La prière d’Israël

04 – Est-il indispensable que neuf hommes répondent à la répétition de l’officiant ?

Lorsque l’officiant récite la répétition, chacun, parmi l’assemblée, doit se taire et se concentrer, pour écouter les bénédictions et y répondre amen. Comme nous l’avons vu (règles du minyan, chap. 2 § 7), certains décisionnaires pensent qu’il est interdit à l’officiant de commencer la répétition de la ‘Amida avant que neuf personnes ne soient à même de répondre amen à ses bénédictions. D’autres pensent que, quand bien même une partie des membres du minyan seraient encore en train de réciter la ‘Amida, et bien qu’ils ne puissent en ce cas répondre amen, ils s’adjoindraient néanmoins au minyan.

A priori, on a coutume d’être rigoureux, et de ne pas commencer la répétition avant que neuf personnes ne soient à même de répondre. En cas de nécessité impérieuse, quand certains membres du minyan sont pressés de terminer l’office, et qu’il semble que celui des fidèles qui s’étend longuement dans sa prière n’est pas sur le point de terminer, on peut s’appuyer sur l’opinion de la majorité des décisionnaires, et commencer la répétition alors que seuls huit fidèles ont terminé leur ‘Amida. Quand ce n’est pas suffisant, parce que plusieurs fidèles prolongent leur prière, et que l’heure presse grandement, on peut être indulgent, et commencer la répétition alors que seuls cinq fidèles ont terminé leur ‘Amida, si bien qu’avec l’officiant, ils constituent ensemble la majorité du minyan. Pour lever le doute, lorsqu’on est contraint de commencer la répétition alors que neuf fidèles ne sont pas prêts à répondre, l’officiant émettra intérieurement la condition suivante : « Dans le cas où la halakha serait conforme à l’opinion selon laquelle il faut que neuf fidèles répondent, que ma répétition soit considérée comme une prière additionnelle volontaire (nédava). » Puisqu’on a le droit de dire une ‘Amida additionnelle à titre volontaire, les bénédictions qui seront dites ne le seront de toute façon pas en vain, et cela, de l’avis de tous les décisionnaires.

De même, si l’on est officiant dans un endroit où de nombreuses personnes ont l’habitude de bavarder, au point qu’il soit douteux d’avoir neuf personnes qui répondent amen à toutes les bénédictions, on émettra intérieurement, avant la prière, cette condition : « S’il ne se trouve pas neuf personnes pour répondre amen aux bénédictions, et que la halakha soit conforme à l’avis selon lequel neuf personnes doivent obligatoirement répondre, que ma prière soit considérée comme volontaire. »

Pour ne pas entrer dans ce type de doute, chacun de ceux qui entendent la répétition de l’officiant doit penser qu’il ne se trouve pas neuf fidèles pour répondre à part lui : on dirigera donc sa pensée vers les bénédictions de l’officiant et l’on répondra amen (Choul’han ‘Aroukh 124, 4)[3].


[3]. Les A’haronim sont partagés sur la question de savoir s’il faut obligatoirement neuf personnes pour répondre à la répétition. Cette controverse est expliquée par le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 55, 6-8 et les commentateurs. Ce point est résumé ici, chap. 2 § 7 (règles du minyan). A priori, on est rigoureux, conformément à l’opinion du Choul’han ‘Aroukh Harav et du Ben Ich ‘Haï. En cas d’urgence, on peut être indulgent, puisque l’opinion de la majorité des décisionnaires est indulgente. C’est ce qu’écrivent le Tsits Eliézer 12, 19 et le Yalqout Yossef I p. 287-291. Même si l’on admet d’adjoindre un fidèle qui n’a pas terminé de réciter sa ‘Amida, les auteurs restent partagés, comme l’explique le Michna Beroura 55, 32 : peut-on aller jusqu’à quatre fidèles en train de dire la ‘Amida, ou bien pas plus d’un seul ? Le conseil consistant à émettre une condition est rapporté par le Michna Beroura 124, 19.

05 – Quand ne dit-on pas la répétition de la ‘Amida ?

Il arrive que le temps manque pour réciter d’abord la ‘Amida à voix basse, puis la répétition de l’officiant. C’est par exemple le cas quand un certain nombre de fidèles sont contraints de partir travailler, et que sans eux il n’y a pas de minyan. Pour que leur ‘Amida se déroule dans le cadre du minyan, les fidèles doivent prier ensemble à voix basse, mais pour ne pas perdre le bénéfice de la Qédoucha, l’officiant dit les trois premières bénédictions à voix haute ; puis le public répond à la Qédoucha récitée par l’officiant ; à partir de la bénédiction Ata ‘honen (« Tu dispenses la sagesse à l’homme »), on poursuit la ‘Amida à voix basse (Rama 124, 2).

De même, quand le minyan est petit, que certains de ses membres s’étendent longuement dans leur prière et qu’il est difficile aux autres d’attendre que les premiers aient terminé car ils sont pressés de prendre la route, il est permis de renoncer à la répétition : l’officiant dira les trois premières bénédictions à haute voix, afin qu’on puisse les faire suivre de la Qédoucha. Certes, nous avons vu qu’en cas de nécessité impérieuse il était permis de réciter la répétition de l’officiant alors qu’une partie des neuf autres fidèles est encore en train de dire la ‘Amida. Cependant, a priori, il se peut qu’il soit préférable de ne pas entrer dans ce type de doute, et qu’il vaille mieux renoncer à la répétition.

Quand on est dans un minyan dont les membres ont l’habitude de bavarder pendant l’office, au point que la présence de neuf fidèles répondant amen aux bénédictions de l’officiant est chose incertaine, il y a lieu de considérer la possibilité d’annuler la répétition. En effet, il vaut peut-être mieux renoncer à la répétition afin de minimiser la profanation du nom divin occasionnée par les bavardages qui courent pendant la répétition. L’usage est généralement de ne pas annuler la répétition en un endroit où l’on bavarde pendant l’office. Pour tout ce qui concerne ces règles, c’est au Rav de l’endroit de trancher[4].

