La prière d’Israël

15 – Quand est-il permis de s’interrompre durant la ‘Amida ?

Quand une personne se tient en prière devant son Créateur, il lui est interdit de prononcer d’autres paroles au milieu de sa prière (cf. plus loin, chap. 18 § 1). Même s’il s’agit de s’interrompre en marchant ou en faisant des signes, la chose reste interdite. Cette règle peut s’apprendre par un raisonnement  a fortiori : si devant un roi de chair et de sang on se tient en tremblant, et l’on prend soin de ne pas s’interrompre par des paroles adventices, à combien plus forte raison doit-on prêter attention à cela quand on se tient devant le Roi des rois.

Même si un roi d’Israël adresse son bonjour à un fidèle alors que celui-ci se trouve  au milieu de sa ‘Amida, il ne faut pas répondre. Toutefois, si un roi non-juif, qui risquerait de tuer le fidèle, s’adressait à celui-ci au milieu de sa prière, il faudrait s’interrompre, car la préservation de la vie a priorité sur la prière (Berakhot 30b). Si l’on a un serpent non venimeux à son talon, on n’interrompt pas sa prière ; mais si l’on est mis en danger par un scorpion ou un serpent venimeux, on peut appeler à l’aide, car la préservation de la vie a priorité sur la prière (Berakhot 33a ; Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 104, 1-4).

Le fait de marcher n’est pas considéré comme une grande interruption. Aussi, dans le cas où l’on a commencé à dire la ‘Amida à une place où l’on a du mal à se concentrer, on peut marcher vers une autre place. Par exemple, si un serpent non venimeux se rapproche de soi, et que cela perturbe la kavana, on est autorisé à se déplacer pour continuer à prier avec kavana à sa nouvelle place, bien qu’il ne s’agisse pas d’un cas de danger pour la vie (Michna Beroura 104, 10). De même, s’il se trouve autour de soi des gens ou des enfants qui parlent, au point que l’on ne puisse plus se concentrer, et que l’on puisse leur faire un signe afin qu’ils se taisent, il vaut mieux leur faire un signe, car le signe allusif est considéré comme une interruption plus légère que le déplacement. Mais s’il est prévisible que ces personnes ne tiendront pas compte de l’allusion, on se rendra à une autre place où l’on poursuivra sa prière. De même, si les fidèles attendent que le rabbin ait terminé sa ‘Amida pour pouvoir commencer la répétition, et que le fait de se savoir attendu perturbe sa kavana, le rabbin peut faire signe aux fidèles de commencer la répétition (Michna Beroura 104, 1).

Dans le même sens, si l’on est au milieu de la ‘Amida, et que son enfant commence à déranger au point que l’on ne puisse plus – soi-même ou les autres fidèles – se concentrer correctement, on fait signe à son enfant de sortir. Si l’enfant ne comprend pas, on le fait sortir de la synagogue sans parler, et l’on poursuit sa prière.

Si une panne se produit pendant que l’on récite la ‘Amida, et que, sauf à le réparer immédiatement, l’objet tombé en panne risque de se détériorer et d’entraîner une perte financière, on ne s’interrompt pas pour autant (Michna Beroura 104, 2 ; Kaf Ha’haïm 6). En revanche, si la chose est perturbante au point que l’on ne puisse plus se concentrer, on est autorisé à aller réparer l’objet.

Si un sidour (livre de prières) est tombé à terre, et que l’on ne puisse se concentrer tant qu’on ne l’a pas ramassé, on conclut la bénédiction dans laquelle on se trouve, et l’on va ramasser le livre. Si l’on a commencé à réciter la ‘Amida par cœur, que l’on se soit troublé et que l’on ne puisse continuer, on pourra aller chercher un sidour puis poursuivre sa ‘Amida (Michna Beroura 96, 7). Si, au milieu de sa prière, on éprouve un doute sur une question de halakha relative à la prière, question dont la réponse est susceptible d’invalider la ‘Amida en cours – par exemple si l’on a oublié de dire tel passage et que l’on ne sache quoi faire – on ira consulter un livre pour savoir quelle conduite adopter. Si l’on ne sait pas consulter le livre, on est même autorisé, selon certains, à s’interrompre par des paroles afin de vérifier la halakha (Michna Beroura 104, 2). Si, au milieu de la ‘Amida, le téléphone sonne, on poursuit sa prière. Et si l’on ne peut plus se concentrer à cause de cette sonnerie, on est autorisé à aller déconnecter le téléphone, puis à revenir à sa prière[10].

On est autorisé à rajuster son talith si celui-ci a glissé de ses épaules pendant la ‘Amida, et qu’une partie de ce talith se trouve encore sur soi. Mais si le talith est entièrement tombé, il est interdit de s’en envelopper de nouveau, car le fait de s’envelopper constitue une interruption (Choul’han ‘Aroukh 97, 4). Et si l’absence de talith perturbe le fidèle au point de ne plus pouvoir se concentrer, il s’en enveloppera de nouveau lorsqu’il aura terminé de dire la bénédiction qu’il est en train de réciter (Michna Beroura 97, 16). Si l’on a vu un talith tomber des épaules de son prochain, il est permis de le lui remettre (Kaf Ha’haïm 27).

Si l’on est en train de dire la ‘Amida, et que l’on entende le Qaddich ou la Qédoucha, il est interdit d’y répondre. Mais on peut, tout en se taisant, porter son attention sur les paroles de l’officiant : cela sera considéré comme si l’on avait répondu soi-même ; et tel est l’usage. Mais si le fait d’observer cette pause a pour effet de perturber la kavana, on est autorisé à poursuivre sa prière[11].


[10]. C’est ce qu’écrit l’auteur du Téphila Kehilkhata 12, 86, au nom du Rav Elyachiv. L’auteur écrit même que, si l’on entend frapper à la porte et que l’on ne peut plus continuer de se concentrer, on est autorisé à ouvrir la porte et à faire signe au visiteur que l’on n’est pas en mesure de parler pour le moment. En ce qui concerne le fait d’aller consulter un livre, le Yalqout Yossef (p. 178) indique que certains décisionnaires l’interdisent ; l’auteur conclut que c’est permis, mais qu’il est en revanche interdit de poser sa question en parlant. Quoi qu’il en soit, s’il s’agit d’une question dont la solution serait susceptible d’entraîner l’invalidation de la prière, il semble qu’il vaille mieux poser sa question, comme le dit le Michna Beroura. Si la chose est possible, il vaut mieux écrire sa question sur un morceau de papier. Selon le Choul’han ‘Aroukh 104, 5, si, dans l’intervalle, s’est écoulé le temps qui aurait été nécessaire pour achever de réciter la ‘Amida, on reviendra au début. Selon le Rama, on ne revient au début que dans le cas où l’on s’est interrompu par contrainte (Iché Israël 32 explique que le fait d’avoir à poser une question n’est pas considéré comme une interruption par contrainte).

Si l’on récite la ‘Amida par cœur un jour de ‘Hanouka ou à Pourim, et que, arrivé au passage Al hanissim (« Pour les miracles… »), on ne se souvienne pas du texte, on est autorisé à aller prendre un sidour pour pouvoir dire ce passage, bien que le fait de ne pas dire ce passage ne constitue pas une cause d’invalidation de la ‘Amida. Si c’est possible, il vaut mieux faire signe à quelqu’un d’apporter un sidour (Beer Moché). Il semble en revanche qu’il soit interdit de se déplacer pour vérifier une règle qui n’a certainement aucune incidence sur la validité de la prière, car l’examen d’une question de halakha détourne l’esprit de la prière elle-même, et cela constitue une interruption plus importante. Aussi, tant qu’il est clair que la règle en question n’a pas d’incidence sur la validité de la prière, on ne consultera pas de livre pour en rechercher la solution. C’est ce qu’écrit le Beit Baroukh 25, 22.

