19 – En pratique

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A priori, il faut être rigoureux, conformément à l’opinion du Maguen Avraham, et s’abstenir de marcher dans l’intégralité du demi-disque de quatre amot de rayon, dont le fidèle en prière est le centre. En cas de besoin, on peut être indulgent et suivre l’avis du Elya Rabba : on peut alors passer à côté du fidèle, ainsi que se déplacer latéralement pour venir se tenir devant le fidèle en prière.

Dans un cas de très grande nécessité, quand il n’y a pas d’autre choix, il est même permis de passer devant le fidèle qui récite sa ‘Amida : par exemple afin de compléter le minyan. C’est également permis si l’on doit donner un cours de Torah, ou encore pour un Cohen qui doit rejoindre l’estrade destinée à la bénédiction sacerdotale. De même, si l’on craint de rater son bus ou autre moyen de transport, on peut sortir de la synagogue en passant devant un fidèle en prière.

En revanche, si l’on est un peu en retard à l’office, et que l’on veut prier à sa place habituelle, il est interdit de passer pour cela devant un fidèle qui récite la ‘Amida. S’il s’agit de passer à côté du fidèle, on pourra, si l’on veut, s’appuyer sur l’opinion du Elya Rabba, à condition qu’il s’agisse d’un fidèle unique. Mais si, pour rejoindre sa place, il faut passer à côté de plusieurs fidèles qui disent la ‘Amida, on s’en abstient, car il est presque certain que l’on dérangerait un peu l’attention d’au moins l’un d’entre eux[17].

Si l’un des fidèles, pour réciter la ‘Amida, se tient dans un lieu de passage, on n’est pas tenu de prendre en compte le fait qu’il n’a pas achevé sa prière. Puisque ce fidèle a dérogé à la règle en se tenant dans un endroit où il dérange le passage de ceux qui entrent et sortent, il est permis, en cas de besoin, de passer devant lui[18].


[17]. La majorité des décisionnaires, aussi bien Richonim qu’A’haronim, tranchent comme le Elya Rabba, comme l’explique le traité Arba Amot chel téphila, car tel est bien le sens simple des termes du Talmud : « Il est interdit de passer devant la face de (keneged) ceux qui prient ». Aussi, bien qu’il soit bon, a priori, de se conformer à l’opinion du Maguen Avraham, on peut en cas de besoin s’appuyer sur celle du Elya Rabba. En termes généraux, on peut dire que, selon le Elya Rabba, l’interdit de passer devant le fidèle en prière ne s’applique que lorsque le passage constitue pour celui-ci un grand dérangement, et qu’il n’y a de grand dérangement que lorsqu’on traverse les quatre amot qui font face à son visage, ou lorsqu’un autre fidèle, placé devant lui, achève sa ‘Amida en reculant à sa rencontre (cf. paragraphe suivant). Tandis que, pour le Maguen Avraham, l’interdit s’applique même quand le dérangement est léger, comme l’explique son auteur (Maguen Avraham 102, 6).

Le Maguen Avraham (102, 5) écrit que, selon le Zohar, il faut être plus rigoureux, et qu’il est même interdit de passer sur les côtés (lesquels ne sont pas directement en face du fidèle). La raison en est que ce lieu est saint, et que la raison de l’interdit n’est pas seulement le dérangement causé au fidèle. Certains A’haronim estiment qu’il est souhaitable de tenir compte de l’avis du Zohar ; c’est ce qu’écrit le Kaf Ha’haïm 102, 27, et c’est ce que laisse entendre le Michna Beroura 17. (Toutefois, Aroukh Hachoul’han 102, 12 explique ce passage du Zohar de manière telle qu’il ne diverge pas avec le Talmud).

Face à cela, le Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch est très indulgent en la matière, et pense que l’interdit repose entièrement sur la considération du dérangement causé au fidèle. Dans cette mesure, si ce dernier a les yeux fermés, passer devant lui devient permis. De même, lorsque le fidèle se trouve à la supplication Elo-haï netsor, qui conclut la ‘Amida, la chose est également permise (sur ce point, le ‘Aroukh Hachoul’han 102, 13 s’accorde avec le Echel Avraham, mais de nombreux décisionnaires ne s’accordent pas avec eux à cet égard). Le Echel Avraham écrit encore qu’en cas de besoin, il est permis de passer devant un fidèle en prière, puisque celui-ci en est peut-être à Elo-haï netsor et puisque, en cas de doute portant sur l’application d’une règle rabbinique, on a l’usage d’être indulgent. Il écrit aussi que, pour les besoins d’une mitsva, il est permis de passer devant une personne en prière.

Selon le Yad Elyahou, il est permis, pour compléter le minyan, de passer devant un fidèle en prière ; en revanche, s’il s’agit simplement de se joindre au minyan, l’auteur ne le permet pas. Selon le Maguen Avraham, cité par le Michna Beroura 69, 9, on ne passe pas devant un fidèle en prière pour répondre à Barekhou. Echel Avraham est indulgent s’il s’agit de répondre au Qaddich, à Barekhou, ou encore pour se joindre au minyan. L’auteur écrit encore qu’il est permis de sortir de la synagogue en passant devant un fidèle en prière, quand le but est de ne pas enfreindre l’interdit de bal techaqetsou (c’est-à-dire l’interdit de se retenir de faire ses besoins, cf. chap. 5 § 8-10). Il semble que, sur ce dernier point, tout le monde soit d’accord. Dans les domaines où les décisionnaires s’opposent, et bien que les opinions indulgentes soient minoritaires, on peut s’appuyer sur celles-ci en cas de nécessité, puisqu’il s’agit d’un cas de doute portant sur l’application d’une règle de rang rabbinique. C’est ainsi que le Avné Yachfé 7, 22 s’appuie sur l’opinion du Echel Avraham, qui permet de passer devant un fidèle en prière pour pouvoir se joindre au minyan et répondre au Qaddich. Pour fonder sa décision, le Avné Yachfé ajoute à cela la considération que, de nos jours, on ne se concentre pas tellement et que, par conséquent, celui qui passe devant un fidèle en prière ne le dérange pas tellement. Toutefois, le même auteur interdit de passer s’il s’agit simplement de rejoindre sa place. Lorsque nous écrivons, ci-dessus, que passer à côté d’un fidèle unique afin de rejoindre sa place habituelle est chose permise, mais qu’il est interdit de passer à côté de plusieurs fidèles, en raison du fait que l’on dérangerait immanquablement l’un d’entre eux, nous nous basons sur la logique (svara), et nous avons pu constater que tel était bien l’usage.

[18]. Echel Avraham est indulgent en cela, car on peut supposer que le fidèle qui se tient dans un lieu de passage pour dire la ‘Amida sait, dans son for intérieur, que ceux qui passent devant lui ne le dérangent pas. Par conséquent, selon les propres critères de ce fidèle, il n’est pas interdit de passer devant lui. De plus, c’est à celui qui est cause de dommage [en l’occurrence, le fidèle qui dérange le passage] de s’éloigner de ceux qui sont susceptibles de pâtir du dommage. Le Da’at Torah de Rabbi Chalom Mordekhaï Hacohen Schwadron (Maharcham) a tendance à penser qu’il est permis de passer devant ce fidèle, car celui-ci peut, à cet égard, être comparé à une tombe dont l’emplacement nuirait à la collectivité : il est permis de déplacer une telle tombe, qui ne saurait avoir priorité pour se maintenir à sa place. C’est aussi ce qu’écrit le Tsits Eliézer 9, 8 en leur nom, et au nom d’autres A’haronim.

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