Dans le cas où l’on renonce à la répétition : lorsque l’officiant entame les trois premières bénédictions à voix haute, il y a deux coutumes différentes quant au moment où le public doit commencer à prier. Certains ont coutume de commencer à prier après que l’officiant a terminé la bénédiction Ha E-l haqadoch (« Dieu saint ») (Michna Beroura 124, 8). D’autres ont coutume de commencer à prier en même temps que l’officiant (Kaf Ha’haïm 124, 10). Il paraît bon de suggérer que, pour l’office de Cha’harit, on commence à prier avec l’officiant afin de ne pas marquer d’interruption au milieu de la bénédiction Emet véyatsiv[e]. A l’office de Min’ha, celui qui a l’habitude de prier lentement fera bien de commencer la ‘Amida en même temps que l’officiant, afin de pouvoir la conclure à temps pour répondre au Qaddich qui la suit. Celui qui prie rapidement fera bien de commencer après que l’officiant aura achevé la bénédiction Ha E-l haqadoch[5].

Quand on renonce à la répétition durant l’office du matin, et qu’il se trouve des Cohanim[f], il est bon, afin de ne pas perdre le bénéfice de la bénédiction sacerdotale, que les Cohanim se lavent les mains avant la ‘Amida. En ce cas, ils réciteront la ‘Amida à l’endroit où ils se tiennent ordinairement pour la bénédiction sacerdotale. Arrivé à la bénédiction Retsé (« Agrée, Eternel notre Dieu, Ton peuple Israël et tourne-Toi vers sa prière… »), l’officiant reprendra sa lecture à haute voix, de façon que les Cohanim puissent bénir le peuple après la fin de la bénédiction Modim. Ceux des fidèles qui se trouveront au même passage dans leur prière à voix basse répondront amen à la bénédiction des Cohanim (cf. Michna Beroura 128, 71).


[4]. Le Radbaz (chap. 1165) rapporte que Maïmonide avait suspendu la ‘Amida dite à voix basse en raison des bavardages qui avaient lieu pendant la répétition, et avait donné pour directive à l’officiant de dire la ‘Amida à voix haute, pendant que ceux qui savaient prier récitaient leur prière à voix basse avec lui. Toutefois, a priori, il convient bien entendu de faire les deux lectures successives de la ‘Amida, comme l’ont institué les sages. Cf. Chéérit Yossef III p. 117 et Ye’havé Da’at 3, 16, lequel conclut qu’il est obligatoire de réciter la répétition mais que, s’il est à craindre qu’il ne se trouve pas neuf personnes qui répondent amen, il est préférable de ne pas réciter la répétition.
[e]. Durant la prière de Cha’harit, il est interdit de s’interrompre par des paroles entre la conclusion de la bénédiction de la Délivrance (Emet véyatsiv, qui s’achève par Baroukh… gaal Israël) et le début de la ‘Amida. Cependant, si les fidèles attendent l’officiant avant de prononcer eux-mêmes la formule conclusive de la bénédiction – par exemple, avant la phrase Tehilot la-E.l E-lion (« Louanges au Dieu suprême ») –, ils devront, le moment venu, répondre à la Qédoucha, mais non aux bénédictions de la ‘Amida. C’est seulement près la conclusion de la bénédiction Ha E-l haqadoch par l’officiant que les fidèles pourront conclure leur récitation de la bénédiction de la Délivrance. Pour éviter cette interruption au sein de la bénédiction, il est conseillé de commencer la ‘Amida en même temps que l’officiant.
[5]. Dans les grandes lignes, la coutume ashkénaze est de commencer à prier après la bénédiction Ha E-l haqadoch, tandis que la coutume séfarade est de commencer en même temps que l’officiant. La différence repose sur la conception que l’on a de la bénédiction Ha E-l haqadoch: les décisionnaires sont partagés sur la question de savoir si la halakha est conforme au Talmud de Jérusalem, pour lequel il y a une importance particulière à répondre amen aux bénédictions Ha E-l haqadoch et Choméa’ téphila (« qui écoutes la prière »). Dans cette optique, le Rama écrit que l’on répond amen à ces bénédictions, même si l’on est au milieu des bénédictions du Chéma. Le Choul’han ‘Aroukh, en revanche, considère ces deux bénédictions comme toutes les autres, auxquelles on ne répond pas amen si l’on est en train de réciter les bénédictions du Chéma (66, 3). Aussi, pour le Michna Beroura, le public commence la ‘Amida après que l’officiant a achevé la bénédiction Ha E-l haqadoch ; tandis que, selon l’usage séfarade, cela n’est pas nécessaire, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh 109, 1 ; cf. Yalqout Yossef I p. 280-281.

Malgré cela, j’ai donné ci-dessus une directive unifiée aux Séfarades et aux Ashkénazes, du fait qu’à Cha’harit, il y a une logique à ce que les Ashkénazes eux-mêmes commencent en même temps que l’officiant, et cela pour différentes raisons. 1) A priori, il y a lieu de tenir compte de l’opinion du Choul’han ‘Aroukh, selon lequel on ne répond pas amen à Ha E-l haqadoch au milieu des bénédictions du Chéma. Si donc on commence à prier en même temps que l’officiant, on sort du doute. 2) Du point de vue de la prière en minyan, il y a un intérêt à ce que l’ensemble des dix fidèles commencent à prier ensemble (comme il est expliqué au chap. 2, note 2. 3) Il est plus facile de répondre à la Qédoucha après la bénédiction Mé’hayé hamétim (« qui ressuscites les morts »)   qu’au milieu  de la bénédiction Emet véyatsiv. 4) Il se peut que le fait de prier en même temps que l’officiant et au sein du minyan soit considéré comme une substitution possible à la réponse amen (cf. Michna Beroura 109, 13-14).

A Min’ha, il est plus facile de recommander aux Ashkénazes ayant l’habitude de prier lentement de commencer avec l’officiant, de telle façon qu’ils puissent répondre au Qaddich qui suit la ‘Amida, puisque répondre amen au Qaddich n’est évidemment pas de moindre importance que de répondre amen à Ha E-l haqadoch. Et en ce qui concerne ceux qui prient rapidement, il est bon, même d’après l’usage séfarade, de commencer après Ha E-l haqadoch, afin de pouvoir répondre amen aux bénédictions de l’officiant, parmi lesquelles, précisément, Ha E-l haqadoch, bénédiction qui possède, de l’avis de certains, une importance particulière. De plus, en procédant ainsi, on évite de n’avoir rien à faire après avoir terminé sa ‘Amida.

