02 – Ajouts se rapportant à la thématique du jour

Les jours particuliers, on ajoute à la ‘Amida des passages se rapportant à la thématique du jour. Certains de ces ajouts sont d’importance telle que, si l’on oublie de les réciter, on ne s’acquitte pas de son obligation de réciter la ‘Amida. Dans d’autres cas, l’ajout doit a priori être dit, mais a posteriori, s’il ne l’a pas été, la ‘Amida n’est pas invalidée.

A ‘Hol hamoed de Pessa’h et de Soukot[b], on ajoute, au milieu de la bénédiction Retsé (« Agrée… »), le passage Yaalé véyavo (« Que notre souvenir… s’élève et parvienne devant Toi »). Si l’on a oublié de dire ce passage, il faut y revenir. Dans le cas où l’on n’a pas encore terminé sa ‘Amida, on revient au début de la bénédiction Retsé, où l’on inclut Yaalé véyavo, et l’on poursuit la récitation, depuis cette bénédiction, jusqu’à la fin de la ‘Amida. De même, à Roch ‘hodech (néoménie), on récite Yaalé véyavo. Si l’on a oublié de le dire à l’office du matin (Cha’harit) ou de l’après-midi (Min’ha), on doit répéter sa ‘Amida. Mais si l’on a oublié de dire Yaalé véyavo à l’office du soir (Arvit) de Roch ‘hodech, on ne répète pas sa ‘Amida. En effet, à l’époque où le Sanhédrin proclamait le nouveau mois d’après le rapport de témoins (qui déclaraient avoir aperçu la nouvelle lune), cette proclamation ne se faisait pas de nuit ; par conséquent, la sainteté de Roch ‘hodech n’est pas encore présente le soir (Choul’han ‘Aroukh 422,1).

A l’issue du Chabbat, on ajoute à la bénédiction Ata ‘honen (« Tu dispenses la sagesse à l’homme… ») un texte de séparation entre le Chabbat et la semaine. Si l’on a oublié de le dire, on ne revient pas à ce passage, puisque l’on est amené à s’acquitter, par la suite, de l’obligation de marquer cette séparation, par la cérémonie de Havdala[c], dite sur une coupe de vin (Choul’han ‘Aroukh 294, 1).

A ‘Hanouka et à Pourim, on ajoute, au sein de la bénédiction de reconnaissance (Modim), le passage Al hanissim (« Pour les miracles… »). Si l’on a oublié de dire ce passage, on ne revient pas en arrière, car ces fêtes sont d’institution rabbinique, si bien que l’omission du texte s’y rapportant dans la ‘Amida n’invalide pas celle-ci (Choul’han ‘Aroukh 682, 1).

Les jours de jeûne, le particulier ajoute le passage ‘Anénou (« Réponds-nous… ») à la bénédiction Choméa’ téphila (« … qui écoutes la prière »). D’après la coutume ashkénaze, on ne dit ce passage qu’à l’office de Min’ha (Rama 565, 3). Selon la coutume séfarade, le passage se dit tout au long du jeûne : le 9 av (jeûne commençant le soir), à Arvit, Cha’harit et Min’ha, et pour les autres jeûnes (qui commencent le matin), à Cha’harit et à Min’ha (Kaf Ha’haïm 565, 17). Certains ont l’usage de dire ce passage à ‘Arvit pour tous les jeûnes (Rav Raqa’h, Maharits). D’après tous les usages, si l’on a oublié de dire ‘Anénou, on ne se reprend pas.

Durant les dix jours de pénitence (entre Roch Hachana et Kippour), qui sont des jours de jugement, où se dévoile la royauté de Dieu dans le monde, on ponctue la troisième bénédiction par la formule « Roi saint » (Ha-Mélekh haqadoch). Dans la bénédiction où l’on demande la restauration de la justice, on ponctue : « Roi de la justice » (Ha-Mélekh hamichpat). Si, par erreur, on a dit dans la troisième bénédiction « Dieu saint » (Ha E-l haqadoch) au lieu de « Roi saint » (Ha-Mélekh haqadoch), et que l’on ne se soit pas repris immédiatement (avant l’expiration du temps nécessaire pour dire les mots Chalom alékha Rabbi = « Salut à toi, mon maître »), on reprend la ‘Amida au début. Nous avons en effet déjà vu que les trois premières bénédictions constituent un seul et même bloc et que, si l’on se trompe dans la récitation de l’une d’entre elles, on reprend au début de la ‘Amida. Si l’on se trompe dans la bénédiction de la restauration de la justice, en disant, comme toute l’année, « Roi qui aimes la justice et le droit » (Mélekh ohev tsédaqa ou-michpat) au lieu de « Roi de la justice » (Ha-Mélekh hamichpat), et que l’on ne se soit pas corrigé avant l’expiration du temps nécessaire pour dire Chalom alékha Rabbi, l’usage diffère selon les communautés. Suivant la coutume ashkénaze et celle d’une partie des Séfarades, on est quitte a posteriori, puisque le texte de toute l’année mentionne lui aussi le mot Mélekh (Roi) (Rama 118, 1 ; Kaf Ha’haïm 1 ; Ben Ich ‘Hai, Nitsavim 19). Selon la coutume d’autres communautés séfarades, on n’est pas quitte, puisque le texte que l’on a récité n’était pas le texte spécifiquement conçu pour les jours redoutables. Si donc on n’a pas encore terminé sa ‘Amida, on doit revenir au début de la bénédiction de la justice (Hachiva chofténou,  « Fais revenir nos juges… »), que l’on conclut comme il convient, puis on continue, de là, jusqu’à la fin de la ‘Amida. Si en revanche on a déjà terminé la ‘Amida, on reprend celle-ci au début, et l’on émet en son for intérieur la condition selon laquelle, dans le cas où l’on ne serait pas obligé de répéter la ‘Amida, cette seconde ‘Amida constituerait une prière additionnelle volontaire (Tephilat nédava)[d] (Choul’han ‘Aroukh 118, 1 ; Ye’havé Da’at 1, 57).

