La Prière juive au féminin

02. Pourquoi les femmes sont dispensées des mitsvot positives conditionnées par le temps

La raison la plus simple et la plus couramment donnée, pour expliquer la dispense faite aux femmes des mitsvot « positives » (obligations de faire) qui sont conditionnées par le temps, est que les femmes doivent pouvoir réaliser leur vocation, qui est de construire leur maison familiale. Une grande responsabilité repose sur les femmes : bâtir et préserver la famille, cellule sur laquelle est basé notre avenir individuel et national. Cette responsabilité émane de leur nature même, telle que la création la leur donne : ce sont elles qui enfantent et allaitent. Cette responsabilité émane encore du caractère que leur confère leur féminité et leur maternité : ce caractère possède des aptitudes qui conviennent précisément à la construction de la famille et à son développement. Bien souvent, la responsabilité de diriger la maison, d’élever et d’éduquer les enfants, exige un dévouement qui se poursuit tout au long du jour et de la nuit ; or si les femmes étaient assujetties à la responsabilité d’observer les mitsvot conditionnées par le temps, dont l’accomplissement exige de cesser son activité courante, elles ne pourraient pas s’occuper convenablement de leur famille (d’après Aboudraham et Séfer ‘Hassidim 1011).

On peut également expliquer de cette manière le fait que les femmes sont dispensées de la mitsva d’étudier la Torah. L’étude de la Torah exige un grand dévouement, aussi bien dans la jeunesse, quand il s’agit d’acquérir les bases de l’étude, qu’ensuite, tout au long de la vie, lorsqu’on y consacre des heures, quotidiennement. Or si les femmes avaient l’obligation d’étudier la Torah, elles ne pourraient se consacrer à la construction de la famille. Il est certain que les femmes doivent, elles aussi, apprendre à vivre conformément aux directives de la Torah ; mais, elles n’ont pas l’obligation d’étudier la Torah de façon fondamentale et minutieuse, dans le dessein d’approfondir une connaissance théorique. En la matière, la tension continue qui est le lot des hommes – lesquels sont tenus de progresser constamment dans leur compréhension de la Torah – a été épargnée aux femmes.

De cela, nous pouvons comprendre combien grande est la valeur de la famille : pour favoriser le développement de celle-ci, la Torah a exempté les femmes de la mitsva de l’étude toranique et des mitsvot positives qui sont conditionnées par le temps.

Il faut ajouter que, du fait même que la loi dispense les femmes de la mitsva d’étudier la Torah et des commandements positifs conditionnés par le temps, nous pouvons inférer que, par leur nature intime, elles ont moins besoin de ces mitsvot ; même sans ces dernières, elles peuvent parvenir à la perfection dans leur personnalité (comme nous le verrons au paragraphe 5 ; cf. Yalqout Chim’oni sur le livre de Samuel, 78). D’après cela, on peut comprendre que, même quand la femme n’a pas la charge d’une famille, elle reste dispensée de ces commandements.

03. Intellect et sentiment

Notre maître et guide le Rav Tsvi Yehouda Kook – que la mémoire du juste soit bénie – avait l’habitude d’insister sur le principe d’égalité entre l’homme et la femme. Simplement, après avoir posé ce principe essentiel, il s’intéressait parfois à ce qui différencie l’homme de la femme : « Le principe de l’intellect se ressent davantage chez l’homme. Face à cela, le côté du sentiment humain apparaît davantage chez la femme » (Si’hot Ha-Ratsia, Bamidbar p. 413). Bien entendu, chez les hommes, eux aussi, il y a du sentiment, et chez les femmes, elles aussi, il y a de l’intellect ; mais en général, les hommes inclinent davantage à la spéculation, tandis que les femmes inclinent davantage à l’émotion et au sentiment. Cette proposition s’est vue renforcée récemment par diverses études sur le cerveau et l’esprit, d’où il ressort qu’il y a deux formes d’intelligence, une intelligence intellectuelle (mesurée par le quotient intellectuel) et une intelligence émotionnelle (mesurée par le quotient émotionnel).

En raison de cette différence, il se peut que l’homme soit plus actif dans certains domaines, tandis que la femme y est plus passive, plus « agie ». Après que l’intellect est parvenu à certaines conclusions, il tend à créer, à construire, tandis que la caractéristique du sentiment est d’intégrer des impressions attachées aux événements alentour, si bien que le sentiment n’initie pas les événements, mais s’imprègne d’eux. C’est pourquoi nous trouvons, dans les théories des sages de la Torah des générations anciennes, l’idée que l’homme a davantage tendance à influer, tandis que la femme a davantage tendance à recevoir.

Par ces deux caractéristiques, qui se complètent mutuellement, nous pouvons nous relier avec perfection au divin, grandir dans notre foi, vivre une vie de Torah, et réparer le monde par le règne du Tout-Puissant.

Par l’intellect, analytique et normatif, nous fixons les principes propres à conduire nos existences. Et par le sentiment naturel, vivace, nous pouvons intégrer davantage la foi et la vitalité dont la Torah est porteuse.