[f]. Cohen, Cohanim : membre de la famille sacerdotale, chargée notamment de bénir l’assemblée. La bénédiction sacerdotale est précédée d’une ablution des mains (voir chapitre 20).

06 – Qédoucha

Au cours de la troisième bénédiction, on inclut la Qédoucha. L’essentiel de la Qédoucha réside dans le fait de répondre Qadoch, qadoch, qadoch, Ado-naï Tséva-ot, melo khol haarets kevodo (« Saint, saint, saint est l’Eternel, Dieu des Légions, toute la terre est emplie de Sa gloire », Is 6, 3), et Baroukh kevod Ado-naï mimeqomo (« Bénie soit la gloire de l’Eternel depuis son Lieu », Ez 3, 12). Jadis, il était d’usage que l’officiant lise seul les phrases de transition entre les passages dits en chœur par l’assemblée, tandis que celle-ci répondait par les versets Qadoch…, Baroukh…, et Yimlokh Ado-naï lé’olam, Elo-haïkh Tsion lédor vador, Alléluia (« L’Eternel régnera à jamais, ton Dieu, Sion, d’âge en âge, Alléluia », Ps 146, 10) (Choul’han ‘Aroukh 125, 1). De nos jours, l’usage veut, suivant la voie de Rabbi Isaac Louria, de mémoire bénie, que l’assemblée dise, elle aussi, les phrases de transition, après quoi l’officiant les prononce à voix haute ; puis l’assemblée lui répond par les versets de la Qédoucha (Michna Beroura 125, 2, Kaf Ha’haïm 2).

Les décisionnaires sont partagés quant au point de savoir si le verset Yimlokh est considéré lui aussi comme faisant partie intégrante de la Qédoucha, ou s’il doit être considéré comme l’une des phrases de transition prononcées par l’officiant. La conséquence pratique de cette controverse est que, si ce verset doit être considéré comme faisant partie de la Qédoucha, le fidèle qui se trouverait au milieu des bénédictions du Chéma et qui entendrait la Qédoucha devrait répondre à l’officiant, non seulement par les deux premiers versets de celle-ci (Qadoch et Baroukh), mais également par Yimlokh. Si, en revanche, ce verset ne doit pas être considéré comme appartenant à la partie essentielle de la Qédoucha, celui qui se trouverait au milieu des bénédictions du Chéma n’aurait à répondre que Qadoch et Baroukh[6].

Au total, pendant l’office de Cha’harit, on dit trois fois la Qédoucha : durant la bénédiction Yotser or (première des bénédictions du Chéma), durant la répétition de la ‘Amida, et pendant Ouva lé-Tsion (cf. chap. 23 § 2). Mais les décisionnaires divergent sur la question suivante : les règles de la Qédoucha s’appliquent-elles, non seulement à la Qédoucha de la ‘Amida, mais encore à celles de Yotser or et d’Ouva lé-Tsion ? Par conséquent, est-il obligatoire ou non de réciter la Qédoucha dans le cadre d’un minyan à ces deux occasions également ? En pratique, il a été décidé qu’il était permis de réciter seul ces passages. Pour lever le doute, il est bon que le particulier les chante selon la mélodie traditionnelle des téamim (signes musicaux), comme s’il lisait la Torah (voir chapitres 16 § 4 et 23 § 2). En revanche, la Qédoucha que l’on récite pendant la répétition de la ‘Amida constitue la Qédoucha par excellence : on ne la récite qu’en minyan.

Il est bon de se tenir debout, pieds joints, pendant la Qédoucha, car nous la prononçons sur le modèle des anges dont les jambes sont jointes, au point qu’elles semblent constituer une seule et même jambe (Choul’han ‘Aroukh 125, 2). Certains ont soin d’ajouter un supplément de perfection, en restant pieds joints jusqu’à la fin de la bénédiction Ha E-l haqadoch (Elya Rabba 125, 6). Cela n’est toutefois pas obligatoire, et nombreux parmi les grands maîtres d’Israël ont coutume de ne pas être rigoureux en la matière.

On a coutume de surélever un peu les talons quand on dit Qadoch, qadoch, qadoch, ainsi que Baroukh et Yimlokh, et d’élever les yeux, paupières closes, afin d’exprimer sa volonté de s’élever et de tendre vers les hauteurs. La source de cette coutume se trouve dans le Midrach (Beit Yossef et Rama 125, 2, Michna Beroura 6, Kaf Ha’haïm paragraphes 2 et 9).


[6]. Le Michna Beroura 125, 1 mentionne les deux opinions et, en 66, 17, écrit en pratique que l’on ne répond pas Yimlokh quand on se trouve au milieu des bénédictions du Chéma, car telle est l’opinion de la majorité des A’haronim. C’est aussi en ce sens que tranche le Ye’havé Da’at 6, 3. C’est également la règle qui s’applique lorsqu’on en est à la supplication qui se trouve à la fin de la ‘Amida (Elo-haï netsor, « Mon Dieu, préserve ma langue du mal… »), comme l’explique le Michna Beroura 122, 4. Toutefois, selon le ‘Aroukh Hachoul’han 66, 6, il n’y a rien de décisif en la matière, et l’on peut opter pour l’attitude de son choix. Le Kaf Ha’haïm 66, 18, après avoir cité de nombreux A’haronim qui pensent que Yimlokh ne s’inscrit pas dans la partie essentielle de la Qédoucha, dit que la conception décisive à ce sujet est conforme au Chaar Hakavanot, qui laisse entendre que Yimlokh fait partie de la Qédoucha. C’est aussi en ce sens que statue le Kaf Ha’haïm en 122, 1 et 124, 17. Autre conséquence pratique de cette discussion : si l’on se trouve au milieu de la ‘Amida, faut-il se taire également quand on entend Yimlokh? Cf. à ce sujet ‘Aroukh Hachoul’han 104, 13, Iché Israël 32, note 51.

07 – Quand l’officiant doit-il réciter les versets de la Qédoucha ?