[11]. Cette question fait l’objet d’une controverse entre les Richonim : pour Rabbénou Tam et Rabbénou Yits’haq, il est interdit de porter son attention sur les paroles de l’officiant tout en se taisant, car cela serait considéré comme une interruption. En revanche, pour Rabbénou ‘Hananel et Rachi, on doit se taire et écouter l’officiant. Tossephot et le Ran écrivent que l’usage est de se taire et de porter son attention sur les paroles de l’officiant, et c’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 104, 7. Toutefois, si cela perturbe la kavana, on peut adopter l’usage de ceux qui interdisent de faire une telle pause. La règle est identique, même si l’on se trouve au milieu des Pessouqé dezimra, comme l’écrivent le Tsits Eliézer et le Halikhot Chelomo. Cf. Iché Israël 32, 16.

16 – Quand on voyage et que le temps de la ‘Amida arrive

Quand on voyage en voiture, que le temps de la ‘Amida arrive, et que l’on est soi-même le conducteur, il est interdit de prier en conduisant. En effet, on ne pourrait de cette façon se concentrer convenablement, et l’on risquerait encore de se mettre en danger physiquement. Aussi doit-t-on arrêter sa voiture pour prier.

Mais si c’est une autre personne qui conduit, et que l’on soit pressé – soi-même ou le conducteur – d’arriver à destination, on peut dire la ‘Amida assis. En effet, si l’on interrompait le voyage afin de réciter la ‘Amida, on serait soucieux de terminer sa prière rapidement, et l’on ne pourrait se concentrer convenablement. Aussi vaut-il mieux dire la ‘Amida assis, puisque, comme nous l’avons vu (§ 4), celui qui dit la ‘Amida assis est a posteriori quitte de son obligation.

Dans un tel cas, et bien que l’on prie assis, on joint les pieds l’un à l’autre (Michna Beroura 95, 2), et l’on s’efforce de tourner la face en direction de Jérusalem (Michna Beroura 94, 15). Dans les passages où nos maîtres indiquent de se prosterner, on se redresse quelque peu puis on se courbe, selon ses possibilités (Choul’hanAroukh 94, 5 ; ‘Aroukh Hachoul’han 18).

Si l’on voyage en autobus ou en train, où l’on dispose de plus de place, et que l’on puisse se lever et se concentrer comme il convient, il vaut mieux se lever pendant la ‘Amida. Mais si le fait de rester debout est de nature à perturber sa concentration, on reste assis, pieds joints, on se lève au moment de se prosterner et l’on se rassied. À la fin de la ‘Amida, on se relève et l’on recule de trois pas (cf. Choul’han ‘Aroukh 94, 5)[12].

Si l’on voyage de nuit en autobus, et que l’on sache qu’après avoir achevé son voyage, il restera du temps pour dire la prière d’Arvit, on priera après avoir achevé le voyage (Michna Beroura 89, 42). Toutefois, si l’on sait qu’après son voyage, on ne pourra se concentrer comme il convient car on sera fatigué, et que l’on veuille donc procéder rapidement à sa prière, on sera autorisé à prier pendant le voyage (d’après Choul’han ‘Aroukh Harav 94, 5)[13].

La permission qui est donnée de prier assis ou de prier seul n’est accordée que de façon occasionnelle, si l’on entreprend un voyage particulier, ou si l’on se trouve entièrement contraint. Mais si l’on voyage chaque jour vers son lieu de travail, bien qu’il soit difficile de trouver le temps de prier debout – et tant que l’on n’est pas en situation de contrainte – on n’est pas autorisé à prier régulièrement assis. Dans les autobus qui ont été aménagés spécialement pour pouvoir y prier debout et en minyan, il est en revanche permis de prier régulièrement. Certes, a priori, on doit prier dans une synagogue en bonne et due forme. Néanmoins, si l’on est pressé de se mettre en route et d’arriver à son travail, et que l’on sache qu’à la synagogue on prierait en hâte, tandis que dans l’autobus aménagé on prierait plus lentement, il vaut mieux prier dans cet autobus[14].


[12]. Si l’on se trouve face à deux possibilités, soit de se tenir debout pieds disjoints, soit de rester assis pieds joints, il est préférable de se lever, car la règle consistant à dire la ‘Amida debout est plus importante. La preuve en est que, d’après certains avis, si l’on prie assis et qu’il devienne ensuite possible de prier debout, il faut recommencer sa ‘Amida (Choul’han ‘Aroukh 94, 9) ; or une telle exigence n’a pas été exprimée dans le cas où l’on aurait prié debout pieds disjoints (cf. Michna Beroura 95, 1 et Chaar Hatsioun 1).

Il semble préférable, de même, de prier debout dans une direction autre que Jérusalem, plutôt qu’assis en direction de Jérusalem car, là encore, nous ne trouvons pas d’opinion selon laquelle on devrait répéter la ‘Amida dans le cas où l’on aurait prié debout dans une direction autre que celle de Jérusalem. De plus, dans le Talmud, Baba Batra 25, nous apprenons que, selon certains, on peut prier en direction du sud ou du nord. Et bien que la halakha ne soit pas conforme à leur opinion, on peut associer ces avis a posteriori (cf. Beit Yossef 94, 1-2 et Rama).

Un soldat qui est en voyage et est soucieux d’arriver à destination pourra prier en marchant car, s’il se tenait immobile, il ne pourrait se concentrer convenablement, comme il ressort du Choul’han ‘Aroukh 94, 4. Toutefois, il semble que, s’il s’agissait d’un groupe de soldats religieux, ils devraient se tenir immobiles pour prier. En effet, dans la mesure où ils sont en groupe, ils sont moins préoccupés. De plus, dès lors qu’il s’agit d’un entraînement, il n’y a pas de raison d’attenter a priori aux règles de la prière, et il revient aux soldats de faire en sorte que les entraînements militaires n’entrent pas en conflit avec les offices de prière.

[13]. Certes, selon Avné Yachfé 14, 16-17, si l’on peut prévoir que le voyage s’achèvera avant le milieu de la nuit (‘hatsot), on doit attendre d’avoir achevé son voyage pour prier. Toutefois, il semble importer davantage de prendre la kavana pour critère principal. Aussi, dans un pareil cas, on s’appuiera sur le Choul’hanAroukh Harav 94, 5. Celui-ci pense que, dès lors que l’heure de la prière est arrivée (qu’il s’agisse de Cha’harit, de Min’ha ou d’Arvit) et que l’on est en route, on est autorisé à prier assis, bien qu’il soit prévisible qu’on terminera son voyage avant l’expiration de l’heure de cette prière ; on ne sera donc pas obligé de retarder l’accomplissement de la mitsva afin de pouvoir prier debout plus tard.

Pour Avné Yachfé ad loc., s’il est prévisible que l’on achèvera son voyage après ‘hatsot, il vaut mieux prier assis. D’autres décisionnaires tranchent différemment. Cependant, à la vérité, nombreux sont ceux qui pensent qu’en matière de ‘Amida, on peut, même a priori, prier toute la nuit (donc même après minuit ; cf. plus loin, chap. 25 § 8). Si bien que, selon cette conception, on peut réciter le Chéma avant ‘hatsot, puis prier ensuite à son arrivée. (Cf. Pisqé Techouva 235, 10). Si l’on doit entamer un trajet à la tombée de la nuit (tset hakokhavim), et que l’on craigne d’oublier de faire la prière d’Arvit après être arrivé à destination, il vaudra mieux dire Arvit à partir du plag hamin’ha (une heure solaire et quart avant la fin du jour), et réciter le Chéma après la tombée de la nuit (Avné Yachfé). Pour la règle qui s’applique lorsqu’on prend la route tôt le matin, cf. plus haut, chap. 11 § 7-8.

[14]. Prier dans un autobus aménagé pour la téphila présente plusieurs aspects qui en font une situation a posteriori, et non un choix a priori. Parmi eux : 1) Nous avons pour principe qu’il est préférable de prier dans une synagogue, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh 90, 9. 2) Il convient de prier dans un lieu qui n’est pas ouvert sur le domaine public, afin que l’on ne puisse pas regarder vers l’extérieur, et que la prière ne paraisse pas, de ce fait, être une charge aux yeux du fidèle (ad loc. 90, 20). 3) Lorsqu’on se lève, en autobus, on doit s’appuyer pour garder son équilibre, ce qui n’est valable qu’a posteriori, comme l’expliquent le Choul’han ‘Aroukh 94, 8 et le Michna Beroura Toutefois, il semble que, si l’on est en mesure de prier à un rythme modéré dans un tel bus, alors qu’à la synagogue on se hâterait de terminer sa prière afin d’arriver à l’heure au travail, il soit préférable de prier dans un tel bus, dans la mesure où l’on y applique les règles essentielles de la ‘Amida : prier en minyan et debout. Et bien que, lorsque l’autobus roule, ceux qui se tiennent debout à l’intérieur soient considérés comme étant en train de marcher, le Taz 94, 4 écrit qu’en matière de prière l’essentiel est que les fidèles se tiennent eux-mêmes debout sans marcher.