Dans les paragraphes suivants, nous tenterons, avec l’aide de Dieu, de développer cette idée, en nous fondant sur l’enseignement du Rav Avraham Yits’haq Kook – que le souvenir du juste soit béni – et de son fils, notre maître et guide le Rav Tsvi Yehouda Kook – que le souvenir du juste soit béni[1].


[1]. Pour approfondir le propos, voir Si’hot Ha-Ratsia, Béréchit p. 77-78 ; Bamidbar p. 411-416 ; ‘Olat Reïya I p. 71-72 ; ‘Ein Aya, Berakhot 7, 46 ; voir aussi Chabbat 33b ; Tan’houma, Vayéra 22 ; Baba Metsia 59a ; Nida 45b.

04. Qualités masculines et intellect

L’intellect distingue l’être humain d’entre toutes les créatures vivantes. Par l’intellect, l’être humain peut mener des recherches, parvenir à des conclusions, programmer son activité, apporter des changements significatifs au monde. Par l’intellect, les humains sont capables de collaborer, de s’organiser en tant que collectivité, d’atteindre des résultats formibles. Aussi est-ce l’intellect qui guide l’homme et la société. C’est par l’intellect que sont fixés les principes, les fondements sur lesquels est basée la vie humaine. De ce point de vue, l’intellect est objectif/universel ; tandis que le sentiment est subjectif/particulier, comme l’est l’impression personnelle, à l’inverse des principes et des fondements prescriptifs. L’intellect donne à tout concept une définition générale constante, et lorsque ces concepts sont intégrés dans l’ordre des sentiments, ils se ramifient en une infinité de nuances, selon les caractéristiques individuelles de chacun. Au sein même de l’individu, les concepts sont intégrés en de diverses nuances, suivant son état d’esprit changeant.

D’après cela, nous pouvons comprendre la grandeur de la mitsva d’étudier la Torah, qui s’accomplit par le biais de l’intellect. C’est sur l’étude, exacte, investigatrice, que s’appuie la conception intellectuelle de la Torah, d’après laquelle il devient possible de conduire le monde et de le réparer.  C’est également le propos des mitsvot « positives » conditionnées par le temps, qui mettent en évidence, de façon circonscrite, des idées importantes, à la lumière desquelles le peuple juif se doit d’aller. La lecture du Chéma, par exemple, rappelle les fondements de la Torah et de la foi ; les tsitsit, dont le port est prescrit de jour, rappellent, au sein du vêtement, l’ensemble des mitsvot, et mettent en garde contre le penchant au mal ; de même, toutes les mitsvot conditionnées par le temps mettent l’accent sur des valeurs toraniques qui doivent diriger notre vie. Nous pouvons également comprendre d’après cela pourquoi la conduite des affaires est davantage confiée aux hommes : rois, juges, magistrats, policiers, militaires. En ce sens, les sages, de mémoire bénie, ont dit : « Il n’est de femme convenable que celle qui fait la volonté de son mari » (Elyahou Rabba 10 ; Yalqout Chim’oni, Chofetim 42).

05. Qualités féminines et sentiment

Face à cela, le sentiment, qui reçoit et s’impressionne, est à même de faire sienne, avec plus de naturel et de vitalité, la foi (émouna). De ce point de vue, la femme est plus proche du divin, et de ce point de vue, elle est plus universelle. En effet, de la manifestation universelle du divin, qui fait vivre le monde, découle la conception de l’ensemble des principes que définit l’intellect. Cette qualité féminine réside dans la matière même dont elle est créée. L’homme est créé à partir de la terre, tandis que la femme est créée à partir d’une matière plus affinée : le côté d’Adam. Or, puisque la matière dont la femme est créée est plus élevée, elle peut, de façon naturelle, intégrer le divin. L’intuition féminine est plus proche de la foi ; aussi, sans qu’il soit besoin d’éclaircissements intellectuels mis en jeu par l’étude toranique, et sans la médiation des commandements focalisés sur une valeur déterminée, que sont les commandements que le temps conditionne, les femmes peuvent se relier profondément à la Torah et à sa voie. Tandis que les hommes, pour se relier à la foi et à la Torah, ont besoin de l’étude toranique et des mitsvot conditionnées par le temps.

Nous voyons de même que, lors de tous les grands événements qu’a connus le peuple d’Israël, la grandeur des femmes a été plus manifeste que celle des hommes ; c’est qu’elles ont précédé les hommes dans leur choix du chemin de la foi. À ce qu’il semble, l’analyse intellectuelle masculine suffit à une situation ordinaire, mais quand il faut un supplément d’esprit, un niveau supérieur de foi, ce sont les caractères féminins qui sont précisément nécessaires. « Rabbi Aqiba a enseigné : “Par le mérite des femmes vertueuses, Israël sortit d’Egypteˮ » (Yalqout Chim’oni sur Psaumes, 795 ; cf. Rachi sur Ex 38, 8). Lors du don de la Torah, Dieu se tourna d’abord vers les femmes (Rachi sur Ex 19, 3, d’après le commentaire midrachique de nos sages, de mémoire bénie). De même, c’est d’une femme que nous apprenons l’honneur que nous devons à la Torah (cf. ci-après, chap. 7 § 1). Les hommes eux-mêmes étudient la Torah grâce au mérite de la profonde connaissance qui est celle des femmes (cf. Berakhot 17a et ci-après, chap. 7 § 1). Par ailleurs, les femmes n’ont pas pris part à la faute du veau d’or (Pirqé de-Rabbi Eliézer 45), non plus qu’à la faute des explorateurs (Tan’houma, Pin’has 7). Quant à l’avenir, nos sages ont annoncé : « Les générations à venir ne seront délivrées que par le mérite des femmes justes en leurs générations » (Midrach Zouta sur Ruth 4, 11)[2].

