jours, en plus de la manière décrite par Maïmonide, on peut se tenir bras le long du corps, ou mains posées sur son pupitre de prière (stander), tenant le sidour, car ces différentes situations sont, elles aussi, considérées comme des manières honorables de se tenir. En revanche, il ne faut pas mettre les mains dans les poches, ou sur les hanches, car il ne convient pas de se tenir ainsi devant des personnalités dignes d’égards.

Nombreux sont ceux qui ont l’habitude de se balancer durant la ‘Amida ; le Rama écrit (Ora’h ‘Haïm 48, cf. Michna Beroura 95, 7) qu’il convient de se conduire ainsi a priori, afin d’exprimer l’émotion et le frémissement qui doit saisir le fidèle en prière, et afin d’associer le corps au service de la prière, conformément au verset : « Tous mes os diront : “Eternel, qui est comme toi ?” » (Ps 35, 10). Face à cela, le Chla écrit qu’il ne faut pas se balancer durant la prière, et qu’au contraire, c’est précisément le fait de se tenir debout sans mouvement qui amplifie la kavana. De plus, ce n’est pas une marque de respect que de se balancer, et si un homme se présentait devant un roi de chair et de sang et commençait à se balancer de tout son corps, le roi le chasserait immédiatement de devant lui ; par conséquent, dit-il, il est évident qu’il ne faut pas se conduire ainsi durant la prière. Dans cette perspective, lorsque certains des sages disent qu’il est bon de se balancer, ils ne parlent que de moments où l’on étudie la Torah, ou de moments où l’on dit des cantiques et des louanges ; en revanche, pour la ‘Amida, durant laquelle on se tient devant le Roi, prière profonde et intérieure, il ne convient pas du tout de se balancer : seules les lèvres remuent (Chla, traité Tamid, Ner Mitsva). Dans la mesure où chaque coutume peut s’appuyer sur une source valable, chacun se conduira de la façon qui contribuera le plus à sa kavana. En particulier, pour celui qui s’est habitué à se balancer suivant l’usage répandu, il sera difficile de se concentrer sans balancement (Maguen Avraham, Michna Beroura 48, 5 ; voir Kaf Ha’haïm 48, 7-9).

06 – Les prosternations durant la ‘Amida

En cinq endroits de la ‘Amida, les sages prescrivent de se prosterner : au début et à la fin de la bénédiction des patriarches (Birkat avot, première des dix-neuf bénédictions),  au début et à la fin de la bénédiction de la reconnaissance (Modim, dix-huitième bénédiction), ainsi qu’à la fin de la ‘Amida, lorsque l’on recule de trois pas. Les sages ont prescrit de se prosterner lors de ces deux bénédictions, car ce sont les deux plus importantes, et il faut s’efforcer de se concentrer davantage quand on les récite (cf. Choul’han ‘Aroukh 101, 1 ; Michna Beroura 3). Si un fidèle se prosterne au début ou à la fin de quelque autre bénédiction, on lui enseigne qu’il ne faut pas le faire, afin qu’il ne se détourne pas du décret des sages, et afin qu’il ne paraisse pas s’enorgueillir en se prenant pour plus juste que les autres. En revanche, au milieu des bénédictions, il est permis de se prosterner (Choul’han ‘Aroukh 113, 1 ; Michna Beroura 2)[3].

Dans la première bénédiction, on se prosterne sur les mots Baroukh Ata (« Béni sois-Tu »), et l’on se redresse en disant Ado-naï (« Eternel »). Dans Modim, on se prosterne sur les mots Modim ana’hnou lakh (« Nous reconnaissons devant Toi »), et l’on se redresse en disant Ado-naï (Choul’han ‘Aroukh 113, 7 ; Michna Beroura 12. Sur la prosternation à la fin de la ‘Amida, voir § 13).