L’officiant doit dire les versets Qadoch, Baroukh et Yimlokh en même temps que l’assemblée, afin de joindre sa récitation à celle de dix Juifs. Il les dit à voix haute, pour que, s’il se trouve une personne qui n’a pas encore terminé sa ‘Amida, elle puisse entendre l’officiant et s’acquitter ainsi de son obligation de se joindre à la Qédoucha, suivant le principe selon lequel celui qui écoute est semblable à celui qui répond (Choul’han ‘Aroukh 104, 7). Après avoir dit chacun des versets, l’officiant se tait un bref instant, afin que la majorité des fidèles termine de réciter les phrases de transition ; il les dit alors à voix haute.

Si la voix de l’officiant n’est pas assez forte pour se faire entendre parmi le chœur des fidèles, l’officiant attend quelque peu, jusqu’à ce que la majeure partie de l’assemblée ait terminé de réciter le verset, et que le volume sonore de cette récitation diminue un peu ; il commence alors à réciter le verset. De cette façon, il réunira deux avantages : d’une part, tout le monde pourra l’entendre, et d’autre part, dans la mesure où certains fidèles n’auront pas terminé la récitation du verset, il dira lui-même ce verset avec eux, parmi les voix du minyan.

Dans le cas où l’assemblée est si grande que la voix de l’officiant ne peut se faire entendre à moins d’attendre que tous les fidèles aient terminé de réciter le verset, il y a différentes opinions sur la conduite à tenir. Certains disent que l’essentiel est de dire les versets de la Qédoucha avec le public, et que l’on s’efforce simplement d’être entendu d’au moins dix fidèles. D’autres disent que l’essentiel est de pouvoir être entendu de tous, et qu’il ne faut pas craindre d’avoir à prononcer les versets, même si ce n’est pas de concert avec dix Juifs. En effet, puisqu’il s’agit de l’officiant, et dès lors qu’il se trouve un minyan pour l’écouter, les versets récités par cet officiant sont considérés comme récités au sein du minyan. Aussi l’officiant attendra-t-il de pouvoir faire entendre sa voix à tous. En pratique, chaque coutume a sa raison d’être[7].


[7]. Selon le Béour Halakha 125 (אלא), si l’officiant commence à dire le verset alors que l’assemblée n’a pas terminé de le prononcer, on considère que le verset est dit par l’officiant au sein du minyan, bien que la simultanéité ne soit pas entière entre l’officiant et l’ensemble de l’assemblée. Mais l’auteur est hésitant dans le cas où, même de cette façon, on ne peut entendre l’officiant : celui-ci pourra-t-il dire les versets après que l’assemblée aura terminé de les réciter ? Peut-on considérer que, si l’officiant les récite à voix haute, c’est bien pour acquitter les auditeurs de leur obligation et que, par conséquent, il n’est pas nécessaire de les réciter de concert avec dix fidèles, mais il suffit d’être entendu par dix fidèles ? Le Béour Halakha n’a pas tranché. Selon le recueil de responsa Divré Yossef (13), l’officiant doit dire les versets de concert avec l’assemblée. Selon les responsa Beit Yehouda 2, 3, on n’est pas pointilleux sur ce point, et c’est ce que laisse entendre Igrot Moché (Ora’h ‘Haïm 3, 4). Cf. Chéérit Yossef III p. 136, Iché Israël 24, 25 et notes.

Lorsqu’on récite la ‘Amida et que l’on s’interrompt pour pouvoir écouter l’officiant prononcer la Qédoucha, conformément aux indications du Choul’han ‘Aroukh 104, 7, mais que l’on ne parvient pas à entendre l’officiant, le Levouché Mordekhaï I 17 recommande de reporter son écoute sur l’un des fidèles qui récitent les versets. Cependant, nombreux sont ceux qui pensent que, puisque les fidèles qui répondent à l’officiant n’ont pas l’intention d’acquitter de leur obligation ceux qui sont encore au milieu de leur ‘Amida, reporter son écoute sur un membre du chœur ne serait pas utile. Aussi, ajoutent-ils, si l’on n’entend pas l’officiant, il vaut mieux continuer de réciter sa ‘Amida. C’est ce qu’écrit le Kaf Ha’haïm 104, 36 et c’est ce qui ressort d’Igrot Moché.

08 – Modim derabbanan ; autres règles

Lorsque l’officiant arrive à la bénédiction Modim (bénédiction de la reconnaissance), toute l’assemblée se prosterne avec lui et récite le Modim derabbanan, dont le texte diffère du Modim principal, comme l’explique le Talmud (Sota 40a).

Toute l’assemblée se prosterne pour le Modim derabbanan, et cette prosternation se fait de la même façon que celle du Modim de la ‘Amida récitée à voix basse (Michna Beroura 127, 2, Kaf Ha’haïm 1 ; cf. ci-dessus, chap. 17 § 6).

Certains disent que l’on doit également se prosterner quand on termine de dire le Modim derabbanan. D’autres encore pensent qu’il est souhaitable de dire l’intégralité du Modim derabbanan courbé. Mais l’usage répandu est de ne se prosterner qu’au début, et tel doit être l’usage selon Rabbi Isaac Louria (cf. Choul’han ‘Aroukh et Rama 127, 1 ; Kaf Ha’haïm 10).

Dans la répétition d’une ‘Amida qui aurait normalement requis la bénédiction sacerdotale (Birkat Cohanim), telle que Cha’harit, Moussaf, ou encore Min’ha des jours de jeûne, l’officiant dit, s’il ne se trouve pas de Cohen pour bénir l’assemblée, une prière brève à la place de la bénédiction sacerdotale. L’assemblée répond ken yehi ratson (« que telle soit Ta volonté »).

Il existe deux versions de la bénédiction de la paix : Sim chalom… (« Instaure la paix… ») et Chalom rav… (« Une grande paix… »). Selon l’usage séfarade et sfard (rituel conforme à l’enseignement de Rabbi Isaac Louria), on dit Sim chalom à chaque ‘Amida. Selon l’usage ashkénaze, pour une ‘Amida où la bénédiction sacerdotale est normalement requise, on dit Sim chalom ; quand la bénédiction sacerdotale n’est pas requise, on dit Chalom rav. Si l’on a substitué un texte à l’autre par erreur, on est quitte (Rama 127, 2, Michna Beroura 13, Kaf Ha’haïm 24)[8].