Les aptitudes particulières de la femme se traduisent également au sein même de la langue sainte : les notions générales s’expriment au féminin : ‘hadachot (renouvellements de l’ordre naturel), niflaot (merveilles), nétsourot (mystères), nisgavot (pensées sublimes). L’émouna (foi), la Torah, les mitsvot, la téphila (prière), la ségoula (élection), la yahadout (judaïsme), la kéhouna (prêtrise) et la méloukha (royauté) sont autant de mots féminins. C’est que, comme nous l’avons dit, la nature féminine est plus proche de la divinité (Si’hot Ha-Ratsia du Rav Tsvi Yehouda Kook, Béréchit, p. 77)[3].

Ce même trait caractéristique, qui permet à la femme d’intégrer et d’accueillir le divin, lui permet d’intégrer les principes masculins et de les concrétiser dans la vie. L’homme a peut-être l’aptitude de mieux définir l’idée, mais les femmes sont plus aptes à la réaliser dans le quotidien. La création de l’embryon commence par l’homme, mais c’est dans la matrice de la femme qu’il se développe, c’est elle qui lui donne naissance, l’allaite et l’élève concrètement. Aussi la femme est-elle le socle de la maison ; c’est elle qui a le mérite de se consacrer davantage au grand idéal que constitue la construction de la famille.


[2]. Il se trouve donc que, du point de vue du degré d’intellection, l’homme est plus universel que la femme, tandis que, du point de vue de l’intégration du divin et de la foi, laquelle se manifeste par la vitalité de l’intuition, la femme est plus universelle. Aussi, la femme comprend-elle mieux les grands processus historiques mis en œuvre par Dieu.

[3]. C’est peut-être pour cela que, lorsqu’il est question de la transmission de l’ensemble de l’héritage spirituel juif, il est écrit : « N’abandonne pas la Torah de ta mère » (Pr 1, 8) ; en effet, le premier principe de l’éducation consiste dans la construction du lien naturel et général qui unit l’enfant au Saint béni soit-Il et à sa Torah, caractéristique qui se manifeste davantage chez les femmes. Face à cela, la direction donnée par les pères est davantage centrée sur le détail et sur l’obligation ; et puisqu’il est parfois difficile à l’être humain de s’identifier parfaitement avec des directives qui le limitent et le restreignent, il y a en cela un aspect coercitif, si bien que le même verset débute par les mots : « Ecoute, mon fils, la morale [moussar, mot qui peut être aussi traduit par réprimande] de ton père. »

06. Manifestation de ses aptitudes

Il faut d’abord connaître la valeur de la Torah et de son étude, ainsi que la valeur des mitsvot conditionnées par le temps, qui illuminent la vie quotidienne. C’est le rôle des hommes que de veiller sur ces valeurs générales, qui se mettent en œuvre par ces mitsvot, et de les proclamer publiquement, à temps fixes, selon ce qu’ordonne la Torah. Grâce à la reconnaissance du rôle masculin et de sa valeur, les femmes pourront diffuser la lumière contenue dans ces mitsvot au sein de toutes les strates de l’existence.

À première vue, il semble que le statut des hommes soit plus élevé que celui des femmes : les hommes dirigent, influent, tandis que les femmes reçoivent, sont influencées. Cependant, plus on considère les choses à long terme, plus on voit l’influence féminine s’accroître. C’est ainsi que nos sages, de mémoire bénie, racontent : « Histoire d’un homme pieux qui était marié à une femme pieuse ; ils n’avaient point d’enfants l’un de l’autre. Ils dirent : “Nous ne sommes d’aucune utilité au Saint béni soit-Il.ˮ Ils divorcèrent. L’homme alla se marier avec une femme méchante, qui fit de lui un méchant. Quant à la femme, elle alla se marier avec un méchant dont elle fit un juste. Il ressort de cela que tout provient de la femme » (Béréchit Rabba 17, 7).