On se prosterne « jusqu’à ce que toutes les vertèbres de la colonne soient saillantes », c’est-à-dire que les vertèbres fassent saillie sur le dos. On incline la tête et le dos, jusqu’à ce que la face arrive à une hauteur intermédiaire entre le cœur et les hanches ; mais on n’incline pas la tête jusqu’au niveau de la ceinture, car cela paraîtrait présomptueux. Une personne âgée, un malade, à qui il est difficile de se pencher, incline la tête selon ses possibilités (Choul’han ‘Aroukh 113, 5). On doit se pencher rapidement, afin de montrer son désir de se prosterner devant l’Eternel béni soit-Il ; quand on se redresse, on doit le faire lentement, comme une personne qui souhaiterait prolonger sa prosternation devant Dieu (Choul’han ‘Aroukh 113, 6).

Il y a deux coutumes quant à la façon de se prosterner : selon la coutume ashkénaze, au moment où l’on dit Baroukh, on plie les genoux ; lorsqu’on dit Ata, on se courbe jusqu’à ce que les vertèbres fassent saillie[a]. Dans la formule initiale de Modim, où l’on ne dit pas Baroukh, on se courbe immédiatement, sans plier préalablement les genoux (Michna Beroura 113, 12 ; cf. Qitsour Choul’han ‘Aroukh 18, 1).

Les Séfarades, se fondant sur Rabbi Isaac Louria, ont l’usage de se prosterner en deux temps : on courbe d’abord le corps (sans plier les genoux), puis la tête ; de même, quand on se redresse : on redresse d’abord le corps, puis la tête (Kaf Ha’haïm 113, 21).


[3]. Dans le traité Berakhot 34b, on explique qu’il est blâmable de se prosterner durant le verset de reconnaissance qui se trouve dans le Hallel (Hodou Lachem ki tov, ki lé’olam ‘hasdo: « Louez l’Eternel car Il est bon, car Sa bonté est éternelle ») ou dans la bénédiction de reconnaissance qui se trouve dans le Birkat hamazon (deuxième des bénédictions dites après le repas). Rabbénou Yerou’ham ajoute qu’il n’y a pas lieu de se prosterner lorsque l’on dit : « Toute taille se prosternera devant toi » (Vékhol qoma lekha tichta’havé, dans le cantique Nichmat, récité le Chabbat et les jours de fête). Les élèves de Rabbénou Yona ajoutent qu’on ne se prosterne pas en disant : « C’est envers Toi, et Toi seul, que nous exprimons notre reconnaissance » (Lekha levadekha ana’hnou modim, également dans Nichmat). C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 113, 3.

Quant à se prosterner au moment de Barekhou, les coutumes divergent. L’usage dépend lui-même du sens que l’on attribue au blâme exprimé par le Talmud à l’encontre des prosternations faites en-dehors des moments prescrits. Si la raison du blâme réside dans le fait que cela reviendrait à se fixer une prosternation à un moment où les sages ne l’ont point prescrit, alors il est interdit de se prosterner de façon régulière à Barekhou. C’est ce qu’écrivent Or lé-Tsion II 5, 13 et Chéérit Yossef II p. 106 ; tel est l’usage des maîtres séfarades. Toutefois, parmi le public séfarade, nombreux sont ceux qui ont l’usage de se prosterner. En revanche, si la raison du blâme réside dans le fait que celui qui se prosterne montre par là son erreur, car il comprend le mot Hodaa comme signifiant Hichta’havaa (prosternation) alors qu’il signifie en réalité reconnaissance [comme toda = remerciement], alors il n’y a rien d’irrégulier à se prosterner en un autre endroit afin de recevoir le joug de la royauté divine, et l’on peut donc se prosterner régulièrement à Barekhou. C’est l’avis du Choul’han ‘Aroukh Harav 113, 3, et tel est l’usage ashkénaze. Le Béour Halakha appuie cette opinion. Or dans la mesure où, parmi nous, prient ensemble des fidèles issus de toutes les communautés, et afin de ne pas multiplier les différences d’usage, il convient que tout le monde s’incline légèrement durant Barekhou, car tel est l’usage de la majorité d’Israël. De cette façon, on conserve dans une certaine mesure l’usage consistant à se prosterner et, d’un autre côté, il n’y a pas là de prosternation additionnelle par rapport à ce que les sages ont prescrit, car il ne s’agit pas d’une prosternation complète, laquelle consisterait à s’incliner jusqu’à ce que toutes les vertèbres de la colonne soient saillantes. [En revanche, quand la communauté est caractérisée par une coutume bien précise, ashkénaze ou séfarade, la règle qui s’applique est celle du chap. 6 § 5 : en tout lieu où les différences de coutume entre le fidèle et la communauté sont apparentes, il faut se conformer à la coutume de la communauté.]

