La Prière juive au féminin

03. Pieux usages en matière d’habillage et de chaussage

Un pieux usage consiste à faire précéder, dans tous les domaines, la droite sur la gauche, car la Torah donne plus d’importance au côté droit (ce que l’on apprend du cas de l’aspersion faite sur le pouce et l’orteil droits des prêtres ; cf. Ex 29, 20). D’après la Kabbale, la droite fait allusion à la mesure de ‘hessed (clémence, amour ou bonté) et la gauche à la mesure de din (rigueur, stricte justice). Or il y a lieu de faire prévaloir l’amour sur la rigueur. Aussi est-ce un pieux usage que de manger avec la main droite. De même, au moment de se laver ou de s’oindre, on fait précéder la droite. Si l’on se lave tout le corps, il est bon de commencer par la tête, puis de donner priorité au bras droit sur le gauche, et à la jambe droite sur la gauche. Au moment de s’habiller également, la coutume pieuse consiste à faire précéder la manche droite, et ainsi de la jambe droite du pantalon, de la chaussette droite. Quand on enlève ses vêtements, il convient de commencer par ôter le côté gauche[1].

En ce qui concerne les chaussures, la règle est composite : d’un côté, il y a lieu de faire précéder la droite, mais d’un autre côté, on apprend du cas des téphilines, qui sont attachées précisément sur le bras gauche, que lorsqu’il s’agit d’attacher, il y a lieu de donner la priorité à la gauche. Aussi, il convient de chausser d’abord son pied droit, sans attacher le lacet de la chaussure, ce par quoi l’on donnera priorité au côté droit ; puis, après avoir chaussé son pied gauche, on nouera le lacet de la chaussure gauche, avant de lasser la chaussure droite (Chabbat 61a ; Choul’han ‘Aroukh 2, 4)[2].

Une gauchère donnera la priorité à la droite, aussi bien pour mettre ses chaussures que pour les nouer ; en effet, nous apprenons, en matière de téphilines, qu’un gaucher attache ses téphilines sur son bras droit, si bien que, chez les gauchers, la droite a priorité, même pour ce qui est d’attacher[3].

La tendance de la halakha est, pour toute action que nous faisons, même pour une action routinière telle que le chaussage, de nous amener à agir avec autant de précision que possible. En effet, chaque femme met ses chaussures tous les jours. Or pourquoi n’apprendrait-on pas à le faire de la façon la plus parfaite ? Cependant, il est clair que le fait de ne pas avoir suivi l’ordre prescrit n’a pas d’effet disqualifiant ; si l’on a inversé l’ordre, on n’a donc pas besoin de se déchausser pour se rechausser selon l’ordre consacré. Par ces règles, nos sages, de mémoire bénie, nous enseignent à accorder de la valeur à toute action que nous accomplissons. Ce faisant, nous apprenons à comprendre plus profondément tous les aspects des actes qui composent notre vie.


[1]. La priorité de la tête et du côté droit, en matière d’ablution et d’onction, est exposée dans le Talmud, Chabbat 61a. La priorité en matière vestimentaire est expliquée par le Maguen Avraham et le Kaf Ha’haïm 2, 7 au nom du Cha’ar Hakavanot. Le Choul’han ‘Aroukh Harav et le Qitsour Choul’han ‘Aroukh vont dans le même sens.

[2]. Certes, dans Halikhot Beitah 1, note 14, l’auteur éprouve des doutes en la matière : puisque les femmes ne mettent pas les téphilines, peut-être n’ont-elles pas besoin de donner priorité au côté gauche quand il s’agit d’attacher. Le Rav Tsvi Pessa’h Frank, dans son ouvrage Cha’achoué Tsvi (3), écrit que la femme peut commencer à attacher l’une ou l’autre de ses chaussures, à son choix. Malgré cela, il semble préférable que les femmes, elles aussi, attachent prioritairement la chaussure gauche, car [bien qu’elles ne mettent pas les téphilines elles-mêmes,] elles peuvent, elles aussi, apprendre de la règle des téphilines que la gauche est prioritaire pour ce qui est d’attacher. C’est ce qu’écrivent le Halikhot Bat Israël 14, note 57 et le Halakha Beroura 2, 6.

[3]. Michna Beroura 2, 6 d’après le Bekhor Chor (cf. Min’hat Yits’haq 10, 1). Cela laisse entendre que, pour les autres vêtements également, la priorité donnée à la droite est, même pour un gaucher, un supplément de perfection (hidour) apporté à la pratique. Cela, de la même façon qu’un prêtre gaucher recevait, lui aussi, l’aspersion sur le pouce droit (selon la majorité des décisionnaires. Cf. Encyclopédie Talmudique, tome 1, entrée אטר/gaucher). Toutefois, lorsqu’il s’agit de manger, il est certain qu’il ne faut pas contrarier le gaucher en lui demandant de prendre ses ustensiles de la main droite. En matière de bénédiction, l’opinion du Michna Beroura 206, 18 (fondée sur plusieurs A’haronim) est que le gaucher saisit l’objet de sa bénédiction [aliment, verre du Qidouch etc.] de la main gauche ; en revanche, les Kabbalistes pensent que le gaucher doit tenir l’objet de sa main droite (Kaf Ha‘haïm 206, 30).