L’homme se signale davantage par ses aspects humains, puisque l’intellect est le sommet de la personnalité humaine ; cependant, la femme se signale davantage par sa réceptivité au divin. Aussi, bien que le mari soit chargé d’étudier la Torah et de fixer les valeurs de l’existence, le rapport général à la Torah et aux valeurs est davantage influencé par la femme, et sa piété, ou au contraire son impiété, rejaillissent sur son mari. À long terme, c’est la relation globale à la foi qui a le plus d’influence. Aussi, si la femme est juste et que les relations entre les membres du couple sont bonnes, il est vraisemblable que, finalement, le mari deviendra lui aussi un juste. Si, en revanche, la femme est méchante, il est vraisemblable qu’en fin de compte le mari deviendra lui aussi méchant.

Il est fait aussi allusion à cela dans la sagesse de la Kabbale, où il est dit que les qualités de l’homme se manifestent d’abord davantage, mais que, dans l’avenir, se dévoileront davantage les qualités de la femme, comme le fait entendre le verset : « Car Dieu a créé une nouveauté sur la terre : la femme entourera l’homme » (Jr 31, 21-22)[c]. Dans ce monde-ci (ha’olam hazé), notre regard est extérieur, aussi les qualités de l’homme, qui étudie et dirige, paraissent s’élever au-dessus des qualités de la femme. Mais dans les temps à venir (lé’atid lavo), notre regard sera plus profond ; alors, se dévoilera la grandeur de la foi et de la compréhension intuitive, si bien que le statut de l’homme et celui de la femme seront égaux. Quant au monde futur (ha’olam haba), l’élévation de la foi et de la compréhension du divin sera si manifeste que le statut de la femme sera plus élevé que celui de l’homme. Toutefois, même alors, l’étude et les définitions de l’intellect auront leur place et seront nécessaires ; simplement, la compréhension émotionnelle, féminine, aura davantage d’importance.

On peut dire qu’après la faute du premier homme et l’entrée du penchant au mal en son sein, il est plus difficile de s’appuyer sur l’intuition et sur les sentiments naturels ; la lutte contre le mauvais penchant se fait essentiellement sous la conduite de l’intellect : celui-ci doit maîtriser le sentiment et le diriger. Cependant, plus le monde se sera parfait, plus la foi et la morale seront le lot de tous, et moins il y aura à craindre que le sentiment naturel ne fasse irruption de façon erronée, destructive. Dès lors, les obstacles au dévoilement du sentiment tomberont, sa grandeur apparaîtra, et avec elle, la grandeur de la femme.

Il n’y a pas lieu de dire que le monde futur est trop éloigné de nous, et qu’il n’a aucune influence sur nos vies. Dès aujourd’hui, il est caché dans les profondeurs de notre intériorité. La vitalité (néfech) extérieure correspond à ce monde-ci (ha‘olam hazé), tandis que l’esprit (roua’h) intérieur correspond à l’avenir (lé‘atid lavo), et que l’âme (néchama) la plus intérieure correspond, elle, au monde futur (ha‘olam haba). Si bien que, dès aujourd’hui, plus profondément on considère la réalité, mieux on décèle l’influence de la femme. Toutefois, l’ordre des choses veut que ce soit par sa modestie, par sa capacité à accepter les qualités et l’influence masculines, que la femme peut dévoiler, et de plus en plus, sa grandeur.

Nous pourrions étendre le propos, mais là n’est pas le but de l’ouvrage. Ajoutons seulement, de manière brève et allusive, la considération suivante : le lien entre le soleil influent et la lune réceptrice ressemble à la relation entre mâle et femelle. Au commencement, rapporte le Midrach, les deux astres étaient de taille égale. En raison de son orgueil, la lune fut réduite. Mais en vérité, profondément, son statut est élevé, car c’est elle qui est le réceptacle de l’illumination, en ce monde-ci. Dans une certaine mesure, telle est aussi la nature du lien entre le ciel et la terre : à première vue, le ciel est plus éminent ; mais à bien considérer les choses, le but de la création est bien la vie terrestre ; or la destination de l’œuvre se trouve inscrite dans la pensée qui la fait naître. De même, telle est la relation qui unit la tribu de Juda à celle de Joseph : par un côté, le sceptre est à Juda, mais par l’autre, c’est Joseph qui est le fils choyé et affectionné, dont la beauté est comparable à celle des femmes, et qui est capable de rendre manifestes les idéaux les plus élevés en ce monde même, au sein de la beauté et de l’opulence.


[c]. Dans cette prophétie, Jérémie annonce que, dans les temps à venir, Israël, personnifié par « la femme », ira à la recherche (tessovev, « tournera autour ») de son Dieu, que représente ici « l’homme ». Dans la lecture proposée ci-dessus, c’est réellement de la femme et de l’homme qu’il est question : dans les temps à venir, la grandeur de la femme se dévoilera, le principe féminin engendrera le principe masculin.

07. Collaboration et amour

Toute qualité prise isolément est affectée d’un manque. À lui seul, l’intellect, spéculatif et normatif, est susceptible de perdre la vitalité qu’engendre la relation à la source divine. De même, en se focalisant sur les principes et les règles, il risque de perdre contact avec la vie concrète. À l’inverse, l’intuition émotionnelle, si elle organisait à elle seule la vie dans le monde, risquerait d’être entraînée à l’erreur, de s’écarter de la règle et de dévier du jugement précis.