17 – Ne pas s’asseoir dans les quatre amot de celui qui récite la ‘Amida

Etant données la grande importance et la grande sainteté de la ‘Amida, nos sages ont interdit de s’asseoir dans les quatre coudées (quatre amot, environ deux mètres) d’un fidèle qui récite cette prière. En effet, celui qui se tient en prière, c’est devant la Présence divine qu’il se tient ; et si l’on s’asseyait là sans raison valable, on paraîtrait ne pas accepter le joug de la royauté du Ciel, et mépriser le lieu de la prière.

Toutefois, si l’on est soi-même occupé à réciter quelque autre partie de l’office, on est autorisé à s’asseoir à côté de celui qui dit la ‘Amida : puisque l’on se livre soi-même à la prière, on ne paraît pas secouer le joug de la royauté du Ciel. Certains disent que, même si l’on veut étudier la Torah, on est autorisé à s’asseoir à côté de quelqu’un qui récite la ‘Amida. En cas de besoin, par exemple si l’on ne peut se concentrer sur son étude en restant debout, on peut être indulgent et s’asseoir (Choul’han ‘Aroukh 102, 1 ; Michna Beroura 6).

Dans le cas où l’on était déjà assis avant que son prochain ne commence à réciter la ‘Amida à son côté, on a le droit de rester assis là, même si l’on n’est pas en train de prier ou d’étudier. En effet, rester assis n’est pas identifié en ce cas à une attitude méprisante à l’encontre de la prière : c’est celui qui a commencé la ‘Amida à cet endroit qui n’a pas respecté la règle, puisqu’il a commencé à prier à l’intérieur des quatre amot de celui qui était assis. Malgré cela, c’est une attitude pieuse que de se lever, afin de faire honneur à la prière (Choul’han ‘Aroukh, Rama 102, 3).

À un homme faible, même s’il n’est pas en train de prier, il est permis de s’asseoir à l’intérieur des quatre amot d’un fidèle qui récite la ‘Amida. En effet, tout le monde sait que c’est en raison de sa faiblesse que cet homme a besoin de s’asseoir, et il n’y a là aucune atteinte à l’honneur dû au Ciel (Choul’han ‘Aroukh 102, 2). Le jour de Kippour, presque tout le monde est considéré comme faible en raison du jeûne ; il est donc permis de s’asseoir dans les quatre amot d’un fidèle récitant la ‘Amida (Beit Baroukh 26, 9).

On trouve une opinion qui est plus rigoureuse, et selon laquelle il est en tout état de cause interdit de s’asseoir devant celui qui dit la ‘Amida, même au-delà de quatre amot, car le fidèle qui récite la ‘Amida paraîtrait alors se prosterner devant son prochain. Par conséquent, même si celui qui est assis est en train de réciter le Chéma, et même s’il était déjà installé là avant que son prochain ne commence à réciter la ‘Amida, il devrait se lever. A priori, il est bon de tenir compte de cette opinion (Choul’han ‘Aroukh 102, 1, Michna Beroura 9 ; Kaf Ha’haïm 10)[15].

La mesure de quatre coudées équivaut à deux mètres. Plus exactement, une coudée (ama, plur. amot) équivaut à la taille du bras d’un homme moyen ; d’après la majorité des décisionnaires, cela équivaut à 48 centimètres. Quatre amot équivalent donc à 192 centimètres. Toutefois, il est clair qu’il n’est pas nécessaire de mesurer en centimètres la distance nous séparant du fidèle en prière. Chacun doit se conduire selon l’estimation de ses yeux.


[15]. Le Ohel Moed est rigoureux, mais certains auteurs ne tiennent pas compte de son opinion, tel le Peri ‘Hadach. Selon le Ben Ich ‘Haï (Yitro 6), l’usage est d’être indulgent. C’est aussi ce qu’écrit le Yalqout Yossef I p. 172. Cependant de nombreux A’haronim sont rigoureux, et c’est en ce sens que vont le Michna Beroura 102, 9 et le Kaf Ha’haïm Il n’est même pas souhaitable a priori de se tenir debout devant le fidèle qui dit la ‘Amida, à l’intérieur de ses quatre amot, afin que celui-ci ne semble pas se prosterner devant celui-là (cf. Michna Beroura 8-9).

Dans les règles régissant l’obligation de se lever devant un érudit que l’on aperçoit, la distance maximale obligeant à se lever est celle de melo einav (« à portée de vue »), c’est-à-dire 266 amot et un tiers (environ 128 m), comme l’explique le Chakh, Yoré Dé’a 244, 8. Les mêmes mesures seraient-elles applicables dans le cas qui nous occupe ? A notre humble avis, tant que l’on ne paraît pas se prosterner devant la personne assise – en raison de la distance ou de la configuration du lieu – il n’y a pas lieu d’être rigoureux.

Selon le Michna Beroura 102, 2, s’il y a, entre les deux personnes, une cloison d’une hauteur de 10 tefa’him (80 cm) et d’une largeur de 4 tefa’him (32 cm), on peut s’asseoir. Certes, une telle cloison n’est pas efficace s’il s’agit de passer devant celui qui dit la ‘Amida, car le fait de passer devant lui est de nature à gêner sa concentration. Mais s’il s’agit seulement de s’asseoir, cela devient permis, car la cloison est alors considérée comme efficace. Pour le ‘Hayé Adam et le Echel Avraham (de Rabbi Avraham Botchatch), une telle cloison permet même de passer devant le fidèle en prière. Toutefois, s’il s’agit de s’asseoir véritablement devant le fidèle, il semble qu’il convienne d’être rigoureux [même en présence d’une telle cloison], afin que le fidèle ne paraisse pas se prosterner devant son prochain.

Nous n’avons pas fait de différence, dans le corps de texte, entre le fait d’être assis à côté ou derrière le fidèle en prière, dans un rayon de quatre amot. Voir toutefois le Beit Yossef et le Darké Moché, qui rapportent que, selon certains avis, il n’y a pas d’interdit à s’asseoir dans les quatre amot d’un fidèle récitant la ‘Amida, du moment que l’on s’assoit derrière celui-ci. Cependant, en pratique, les A’haronim s’accordent à interdire de s’asseoir, même derrière le fidèle, comme l’expliquent le Michna Beroura 102, 3 et le Kaf Ha’haïm 4.

18 – L’interdit de passer devant des personnes qui récitent la ‘Amida

Il est interdit de passer devant un fidèle qui est en train de réciter la ‘Amida, jusqu’à une distance de quatre amot. En effet, le fait de passer devant lui risque de le déconcentrer dans sa prière. Certains disent que la raison de l’interdit est que le fidèle en prière se tient devant la Présence divine, et que celui qui passe devant lui attente à l’honneur dû à la Présence divine[16].

Les décisionnaires s’opposent sur la question du champ de l’interdit. Selon le Elya Rabba, l’interdit ne porte que sur le fait de passer véritablement en face du fidèle, car ce n’est que dans ce cas qu’on le déconcentre dans sa prière. En d’autres termes : la largeur d’un homme est environ de la moitié d’un mètre ; il ne faut donc pas passer dans ce demi-mètre situé face au fidèle, ce jusqu’à une distance de quatre amot (environ deux mètres) en avant. Selon le Maguen Avraham, en revanche, il est interdit de passer à quelque endroit que puisse voir le fidèle, dans un rayon de quatre amot ; en effet, si l’on passe là, on risque de détourner quelque peu l’attention du fidèle en prière.