[a]. Et l’on se redresse en prononçant le nom divin.

07 – Prier à voix basse

Nous apprenons de la prière de Hanna (I Samuel 1-2) de très nombreuses et grandes règles. Hanna se tenait debout, demandant à Dieu de l’exaucer en lui donnant un fils. Sa prière fut agréée : elle eut le mérite de mettre au monde le prophète Samuel, le plus grand des prophètes d’Israël après Moïse notre maître, que la paix repose sur lui. Or il est dit dans le premier livre de Samuel (1, 13) : « Hanna parlait en son cœur, seules ses lèvres bougeaient, mais sa voix ne se faisait pas entendre ». Nos sages disent à ce sujet (Berakhot 31a) : « “Elle parlait en son cœur” – cela nous apprend que celui qui prie doit se concentrer (prier avec kavana) ; “seules ses lèvres bougeaient” – cela nous apprend que celui qui prie doit articuler les mots ; “mais sa voix ne se faisait pas entendre” – cela nous apprend qu’il est interdit de hausser la voix durant la ‘Amida. »

Le but de la ‘Amida est d’exprimer devant Dieu les aspirations profondes de l’âme. Aussi ne convient-il pas de la dire à voix haute et de l’exposer à l’extérieur. D’un autre côté, on ne s’acquitte pas de l’obligation de prier par la seule pensée, car toute idée doit être l’objet d’une certaine expression concrète en ce monde. Notre volonté intérieure est bonne ; les corruptions sont extérieures ; aussi notre travail consiste-t-il à exprimer notre bonne volonté de façon effective. C’est pourquoi la mitsva la plus subtile a besoin elle-même d’une certaine expression, par le biais de l’articulation des mots par les lèvres.

Les usages divergent quant à savoir la façon convenable de prier à voix basse. Selon la majorité des décisionnaires et une partie des kabbalistes, le fidèle doit faire entendre sa voix à sa propre oreille, de telle manière que lui seul puisse entendre sa propre voix, à l’exclusion de ses voisins se trouvant à côté de lui (Choul’han ‘Aroukh 101, 2 ; Michna Beroura 5-6). Selon la majorité des kabbalistes, la ‘Amida est une prière si profonde et intérieure que le fidèle ne doit même pas faire entendre sa voix à sa propre oreille, mais doit se contenter d’articuler les lettres avec ses lèvres (Kaf Ha’haïm 101, 8). Il convient que chacun se conforme à l’usage de ses pères, ou à celui par lequel on se concentre le mieux.

A posteriori, même si l’on a fait entendre sa voix durant la ‘Amida, on est quitte de son obligation. Aussi, celui à qui il est difficile de se concentrer en priant à voix basse, est autorisé à prier à voix haute quand il se trouve seul. Mais au sein de la communauté, on ne priera en aucun cas à voix haute, afin de ne pas déranger les autres fidèles (Choul’han ‘Aroukh 101, 2). Il vaut mieux prier à voix basse au sein d’un minyan, même si l’on parvient moins bien à se concentrer, car la prière dite en minyan est agréée (Michna Beroura 101, 8)[4].