Si l’officiant s’est troublé au point de ne plus pouvoir continuer sa répétition, on attend qu’il se reprenne, et s’il ne réussit décidément pas à poursuivre, on désigne un remplaçant. Si l’incident s’est produit dans l’une des bénédictions médianes, le second officiant reprend à la première de ces bénédictions. Et s’il s’est agi de l’une des trois premières ou des trois dernières bénédictions, le second officiant reprend à la première de cette série de trois bénédictions (Choul’han ‘Aroukh 126, 1-2)[9].


[8]. Selon le Béour Halakha 127, 2 (אבל), si l’on s’aperçoit, à Cha’harit, au milieu de cette bénédiction, que l’on est en train de dire la version commençant par Chalom rav, on se reprend, tant que l’on n’a pas conclu cette bénédiction par sa formule finale (Baroukh Ata…). En effet, la version Chalom rav est plus courte, et il y manque donc certaines paroles que l’on dit dans la version Sim chalom. En revanche, si l’erreur a consisté à dire Sim chalom le soir, et que l’on s’en souvienne au milieu de la bénédiction, il n’est pas nécessaire de se reprendre, puisque cette version « inclut » celle de Chalom rav. Selon le rituel de la plupart des ‘Hassidim, on dit Sim chalom tous les jours à Min’ha ; selon toute vraisemblance, la raison en est la suivante : les jours de jeûne, on dit la bénédiction sacerdotale à Min’ha [car, bien qu’on soit en milieu de journée, le jeûne a pour effet qu’il n’est pas à craindre que les Cohanim aient bu du vin, ce qui les empêcherait de bénir l’assemblée] ; cela veut bien dire que, n’était-ce la crainte d’ébriété [qui est levée les jours de jeûne], tout office de Min’ha requerrait la bénédiction sacerdotale ; aussi convient-il de dire Sim chalom.
[9]. Selon le Choul’han ‘Aroukh 126, 3, un officiant qui aurait oublié de dire, dans la répétition, le passage Yaalé véyavo à Roch ‘hodech ou à ‘Hol hamoed, et qui aurait achevé cette répétition, n’aurait pas besoin de reprendre celle-ci au début, bien qu’un particulier, pour la même erreur, doive se reprendre. En effet, le caractère du jour sera mentionné par la suite dans la ‘Amida de Moussaf ; aussi, pour éviter de peser sur le public, on n’exige pas de reprendre la répétition de l’officiant. Toutefois, si ce-dernier n’a pas encore terminé sa répétition, il reprend à Retsé (bénédiction dans laquelle Yaalé véyavo est inclus), afin de pouvoir ajouter Yaalé véyavo. En effet, une telle reprise courte n’entraîne pas un grand dérangement pour le public. Un officiant qui se serait trompé dans la ‘Amida qu’il a dite à voix basse n’a pas besoin de se reprendre, car il s’acquittera de son obligation par le biais de la répétition (Choul’han ‘Aroukh 126, 4).

09 – Peut-on rattraper la répétition de l’officiant ?

Quand dix Juifs ont prié, chacun de son côté, et qu’ils se rassemblent ensuite en un même endroit, ils n’ont pas le statut de minyan, puisque chacun a prié en tant que particulier. Aussi n’y a-t-il pas lieu de dire la répétition de la ‘Amida (Radbaz, Michna Beroura 69, 1 ; Kaf Ha’haïm 1. En revanche, pour le bénéfice des retardataires, on ajoute Barekhou à la fin de l’office, comme nous le verrons au chap. 23 § 9).

Mais si l’un des dix Juifs présents dans la même pièce n’a pas encore prié, il dira, une fois arrivé à la bénédiction Yichtaba’h, le Qaddich ainsi que Barekhou. Et lorsqu’il parviendra à la ‘Amida, il prononcera les trois premières bénédictions à voix haute, et les autres Juifs se joindront à lui pour réciter la Qédoucha. De cette façon, tous pourront bénéficier du Qaddich, de Barekhou et de la Qédoucha. C’est la règle dite de Pores ‘al Chéma.

De même, lorsqu’un particulier arrive en retard à l’office, si neuf hommes se trouvent là, qui sont prêts à répondre à sa suite, il dira, une fois arrivé à Yichtaba’h, le Qaddich et Barekhou ; et une fois arrivé à la ‘Amida, il récitera les trois premières bénédictions à voix haute et bénéficiera de la Qédoucha[10].

Quand six hommes se rassemblent pour prier, et que quatre autres, qui ont déjà prié, se joignent à eux, l’officiant peut faire l’ensemble de l’office : en effet, puisque dix Juifs sont rassemblés et que la majorité d’entre eux n’a pas encore prié, le statut de minyan leur est appliqué[11].

Mais si seulement cinq d’entre eux n’ont pas prié, la règle à eux applicable est semblable à celle qui s’applique au particulier : lorsqu’ils arrivent à Yichtaba’h, on dit le Qaddich et Barekhou, et quand on arrive à la ‘Amida, l’un des cinq récite les trois premières bénédictions à voix haute, puis on récite la Qédoucha (voir Béour Halakha 69 Omer).


[10]. Certains pensent que ce particulier, auquel l’assemblée accepte de répondre, devra dire le Qaddich après avoir dit Ta’hanoun (cf. chap. 21), et le Qaddich Titqabal après avoir terminé Ouva lé-Tsion (chap. 23). C’est ce qu’écrivent le Kaf Ha’haïm 56, 37 et Iché Israël 34, 4. Les notes du Ich Matslia’h sur le chapitre 69 du Choul’han Aroukhrapportent que, selon certains, on ne dit le Qaddich Titqabal que dans le cas où trois des dix personnes n’avaient pas encore prié avant l’arrivée de l’officiant retardataire. Selon d’autres, il faut six des dix personnes. Le Ich Matslia’h ajoute que chaque endroit va suivant son usage. Il semble que l’usage soit de ne dire les Qaddich qui suivent la ‘Amida que dans le cas où six fidèles n’auraient pas encore prié avant l’arrivée de l’officiant.

Si l’on s’en tient au droit strict, dans le cas où celui qui n’a pas encore prié n’est pas à même de le faire à haute voix, un autre fidèle peut officier pour son compte, réciter pour lui le Qaddich et Barekhou, dire à haute voix les trois premières bénédictions de la ‘Amida, puis poursuivre à voix basse jusqu’à la fin de la ‘Amida (cf. Rama 69, et Michna Beroura 17).