Par conséquent, l’œuvre de fixation des règles et des principes a été confiée aux hommes, auxquels il est prescrit d’étudier la Torah, d’observer les commandements positifs conditionnés par le temps et, par là même, d’établir les fondements de la vie juive. Tandis que les femmes manifestent la relation universelle à la foi et à la vie toranique effective, grâce à quoi les hommes peuvent, en retour, se relier à la foi naturelle et comprendre plus justement la valeur des principes mis au jour par l’étude.

À première vue, il semblerait que le rôle des hommes importe davantage, que leur valeur leur ait acquis l’obligation d’étudier la Torah et les obligations de faire que le temps conditionne, et que, de ce fait, la conduite et la direction leur aient été confiées, puisque aussi bien, celui qui s’adonne à l’étude des principes de la Torah doit conduire et diriger. Cependant, lorsque nous considérons les choses plus profondément, il semble que la valeur des femmes soit supérieure. Certes, les hommes se livrent davantage aux principes et à la direction, mais la construction de la famille, plus significative que tout autre aspect de l’existence, est confiée davantage à la femme. De plus, le but de la création est d’intégrer l’illumination divine au sein de la vie concrète, et de lui donner expression dans toute sa puissance ; à cela, les femmes ont part davantage.

C’est précisément par la vertu de modestie propre à la femme que celle-ci est capable d’intégrer le divin, de recueillir l’illumination qui provient de l’étude de la Torah et des commandements positifs conditionnés par le temps, et, grâce à cela, de manifester ses hautes qualités. Aussi n’est-ce pas un hasard si les qualités viriles sont plus apparentes, tandis que les qualités féminines sont intérieures et cachées. « Toute la splendeur de la fille du roi réside en son intérieur » (Ps 45, 14). On peut aussi comprendre de cette façon le sens de la bénédiction « qui m’as faite selon Ta volonté » (comme nous l’expliquerons plus loin, chap. 6 § 2).

Lorsque l’on entend estomper le caractère unique de chaque sexe, ou que l’on crée entre eux un combat, une hostilité, la rencontre de l’homme et de la femme ne donne plus de fruit, les jeunes ont du mal à construire leur famille, et les familles déjà existantes se défont et se détruisent. En revanche, lorsque l’on comprend la valeur de chaque sexe, et que, par cela, on se relie l’un à l’autre, porté par un amour plus profond, la Présence divine repose entre les membres du couple (Sota 17a), la foi et la joie augmentent dans le monde, les fondements de l’intellect et du sentiment se développent et s’unissent. Alors, le peuple d’Israël, selon toutes ses familles, se construit, et raconte la gloire de l’Eternel Un dans le monde.

08. Collectivité et individualité en matière de prière

Nous pouvons mieux comprendre à présent le sens de la prière féminine. Deux aspects sont mis en œuvre par la prière : l’un est individuel, l’autre collectif. Du point de vue individuel, la prière consiste, pour l’être humain, à se tourner vers la source de sa vie, vers l’Eternel son Dieu, et à Lui demander miséricorde. Du point de vue collectif, la prière manifeste le lien permanent de l’assemblée d’Israël avec le Saint béni soit-il et, par là, sanctifie le nom de Dieu dans le monde et donne aux créatures un supplément de bénédiction. Cet aspect collectif de la prière est le prolongement du service des sacrifices au Temple ; c’est pourquoi les offices ont été institués en référence aux sacrifices journaliers, qui étaient apportés sur l’autel chaque matin et chaque après-midi, à l’approche du soir.

Parfois, une certaine tension se fait jour entre principe collectif et principe individuel : si l’on se place du point de vue individuel, il serait bon, de prime abord, que la prière fût le lieu d’une effusion sans borne du cœur, sans que ne fussent fixés de rituel constant ni d’heures régulières ; alors, la prière exprimerait, avec ferveur et sentiment, la nostalgie de l’âme et son aspiration à la proximité de Dieu. Telle était la coutume au temps du Premier Temple. Mais les membres de la Grande Assemblée  mirent l’accent, dans leurs décrets, sur l’aspect collectif de la prière, car ils comprirent que, sans rituel fixe, les individus, dans leur majorité, seraient entraînés par la routine de leur quotidien, et qu’ils ne feraient point de prière, fût-elle personnelle. Ce n’est pas tout : le sentiment personnel est souvent affecté de manques et de failles, tandis que, lorsque l’individu prie au sein de la collectivité, ses manques se comblent, par la force du collectif, et sa prière se parfait. Aussi les sages de la Grande Assemblée ont-ils prescrit de prier à heures fixes, comme l’oblation du sacrifice journalier au Temple était, elle-même, fixe. Ils ont, dans le même sens, institué un texte précis, comprenant toutes les valeurs fondamentales de la collectivité d’Israël. De plus, ils ont, formulé le texte de la prière au pluriel, et ont prescrit de prier à la synagogue et en minyan, car telle est la qualité essentielle d’Israël que de pouvoir révéler la sainteté au sein du collectif, et, grâce à cela, de révéler le nom de Dieu dans le monde, et de réparer celui-ci.