01. L’ablution matinale des mains

Les sages ont prescrit de se laver les mains chaque matin, et de prononcer la bénédiction suivante : « Sois loué, Eternel notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous as ordonné de nous laver les mains » (Baroukh Ata A-donaï E-lohénou Mélekh ha’olam, acher qiddechanou bémitsvotav vétsivanou ‘al nétilat yadaïm).

Par le biais de ses mains, l’homme est à même d’agir dans le monde ; par elles, il prend et reçoit, se livre à son commerce, utilise ses biens et prodigue des soins à son corps. Cependant, malgré leur grande valeur utilitaire, et peut-être précisément en raison de cette valeur, les mains sont aussi ce qui descend au contact de toutes les besognes de ce monde et, plus que tout autre membre du corps, elles ont tendance à se souiller. Aussi, lorsqu’il faut s’élever et se séparer quelque peu de ce monde en ce qu’il a de bas, afin de se consacrer à des sujets ayant trait à la sainteté, on se lave les mains. C’est là le propos général de l’ablution des mains (nétilat yadaïm), et notamment de l’ablution des mains du matin. Cependant, les Richonim sont partagés sur la question du motif exact de l’ablution matinale.

D’après le Roch (Rabbénou Acher), puisque les mains sont très actives, il est presque certain qu’au cours du sommeil, elles aient touché des parties du corps habituellement recouvertes ; aussi, pour pouvoir les purifier à l’approche de la prière de Cha’harit, les sages ont prescrit de se laver les mains.

Pour le Rachba (Rabbi Chelomo ben Adéret), chaque matin, l’homme est comparable à une créature nouvelle, ainsi qu’il est dit : « Ils sont renouvelés chaque matin, grande est ta foi » (Lm 3, 23). L’homme va dormir, fatigué, remet son âme à son Créateur, et se lève le matin avec des forces renouvelées. Cette créature renouvelée, il faut la sanctifier et l’unir au service de Dieu par l’ablution matinale des mains.

En d’autres termes, d’après le Roch, l’ablution matinale des mains constitue une préparation à la prière, tandis que pour le Rachba, cette ablution constitue une préparation et une sanctification à l’approche de la prière et du service de Dieu pour l’ensemble de la journée[1].


[1]. Il y a deux sources talmudiques à l’ablution matinale : en Berakhot 60b, elle est recensée parmi les actions du matin donnant lieu à une bénédiction (Birkot hacha’har), ce qui concorde avec la compréhension du Rachba ; en Berakhot 14b-15a, l’ablution matinale est présentée comme une préparation à la prière, ce qui concorde avec l’opinion du Roch.

Selon le Ma’hazé Elyahou du Rav Pessa’h Elyahou Falk (11), une femme qui n’aurait pas l’intention de réciter une ‘Amida durant la journée, devrait se laver les mains sans prononcer de bénédiction ; en effet, d’après le Roch, cette ablution a été instituée pour les besoins de la prière. Des propos du Rachba lui-même (I 153), on peut apprendre que l’ablution matinale est instituée en vue de la prière de Cha’harit et du jour nouveau. Dès lors, celle qui ne prie pas n’a pas lieu de dire la bénédiction sur l’ablution. Toutefois, si elle a l’intention de réciter le Chéma, elle pourra dire la bénédiction ; en effet, c’est aussi en vue de la lecture du Chéma que les sages instituèrent l’ablution et sa bénédiction. C’est ce qu’écrit le Halikhot Beitah 1, 4. Cf. Halikhot Bat Israël 1, noe 1, qui tient compte de son opinion.

Mais en pratique, les femmes ont coutume de dire la bénédiction. Et l’on peut expliquer l’opinion du Rachba comme suit : certes, pour celle qui prie, l’ablution doit précéder sa prière. Mais pour celle qui ne prie pas, en tout état de cause, l’obligation de se laver les mains demeure ; cette institution est comparable aux autres bénédictions matinales (Birkot hacha’har), et son propos est la purification et la préparation au service du jour nouveau. Tel est bien ce qui ressort de Berakhot 60b : tout le monde récite la bénédiction de nétilat yadaïm, sans qu’il soit fait de distinction entre hommes et femmes ; or il est évident qu’à l’époque également, les femmes occupées par leurs enfants étaient dispensées de la prière. On peut ajouter que, quand une femme s’acquitte de son obligation de prier par le biais des bénédictions matinales, ces dernières constituent précisément sa prière, et il lui revient donc de réciter la bénédiction sur l’ablution qui précède cette prière. De plus, selon le Ba’h (Baït ‘Hadach), le Roch lui-même ne conteste pas le fait que les sages ont de toute façon institué l’ablution matinale comme partie intégrante des bénédictions du matin ; simplement, d’après le Roch, il y a lieu de se laver les mains avec bénédiction y compris avant les offices de Min’ha et d’Arvit, si l’on a les mains sales.