[11]. Le Radbaz parle d’un cas où six hommes commencent à réciter la ‘Amida, dans l’espoir que quatre autres personnes arrivent, et où, après avoir terminé la ‘Amida à voix basse, on constate effectivement que quatre personnes, qui ont déjà prié, sont arrivées, et que ces quatre personnes sont prêtes à compléter le minyan. Dans un tel cas, on peut soutenir, d’après le Radbaz, que, du fait qu’ils ne constituaient pas un minyan au moment où ils priaient à voix basse, les fidèles ne peuvent réciter la répétition. Mais nombreux sont ceux qui pensent que, dans la mesure où, d’une part, les premiers se sont rassemblés en vue de prier en minyan, où d’autre part ils espéraient que le minyan serait complété, et où enfin ils constituaient la majorité d’un minyan, ils peuvent procéder à la répétition. C’est ce qu’écrit le Har Tsvi (Ora’h ‘Haïm 1, 51). C’est aussi ce qu’écrit le Chéérit Yossef II p. 190.

01 – Le commandement de Birkat Cohanim

La Torah fait obligation aux prêtres (Cohanim)[a] de bénir le peuple d’Israël, comme il est dit (Nb 6, 22-26) :

L’Eternel parla à Moïse en ces termes : Parle à Aaron et à ses fils et dis-leur : « Ainsi bénirez-vous les enfants d’Israël ; vous leur direz : “Que l’Eternel te bénisse et te garde ; que l’Eternel t’éclaire de Sa face et te prenne en grâce ; que l’Eternel porte Sa face vers toi et te donne la paix.” » Ils placeront Mon nom sur les enfants d’Israël et Je les bénirai.

Ce commandement s’applique chaque jour. Quand un Cohen que l’on a appelé à monter sur l’estrade s’y refuse, et bien qu’en droit strict il ne transgresse en cela qu’un seul commandement de la Torah, on considère en pratique qu’il en transgresse trois. En effet, la formulation des versets laisse entendre que le Saint béni soit-Il désire bénir Israël : par trois fois, et dans des termes dénotant l’impératif et l’empressement, la Torah enjoint les Cohanim de bénir Israël, comme il est dit : « Ainsi bénirez-vous… Vous leur direz… Ils placeront Mon nom ». Aussi, le refus d’un Cohen d’accomplir la volonté du Créateur en bénissant le peuple juif est-il considéré comme une transgression de trois mitsvot de la Torah (Sota 38b ; Maïmonide, Téphila 15, 12).

Même dans le cas où un Cohen a déjà béni Israël le même jour, c’est pour lui une mitsva de monter de nouveau sur l’estrade et de procéder une nouvelle fois à la bénédiction dans le cadre d’un autre minyan, s’il est appelé à le faire. Toutefois, s’il ne monte pas la deuxième fois, il ne lui est pas compté de transgression d’une obligation de rang toranique (Choul’han ‘Aroukh 128, 3).

Le Séfer ‘Harédim (12, 18) énonce un grand enseignement : ce ne sont pas seulement les Cohanim qui accomplissent un commandement de la Torah en procédant à la bénédiction sacerdotale, mais les Israélites eux-mêmes, qui se tiennent face à eux en silence, recueillis, et qui répondent amen à leur suite, sont associés aux prêtres dans l’accomplissement du commandement toranique.

À travers la Birkat Cohanim, nous apprenons à prêter attention à un fait essentiel : c’est le Saint béni soit-Il qui nous dispense la bénédiction ; et notre présence quotidienne pour recevoir la bénédiction sacerdotale enracine en nous la foi en ce principe (Guide des Egarés III, 44 ; Ha’aqéda 74). Plus on est conscient du fait que c’est le Saint béni soit-Il qui bénit son peuple Israël par amour, plus on s’ouvre et l’on se dispose à recevoir la bénédiction (cf. Séfer Ha’hinoukh, commandement n°378). Le libre-arbitre est un fondement du monde. Aussi la bénédiction que le Saint béni soit-Il nous dispense est-elle liée à notre propre intervention ; ou, selon les termes de la Kabbale : « De l’éveil d’en bas dépend l’éveil d’en-haut. » En d’autres termes, par l’éveil de notre volonté de recevoir Sa bénédiction, s’éveille la volonté supérieure de déverser la bénédiction sur Israël. Par l’accomplissement de la mitsva de la Birkat Cohanim, le peuple juif exprime sa volonté de recevoir la bénédiction divine.


[a]. Cohen, pluriel Cohanim: prêtre. Dans la suite du texte, nous utiliserons les termes Cohen et Cohanim, suivant l’usage de l’étude juive, sans les traduire systématiquement par prêtre(s).

02 – La kavana de l’assemblée des Israélites durant la bénédiction

Pendant la Birkat Cohanim, chaque fidèle israélite doit se tenir face aux Cohanim, en concentrant son attention sur la bénédiction, sans regarder les Cohanim ni quoi que ce soit, afin de ne pas détourner son esprit de la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 128, 23 ; Michna Beroura 89)[1]

Nos sages ont décrété que, lorsqu’un Cohen est affecté d’une anomalie physique telle qu’elle pourrait conduire certains fidèles à le contempler et à ne plus appliquer leur esprit à la bénédiction, ce Cohen ne se joint pas à la bénédiction des prêtres. Aussi, à l’époque où les Cohanim n’avaient pas encore l’usage de recouvrir de leurs taliths leurs visages et leurs mains, un Cohen affecté d’un défaut au visage ou aux mains –  tel qu’une clarté inhabituelle de l’épiderme, ou des doigts courbés – ne montait pas sur l’estrade. Mais de nos jours où tous les Cohanim ont coutume de recouvrir de leurs taliths leurs visages et leurs mains, un défaut qui affecterait le visage où les mains d’un Cohen n’empêche plus celui-ci de se joindre à la bénédiction. En revanche, si un défaut visible affecte la jambe d’un Cohen, il ne participe pas, même aujourd’hui, à la Birkat Cohanim, de crainte que cela ne détourne l’attention des fidèles. Toutefois, s’il réside de façon permanente dans le voisinage de la communauté, si bien que son défaut n’excite plus la curiosité des gens, ce Cohen peut monter sur l’estrade, puisque la chose n’est vraisemblablement pas susceptible d’attirer l’attention des fidèles (Choul’han ‘Aroukh 30, 31).