Mais dans la mesure où l’accent a été mis sur les fondements collectifs et réguliers de la prière, le côté personnel de celle-ci, avec ses sentiments chaleureux et puissants, risque d’être relégué au second plan. C’est à ce propos que Rabbi Chimon nous met en garde : « Ne fais pas de ta prière une chose routinière[d], mais une quête de miséricorde, des supplications adressées à Dieu, béni soit-Il » (Maximes des Pères 2, 13). Dans le même sens, Rabbi Eliézer dit : « Celui qui fait de sa prière une chose routinière, sa prière n’est pas supplication » (Berakhot 28b).

Malgré cela, nos sages ont décidé de mettre l’accent sur le fondement collectif de la prière, afin d’enraciner les principes de la foi dans la vie quotidienne. De ce point de vue, la prière est la continuation du service du Temple, et de même que les sacrifices reflétaient le lien d’Israël et du monde entier avec Dieu, de même les prières donnent à ce lien une expression publique, dans toutes les communautés d’Israël. Même sur l’esplanade du Temple, il se trouvait, à l’époque du Deuxième Temple, une synagogue affectée spécifiquement à la prière. Et bien que le sentiment personnel risque de se trouver relégué au second plan, l’influence générale des prières organisées et collectives, sur le monde comme sur chaque particulier, est immense. Aussi les sages ont-ils choisi d’instituer, pour la prière, des cadres organisés (cf. plus haut, chap. 1 § 8)[4].


[d]. Qéva’: littéralement, une chose fixe.

[4]. Dans les dernières générations, les grands maîtres du ‘hassidisme s’efforcèrent de trouver des moyens propres à restituer, au sein de la prière, le sentiment personnel et la kavana, qui avaient été placés au second plan au bénéfice de la dimension collective. Parfois même, ils renoncèrent à cette fin à certaines exigences de la halakha. Certains ajoutèrent des mélodies au sein de l’office : à cela, il n’y a aucun problème halakhique. D’autres prirent l’habitude de répéter les mêmes mots de la prière, à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’ils parvinssent à éprouver le sens des mots et à orienter suffisamment leur pensée : à cela, il y a un problème halakhique. D’autres encore prirent l’usage de crier les mots de la prière : cela aussi contredit les directives des sages. D’autres retardèrent l’heure de la prière jusqu’au moment de se sentir prêts à orienter convenablement leur pensée : si, entre-temps, l’heure limite de la prière se trouve dépassée, cela aussi contredit entièrement la halakha. Et d’autres enfin prirent l’habitude de prier seuls afin d’éveiller davantage leur kavana (sur la valeur de la prière en minyan, cf. La Prière d’Israël, chap. 2 § 1, 2 et 5).

À la suite de ces aménagements, une opposition se manifesta contre la voie ‘hassidique. Cependant, les maîtres ‘hassidiques pensaient qu’il était tellement important de réveiller la kavana individuelle des fidèles, que l’on pouvait transiger à cette fin sur certaines exigences de la halakha. En pratique, au bout de quelques générations, la majorité des ‘Hassidim revinrent à l’observance des règles de la halakha, suivant la tradition d’Israël.

09. La prière des femmes

Face à cela, au sein de la prière féminine, le principe individuel ressort davantage. Puisque la femme est exemptée de toutes les mitsvot dépendantes du temps, elle n’a besoin de dire ni les Pessouqé dezimra, ni le Chéma et ses bénédictions, ni le reste des textes récités par les hommes au cours des offices. Certes, les femmes, elles aussi, doivent réciter la ‘Amida dans sa formulation traditionnelle, telle que l’ont fixée les membres de la Grande Assemblée ; simplement, puisque la série de prières récitées par elles est plus courte, il est moins à craindre que la routine n’érode leur kavana. En pratique, même en ce qui concerne la ‘Amida, toute femme est autorisée à décider de réciter deux prières par jour, conformément à l’opinion rigoureuse, ou une seule prière, selon l’opinion indulgente (cf. ci-dessus, chap. 2 § 5).

De plus, la femme n’est pas tenue de prier à la synagogue ni au sein d’un minyan ; par là même, elle peut fixer sa prière au moment où, à ce qu’il lui paraît, elle pourra mieux se concentrer. De même, le rythme de sa prière n’est pas déterminé par celui de l’office public. De tout cela, il ressort que, dans la prière féminine, l’aspect supplication personnelle est davantage mis en relief. En plus de cela, pour les hommes, les sages ont décidé que ceux-là même qui ne savaient pas prier devraient venir à la synagogue, et qu’ils se rendraient quittes par l’écoute de la répétition de la ‘Amida faite par l’officiant. Pour les femmes qui ne sauraient pas prier, en revanche, il n’y a pas d’obligation d’écouter la répétition de l’officiant. La raison la plus évidente de cette dispense est qu’il est impossible d’imposer aux femmes un tel dérangement. Mais on peut aussi avancer l’explication suivante : dans la prière féminine, l’orientation du cœur, la kavana est davantage prégnante, et l’obligation pointilleuse l’est moins. Celle qui ne sait pas prier suivant le rituel traditionnel priera donc selon ses propres mots, suivant ses possibilités. Car le principal, en matière de prière féminine, réside dans la demande de miséricorde que l’on adresse à Dieu[5].