Les décisionnaires discutent encore un autre point : selon le Elya Rabba, il est permis de se déplacer latéralement et de venir se tenir devant le fidèle en prière (en lui tournant le dos). Ce n’est que si l’on traverse les quatre coudées qui s’étendent face au fidèle, que l’on dérange celui-ci dans sa prière ; mais si l’on vient de côté et que l’on reste devant lui, on ne le dérange pas tellement. D’après le Maguen Avraham, il est interdit d’entrer dans les quatre amot qui s’étendent devant le fidèle en prière.


[16]. Selon le Michna Beroura 102, 15 et le Béour Halakha(אסור), la raison de l’interdit réside dans le dérangement causé au fidèle. Telle est l’opinion de la majorité des décisionnaires, et c’est ce qu’écrit le Maamar Mordekhaï. Toutefois, le ‘Hayé Adam pense que le motif de l’interdit est que celui qui passe devant un fidèle en train de dire la ‘Amida sépare le fidèle de la Présence divine. Il n’y a pas lieu de relier cette controverse à celle qui oppose le Maguen Avraham au Elya Rabba, et que nous rapportons ci-après dans le corps du texte (voir figure 1 et le texte s’y rapportant). En effet, le Maguen Avraham lui-même (102, 6) donne pour raison de l’interdit le dérangement causé au fidèle. De même, Elya Rabba pourrait dire que l’atteinte faite à l’honneur de la Présence divine n’a lieu que lorsque l’on passe vraiment devant le fidèle en prière.La conséquence juridique véritable du débat sur le motif de l’interdit est la suivante : si le motif est le dérangement, il devient permis de passer devant le fidèle dès lors que celui-ci a les yeux couverts par son talith ; si le motif est l’honneur dû à la Présence divine, en revanche, cela reste interdit même en ce cas. Par ailleurs, s’il se trouve une cloison d’une hauteur minimale de 10 tefa’him (80 cm) devant le fidèle en prière, et que le motif de l’interdit soit l’honneur dû à la Présence divine, la cloison constitue une séparation efficace, et passer devient permis. Si, en revanche, le motif est le dérangement causé au fidèle, cela reste interdit, comme l’indique le Michna Beroura 102, 2. Le Béour Halakha note qu’il convient de tenir compte également du motif invoqué par le ‘Hayé Adam. Toutefois, selon le Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch, les deux motifs concordent entièrement, et ce n’est que lorsque le fidèle est dérangé qu’il y a également atteinte à l’honneur dû à la Présence.

19 – En pratique

A priori, il faut être rigoureux, conformément à l’opinion du Maguen Avraham, et s’abstenir de marcher dans l’intégralité du demi-disque de quatre amot de rayon, dont le fidèle en prière est le centre. En cas de besoin, on peut être indulgent et suivre l’avis du Elya Rabba : on peut alors passer à côté du fidèle, ainsi que se déplacer latéralement pour venir se tenir devant le fidèle en prière.

Dans un cas de très grande nécessité, quand il n’y a pas d’autre choix, il est même permis de passer devant le fidèle qui récite sa ‘Amida : par exemple afin de compléter le minyan. C’est également permis si l’on doit donner un cours de Torah, ou encore pour un Cohen qui doit rejoindre l’estrade destinée à la bénédiction sacerdotale. De même, si l’on craint de rater son bus ou autre moyen de transport, on peut sortir de la synagogue en passant devant un fidèle en prière.

En revanche, si l’on est un peu en retard à l’office, et que l’on veut prier à sa place habituelle, il est interdit de passer pour cela devant un fidèle qui récite la ‘Amida. S’il s’agit de passer à côté du fidèle, on pourra, si l’on veut, s’appuyer sur l’opinion du Elya Rabba, à condition qu’il s’agisse d’un fidèle unique. Mais si, pour rejoindre sa place, il faut passer à côté de plusieurs fidèles qui disent la ‘Amida, on s’en abstient, car il est presque certain que l’on dérangerait un peu l’attention d’au moins l’un d’entre eux[17].

Si l’un des fidèles, pour réciter la ‘Amida, se tient dans un lieu de passage, on n’est pas tenu de prendre en compte le fait qu’il n’a pas achevé sa prière. Puisque ce fidèle a dérogé à la règle en se tenant dans un endroit où il dérange le passage de ceux qui entrent et sortent, il est permis, en cas de besoin, de passer devant lui[18].


[17]. La majorité des décisionnaires, aussi bien Richonim qu’A’haronim, tranchent comme le Elya Rabba, comme l’explique le traité Arba Amot chel téphila, car tel est bien le sens simple des termes du Talmud : « Il est interdit de passer devant la face de (keneged) ceux qui prient ». Aussi, bien qu’il soit bon, a priori, de se conformer à l’opinion du Maguen Avraham, on peut en cas de besoin s’appuyer sur celle du Elya Rabba. En termes généraux, on peut dire que, selon le Elya Rabba, l’interdit de passer devant le fidèle en prière ne s’applique que lorsque le passage constitue pour celui-ci un grand dérangement, et qu’il n’y a de grand dérangement que lorsqu’on traverse les quatre amot qui font face à son visage, ou lorsqu’un autre fidèle, placé devant lui, achève sa ‘Amida en reculant à sa rencontre (cf. paragraphe suivant). Tandis que, pour le Maguen Avraham, l’interdit s’applique même quand le dérangement est léger, comme l’explique son auteur (Maguen Avraham 102, 6).

Le Maguen Avraham (102, 5) écrit que, selon le Zohar, il faut être plus rigoureux, et qu’il est même interdit de passer sur les côtés (lesquels ne sont pas directement en face du fidèle). La raison en est que ce lieu est saint, et que la raison de l’interdit n’est pas seulement le dérangement causé au fidèle. Certains A’haronim estiment qu’il est souhaitable de tenir compte de l’avis du Zohar ; c’est ce qu’écrit le Kaf Ha’haïm 102, 27, et c’est ce que laisse entendre le Michna Beroura 17. (Toutefois, Aroukh Hachoul’han 102, 12 explique ce passage du Zohar de manière telle qu’il ne diverge pas avec le Talmud).

Face à cela, le Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch est très indulgent en la matière, et pense que l’interdit repose entièrement sur la considération du dérangement causé au fidèle. Dans cette mesure, si ce dernier a les yeux fermés, passer devant lui devient permis. De même, lorsque le fidèle se trouve à la supplication Elo-haï netsor, qui conclut la ‘Amida, la chose est également permise (sur ce point, le ‘Aroukh Hachoul’han 102, 13 s’accorde avec le Echel Avraham, mais de nombreux décisionnaires ne s’accordent pas avec eux à cet égard). Le Echel Avraham écrit encore qu’en cas de besoin, il est permis de passer devant un fidèle en prière, puisque celui-ci en est peut-être à Elo-haï netsor et puisque, en cas de doute portant sur l’application d’une règle rabbinique, on a l’usage d’être indulgent. Il écrit aussi que, pour les besoins d’une mitsva, il est permis de passer devant une personne en prière.

Selon le Yad Elyahou, il est permis, pour compléter le minyan, de passer devant un fidèle en prière ; en revanche, s’il s’agit simplement de se joindre au minyan, l’auteur ne le permet pas. Selon le Maguen Avraham, cité par le Michna Beroura 69, 9, on ne passe pas devant un fidèle en prière pour répondre à Barekhou. Echel Avraham est indulgent s’il s’agit de répondre au Qaddich, à Barekhou, ou encore pour se joindre au minyan. L’auteur écrit encore qu’il est permis de sortir de la synagogue en passant devant un fidèle en prière, quand le but est de ne pas enfreindre l’interdit de bal techaqetsou (c’est-à-dire l’interdit de se retenir de faire ses besoins, cf. chap. 5 § 8-10). Il semble que, sur ce dernier point, tout le monde soit d’accord. Dans les domaines où les décisionnaires s’opposent, et bien que les opinions indulgentes soient minoritaires, on peut s’appuyer sur celles-ci en cas de nécessité, puisqu’il s’agit d’un cas de doute portant sur l’application d’une règle de rang rabbinique. C’est ainsi que le Avné Yachfé 7, 22 s’appuie sur l’opinion du Echel Avraham, qui permet de passer devant un fidèle en prière pour pouvoir se joindre au minyan et répondre au Qaddich. Pour fonder sa décision, le Avné Yachfé ajoute à cela la considération que, de nos jours, on ne se concentre pas tellement et que, par conséquent, celui qui passe devant un fidèle en prière ne le dérange pas tellement. Toutefois, le même auteur interdit de passer s’il s’agit simplement de rejoindre sa place. Lorsque nous écrivons, ci-dessus, que passer à côté d’un fidèle unique afin de rejoindre sa place habituelle est chose permise, mais qu’il est interdit de passer à côté de plusieurs fidèles, en raison du fait que l’on dérangerait immanquablement l’un d’entre eux, nous nous basons sur la logique (svara), et nous avons pu constater que tel était bien l’usage.