De même, si l’on possède une prononciation inhabituelle, par exemple si l’on prononce la lettre aleph (non gutturale) en la confondant avec le ‘ayin (guttural), on ne participe pas à la Birkat Cohanim, car la chose est susceptible de détourner de la bénédiction l’attention des auditeurs. Mais si l’on a une prononciation habituelle, quoique l’on ne produise pas de façon précise les gutturales ‘ayin ou ‘heth, cela n’est pas susceptible d’attirer l’attention des auditeurs, dans la mesure où cette prononciation est connue. Il en va de même pour toutes les prononciations notoires : ashkénaze, yéménite etc. : puisque ces prononciations sont connues, elles ne sont pas susceptibles d’attirer l’attention. Ce n’est que si l’on confond ou altère véritablement la prononciation des lettres, au-delà de ce qui est habituel, ou encore si l’on bégaye beaucoup, que l’on ne se joindra pas à la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 128, 33 ; Michna Beroura ad loc.).

En tout état de cause, nous apprenons de ces règles combien les auditeurs doivent se concentrer durant la bénédiction des prêtres, puisque nos sages ont décidé que tout Cohen affecté d’une chose susceptible de suspendre la concentration des fidèles ne monterait pas sur l’estrade.


[1]. Après la Birkat Cohanim, on trouve un texte destiné à la récitation des fidèles, intitulé Adir bamarom. Toutefois les décisionnaires sont partagés sur le moment où il convient de le lire. Selon le Choul’han ‘Aroukh 130, 1, on doit dire Adir bamarom après le rituel de réparation des mauvais rêves (Hatavat ‘halom), rituel qui se dit lui-même à l’occasion de la Birkat Cohanim. C’est ce que laisse entendre le Talmud, Berakhot Le Kaf Ha’haïm 130, 9, suivant le Zohar, dit qu’il ne faut pas réciter ce texte durant la bénédiction Sim chalom. Le Michna Beroura 130, 6 rapporte que certains ont l’usage de dire Adir bamarom après chaque bénédiction sacerdotale, et qu’on le dit pendant que l’officiant récite Sim chalom. Cette opinion trouve sa source dans les propos du Rif, du Roch et du Taz. Chacun continuera selon sa coutume.

03 – Où se tiennent les destinataires de la bénédiction

Lorsque les Cohanim procèdent à la bénédiction, les destinataires de celle-ci doivent se tenir face à eux, comme il est dit (Nb 6, 23) : « Ainsi bénirez-vous les enfants d’Israël : vous leur direz… ». Nos sages, de mémoire bénie, apprennent de ce verset que la bénédiction des Cohanim doit se faire à l’exemple de la conversation de l’homme avec son prochain : il faut parler face à face et à haute voix, de façon que tous les destinataires de la bénédiction puissent entendre.

Tandis que les Cohanim, émetteurs de la bénédiction, doivent se tenir debout, la  stricte règle de droit permet aux destinataires de la bénédiction de rester assis. Toutefois, tout le monde a l’usage de se lever au moment de la Birkat Cohanim. Mais si un homme est malade ou faible, et qu’il lui soit difficile de se tenir debout, il peut rester assis au moment de la bénédiction (Michna Beroura 128, 51 ; Tsits Eliézer 14, 18).

Si l’on se tient derrière les Cohanim, on n’est pas inclus dans la bénédiction ; mais si l’on se tient véritablement à leur côté, on tournera la tête en leur direction, et l’on sera inclus dans la bénédiction. Ceux qui s’assoient aux premières rangées de la synagogue doivent évaluer leur situation à l’égard des Cohanim : s’ils leur font face, ou font véritablement face à leur côté, ils peuvent rester à leur place en orientant leur visage en leur direction. Mais si leur place est située derrière les Cohanim, ils doivent changer de place pendant la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 128, 24).

Toute personne qui, à la synagogue, se tient à face aux Cohanim, est incluse dans la bénédiction. Même si des gens de haute taille se tiennent devant soi, ou s’il se trouve un pilier devant sa place, qui font écran entre les Cohanim et soi-même, on reste inclus dans la bénédiction, dans la mesure où l’on se trouve face aux Cohanim. En revanche, si l’on se tient devant les Cohanim mais en leur tournant le dos, on n’est pas inclus dans la bénédiction.

Si, en raison d’une contrainte, on ne peut se rendre à la synagogue, par exemple si l’on doit se rendre à son travail, ou si l’on est une femme ou un enfant et que l’on n’aille pas à la synagogue, on est néanmoins inclus dans la bénédiction. En effet, la bénédiction sacerdotale est destinée à l’ensemble du peuple juif. Seuls ceux qui pourraient venir se tenir devant les Cohanim et négligent de le faire ne sont pas inclus dans la bénédiction[2].


[2]. Si l’on est en train de réciter la ‘Amida alors que l’on se tient derrière les Cohanim, on ne se déplace pas en plein milieu de la ‘Amida pour se tenir devant eux. Il semble qu’il faille considérer un tel cas comme un cas de contrainte (oness). Aussi, le fidèle ainsi contraint bénéficie-t-il de la bénédiction à l’endroit où il se trouve. L’usage est semblable à celui de l’officiant : même quand les Cohanim sont placés derrière l’officiant, celui-ci ne va pas se placer face à eux. Bien que la marche ne soit pas une interruption complète, il ne faut pas marcher à moins d’y être obligé. Il est vraisemblable que l’officiant soit, dans un tel cas, considéré comme contraint, et qu’il bénéficie donc de la bénédiction à l’endroit où il se tient. (Le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm V 20, 23 écrit cependant qu’il faut marcher ; toutefois dans le vol. IV 21, 2, il écrit différemment.)