Dans les autres parties de la prière, telles que les bénédictions du Chéma et les Pessouqé dezimra, qui ne sont pas aussi intérieurs et profonds que la ‘Amida, tous les avis s’accordent à dire qu’il faut faire entendre sa voix à son oreille. Quant au premier verset du Chéma, on a coutume de le dire à haute voix, afin d’éveiller la kavana (Choul’han ‘Aroukh 61, 4). De même, on répond amen  et Baroukh Hou ouvaroukh Chémo à haute voix. Il faut en particulier s’efforcer de répondre à haute voix au Qaddich (Choul’han ‘Aroukh 56, 1).


[4]. Durant les jours redoutables [Yamim Noraïm; l’expression vise ici uniquement Roch Hachana et Kippour], jours durant lesquels tout le monde a un livre de prière [ma’hzor; ce qui n’était pas toujours le cas autrefois durant l’année], le fidèle qui a du mal à se concentrer en priant à voix basse est autorisé à élever légèrement la voix, à condition de ne pas l’élever au point de gêner la kavana de ses voisins (Choul’han ‘Aroukh 101, 3) [car le fait d’avoir un ma’hzor rend plus facile la concentration]. Dans un endroit où tout le monde a l’habitude, même durant les jours redoutables, de prier à voix basse, celui qui prierait à voix haute dérangerait assurément les autres fidèles. Même dans un endroit où l’on a l’habitude de faire entendre sa voix durant les jours redoutables, il est interdit d’élever la voix davantage, car celui qui élève la voix est comparable aux prophètes de mensonge (Berakhot 24b), qui pensent que leur divinité est dure d’oreille, et qu’il faut crier pour se faire entendre d’elle.

08 – Prier en toute langue

Selon la halakha, il est permis de prier dans une langue étrangère (Sota 32a) ; toutefois, le meilleur mode d’accomplissement de la mitsva consiste à prier en hébreu, parce que c’est en cette langue que les membres de la Grande Assemblée ont rédigé le texte de la prière, et parce que l’hébreu est la langue sainte, par laquelle le monde a été créé (cf. ci-dessus chap. 15 § 9, où l’on dit que telle est aussi la règle en ce qui concerne le Chéma).

Certes, selon le Rif, ce n’est que si l’on prie au sein d’un minyan que l’on est autorisé à dire la ‘Amida dans une langue étrangère, car alors la Présence divine réside sur le lieu, et la prière sera agrée, bien qu’elle ne soit pas dite dans la langue sainte ; tandis que, si l’on prie seul dans une langue étrangère, la ‘Amida n’est pas agréée. Néanmoins, l’opinion de la majorité des décisionnaires est conforme à celle du Roch, selon lequel on peut prier, même seul, dans une langue étrangère, à l’exception de la langue araméenne, dans laquelle il ne faut pas prier seul. C’est en ce dernier sens qu’est fixée la halakha (le Choul’han ‘Aroukh 101, 4 présente cette opinion en dernière position, introduite par l’expression yech omrim – « certains disent » –, après avoir introduit l’opinion opposée par la même expression ; or le principe veut que, dans un tel cas, la halakha soit conforme au dernier yech omrim ; Michna Beroura 18).

Autre avantage de la prière dite en hébreu : celui qui prie en cette langue, même s’il ne la comprend pas, est quitte de son obligation, à condition de comprendre au moins le premier verset du Chéma et la première bénédiction de la ‘Amida. Cela n’est pas le cas pour une autre langue : on ne se rend quitte que si on la comprend (Michna Beroura 101, 14 ; 124, 2).

En pratique, celui qui ne comprend pas l’hébreu est autorisé à choisir sa façon de prier : d’un côté, il y a un avantage à prier dans la langue que l’on connaît, car on peut alors se concentrer davantage ; d’un autre côté, si l’on prie en hébreu, on a l’avantage de prier dans la langue sainte (cf. Béour Halakha 101, 4 ; Kaf Ha’haïm 16).

