16 – Quand on voyage et que le temps de la ‘Amida arrive

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Quand on voyage en voiture, que le temps de la ‘Amida arrive, et que l’on est soi-même le conducteur, il est interdit de prier en conduisant. En effet, on ne pourrait de cette façon se concentrer convenablement, et l’on risquerait encore de se mettre en danger physiquement. Aussi doit-t-on arrêter sa voiture pour prier.

Mais si c’est une autre personne qui conduit, et que l’on soit pressé – soi-même ou le conducteur – d’arriver à destination, on peut dire la ‘Amida assis. En effet, si l’on interrompait le voyage afin de réciter la ‘Amida, on serait soucieux de terminer sa prière rapidement, et l’on ne pourrait se concentrer convenablement. Aussi vaut-il mieux dire la ‘Amida assis, puisque, comme nous l’avons vu (§ 4), celui qui dit la ‘Amida assis est a posteriori quitte de son obligation.

Dans un tel cas, et bien que l’on prie assis, on joint les pieds l’un à l’autre (Michna Beroura 95, 2), et l’on s’efforce de tourner la face en direction de Jérusalem (Michna Beroura 94, 15). Dans les passages où nos maîtres indiquent de se prosterner, on se redresse quelque peu puis on se courbe, selon ses possibilités (Choul’hanAroukh 94, 5 ; ‘Aroukh Hachoul’han 18).

Si l’on voyage en autobus ou en train, où l’on dispose de plus de place, et que l’on puisse se lever et se concentrer comme il convient, il vaut mieux se lever pendant la ‘Amida. Mais si le fait de rester debout est de nature à perturber sa concentration, on reste assis, pieds joints, on se lève au moment de se prosterner et l’on se rassied. À la fin de la ‘Amida, on se relève et l’on recule de trois pas (cf. Choul’han ‘Aroukh 94, 5)[12].

Si l’on voyage de nuit en autobus, et que l’on sache qu’après avoir achevé son voyage, il restera du temps pour dire la prière d’Arvit, on priera après avoir achevé le voyage (Michna Beroura 89, 42). Toutefois, si l’on sait qu’après son voyage, on ne pourra se concentrer comme il convient car on sera fatigué, et que l’on veuille donc procéder rapidement à sa prière, on sera autorisé à prier pendant le voyage (d’après Choul’han ‘Aroukh Harav 94, 5)[13].

La permission qui est donnée de prier assis ou de prier seul n’est accordée que de façon occasionnelle, si l’on entreprend un voyage particulier, ou si l’on se trouve entièrement contraint. Mais si l’on voyage chaque jour vers son lieu de travail, bien qu’il soit difficile de trouver le temps de prier debout – et tant que l’on n’est pas en situation de contrainte – on n’est pas autorisé à prier régulièrement assis. Dans les autobus qui ont été aménagés spécialement pour pouvoir y prier debout et en minyan, il est en revanche permis de prier régulièrement. Certes, a priori, on doit prier dans une synagogue en bonne et due forme. Néanmoins, si l’on est pressé de se mettre en route et d’arriver à son travail, et que l’on sache qu’à la synagogue on prierait en hâte, tandis que dans l’autobus aménagé on prierait plus lentement, il vaut mieux prier dans cet autobus[14].


[12]. Si l’on se trouve face à deux possibilités, soit de se tenir debout pieds disjoints, soit de rester assis pieds joints, il est préférable de se lever, car la règle consistant à dire la ‘Amida debout est plus importante. La preuve en est que, d’après certains avis, si l’on prie assis et qu’il devienne ensuite possible de prier debout, il faut recommencer sa ‘Amida (Choul’han ‘Aroukh 94, 9) ; or une telle exigence n’a pas été exprimée dans le cas où l’on aurait prié debout pieds disjoints (cf. Michna Beroura 95, 1 et Chaar Hatsioun 1).

Il semble préférable, de même, de prier debout dans une direction autre que Jérusalem, plutôt qu’assis en direction de Jérusalem car, là encore, nous ne trouvons pas d’opinion selon laquelle on devrait répéter la ‘Amida dans le cas où l’on aurait prié debout dans une direction autre que celle de Jérusalem. De plus, dans le Talmud, Baba Batra 25, nous apprenons que, selon certains, on peut prier en direction du sud ou du nord. Et bien que la halakha ne soit pas conforme à leur opinion, on peut associer ces avis a posteriori (cf. Beit Yossef 94, 1-2 et Rama).