[18]. Echel Avraham est indulgent en cela, car on peut supposer que le fidèle qui se tient dans un lieu de passage pour dire la ‘Amida sait, dans son for intérieur, que ceux qui passent devant lui ne le dérangent pas. Par conséquent, selon les propres critères de ce fidèle, il n’est pas interdit de passer devant lui. De plus, c’est à celui qui est cause de dommage [en l’occurrence, le fidèle qui dérange le passage] de s’éloigner de ceux qui sont susceptibles de pâtir du dommage. Le Da’at Torah de Rabbi Chalom Mordekhaï Hacohen Schwadron (Maharcham) a tendance à penser qu’il est permis de passer devant ce fidèle, car celui-ci peut, à cet égard, être comparé à une tombe dont l’emplacement nuirait à la collectivité : il est permis de déplacer une telle tombe, qui ne saurait avoir priorité pour se maintenir à sa place. C’est aussi ce qu’écrit le Tsits Eliézer 9, 8 en leur nom, et au nom d’autres A’haronim.

20 – Lorsqu’on termine sa ‘Amida

Si l’on termine la lecture de la ‘Amida, et que derrière soi se tienne un autre fidèle qui, lui, n’a pas achevé sa ‘Amida ; si cet autre fidèle se trouve à une distance de quatre amot additionnées de trois pas – de telle façon que, si l’on reculait de trois pas, on n’entrerait pas à l’intérieur de ses quatre amot –, on recule de trois pas. Mais si l’autre fidèle est plus proche, on ne recule pas avant qu’il ait achevé sa ‘Amida. Même si le fidèle qui se trouve derrière soi a commencé à prier plus tard, et qu’il prie lentement, il reste interdit de marcher dans ses quatre amot. Simplement, comme nous l’avons vu, les A’haronim divergent quant à l’étendue de l’interdit.

En effet, selon le Maguen Avraham, même si l’autre fidèle ne se tient pas juste derrière soi, il faut attendre que celui-ci achève sa prière, dès lors que les pas que l’on serait amené à faire s’inscrivent dans un rayon de quatre amot en avant de ce fidèle. Selon le Elya Rabba, ce n’est que si l’on se tient véritablement devant l’autre fidèle qu’il est interdit de reculer de trois pas devant lui. En revanche, si le fidèle qui se trouve derrière soi n’est pas véritablement placé sur la même ligne, il est permis de reculer de trois pas. A priori, il est bon d’adopter la conduite du Maguen Avraham, mais en cas de nécessité, on peut être indulgent et suivre l’avis du Elya Rabba (Michna Beroura 102, 18-19). En cas de nécessité impérieuse, même si un fidèle se trouve véritablement derrière soi, on peut reculer en diagonale. En effet, certains décisionnaires expliquent que, selon le Elya Rabba, reculer est chose permise tant que, ce faisant, on ne se rapproche pas du fidèle en prière (propos rapportés au nom du ‘Hazon Ich par l’ouvrage Arba Amot chel tephila, p. 50, 363 ; cf. Iché Israël 29, 7 et 32, note 73).


Si, entre le fidèle en prière et soi-même, se tient un tiers qui a, lui, achevé sa ‘Amida, on est autorisé à reculer, car celui qui a achevé sa ‘Amida constitue une séparation entre le fidèle en prière et soi-même, bien que celui qui fait ainsi écran n’a pas encore reculé lui-même de trois pas.

En cas de nécessité, on peut également être indulgent lorsque, entre le fidèle en prière et soi-même, se trouve une cloison haute d’au-moins dix tefa’him (80 cm), et large d’au moins quatre tefa’him (32 cm). Ceux qui veulent être indulgents peuvent considérer les grands sièges fixes que l’on trouve dans les synagogues comme constituant une cloison, dans la mesure où leur hauteur est d’au moins dix tefa’him[19].

Si l’on ne peut reculer, en raison de la présence d’un fidèle en prière derrière soi, on est autorisé à répondre amen, Baroukh Hou ouvaroukh Chémo (« béni soit-Il et béni soit Son nom »), et à réciter toutes les autres parties de la prière, bien que l’on n’ait pas encore pris entièrement congé de sa ‘Amida. Si l’assemblée en est arrivée aux supplications (Ta’hanounim, cf. chap. 21), on est autorisé à s’asseoir pour prononcer la partie qui se dit assis, à condition de ne pas s’asseoir véritablement devant l’autre fidèle (voir note 15) ; ensuite, on se relèvera, et lorsque le fidèle placé derrière soi aura terminé sa ‘Amida, on reculera de trois pas et l’on dira Ossé Chalom…  (« Celui qui fait régner la paix dans ses cieux… ») (Michna Beroura 122, 4 ; voir aussi 104, 9. Voir ci-dessus § 13).


[19]. Un homme constitue une séparation, comme l’expliquent le Beit Baroukh 26, 23, Az Nidberou III 45 et VI 47 et Iché Israël 29, 9.En ce qui concerne une cloison haute de 10 tefa’him, certains interdisent de s’en contenter, car cette taille reste petite, et le fidèle qui récite la ‘Amida risque de voir celui qui recule et d’en être dérangé dans sa prière. C’est ce que laisse entendre le Michna Beroura 102, 2. Selon le Echel Avraham 102, même si l’on n’est séparé que par un pupitre de prière (qui ne constitue pas une séparation en bonne et due forme), il est permis de reculer, et même de passer devant l’autre, car l’interdit est motivé par le fait que le fidèle en prière craint qu’on ne le touche. Or lorsqu’il y a un pupitre devant soi, et à plus forte raison une cloison en bonne et due forme, on n’éprouve plus de telles craintes. Le ‘Aroukh Hachoul’han 102, 13 considère également la cloison comme efficace.

Les sièges de synagogues sont parfois ouverts par en bas. Or si l’espace est de plus de 24 cm (3 tefa’him), ces sièges ne peuvent être considérés comme une séparation. Cependant, durant la ‘Amida, on rabat généralement le siège, et il n’y a plus, dès lors, 24 cm entre le sol et le siège, si bien que celui-ci peut être considéré comme une séparation. Même quand l’espace est supérieur à 24 cm et que le siège n’est donc pas considéré comme une cloison en bonne et due forme, il est permis de reculer devant le fidèle en prière selon le Echel Avraham, puisque ce fidèle ne craint pas qu’on trébuche contre lui. Si l’on veut être indulgent, on peut s’appuyer sur cette opinion. Par ailleurs, même si le siège constitue une cloison en bonne et due forme, il semble qu’il ne soit pas convenable de s’asseoir véritablement face au fidèle, car celui-ci donnerait l’impression de se prosterner devant son prochain (comme nous l’avons vu au § 17, note 15).

21 – Quelques règles supplémentaires

Comme nous l’avons vu, il convient a priori d’être rigoureux et de se conformer à l’opinion du Maguen Avraham, c’est-à-dire de ne pas reculer de trois pas à l’intérieur d’un rayon de quatre amot s’étendant devant un fidèle en prière, même si celui-ci ne se tient pas juste derrière soi.

Cependant, il arrive que la prière de ce fidèle, qui s’étend plus longtemps, soit perturbée, quand celui-ci est ennuyé d’empêcher son prochain, qui se trouve devant lui, de reculer de trois pas. Quand ce dernier s’aperçoit de cela,  il vaut mieux qu’il se conduise selon l’avis du Elya Rabba : si le fidèle situé derrière lui n’est pas dans l’axe de son dos (voir fig. 3, croquis de droite), il reculera de trois pas.

