06 – Les prosternations durant la ‘Amida

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En cinq endroits de la ‘Amida, les sages prescrivent de se prosterner : au début et à la fin de la bénédiction des patriarches (Birkat avot, première des dix-neuf bénédictions),  au début et à la fin de la bénédiction de la reconnaissance (Modim, dix-huitième bénédiction), ainsi qu’à la fin de la ‘Amida, lorsque l’on recule de trois pas. Les sages ont prescrit de se prosterner lors de ces deux bénédictions, car ce sont les deux plus importantes, et il faut s’efforcer de se concentrer davantage quand on les récite (cf. Choul’han ‘Aroukh 101, 1 ; Michna Beroura 3). Si un fidèle se prosterne au début ou à la fin de quelque autre bénédiction, on lui enseigne qu’il ne faut pas le faire, afin qu’il ne se détourne pas du décret des sages, et afin qu’il ne paraisse pas s’enorgueillir en se prenant pour plus juste que les autres. En revanche, au milieu des bénédictions, il est permis de se prosterner (Choul’han ‘Aroukh 113, 1 ; Michna Beroura 2)[3].

Dans la première bénédiction, on se prosterne sur les mots Baroukh Ata (« Béni sois-Tu »), et l’on se redresse en disant Ado-naï (« Eternel »). Dans Modim, on se prosterne sur les mots Modim ana’hnou lakh (« Nous reconnaissons devant Toi »), et l’on se redresse en disant Ado-naï (Choul’han ‘Aroukh 113, 7 ; Michna Beroura 12. Sur la prosternation à la fin de la ‘Amida, voir § 13).

On se prosterne « jusqu’à ce que toutes les vertèbres de la colonne soient saillantes », c’est-à-dire que les vertèbres fassent saillie sur le dos. On incline la tête et le dos, jusqu’à ce que la face arrive à une hauteur intermédiaire entre le cœur et les hanches ; mais on n’incline pas la tête jusqu’au niveau de la ceinture, car cela paraîtrait présomptueux. Une personne âgée, un malade, à qui il est difficile de se pencher, incline la tête selon ses possibilités (Choul’han ‘Aroukh 113, 5). On doit se pencher rapidement, afin de montrer son désir de se prosterner devant l’Eternel béni soit-Il ; quand on se redresse, on doit le faire lentement, comme une personne qui souhaiterait prolonger sa prosternation devant Dieu (Choul’han ‘Aroukh 113, 6).

Il y a deux coutumes quant à la façon de se prosterner : selon la coutume ashkénaze, au moment où l’on dit Baroukh, on plie les genoux ; lorsqu’on dit Ata, on se courbe jusqu’à ce que les vertèbres fassent saillie[a]. Dans la formule initiale de Modim, où l’on ne dit pas Baroukh, on se courbe immédiatement, sans plier préalablement les genoux (Michna Beroura 113, 12 ; cf. Qitsour Choul’han ‘Aroukh 18, 1).

Les Séfarades, se fondant sur Rabbi Isaac Louria, ont l’usage de se prosterner en deux temps : on courbe d’abord le corps (sans plier les genoux), puis la tête ; de même, quand on se redresse : on redresse d’abord le corps, puis la tête (Kaf Ha’haïm 113, 21).


[3]. Dans le traité Berakhot 34b, on explique qu’il est blâmable de se prosterner durant le verset de reconnaissance qui se trouve dans le Hallel (Hodou Lachem ki tov, ki lé’olam ‘hasdo: « Louez l’Eternel car Il est bon, car Sa bonté est éternelle ») ou dans la bénédiction de reconnaissance qui se trouve dans le Birkat hamazon (deuxième des bénédictions dites après le repas). Rabbénou Yerou’ham ajoute qu’il n’y a pas lieu de se prosterner lorsque l’on dit : « Toute taille se prosternera devant toi » (Vékhol qoma lekha tichta’havé, dans le cantique Nichmat, récité le Chabbat et les jours de fête). Les élèves de Rabbénou Yona ajoutent qu’on ne se prosterne pas en disant : « C’est envers Toi, et Toi seul, que nous exprimons notre reconnaissance » (Lekha levadekha ana’hnou modim, également dans Nichmat). C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 113, 3.

Quant à se prosterner au moment de Barekhou, les coutumes divergent. L’usage dépend lui-même du sens que l’on attribue au blâme exprimé par le Talmud à l’encontre des prosternations faites en-dehors des moments prescrits. Si la raison du blâme réside dans le fait que cela reviendrait à se fixer une prosternation à un moment où les sages ne l’ont point prescrit, alors il est interdit de se prosterner de façon régulière à Barekhou. C’est ce qu’écrivent Or lé-Tsion II 5, 13 et Chéérit Yossef II p. 106 ; tel est l’usage des maîtres séfarades. Toutefois, parmi le public séfarade, nombreux sont ceux qui ont l’usage de se prosterner. En revanche, si la raison du blâme réside dans le fait que celui qui se prosterne montre par là son erreur, car il comprend le mot Hodaa comme signifiant Hichta’havaa (prosternation) alors qu’il signifie en réalité reconnaissance [comme toda = remerciement], alors il n’y a rien d’irrégulier à se prosterner en un autre endroit afin de recevoir le joug de la royauté divine, et l’on peut donc se prosterner régulièrement à Barekhou. C’est l’avis du Choul’han ‘Aroukh Harav 113, 3, et tel est l’usage ashkénaze. Le Béour Halakha appuie cette opinion. Or dans la mesure où, parmi nous, prient ensemble des fidèles issus de toutes les communautés, et afin de ne pas multiplier les différences d’usage, il convient que tout le monde s’incline légèrement durant Barekhou, car tel est l’usage de la majorité d’Israël. De cette façon, on conserve dans une certaine mesure l’usage consistant à se prosterner et, d’un autre côté, il n’y a pas là de prosternation additionnelle par rapport à ce que les sages ont prescrit, car il ne s’agit pas d’une prosternation complète, laquelle consisterait à s’incliner jusqu’à ce que toutes les vertèbres de la colonne soient saillantes. [En revanche, quand la communauté est caractérisée par une coutume bien précise, ashkénaze ou séfarade, la règle qui s’applique est celle du chap. 6 § 5 : en tout lieu où les différences de coutume entre le fidèle et la communauté sont apparentes, il faut se conformer à la coutume de la communauté.]

[a]. Et l’on se redresse en prononçant le nom divin.

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