09 – La kavana (concentration)

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Quand on récite la ‘Amida, on doit prier avec kavana, c’est-à-dire prêter attention à ce que l’on dit, et s’efforcer de ne pas laisser divaguer son esprit vers des préoccupations étrangères pendant la prière. Si des pensées étrangères viennent à l’esprit, on les écarte de son esprit et l’on revient à sa prière. Même si l’on ne parvient pas à se concentrer sur tous les mots de la prière, on essaie à tout le moins de se concentrer sur la récitation de la formule finale de chaque bénédiction (les mots Baroukh ata Ado-naï , suivis de leur conclusion). Si l’on ne peut pas se concentrer à chaque bénédiction, on s’efforcera de se concentrer durant la première (Birkat Avot, bénédiction des patriarches) et durant la dix-huitième, Modim (bénédiction de la reconnaissance), au début et à la fin desquelles on se prosterne. A tout le moins, on doit se concentrer durant la bénédiction des patriarches, par laquelle débute la ‘Amida[5].

Si l’on a déjà prié, et que l’on ne se soit pas concentré durant la bénédiction des patriarches (Birkat avot), la règle stricte voudrait que l’on répétât la ‘Amida, car la kavana durant la première bénédiction est une condition de validité de la ‘Amida. Néanmoins, à la suite de la chute des générations, et en raison des soucis de l’esprit, la capacité de concentration s’est affaiblie. Aussi, les décisionnaires modernes ont donné pour instruction de ne pas répéter la ‘Amida dans un tel cas, car il est à craindre que l’on n’oublie, même la deuxième fois, de se concentrer durant la Birkat avot, et que cette répétition ne soit vaine (Rama 101, 1, Kaf Ha’haïm 4).

Si l’on est sur le point de conclure la récitation de la Birkat avot, et que l’on s’aperçoive que l’on ne s’est pas concentré durant sa lecture, on peut, tout le temps que l’on n’a pas prononcé le nom divin (Ado-naï) concluant la bénédiction, reprendre sa récitation à partir de Elo-hé Avraham (« Dieu d’Abraham »), en se concentrant cette fois (Michna Beroura 101, 4 au nom du ‘Hayé Adam). Si l’on a déjà prononcé le nom divin, on conclura la bénédiction avec kavana, et il sera bon de repasser en pensée sur les mots de la bénédiction des patriarches. En effet, selon Maïmonide, la pensée peut être considérée comme ayant valeur de parole. Mais si l’on a déjà commencé à réciter la bénédiction suivante (en disant Ata guibor – « Tu es puissant »), on continuera sa ‘Amida, et l’on s’efforcera de se concentrer ensuite en récitant toutes les bénédictions, en particulier durant Modim[6].


[5]. Choul’han ‘Aroukh 101, 1 et Michna Beroura 1-3. Si l’on est préoccupé au point que l’on sait ne pas pouvoir se concentrer, même pendant la première bénédiction (Birkat avot), on ne dira pas la ‘Amida. Certes, une telle situation, dans laquelle un homme sait à l’avance qu’il ne pourra se concentrer durant la Birkat avot – n’est pas fréquente ; mais le principe est qu’il ne faut pas prier a priori en ayant conscience de ne pouvoir se concentrer durant la Birkat avot. D’après le Choul’han ‘Aroukh, même a posteriori, si l’on a déjà prié et que l’on ne se soit pas concentré durant la Birkat avot, il faut répéter sa ‘Amida ; à plus forte raison ne faut-il pas commencer à prier en sachant ne pouvoir parvenir à cette concentration minimale. C’est également ce qui semble ressortir du Béour Halakha (ואם). (Toutefois, selon Iché Israël, si le temps de récitation de la prière est sur le point d’expirer, on priera, même si l’on sait ne pas pouvoir se concentrer durant la Birkat avot).

[6]. Les A’haronim expliquent qu’en pratique, même si l’on ne s’est pas concentré du tout, on est quitte a posteriori, dans la mesure où l’on a manifesté l’intention d’accomplir la mitsva de prier. C’est ce qu’écrit le Chibolé Haléqet au nom des Richonim. De même, le Kaf Ha’haïm 101, 4 au nom du ‘Hessed Laalafim écrit que les bénédictions de celui qui prie sans kavana ne sont pas considérées comme dites en vain. C’est-à-dire que cette prière, à ce qu’il semble, mérite le nom de prière, mais qu’il y manque seulement la qualité de kavana, ce qui a conduit les sages à dire qu’il fallait répéter cette prière. La preuve en est que, si l’on se souvient, au milieu de la ‘Amida, que l’on ne s’est pas concentré dans la première bénédiction, on ne revient pas au début, contrairement au cas où l’on s’aperçoit que l’on a mentionné la pluie (dans la deuxième bénédiction, Ata guibor) alors que l’on se trouve en été (voir chap. 18 § 4 s.), cas dans lequel on reprend la ‘Amida au début. On peut donc comprendre pourquoi, de nos jours, on ne répète pas la ‘Amida en cas de carence de kavana dans la première bénédiction. Cf. Yalqout Yossef I p. 157 et Yabia’ Omer III 9, 3. Si l’on a l’habitude de prier avec kavana durant la première bénédiction et que, pour une fois, on ne s’est pas concentré, on peut répéter sa ‘Amida en se concentrant, à condition d’être sûr de se concentrer lorsqu’on la répétera. Il est bon, en ce cas, de stipuler intérieurement que, si une telle répétition n’est pas nécessaire, en raison de l’usage aujourd’hui répandu consistant à ne pas répéter, la ‘Amida que l’on s’apprête à dire doit être considérée comme une prière additionnelle volontaire (nédava).

Selon le Michna Beroura 101, 4, si l’on s’aperçoit, avant la formule finale de la bénédiction, que l’on ne s’est pas concentré durant la Birkat avot, on doit reprendre sa récitation à partir d’Elo-hé Avraham. Voir le Béour Halakha (והאידנא) qui conseille à ceux qui ont conclu la première bénédiction d’attendre la répétition de l’officiant, et de s’acquitter en écoutant l’officiant réciter cette première bénédiction, avant de poursuivre leur propre récitation de la ‘Amida. Certains ont toutefois émis des doutes : comment s’acquitterait-on de la première bénédiction par l’écoute, puis des bénédictions suivantes en les disant soi-même, alors que les trois premières bénédictions sont considérées comme une seule et même vaste bénédiction (question rapportée au nom du ‘Hazon Ich) ? Le Yalqout Yossef I p. 157 écrit que l’on doit continuer sa prière, et que l’on s’efforcera de se concentrer durant Modim, car de l’avis de certains, la kavana doit essentiellement s’exercer soit durant la Birkat avot, soit durant Modim.

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