Aux jours redoutables, on insère encore quatre ajouts : Zokhrénou (« Souviens-toi de nous… ») dans la première bénédiction, Mi kamokha (« Qui est comme toi ?… ») dans la deuxième, Oukhtov (« Inscris tous les enfants de ton alliance… ») dans Modim, et Ouvséfer ‘haïm (« Dans le livre de la vie… ») dans la bénédiction de la paix (Sim chalom). Si l’on oublie de réciter ces ajouts, on ne revient pas en arrière (Choul’han ‘Aroukh 682, 5).

Si l’erreur a consisté à dire, un jour ordinaire, le passage Yaalé véyavo, ou Zokhrénou (qui se dit aux dix jours de pénitence), ou encore Al hanissim, on retourne au début de la bénédiction considérée. Mais si l’on a déjà commencé à dire la bénédiction suivante, on continue malgré l’erreur[2].


[b]. ‘Hol hamoed : jours intermédiaires non chômés, à l’intérieur des fêtes de Pessa’h et de Soukot.
[c]. Havdala: littéralement « distinction ». Brève cérémonie du samedi soir, marquant la séparation entre le Chabbat et la semaine, et qui comprend quatre bénédictions.
[d]. Puisque la question de savoir si l’on est quitte a posteriori est sujette à controverse, et bien que, dans ces communautés, on suive l’opinion rigoureuse en répétant la ‘Amida, on tient néanmoins compte de l’opinion indulgente : de crainte de dire en vain les bénédictions de cette seconde ‘Amida, on stipule préalablement que, dans le cas où la vérité de la halakha se trouverait du côté de l’opinion indulgente, la seconde ‘Amida ne serait pourtant pas dite en vain puisqu’il s’agirait alors d’une prière additionnelle volontaire. Voir paragraphe suivant.
[2]. Certains disent que, dans la mesure où l’on a récité un passage hors-sujet, on doit revenir au début de la bénédiction dans laquelle on s’est trompé ; et que, si cette erreur concerne l’une des trois premières bénédictions ou l’une des trois dernières, on revient au début de ce bloc de bénédictions ; enfin, si l’on ne s’aperçoit de l’erreur qu’après avoir terminé la ‘Amida, on reprend au début. Cela, à condition que les mots prononcés soient entièrement hors de propos : par exemple, si l’on a dit le passage Yaalé véyavo jusqu’aux mots « en ce jour de néoménie » (ביום ראש החודש הזה) un jour où ce n’est pas la néoménie, ou si l’on a dit « Souviens-toi de nous pour la vie » ou « Inscris-nous », alors que la période n’est pas celle de l’inscription. Mais si l’on n’a dit que le début de Yaalé véyavo, ou un autre passage qui n’est pas une contre-vérité dans le cadre du jour présent, cela ne constitue pas une interruption, et l’on poursuit sa prière. C’est ce qu’écrivent le Knesset Haguédola, le Peri ‘Hadach et le Michna Beroura 108, 37-38.

Face à cela, pour le Choul’han ‘Aroukh 108, 12, même si l’on a dit les mots « en ce jour de néoménie » ou quelque autre erreur substantielle, cela ne constitue pas une interruption, quoiqu’on se soit trompé. Plusieurs A’haronim parmi les plus grands partagent son opinion, parmi lesquels le Maguen Avraham 693, 1 et le Da’at Torah 668. C’est aussi ce qu’écrivent le Kaf Ha’haïm 108, 58 et le Yalqout Yossef I p. 238 (bien que celui-ci écrive qu’il est bon de répéter sa prière, tout en spécifiant intérieurement qu’il s’agit éventuellement d’une prière additionnelle volontaire).

Iché Israël 32, 23 tranche comme le Michna Beroura 108, 37. Toutefois, en pratique, il semble que, selon le Michna Beroura lui-même, on ne revienne pas pour autant sur des bénédictions dont on a terminé la récitation (par la formule Baroukh Ata Ado-naï…). Simplement, si l’on n’a pas terminé la récitation de la bénédiction dans laquelle l’erreur a été commise, on reprend sa lecture au début. En revanche, si l’on a déjà terminé la bénédiction, on ne la répète pas. De même, pour les trois premières ou les trois dernières bénédictions, on ne reprend pas leur lecture au début du groupe de trois, mais seulement au début de la bénédiction considérée. En effet, au chapitre 104, 19-20, le Michna Beroura tient compte de l’opinion du Rachba, selon lequel, pour peu que l’on ne se soit pas interrompu durant un temps équivalent à celui qui est nécessaire pour réciter toute la ‘Amida, on ne reprend jamais qu’à l’endroit où l’on s’était interrompu. Cf. Chaar Hatsioun 108, 60. Il se trouve donc, en pratique, que le Michna Beroura n’est pas opposé au Choul’han ‘Aroukh dans le cas où revenir en arrière signifierait répéter la formule finale de bénédiction. C’est en ce sens que nous nous sommes prononcé plus haut.

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