De même, celui qui a l’habitude de réciter lentement la ‘Amida peut demander aux fidèles placés devant lui de ne pas attendre la fin de sa ‘Amida pour reculer. De cette manière, il sera permis à ces fidèles de reculer immédiatement après avoir terminé leur ‘Amida. Quant au fidèle se trouvant juste devant, il pourra reculer en diagonale, afin de ne pas reculer dans l’axe du fidèle priant lentement[20].

Quand, derrière l’officiant, se tient un fidèle en prière, et que le moment est venu pour l’officiant de commencer la répétition de la ‘Amida, il se conformera à l’avis du Elya Rabba : tant que l’autre fidèle n’est pas situé juste derrière lui, il reculera. Si l’autre fidèle se tient véritablement derrière l’officiant, ce dernier reculera en diagonale, et reviendra ensuite à sa place pour réciter la répétition[21].

Généralement, quand on sait que l’on prie lentement, il convient de ne pas dire la ‘Amida derrière son prochain afin de ne pas lui causer de désagrément. De même, on aura grand soin, dans un tel cas, de ne pas prier derrière l’officiant ou le Rav, afin de ne pas les obliger à attendre la fin de sa prière (voir ci-dessus chap. 3 § 7).

De même qu’il est interdit de passer devant un fidèle en prière, de même ne faut-il pas passer devant l’officiant lorsque celui-ci récite la répétition de la ‘Amida, ni devant celui qui récite le Qaddich (Kaf Ha’haïm 55, 9).

Les A’haronim sont partagés en ce qui concerne le champ de la règle interdisant de passer devant un fidèle en prière ou de s’asseoir dans ses quatre amot : cette règle est applicable lorsque le fidèle est adulte, mais s’applique-t-elle également dans le cas d’un enfant ? (cf. Arba Amot chel téphila p. 254-257.) Dans la mesure où cette question est de rang rabbinique, la solution juridique est conforme à l’opinion indulgente, mais ceux qui veulent apporter à l’application de la loi un soin plus scrupuleux adoptent l’opinion rigoureuse.


[20]. Suivant l’approche du Echel Avraham, toute la raison d’être de l’interdit réside dans le dérangement causé au fidèle. D’après cela, si ce fidèle sait en son for intérieur qu’il serait davantage dérangé d’empêcher son voisin de devant de reculer, qu’il ne le serait de le voir précisément reculer, il peut demander à celui-ci de reculer sans avoir à attendre qu’il termine sa ‘Amida. Si le fidèle situé en avant recule en diagonale, de façon à ne pas se rapprocher du fidèle situé derrière lui, la chose est permise selon Elya Rabba tel qu’expliqué par le ‘Hazon Ich. Dans la mesure du possible, il sera bon d’aménager là une cloison, afin que l’on puisse reculer conformément à la majorité des opinions. S’il est difficile à celui des fidèles qui s’étend dans sa prière de se concentrer, du fait qu’il a conscience d’empêcher celui qui se trouve devant lui de reculer, il peut, bien qu’il n’ait pas encore terminé sa prière, faire signe à l’autre fidèle de reculer (d’après Michna Beroura 104, 1).

[21]. Les A’haronim divergent dans le cas où le moment de la répétition est arrivé et où, derrière l’officiant, se tiennent plusieurs fidèles en prière, de sorte que, si l’officiant reculait en diagonale, il reculerait de toutes façons devant un des fidèles. Selon le ‘Aroukh Hachoul’han 102, 13, l’officiant et le Rav (qui attendent que le fidèle placé derrière eux termine sa prière) peuvent reculer devant ce fidèle, pour ne pas peser sur l’assemblée en la faisant trop attendre. D’autres disent qu’il faut attendre la fin de la ‘Amida du fidèle. Selon la majorité des décisionnaires, l’officiant commencera sa répétition sans reculer préalablement de trois pas, afin de ne pas peser sur l’assemblée en la faisant trop attendre. Cf. Arba Amot chel téphila 53-54.

01 – Omission, erreur et interruption dans la ‘Amida

Si l’on omet de réciter l’une des bénédictions de la ‘Amida, on ne se rend pas quitte de l’obligation de la prière. Même si l’on modifie l’ordre des bénédictions, et bien qu’en fin de compte on les prononce toutes, on ne s’acquitte pas de son obligation. En effet, les membres de la Grande Assemblée, qui ont institué le rituel de la prière, ont été pointilleux quant à l’ordre des bénédictions, et ont basé celui-ci sur des versets. Si donc on modifie l’ordre par eux fixé, on ne s’acquitte pas de son obligation (Méguila 17b ; Choul’han ‘Aroukh 119, 3).

De même, quand on s’est trompé dans la récitation d’une des bénédictions, de telle manière que l’on a altéré celle-ci dans son fond – par exemple, si l’on n’a pas récité la formule finale de la bénédiction (Baroukh Ata Ado-naï…) –, ou si l’on a mentionné une chose hors-sujet – en demandant la pluie en été, par exemple –, on considère que ladite bénédiction n’a pas été valablement prononcée (Béour Halakha 119, 3).

Si l’on a déjà terminé sa ‘Amida, et que l’on s’aperçoive que l’on a omis une bénédiction, ou que l’on s’est trompé dans sa récitation, il faut répéter la ‘Amida. Même si l’on n’a pas encore reculé de trois pas, du moment que l’on a terminé la prière conclusive Elo-haï Netsor et que l’on s’apprête à reculer, on doit revenir au début de la ‘Amida (Choul’han ‘Aroukh 117, 5).

Dans le cas où l’on n’a pas encore terminé sa ‘Amida, et où l’on s’aperçoit d’une omission ou d’une erreur dans l’une des treize bénédictions centrales[a], on doit répéter cette bénédiction, puis reprendre à partir de celle-ci les bénédictions suivantes dans l’ordre. Et bien que l’on répète, en ce cas, des bénédictions déjà récitées, on considère néanmoins que celles-ci n’ont pas été valablement dites, dans la mesure où tout ce qui a été prononcé après la bénédiction omise ou altérée l’aura été sans conformité à l’ordonnancement normal des bénédictions.

Dans le cas d’une omission ou d’une erreur portant sur l’une des trois premières ou des trois dernières bénédictions, on revient au début du groupe de trois bénédictions considéré. En effet, les trois premières bénédictions possèdent une thématique commune ; il en va de même pour les trois dernières (cf. ci-dessus, chap. 17 § 10). Aussi, chacun de ces deux groupes de trois bénédictions est-il considéré comme un seul bloc, et toute erreur commise dans l’une des bénédictions qui le constituent est considérée comme affectant l’ensemble d’entre elles, si bien qu’il faut répéter cet ensemble depuis le début (Berakhot 34a ; Rama 114, 6).

Si l’on s’est interrompu au milieu de la ‘Amida, en parlant, ou au contraire en se taisant ; si l’interruption a été courte, on reprend sa prière depuis l’endroit où l’on s’est interrompu ; mais si l’interruption a été longue, de façon que, dans un tel laps de temps, le fidèle aurait pu réciter l’intégralité de la ‘Amida, du début à la fin, il faut revenir au début de la ‘Amida. Selon certains avis, il n’y a pas, à cet égard, de différence à faire entre le cas où l’interruption a été motivée par la propre volonté du fidèle et le cas où celui-ci s’est trouvé contraint : en tout état de cause, dès lors que le temps de l’interruption équivaut au temps nécessaire au fidèle pour réciter la ‘Amida, il lui faut reprendre celle-ci à son début (Choul’han ‘Aroukh 104, 5). Selon d’autres, c’est seulement dans le cas où l’interruption a été causée par une contrainte que l’on revient au début ; si, en revanche, on s’est interrompu volontairement, on ne reprend sa prière qu’à l’endroit de l’interruption, même si celle-ci a été longue (Rama 65, 1 ; Michna Beroura 104, 16)[1].


[a]. Sur la structure générale de la ‘Amida, voir chap. 17 § 10.
[1]. Les décisionnaires discutent de la règle applicable à celui qui parle volontairement au milieu de sa ‘Amida. Selon certains, la règle est semblable à tous les cas où l’on s’interrompt au milieu de la ‘Amida. Telle est l’opinion du Choul’han ‘Aroukh, du Taz, du Kaf Ha’haïm 104, 33. Selon d’autres, puisque l’interruption a été intentionnelle, la prière est invalidée, et il faut donc la reprendre à son début. Telle est l’opinion du Ba’h, du Maguen Avraham et du ‘Hayé Adam. Voir aussi Béour Halakha 104, 6.