[5]. Selon Na’hmanide, les femmes ont l’obligation de prier chaque jour, car elles aussi doivent demander miséricorde pour elles-mêmes. Même si l’on se place du point de vue de Maïmonide [cf. chap. 2, note 1], certaines versions du Talmud portent ce même motif : les femmes doivent, elles aussi, demander miséricorde. Tandis que, dans les décrets pris par les sages à l’attention des hommes, ressort davantage le côté collectif et communautaire, à l’instar du sacrifice journalier [qui était offert au nom du peuple], et à l’instar du dévoilement de sainteté qui se produisait jadis dans le Temple, puisque la synagogue, de nos jours, est considérée comme une forme de petit temple (miqdach mé’at). De plus, c’est une obligation pour les hommes que de réciter le Chéma et ses bénédictions. En revanche, pour les femmes, reste le premier fondement de la prière, qui est de présenter devant Dieu louange, requête et reconnaissance.

Nous avons également vu (chap. 2 § 4) le raisonnement selon lequel les femmes, occupées à élever leurs enfants, doivent être dispensées de la prière, car elles ne pourraient se concentrer convenablement, tandis que, s’agissant des hommes dans une situation comparable [telle que le fait d’être perturbé par les aléas d’un voyage], on n’est pas indulgent. Nous voyons là encore que l’accent est mis davantage, quand il s’agit des femmes, sur la kavana et sur la demande de miséricorde, alors qu’il est mis, quand il s’agit des hommes, sur la conservation du cadre permettant, au sein de la prière, le dévoilement de la Présence divine.

Cela correspond bien à ce que nous expliquions en note 2 : du point de vue de l’intellect, la femme est plus individuelle, tandis que du point de vue de l’intégration de la foi, elle est plus universelle. Le fait que les rituels de la prière publique soient fixés en correspondance avec les sacrifices reflète davantage le côté intellectuel, et établit dans le monde les fondements de la foi ; de cela, les hommes relèvent davantage. Face à cela, les femmes se signalent davantage par l’orientation du cœur, qui s’exprime par la prière individuelle ; telle est la mitsva de la prière pour les femmes, où la liberté ressort plus fortement. C’est pourquoi de nombreux principes de la prière ont été tirés de la prière de Hanna (I S). Cf. encore La Prière d’Israël 2 § 2 et 5, et ci-après chap. 15, note 1, où l’on voit que les femmes sont dispensées de la récitation du paragraphe du sacrifice journalier, car l’obligation des femmes en matière de prière repose sur la nécessaire demande de miséricorde et non sur le sacrifice journalier. L’auteur du Mabit, dans Beit Eloqim, Cha’ar Hayessodot 39, explique que, jusqu’à la destruction du Temple, la Présence divine se manifestait par le biais du service du Temple ; alors, la prière individuelle était aussi entendue. Tandis qu’après la destruction du Premier Temple, les membres de la Grande Assemblée instituèrent la prière publique, afin que la Présence divine reposât sur l’assemblée des fidèles, et qu’ainsi leur prière fût agréée.

01. Se lever comme un lion

« On se montrera fort comme un lion, pour se tenir le matin au service de son Créateur, de sorte que l’on éveillera l’aube »[a] (Introduction du Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 1, 1). La façon dont l’individu se lève le matin donne, dans une large mesure, l’indice de son état psychique général, et influe sur son action durant toute la journée. La femme qui possède un but dans la vie se lève avec désir et empressement à l’approche du jour nouveau. Elle se lève généralement tôt le matin, afin de pouvoir faire davantage de choses durant la journée. En revanche, quand on n’a plus conscience de ses valeurs ni de son but, on perd la notion du sens de sa vie, et l’on n’a plus de défi pour lequel il vaut la peine de se lever le matin. Aussi éprouve-t-on, durant la matinée, fatigue et oppression ; ce n’est que lorsqu’on ne peut plus faire autrement que l’on se lève, tard, pesamment, pour une autre journée grise et morne. Mais si l’on se renforce dans sa foi et que l’on se lève avec empressement, la vitalité et la joie s’éveilleront en son âme ; on pourra commencer sa journée avec énergie.

Les A’haronim écrivent qu’il est bon de dire, dès après son réveil, le Modé ani : « Je reconnais devant Toi, Roi vivant et éternel, que Tu as fait revenir mon âme en moi, dans Ta miséricorde ; grande est Ta foi » (Séder Hayom, Michna Beroura 1, 8). La foi (émouna) donne à l’être humain un but dans l’existence. Si le Saint béni soit-Il a choisi de lui donner la vie, cela signifie que cette vie a une grande valeur ; grâce à cette foi, il est possible de se lever le matin avec zèle et avec force. Si les sages disent que l’on doit se montrer fort en se levant comme un lion, c’est que le lion symbolise l’amour de soi et la conscience de sa valeur : c’est grâce à cela que le lion se mesure hardiment à tous les obstacles qui se dressent sur son chemin (cf. Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Nemirov).