L’autorisation de prier dans des langues autres que l’hébreu n’est donnée qu’en cas de besoin individuel circonstanciel, pour ceux qui ne comprennent pas l’hébreu. En revanche, il est interdit de mettre sur pied un minyan qui prierait de façon régulière dans une langue étrangère. Ce fut l’une des fautes des Réformateurs que de traduire la prière en allemand pour l’usage public, et de faire ainsi oublier à leurs enfants la langue sainte, ménageant ainsi une large brèche vers l’abandon du judaïsme et l’assimilation (‘Hatam Sofer, Ora’h ‘Haïm 84, 86 ; Michna Beroura 101, 13 ; le Sridé Ech 1, 9 interdit même la lecture publique d’un seul poème liturgique dans une langue étrangère).

09 – La kavana (concentration)

Quand on récite la ‘Amida, on doit prier avec kavana, c’est-à-dire prêter attention à ce que l’on dit, et s’efforcer de ne pas laisser divaguer son esprit vers des préoccupations étrangères pendant la prière. Si des pensées étrangères viennent à l’esprit, on les écarte de son esprit et l’on revient à sa prière. Même si l’on ne parvient pas à se concentrer sur tous les mots de la prière, on essaie à tout le moins de se concentrer sur la récitation de la formule finale de chaque bénédiction (les mots Baroukh ata Ado-naï , suivis de leur conclusion). Si l’on ne peut pas se concentrer à chaque bénédiction, on s’efforcera de se concentrer durant la première (Birkat Avot, bénédiction des patriarches) et durant la dix-huitième, Modim (bénédiction de la reconnaissance), au début et à la fin desquelles on se prosterne. A tout le moins, on doit se concentrer durant la bénédiction des patriarches, par laquelle débute la ‘Amida[5].

Si l’on a déjà prié, et que l’on ne se soit pas concentré durant la bénédiction des patriarches (Birkat avot), la règle stricte voudrait que l’on répétât la ‘Amida, car la kavana durant la première bénédiction est une condition de validité de la ‘Amida. Néanmoins, à la suite de la chute des générations, et en raison des soucis de l’esprit, la capacité de concentration s’est affaiblie. Aussi, les décisionnaires modernes ont donné pour instruction de ne pas répéter la ‘Amida dans un tel cas, car il est à craindre que l’on n’oublie, même la deuxième fois, de se concentrer durant la Birkat avot, et que cette répétition ne soit vaine (Rama 101, 1, Kaf Ha’haïm 4).

Si l’on est sur le point de conclure la récitation de la Birkat avot, et que l’on s’aperçoive que l’on ne s’est pas concentré durant sa lecture, on peut, tout le temps que l’on n’a pas prononcé le nom divin (Ado-naï) concluant la bénédiction, reprendre sa récitation à partir de Elo-hé Avraham (« Dieu d’Abraham »), en se concentrant cette fois (Michna Beroura 101, 4 au nom du ‘Hayé Adam). Si l’on a déjà prononcé le nom divin, on conclura la bénédiction avec kavana, et il sera bon de repasser en pensée sur les mots de la bénédiction des patriarches. En effet, selon Maïmonide, la pensée peut être considérée comme ayant valeur de parole. Mais si l’on a déjà commencé à réciter la bénédiction suivante (en disant Ata guibor – « Tu es puissant »), on continuera sa ‘Amida, et l’on s’efforcera de se concentrer ensuite en récitant toutes les bénédictions, en particulier durant Modim[6].