02 – Ajouts se rapportant à la thématique du jour

Les jours particuliers, on ajoute à la ‘Amida des passages se rapportant à la thématique du jour. Certains de ces ajouts sont d’importance telle que, si l’on oublie de les réciter, on ne s’acquitte pas de son obligation de réciter la ‘Amida. Dans d’autres cas, l’ajout doit a priori être dit, mais a posteriori, s’il ne l’a pas été, la ‘Amida n’est pas invalidée.

A ‘Hol hamoed de Pessa’h et de Soukot[b], on ajoute, au milieu de la bénédiction Retsé (« Agrée… »), le passage Yaalé véyavo (« Que notre souvenir… s’élève et parvienne devant Toi »). Si l’on a oublié de dire ce passage, il faut y revenir. Dans le cas où l’on n’a pas encore terminé sa ‘Amida, on revient au début de la bénédiction Retsé, où l’on inclut Yaalé véyavo, et l’on poursuit la récitation, depuis cette bénédiction, jusqu’à la fin de la ‘Amida. De même, à Roch ‘hodech (néoménie), on récite Yaalé véyavo. Si l’on a oublié de le dire à l’office du matin (Cha’harit) ou de l’après-midi (Min’ha), on doit répéter sa ‘Amida. Mais si l’on a oublié de dire Yaalé véyavo à l’office du soir (Arvit) de Roch ‘hodech, on ne répète pas sa ‘Amida. En effet, à l’époque où le Sanhédrin proclamait le nouveau mois d’après le rapport de témoins (qui déclaraient avoir aperçu la nouvelle lune), cette proclamation ne se faisait pas de nuit ; par conséquent, la sainteté de Roch ‘hodech n’est pas encore présente le soir (Choul’han ‘Aroukh 422,1).

A l’issue du Chabbat, on ajoute à la bénédiction Ata ‘honen (« Tu dispenses la sagesse à l’homme… ») un texte de séparation entre le Chabbat et la semaine. Si l’on a oublié de le dire, on ne revient pas à ce passage, puisque l’on est amené à s’acquitter, par la suite, de l’obligation de marquer cette séparation, par la cérémonie de Havdala[c], dite sur une coupe de vin (Choul’han ‘Aroukh 294, 1).

A ‘Hanouka et à Pourim, on ajoute, au sein de la bénédiction de reconnaissance (Modim), le passage Al hanissim (« Pour les miracles… »). Si l’on a oublié de dire ce passage, on ne revient pas en arrière, car ces fêtes sont d’institution rabbinique, si bien que l’omission du texte s’y rapportant dans la ‘Amida n’invalide pas celle-ci (Choul’han ‘Aroukh 682, 1).

Les jours de jeûne, le particulier ajoute le passage ‘Anénou (« Réponds-nous… ») à la bénédiction Choméa’ téphila (« … qui écoutes la prière »). D’après la coutume ashkénaze, on ne dit ce passage qu’à l’office de Min’ha (Rama 565, 3). Selon la coutume séfarade, le passage se dit tout au long du jeûne : le 9 av (jeûne commençant le soir), à Arvit, Cha’harit et Min’ha, et pour les autres jeûnes (qui commencent le matin), à Cha’harit et à Min’ha (Kaf Ha’haïm 565, 17). Certains ont l’usage de dire ce passage à ‘Arvit pour tous les jeûnes (Rav Raqa’h, Maharits). D’après tous les usages, si l’on a oublié de dire ‘Anénou, on ne se reprend pas.

Durant les dix jours de pénitence (entre Roch Hachana et Kippour), qui sont des jours de jugement, où se dévoile la royauté de Dieu dans le monde, on ponctue la troisième bénédiction par la formule « Roi saint » (Ha-Mélekh haqadoch). Dans la bénédiction où l’on demande la restauration de la justice, on ponctue : « Roi de la justice » (Ha-Mélekh hamichpat). Si, par erreur, on a dit dans la troisième bénédiction « Dieu saint » (Ha E-l haqadoch) au lieu de « Roi saint » (Ha-Mélekh haqadoch), et que l’on ne se soit pas repris immédiatement (avant l’expiration du temps nécessaire pour dire les mots Chalom alékha Rabbi = « Salut à toi, mon maître »), on reprend la ‘Amida au début. Nous avons en effet déjà vu que les trois premières bénédictions constituent un seul et même bloc et que, si l’on se trompe dans la récitation de l’une d’entre elles, on reprend au début de la ‘Amida. Si l’on se trompe dans la bénédiction de la restauration de la justice, en disant, comme toute l’année, « Roi qui aimes la justice et le droit » (Mélekh ohev tsédaqa ou-michpat) au lieu de « Roi de la justice » (Ha-Mélekh hamichpat), et que l’on ne se soit pas corrigé avant l’expiration du temps nécessaire pour dire Chalom alékha Rabbi, l’usage diffère selon les communautés. Suivant la coutume ashkénaze et celle d’une partie des Séfarades, on est quitte a posteriori, puisque le texte de toute l’année mentionne lui aussi le mot Mélekh (Roi) (Rama 118, 1 ; Kaf Ha’haïm 1 ; Ben Ich ‘Hai, Nitsavim 19). Selon la coutume d’autres communautés séfarades, on n’est pas quitte, puisque le texte que l’on a récité n’était pas le texte spécifiquement conçu pour les jours redoutables. Si donc on n’a pas encore terminé sa ‘Amida, on doit revenir au début de la bénédiction de la justice (Hachiva chofténou,  « Fais revenir nos juges… »), que l’on conclut comme il convient, puis on continue, de là, jusqu’à la fin de la ‘Amida. Si en revanche on a déjà terminé la ‘Amida, on reprend celle-ci au début, et l’on émet en son for intérieur la condition selon laquelle, dans le cas où l’on ne serait pas obligé de répéter la ‘Amida, cette seconde ‘Amida constituerait une prière additionnelle volontaire (Tephilat nédava)[d] (Choul’han ‘Aroukh 118, 1 ; Ye’havé Da’at 1, 57).

Aux jours redoutables, on insère encore quatre ajouts : Zokhrénou (« Souviens-toi de nous… ») dans la première bénédiction, Mi kamokha (« Qui est comme toi ?… ») dans la deuxième, Oukhtov (« Inscris tous les enfants de ton alliance… ») dans Modim, et Ouvséfer ‘haïm (« Dans le livre de la vie… ») dans la bénédiction de la paix (Sim chalom). Si l’on oublie de réciter ces ajouts, on ne revient pas en arrière (Choul’han ‘Aroukh 682, 5).

Si l’erreur a consisté à dire, un jour ordinaire, le passage Yaalé véyavo, ou Zokhrénou (qui se dit aux dix jours de pénitence), ou encore Al hanissim, on retourne au début de la bénédiction considérée. Mais si l’on a déjà commencé à dire la bénédiction suivante, on continue malgré l’erreur[2].


[b]. ‘Hol hamoed : jours intermédiaires non chômés, à l’intérieur des fêtes de Pessa’h et de Soukot.
[c]. Havdala: littéralement « distinction ». Brève cérémonie du samedi soir, marquant la séparation entre le Chabbat et la semaine, et qui comprend quatre bénédictions.
[d]. Puisque la question de savoir si l’on est quitte a posteriori est sujette à controverse, et bien que, dans ces communautés, on suive l’opinion rigoureuse en répétant la ‘Amida, on tient néanmoins compte de l’opinion indulgente : de crainte de dire en vain les bénédictions de cette seconde ‘Amida, on stipule préalablement que, dans le cas où la vérité de la halakha se trouverait du côté de l’opinion indulgente, la seconde ‘Amida ne serait pourtant pas dite en vain puisqu’il s’agirait alors d’une prière additionnelle volontaire. Voir paragraphe suivant.
[2]. Certains disent que, dans la mesure où l’on a récité un passage hors-sujet, on doit revenir au début de la bénédiction dans laquelle on s’est trompé ; et que, si cette erreur concerne l’une des trois premières bénédictions ou l’une des trois dernières, on revient au début de ce bloc de bénédictions ; enfin, si l’on ne s’aperçoit de l’erreur qu’après avoir terminé la ‘Amida, on reprend au début. Cela, à condition que les mots prononcés soient entièrement hors de propos : par exemple, si l’on a dit le passage Yaalé véyavo jusqu’aux mots « en ce jour de néoménie » (ביום ראש החודש הזה) un jour où ce n’est pas la néoménie, ou si l’on a dit « Souviens-toi de nous pour la vie » ou « Inscris-nous », alors que la période n’est pas celle de l’inscription. Mais si l’on n’a dit que le début de Yaalé véyavo, ou un autre passage qui n’est pas une contre-vérité dans le cadre du jour présent, cela ne constitue pas une interruption, et l’on poursuit sa prière. C’est ce qu’écrivent le Knesset Haguédola, le Peri ‘Hadach et le Michna Beroura 108, 37-38.