[a]. C’est-à-dire que l’on se lèvera avant l’aube, au lieu d’être réveillé par l’aube. Lecture midrachique de Ps 57, 9.

02. Pudeur (tsniout)

Même quand on est seul chez soi, il convient de se conduire avec pudeur et de se recouvrir le corps. Il ne faut pas se dire : « Me voici dans la plus grande intimité, qui me verra ? », car la gloire du Saint béni soit-Il emplit tout l’univers ; tel est l’honneur dû au Ciel, et tel est l’honneur dû à l’image divine que l’on porte en soi, que de recouvrir son corps. En ce qui concerne les hommes, il convient que toutes les parties du corps que l’on couvre habituellement par respect pour autrui, lorsque l’on est au sein de sa famille ou parmi ses amis proches, soient également couvertes quand on se trouve seul. Pour les femmes, puisque les principes de la pudeur vestimentaires sont définis par la halakha – manches jusqu’au coude et jupe recouvrant les genoux –, c’est comme cela qu’il convient d’être mise chez soi, même quand il ne se trouve personne d’autre[b].

Même quand des jeunes filles habitent dans un internat, et bien que toutes les résidentes soient des filles, il ne convient pas qu’elles restent dans leur chambre dans une tenue non-conforme aux règles de la pudeur. Et quand elles s’habillent, il est recommandé de prendre grand soin de ne pas se changer de sous-vêtements dans la chambre, mais d’aller pour cela aux toilettes ou dans la salle de bain, ou encore de se changer sous une couverture (cf. La Prière d’Israël, chap. 7 note 1).

En ce qui concerne le couvre-chef de la femme mariée lorsqu’elle se trouve chez elle : certains disent que, puisque la règle s’appliquant au couvre-chef est plus indulgente que celle qui s’applique au vêtement du corps – en effet, les célibataires n’ont pas besoin de couvrir leur tête, tandis qu’elles sont tenues de couvrir leur corps –, une femme mariée, tout le temps que des hommes étrangers[c] ne se trouvent pas chez elle, est autorisée à aller tête nue. D’autres exigent que, même quand elle est seule chez elle, la femme mariée garde la tête couverte (cf. Pniné Halakha, édition hébraïque, volume Michpa’ha, chapitre Tsniout). En revanche, selon ce même avis rigoureux, quand la femme est dans sa chambre à coucher, seule ou avec son mari durant ses jours de pureté, elle n’a pas besoin de recouvrir ses cheveux.

Afin d’expliquer quelque peu le thème de la pudeur, il faut faire une remarque préalable : lorsque le premier homme a été créé, celui-ci était pur et intègre, dans son esprit comme dans son corps, et il n’éprouvait pas le besoin de se vêtir. En revanche, après la faute, l’homme a commencé à avoir honte de sa nudité ; depuis, tout le monde recouvre son corps de vêtements, particulièrement les parties du corps liées au désir physique et à l’expulsion des déchets.

Le corps dévoilé met l’accent de manière extrême sur le côté matériel et animal qui est en l’homme. Certes, la forme du corps, dans tous ses détails et ses membres, porte en elle des allusions profondes, merveilleuses, à l’âme, allusions dont la sagesse kabbalistique traite largement. Le corps a pour but de concrétiser toutes ces notions. Mais à cause de la faute, notre regard est devenu plus extérieur, et nous ne voyons du corps que l’aspect matériel, qui nous fait oublier l’intériorité spirituelle. Aussi faut-il cacher le corps, afin de mettre davantage l’accent sur la spiritualité intérieure, source de la beauté ; de cette façon, la beauté supérieure  se répandra sur tout le corps. C’est ce à quoi nos sages, de mémoire bénie, font allusion en enseignant que c’est précisément la pudeur qui conserve la beauté, par le fait qu’elle nourrit la racine éternelle de celle-ci (cf. Bamidbar Rabba 1, 3).

En plus de mettre en valeur la part spirituelle qui est en l’individu, la pudeur, par la retenue qu’elle met en œuvre, contribue puissamment à la concentration de la force vitale présente dans le corps, force qui devient dès lors disponible pour renforcer le lien de l’homme et de sa femme. La pudeur transforme le désir en amour. Nombreux sont ceux qui font l’erreur de croire que la pudeur a pour but de réprimer la beauté et la joie de vivre. La vérité est, tout au contraire, que la pudeur garde la beauté et la vitalité à l’attention du conjoint, avec lequel on a fait alliance, afin que s’accroissent l’amour, l’attachement et la vie.


[b]. Voir Rav Elyakim G. Ellinson, Ha-icha vé-hamitsvot, vol. 2, Hatsnéa Lékhet, 2, 23 et note 173, pour une position plus indulgente.

[c]. Hommes étrangers : dans ce contexte, hommes autres que son mari ou ses fils.

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