Un soldat qui est en voyage et est soucieux d’arriver à destination pourra prier en marchant car, s’il se tenait immobile, il ne pourrait se concentrer convenablement, comme il ressort du Choul’han ‘Aroukh 94, 4. Toutefois, il semble que, s’il s’agissait d’un groupe de soldats religieux, ils devraient se tenir immobiles pour prier. En effet, dans la mesure où ils sont en groupe, ils sont moins préoccupés. De plus, dès lors qu’il s’agit d’un entraînement, il n’y a pas de raison d’attenter a priori aux règles de la prière, et il revient aux soldats de faire en sorte que les entraînements militaires n’entrent pas en conflit avec les offices de prière.

[13]. Certes, selon Avné Yachfé 14, 16-17, si l’on peut prévoir que le voyage s’achèvera avant le milieu de la nuit (‘hatsot), on doit attendre d’avoir achevé son voyage pour prier. Toutefois, il semble importer davantage de prendre la kavana pour critère principal. Aussi, dans un pareil cas, on s’appuiera sur le Choul’hanAroukh Harav 94, 5. Celui-ci pense que, dès lors que l’heure de la prière est arrivée (qu’il s’agisse de Cha’harit, de Min’ha ou d’Arvit) et que l’on est en route, on est autorisé à prier assis, bien qu’il soit prévisible qu’on terminera son voyage avant l’expiration de l’heure de cette prière ; on ne sera donc pas obligé de retarder l’accomplissement de la mitsva afin de pouvoir prier debout plus tard.

Pour Avné Yachfé ad loc., s’il est prévisible que l’on achèvera son voyage après ‘hatsot, il vaut mieux prier assis. D’autres décisionnaires tranchent différemment. Cependant, à la vérité, nombreux sont ceux qui pensent qu’en matière de ‘Amida, on peut, même a priori, prier toute la nuit (donc même après minuit ; cf. plus loin, chap. 25 § 8). Si bien que, selon cette conception, on peut réciter le Chéma avant ‘hatsot, puis prier ensuite à son arrivée. (Cf. Pisqé Techouva 235, 10). Si l’on doit entamer un trajet à la tombée de la nuit (tset hakokhavim), et que l’on craigne d’oublier de faire la prière d’Arvit après être arrivé à destination, il vaudra mieux dire Arvit à partir du plag hamin’ha (une heure solaire et quart avant la fin du jour), et réciter le Chéma après la tombée de la nuit (Avné Yachfé). Pour la règle qui s’applique lorsqu’on prend la route tôt le matin, cf. plus haut, chap. 11 § 7-8.

[14]. Prier dans un autobus aménagé pour la téphila présente plusieurs aspects qui en font une situation a posteriori, et non un choix a priori. Parmi eux : 1) Nous avons pour principe qu’il est préférable de prier dans une synagogue, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh 90, 9. 2) Il convient de prier dans un lieu qui n’est pas ouvert sur le domaine public, afin que l’on ne puisse pas regarder vers l’extérieur, et que la prière ne paraisse pas, de ce fait, être une charge aux yeux du fidèle (ad loc. 90, 20). 3) Lorsqu’on se lève, en autobus, on doit s’appuyer pour garder son équilibre, ce qui n’est valable qu’a posteriori, comme l’expliquent le Choul’han ‘Aroukh 94, 8 et le Michna Beroura Toutefois, il semble que, si l’on est en mesure de prier à un rythme modéré dans un tel bus, alors qu’à la synagogue on se hâterait de terminer sa prière afin d’arriver à l’heure au travail, il soit préférable de prier dans un tel bus, dans la mesure où l’on y applique les règles essentielles de la ‘Amida : prier en minyan et debout. Et bien que, lorsque l’autobus roule, ceux qui se tiennent debout à l’intérieur soient considérés comme étant en train de marcher, le Taz 94, 4 écrit qu’en matière de prière l’essentiel est que les fidèles se tiennent eux-mêmes debout sans marcher.

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