Quand le fidèle récite la ‘Amida et que l’assemblée arrive à la Birkat Cohanim, le fidèle se tait et se concentre sur la bénédiction. Certes, en ce qui concerne la Qédoucha et l’Amen yehé Chemeh rabba du Qaddich, on n’est pas obligé de s’interrompre. Mais quand il s’agit de la Birkat Cohanim, puisque certains sont d’avis que les Israélites, destinataires de la bénédiction, accomplissent eux-mêmes une mitsva de la Torah par leur écoute, il faut s’interrompre et écouter, sans toutefois répondre amen. Si, en revanche, on prie simultanément avec l’officiant, on répond amen aux trois versets de la Birkat Cohanim. Mais pour la bénédiction qui précède lesdits versets (Baroukh Ata… acher qidechanou biqdouchato chel Aharon vé-tsivanou levarekh et ‘amo Israël béahava – « Sois béni… qui nous as sanctifiés par la sainteté d’Aaron et nous a ordonné de bénir Ton peuple Israël par amour »), certains disent qu’il ne faut pas répondre amen à moins d’avoir achevé la ‘Amida, même dans le cas où l’on va au même rythme que l’officiant. Cf. Michna Beroura 128, 79 qui écrit cela au sujet de l’officiant lui-même ; voir aussi Nessiat Kapaïm Kéhilkhata 15, Iché Israël 33, 3.

04 – Quatre règles toraniques

Quatre règles de rang toranique gouvernent l’accomplissement de la bénédiction sacerdotale : « On ne fait la bénédiction qu’en langue sainte, debout, en étendant les mains et à haute voix » (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 128, 14). Quand il est impossible d’accomplir quelqu’une de ces quatre règles, on ne procède pas à la bénédiction.

La première règle est que la bénédiction se dit en hébreu. On le sait, de nombreux commandements s’accomplissent par le biais de la parole. Nos sages expliquent, dans la Michna (Sota 32a), que les mitsvot de lecture du Chéma, de la ‘Amida et du Birkat hamazon (actions de grâce après le repas), peuvent s’accomplir dans d’autres langues que l’hébreu (voir ci-dessus chap. 1 § 10 ; chap. 16 § 9) ; tandis que la Birkat Cohanim doit se réciter uniquement dans la langue sainte, comme il est dit (Nb 6, 23) : « Ainsi bénirez-vous », c’est-à-dire dans cette langue, consignée dans la Torah.

L’explication à cela est peut-être la suivante : le Chéma a pour objet d’exprimer verbalement notre foi, aussi la langue dans laquelle on professe cette foi n’est-elle pas d’une importance centrale. De même, en ce qui concerne la ‘Amida, le principal est d’exprimer notre prière de façon compréhensible. Tandis que la Birkat Cohanim est une bénédiction qui vient de Dieu en notre direction, et la langue dans laquelle le Saint béni soit-Il dévoile sa volonté dans le monde est la langue sainte. Aussi les Cohanim sont-ils tenus de réciter la bénédiction divine dans les termes mêmes où elle est écrite dans la Torah.

La deuxième règle est que la Birkat Cohanim doit se réciter debout. Aussi, un Cohen faible ou handicapé, obligé de s’asseoir sur une chaise roulante et ne pouvant tenir sur ses jambes, même durant le temps de la bénédiction, n’y participera pas. En effet, le corps de lois régissant la bénédiction sacerdotale est comparable à celles qui régissent le service des prêtres dans le Temple, comme il est dit (Dt 10, 8) : « Pour servir et bénir en Son nom » : de même que le service dans le Sanctuaire se fait debout, ainsi la bénédiction doit-elle être dite debout (Sota 38a).

La présentation entière de l’homme est quand il est dressé : c’est de cette façon qu’il est visible de la tête aux pieds ; cela traduit l’idée de l’ensemble de ses facultés, spirituelles et matérielles. Pour que le service des prêtres et leur bénédiction atteignent la perfection, ils doivent se réaliser précisément debout.

La troisième règle est que les Cohanim doivent étendre leurs mains au moment de la bénédiction, c’est-à-dire les diriger vers les destinataires de celle-ci, comme il est dit (Lev 9, 22) : « Aaron étendit les mains en direction du peuple et le bénit. » Un Cohen dont les mains sont faibles ou tremblantes, et qui n’aurait pas la force de les maintenir levées pendant la bénédiction, n’est pas autorisé à monter sur l’estrade pour y prendre part. Même s’il installait une courroie ou un support destinés à l’aider à garder les mains levées, cela ne serait pas juridiquement efficace, car le Cohen doit étendre les mains par lui-même, sans aucune aide (Michna Beroura 128, 52).

Rabbi Na’hman de Breslev explique que le fait de lever les bras traduit le puissant désir du cœur de bénir Israël par amour. Il y a un lien et une relation directe entre les bras et le cœur ; la proximité physique des bras et du cœur en est l’indice. Aussi les mouvements des bras sont-ils un mode d’expression du cœur, comme il est dit : « Elevons nos cœurs, placés sur nos mains, vers le Dieu des cieux » (Lam 3, 41). Lorsque les Cohanim étendent leurs bras pour bénir Israël, ils expriment l’amour du cœur à l’égard d’Israël, cela avec une grande puissance (Liqouté Halakhot, Nessiat Kapaïm 5, 3).

Le Rav Kook ajoute que le fait de lever les bras en avant de soi connote le futur. Les bras avancent en effet au-delà de l’endroit où se tient le corps. Les Cohanim élèvent donc les mains pour exprimer leur aspiration à un monde parfait, réparé, et leur prière pour y parvenir (‘Olat Reïya I 284).

La quatrième règle prévoit que les Cohanim doivent prononcer la bénédiction à haute voix, afin que tous les fidèles présents à la synagogue puissent les entendre, comme il est dit : « Vous leur direz », ce que nos maîtres commentent : « A la manière d’un homme parlant à son prochain » (Sota 38a). Si la synagogue est petite, il suffit que le Cohen prononce la bénédiction d’une voix moyenne, puisque c’est de cette façon que l’on a l’habitude de se parler dans une pièce de petites dimensions. Si la synagogue est grande, il faut réciter la bénédiction à voix haute, de telle façon que, même si chaque Cohen se trouvait seul à la prononcer, tous les fidèles l’entendraient. Un Cohen dont la voix est faible, au point qu’il est presque impossible de l’entendre, ne participe pas à la bénédiction sacerdotale (Michna Beroura 128, 53). Toutefois, s’il se trouve d’autres Cohanim, dont les voix s’entendent bien, il devient permis au Cohen dont la voix est faible de monter sur l’estrade avec les autres pour prendre part à la Birkat Cohanim (cf. Tsits Eliézer  15,21).

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