[5]. Choul’han ‘Aroukh 101, 1 et Michna Beroura 1-3. Si l’on est préoccupé au point que l’on sait ne pas pouvoir se concentrer, même pendant la première bénédiction (Birkat avot), on ne dira pas la ‘Amida. Certes, une telle situation, dans laquelle un homme sait à l’avance qu’il ne pourra se concentrer durant la Birkat avot – n’est pas fréquente ; mais le principe est qu’il ne faut pas prier a priori en ayant conscience de ne pouvoir se concentrer durant la Birkat avot. D’après le Choul’han ‘Aroukh, même a posteriori, si l’on a déjà prié et que l’on ne se soit pas concentré durant la Birkat avot, il faut répéter sa ‘Amida ; à plus forte raison ne faut-il pas commencer à prier en sachant ne pouvoir parvenir à cette concentration minimale. C’est également ce qui semble ressortir du Béour Halakha (ואם). (Toutefois, selon Iché Israël, si le temps de récitation de la prière est sur le point d’expirer, on priera, même si l’on sait ne pas pouvoir se concentrer durant la Birkat avot).

[6]. Les A’haronim expliquent qu’en pratique, même si l’on ne s’est pas concentré du tout, on est quitte a posteriori, dans la mesure où l’on a manifesté l’intention d’accomplir la mitsva de prier. C’est ce qu’écrit le Chibolé Haléqet au nom des Richonim. De même, le Kaf Ha’haïm 101, 4 au nom du ‘Hessed Laalafim écrit que les bénédictions de celui qui prie sans kavana ne sont pas considérées comme dites en vain. C’est-à-dire que cette prière, à ce qu’il semble, mérite le nom de prière, mais qu’il y manque seulement la qualité de kavana, ce qui a conduit les sages à dire qu’il fallait répéter cette prière. La preuve en est que, si l’on se souvient, au milieu de la ‘Amida, que l’on ne s’est pas concentré dans la première bénédiction, on ne revient pas au début, contrairement au cas où l’on s’aperçoit que l’on a mentionné la pluie (dans la deuxième bénédiction, Ata guibor) alors que l’on se trouve en été (voir chap. 18 § 4 s.), cas dans lequel on reprend la ‘Amida au début. On peut donc comprendre pourquoi, de nos jours, on ne répète pas la ‘Amida en cas de carence de kavana dans la première bénédiction. Cf. Yalqout Yossef I p. 157 et Yabia’ Omer III 9, 3. Si l’on a l’habitude de prier avec kavana durant la première bénédiction et que, pour une fois, on ne s’est pas concentré, on peut répéter sa ‘Amida en se concentrant, à condition d’être sûr de se concentrer lorsqu’on la répétera. Il est bon, en ce cas, de stipuler intérieurement que, si une telle répétition n’est pas nécessaire, en raison de l’usage aujourd’hui répandu consistant à ne pas répéter, la ‘Amida que l’on s’apprête à dire doit être considérée comme une prière additionnelle volontaire (nédava).

Selon le Michna Beroura 101, 4, si l’on s’aperçoit, avant la formule finale de la bénédiction, que l’on ne s’est pas concentré durant la Birkat avot, on doit reprendre sa récitation à partir d’Elo-hé Avraham. Voir le Béour Halakha (והאידנא) qui conseille à ceux qui ont conclu la première bénédiction d’attendre la répétition de l’officiant, et de s’acquitter en écoutant l’officiant réciter cette première bénédiction, avant de poursuivre leur propre récitation de la ‘Amida. Certains ont toutefois émis des doutes : comment s’acquitterait-on de la première bénédiction par l’écoute, puis des bénédictions suivantes en les disant soi-même, alors que les trois premières bénédictions sont considérées comme une seule et même vaste bénédiction (question rapportée au nom du ‘Hazon Ich) ? Le Yalqout Yossef I p. 157 écrit que l’on doit continuer sa prière, et que l’on s’efforcera de se concentrer durant Modim, car de l’avis de certains, la kavana doit essentiellement s’exercer soit durant la Birkat avot, soit durant Modim.

10 – Ordre des bénédictions au sein de la ‘Amida

La ‘Amida se compose de trois parties : des louanges (cheva’him), des requêtes (baqachot) et des bénédictions de reconnaissance (hodaa). Dans les trois premières bénédictions, nous sommes comparables au serviteur qui compose une louange à l’adresse de son maître ; dans les bénédictions médianes, nous ressemblons au serviteur qui adresse ses requêtes à son maître ; dans les trois dernières bénédictions, nous sommes comparables au serviteur qui a reçu une récompense de son maître, en prend congé et s’en va (Berakhot 34a).