Face à cela, pour le Choul’han ‘Aroukh 108, 12, même si l’on a dit les mots « en ce jour de néoménie » ou quelque autre erreur substantielle, cela ne constitue pas une interruption, quoiqu’on se soit trompé. Plusieurs A’haronim parmi les plus grands partagent son opinion, parmi lesquels le Maguen Avraham 693, 1 et le Da’at Torah 668. C’est aussi ce qu’écrivent le Kaf Ha’haïm 108, 58 et le Yalqout Yossef I p. 238 (bien que celui-ci écrive qu’il est bon de répéter sa prière, tout en spécifiant intérieurement qu’il s’agit éventuellement d’une prière additionnelle volontaire).

Iché Israël 32, 23 tranche comme le Michna Beroura 108, 37. Toutefois, en pratique, il semble que, selon le Michna Beroura lui-même, on ne revienne pas pour autant sur des bénédictions dont on a terminé la récitation (par la formule Baroukh Ata Ado-naï…). Simplement, si l’on n’a pas terminé la récitation de la bénédiction dans laquelle l’erreur a été commise, on reprend sa lecture au début. En revanche, si l’on a déjà terminé la bénédiction, on ne la répète pas. De même, pour les trois premières ou les trois dernières bénédictions, on ne reprend pas leur lecture au début du groupe de trois, mais seulement au début de la bénédiction considérée. En effet, au chapitre 104, 19-20, le Michna Beroura tient compte de l’opinion du Rachba, selon lequel, pour peu que l’on ne se soit pas interrompu durant un temps équivalent à celui qui est nécessaire pour réciter toute la ‘Amida, on ne reprend jamais qu’à l’endroit où l’on s’était interrompu. Cf. Chaar Hatsioun 108, 60. Il se trouve donc, en pratique, que le Michna Beroura n’est pas opposé au Choul’han ‘Aroukh dans le cas où revenir en arrière signifierait répéter la formule finale de bénédiction. C’est en ce sens que nous nous sommes prononcé plus haut.

03 – Prière additionnelle volontaire (téphilat nédava) et cas de doute

Nos sages ont institué trois offices quotidiens : Cha’harit, en regard du sacrifice journalier du matin, Min’ha en regard du sacrifice journalier de la fin de l’après-midi, ‘Arvit en regard de la combustion des membres et des graisses sacrificiels sur l’autel. Et comme à l’époque du Temple, où tout particulier qui le souhaitait pouvait apporter volontairement des offrandes additionnelles, le particulier est autorisé à dire une ‘Amida supplémentaire à titre volontaire (téphilat nédava). Or pour qu’il soit perceptible à sa propre conscience que cette prière est volontaire, il faut y ajouter, en dehors du texte fixé par les sages, quelque demande personnelle et spécifique. De même qu’on n’apporte pas une offrande de Moussaf par don volontaire, on n’ajoute pas non plus de façon individuelle une ‘Amida de Moussaf. Et de même que l’on n’apporte pas d’offrande volontaire les jours de Chabbat et de fête, on ne récite pas de ‘Amida additionnelle durant ces jours (Choul’han ‘Aroukh 107, 1-2). Si l’on souhaite dire une ‘Amida additionnelle, il faut bien connaître sa capacité d’attention et être sûr de pouvoir se concentrer sur les mots de la prière, du début à la fin. Mais si l’on ne peut se concentrer comme il faut, mieux vaut ne pas ajouter de ‘Amida additionnelle (Choul’han ‘Aroukh 107, 4). De nos jours, il est convenu de dire que nous ne nous concentrons pas comme il convient, et l’on donne donc pour consigne de ne pas ajouter de ‘Amida volontaire.

Si l’on ne se souvient plus d’avoir dit ou non l’une des trois prières quotidiennes, et dans la mesure où le temps de récitation de la prière considérée n’est pas expiré, on doit redire la ‘Amida en raison du doute. On formule alors intérieurement la condition suivante : dans le cas où j’aurais déjà prié, la présente ‘Amida constituerait une prière additionnelle volontaire, et dans le cas où je n’aurais pas encore prié, cette ‘Amida aurait valeur de prière régulière obligatoire. Dans un tel cas, il n’est pas nécessaire d’ajouter de requête personnelle, car le fait même de sortir du doute constitue pour le fidèle un élément de renouveau. Et bien que, de nos jours, la ‘Amida volontaire ne soit plus en usage, l’usage reste actuel quand il s’agit de sortir du doute. Si, après avoir ainsi entamé une ‘Amida additionnelle, on se souvient que l’on avait en réalité déjà dit la ‘Amida, on doit poursuivre sa prière additionnelle jusqu’à la fin. En effet, il avait été préalablement stipulé que, dans le cas où l’on aurait déjà prié, la présente ‘Amida aurait valeur de prière additionnelle volontaire. Simplement, en ce cas, on ajoutera une demande personnelle, afin de manifester qu’il s’agit effectivement d’une prière personnelle.

Si, croyant n’avoir pas encore prié, on entame la ‘Amida en pensant qu’il s’agit d’une prière obligatoire, et que l’on se souvienne soudain, au milieu de cette ‘Amida, que l’on avait en réalité déjà prié, on interrompt immédiatement sa prière. Il est impossible de poursuivre cette prière en stipulant intérieurement que la suite de celle-ci aurait le caractère de prière volontaire. En effet, de même qu’un sacrifice ne peut appartenir en partie à la catégorie de sacrifice obligatoire et en partie à celle de sacrifice volontaire, de même une prière ne peut commencer en tant qu’obligation et se terminer en tant que bénévolat (Choul’han ‘Aroukh 107, 1).

Quand l’esprit vagabonde au milieu de sa prière, au point de ne plus savoir à quelle bénédiction l’on se trouve – par exemple, quand on ne sait plus si l’on en est à la sixième bénédiction ou à la dixième – on doit, selon la majorité des décisionnaires, reprendre sa récitation à la première des bénédictions faisant l’objet de l’hésitation ; dans l’exemple cité, pour sortir du doute, on reprendra sa lecture à partir de la sixième bénédiction[3].


[3]. Certes, selon le ‘Hayé Adam 24, 21, on reprend sa lecture à partir de la bénédiction que l’on est certain de ne pas avoir dite. Toutefois, selon la majorité des décisionnaires, on reprend sa lecture à partir de la bénédiction que l’on est certain d’avoir dite, afin que ne subsiste aucune possibilité d’omission de l’une des bénédictions. C’est ce qu’écrivent le Kaf Ha’haïm 119, 20, le Yabia’ Omer 2, 9 et le Yalqout Yossef I p. 206. Cf. Iché Israël 31, 2.

Nous avons rapporté la règle selon laquelle, quand on ne sait plus si l’on a prié ou non, on doit dire une ‘Amida en spécifiant qu’il peut s’agir le cas échéant d’une ‘Amida volontaire. Le Béour Halakha 107,1 cite à ce sujet le ‘Hayé Adam, selon lequel, de nos jours, on ne fait plus de prière additionnelle volontaire, même quand le caractère volontaire est conditionnel. Toutefois, l’opinion du ‘Hayé Adam à ce sujet n’est pas partagée par la majorité des décisionnaires.

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