09. La prière des femmes

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Face à cela, au sein de la prière féminine, le principe individuel ressort davantage. Puisque la femme est exemptée de toutes les mitsvot dépendantes du temps, elle n’a besoin de dire ni les Pessouqé dezimra, ni le Chéma et ses bénédictions, ni le reste des textes récités par les hommes au cours des offices. Certes, les femmes, elles aussi, doivent réciter la ‘Amida dans sa formulation traditionnelle, telle que l’ont fixée les membres de la Grande Assemblée ; simplement, puisque la série de prières récitées par elles est plus courte, il est moins à craindre que la routine n’érode leur kavana. En pratique, même en ce qui concerne la ‘Amida, toute femme est autorisée à décider de réciter deux prières par jour, conformément à l’opinion rigoureuse, ou une seule prière, selon l’opinion indulgente (cf. ci-dessus, chap. 2 § 5).

De plus, la femme n’est pas tenue de prier à la synagogue ni au sein d’un minyan ; par là même, elle peut fixer sa prière au moment où, à ce qu’il lui paraît, elle pourra mieux se concentrer. De même, le rythme de sa prière n’est pas déterminé par celui de l’office public. De tout cela, il ressort que, dans la prière féminine, l’aspect supplication personnelle est davantage mis en relief. En plus de cela, pour les hommes, les sages ont décidé que ceux-là même qui ne savaient pas prier devraient venir à la synagogue, et qu’ils se rendraient quittes par l’écoute de la répétition de la ‘Amida faite par l’officiant. Pour les femmes qui ne sauraient pas prier, en revanche, il n’y a pas d’obligation d’écouter la répétition de l’officiant. La raison la plus évidente de cette dispense est qu’il est impossible d’imposer aux femmes un tel dérangement. Mais on peut aussi avancer l’explication suivante : dans la prière féminine, l’orientation du cœur, la kavana est davantage prégnante, et l’obligation pointilleuse l’est moins. Celle qui ne sait pas prier suivant le rituel traditionnel priera donc selon ses propres mots, suivant ses possibilités. Car le principal, en matière de prière féminine, réside dans la demande de miséricorde que l’on adresse à Dieu[5].


[5]. Selon Na’hmanide, les femmes ont l’obligation de prier chaque jour, car elles aussi doivent demander miséricorde pour elles-mêmes. Même si l’on se place du point de vue de Maïmonide [cf. chap. 2, note 1], certaines versions du Talmud portent ce même motif : les femmes doivent, elles aussi, demander miséricorde. Tandis que, dans les décrets pris par les sages à l’attention des hommes, ressort davantage le côté collectif et communautaire, à l’instar du sacrifice journalier [qui était offert au nom du peuple], et à l’instar du dévoilement de sainteté qui se produisait jadis dans le Temple, puisque la synagogue, de nos jours, est considérée comme une forme de petit temple (miqdach mé’at). De plus, c’est une obligation pour les hommes que de réciter le Chéma et ses bénédictions. En revanche, pour les femmes, reste le premier fondement de la prière, qui est de présenter devant Dieu louange, requête et reconnaissance.

Nous avons également vu (chap. 2 § 4) le raisonnement selon lequel les femmes, occupées à élever leurs enfants, doivent être dispensées de la prière, car elles ne pourraient se concentrer convenablement, tandis que, s’agissant des hommes dans une situation comparable [telle que le fait d’être perturbé par les aléas d’un voyage], on n’est pas indulgent. Nous voyons là encore que l’accent est mis davantage, quand il s’agit des femmes, sur la kavana et sur la demande de miséricorde, alors qu’il est mis, quand il s’agit des hommes, sur la conservation du cadre permettant, au sein de la prière, le dévoilement de la Présence divine.

Cela correspond bien à ce que nous expliquions en note 2 : du point de vue de l’intellect, la femme est plus individuelle, tandis que du point de vue de l’intégration de la foi, elle est plus universelle. Le fait que les rituels de la prière publique soient fixés en correspondance avec les sacrifices reflète davantage le côté intellectuel, et établit dans le monde les fondements de la foi ; de cela, les hommes relèvent davantage. Face à cela, les femmes se signalent davantage par l’orientation du cœur, qui s’exprime par la prière individuelle ; telle est la mitsva de la prière pour les femmes, où la liberté ressort plus fortement. C’est pourquoi de nombreux principes de la prière ont été tirés de la prière de Hanna (I S). Cf. encore La Prière d’Israël 2 § 2 et 5, et ci-après chap. 15, note 1, où l’on voit que les femmes sont dispensées de la récitation du paragraphe du sacrifice journalier, car l’obligation des femmes en matière de prière repose sur la nécessaire demande de miséricorde et non sur le sacrifice journalier. L’auteur du Mabit, dans Beit Eloqim, Cha’ar Hayessodot 39, explique que, jusqu’à la destruction du Temple, la Présence divine se manifestait par le biais du service du Temple ; alors, la prière individuelle était aussi entendue. Tandis qu’après la destruction du Premier Temple, les membres de la Grande Assemblée instituèrent la prière publique, afin que la Présence divine reposât sur l’assemblée des fidèles, et qu’ainsi leur prière fût agréée.

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