Cela, nous l’apprenons de la prière de Moïse, qui commençait par des louanges et se poursuivait par des supplications et des requêtes (Berakhot 32a ; cf. ci-dessus, lois des Pessouqé dezimra, chap. 14 § 1). Si nous ne faisions précéder la prière par des louanges, il serait à craindre que notre prière ressemblât au culte des idolâtres, dont toute la démarche consiste à manœuvrer les forces supérieures de façon magique, dans leur intérêt. Nous souhaitons, quant à nous, servir l’Eternel et nous attacher à Lui par notre prière ; et la raison pour laquelle nous Lui demandons d’influer sur nous pour le bien et la bénédiction n’est autre que de pouvoir révéler Son nom dans le monde. Aussi, nous faut-il d’abord savoir devant qui nous nous tenons en prière : devant Dieu, qui est grand, puissant et redoutable, qui nourrit les vivants et ressuscite les morts, le Dieu saint ; de cette façon, nous pouvons présenter nos requêtes d’un cœur pur, en faveur de l’assemblée d’Israël et en notre faveur.

En effet, dans la partie médiane de la ‘Amida, celle des demandes, qui comprend treize bénédictions, s’expriment l’ensemble des aspirations du peuple d’Israël, qui ne visent pas particulièrement le progrès des affaires personnelles du fidèle, mais visent essentiellement le dévoilement de la gloire de Dieu dans le monde. De cette façon, on comprend que les requêtes personnelles elles-mêmes, pour la santé, pour la subsistance, ont pour but de nous permettre, nous aussi, de nous associer à la réparation du monde. Voici les treize sujets à propos desquels nous présentons nos requêtes : la sagesse, la repentance, le pardon, la délivrance, la guérison, la subsistance, le rassemblement des exilés, le rétablissement de la justice, l’anéantissement des ennemis et, en regard, la bénédiction des justes, la construction de Jérusalem, la restauration de la royauté de David ; et finalement, l’exaucement de notre prière.

Après les requêtes, nous terminons la ‘Amida par trois bénédictions générales, au centre desquelles se trouve la bénédiction de la reconnaissance (Birkat hahodaa ou Modim) pour notre vie et pour tous les bienfaits que l’Eternel nous dispense en tout temps. Deux bénédictions l’accompagnent : avant Modim, nous prions pour le retour du service au Temple ; enfin, nous prions pour la paix, car la paix est le réceptacle de toutes les bénédictions.

C’est le lieu de signaler que la ‘Amida, communément appelée Chemoné esré (« les dix-huit »), contient en réalité dix-neuf bénédictions. À l’origine, lorsque les membres de la Grande Assemblée ont institué la ‘Amida, celle-ci contenait dix-huit bénédictions. Mais en raison de la multiplication des calomniateurs et des dénonciateurs, suite à l’ascension du christianisme, qui prêchait la haine d’Israël, les sages ont institué une bénédiction supplémentaire, pour que la nation soit sauvée des mains des hérétiques et des calomniateurs[7].


[7]. On a continué d’appeler la ‘Amida Chemoné esré (« les dix-huit »), car cette appellation s’était imposée dès le début. Notre maître Rav Tsvi Yehouda Kook, de mémoire bénie, expliquait encore que la partie essentielle de la prière consiste bien en dix-huit bénédictions, car chacune d’entre elles possède une valeur intrinsèque de louange et de bénédiction. Seule la bénédiction concernant les hérétiques vise le déracinement de la méchanceté ; puisque l’institution de cette bénédiction n’est que temporaire – en effet, elle ne sera plus nécessaire après que la méchanceté sera détruite – l’appellation Chemoné esré se maintient (cité dans Netiv Bina I p. 261).

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