En résumé, il ressort de la Guémara Berakhot 60b que l’obligation de se laver les mains avec bénédiction se maintient, même sans que cela soit lié à la prière ; simplement, puisque l’on prie le matin, et que la prière elle-même oblige à se laver les mains, la règle de l’ablution matinale et celle de l’ablution précédant la prière de Cha’harit sont réunies en une seule et même règle, aussi bien du point de vue du Rachba que de celui du Roch. Simplement, les femmes, dont certaines n’ont pas l’usage de prier [cf. chap. 2 § 4 à 6] réactivent en leur personne la règle d’origine, selon laquelle l’ablution des mains fait partie du corpus des bénédictions matinales, et constitue une préparation et une sanctification à l’égard du jour nouveau. Cf. La Prière d’Israël, chap. 8, note 3, au sujet des décisionnaires qui contestent l’opinion du ‘Hayé Adam : dans leur propos, on peut aussi trouver quelque appui à la théorie selon laquelle l’ablution n’est pas seulement une nécessité liée à la prière. (C’est ce qu’écrivent le Iché Israël 2, 29 et le Halikhot Chelomo 2, 5).

Le propos essentiel de l’ablution matinale est la propreté, comme il est dit : « Je me laverai les mains jusqu’à ce qu’elles soient propres (béniqayon) » (Ps 26, 6), suivant l’explication de Berakhot 15a. Quant à l’ablution des mains qui précède un repas, son propos est la pureté et la sainteté, à l’exemple de l’ablution des mains des prêtres dans le bassin du Temple avant l’accomplissement de leur service. Et bien qu’il y ait une différence entre les deux propos [celui de l’ablution matinale et celui de l’ablution avant un repas], les sages ont décrété que l’ablution matinale se ferait à l’exemple de l’ablution précédant un repas, et la bénédiction elle-même est identique. Par conséquent, il faut a priori prendre soin d’observer toutes les conditions de l’ablution précédant un repas : l’utilisation d’un ustensile, la force humaine pour verser l’eau, une eau dont l’apparence n’est pas altérée. A posteriori, si l’on n’a pas un reviit d’eau [environ 86 ml], ou que l’on n’ait pas d’ustensile, ou encore que l’on ne puisse se servir d’une force humaine pour verser, on dira néanmoins la bénédiction, d’après le Choul’han ‘Aroukh et le Rama, dans la mesure où l’eau disponible permet d’atteindre la propreté requise pour la prière.

Si l’apparence de l’eau est altérée, au point de n’être plus valable pour une ablution précédant un repas, on peut se laver les mains au titre de l’ablution matinale, mais on dira la bénédiction Al néqiout yadaïm (« … qui nous as sanctifié par Tes commandements et nous as prescrit la propreté des mains ») (Choul’han ‘Aroukh 4 § 1, 6, 7 et 22). Selon le Michna Beroura 4, 7 et le Béour Halakha, de nombreux A’haronim sont d’avis que, même quand l’eau n’est pas valable pour une ablution précédant un repas, on peut néanmoins dire la bénédiction habituelle Al nétilat yadaïm lors de l’ablution matinale, car cette eau a un effet suffisamment nettoyant pour la prière. En revanche, le Kaf Ha’haïm 4, 11 pense que, si une eau n’est pas valable pour une ablution précédant un repas, on ne doit dire aucune bénédiction quand on s’en sert pour une ablution matinale. C’est aussi l’avis du Halakha Beroura 4, 12.

02. Roua’h ra’a, l’esprit d’impureté

Outre les éléments que nous avons déjà mentionnés concernant la signification de nétilat yadaïm, nos sages disent, dans le Talmud (Chabbat 108b), qu’il faut prendre soin, avant l’ablution matinale des mains, de ne pas se toucher la bouche, le nez, les yeux ou les oreilles, car un esprit d’impureté (roua’h ra’a, littéralement « esprit mauvais ») réside sur les mains par l’effet du sommeil, et cet esprit est susceptible d’endommager ces différents organes. Ce n’est que lorsqu’on se lave chaque main trois fois, en faisant alterner la droite et la gauche, que cet esprit impur se détache des mains ; il n’y a dès lors plus de danger à toucher les orifices de son corps[a].

Bien que la raison essentielle de l’ablution soit de se préparer et de se sanctifier à l’approche de la prière de Cha’harit et du service du jour nouveau – et c’est bien à ce propos que les sages ont institué la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm –, nous craignons néanmoins aussi l’effet de cet esprit d’impureté. Aussi, nous avons à cœur de verser de l’eau trois fois alternativement sur chaque main. C’est-à-dire que nous versons d’abord l’eau sur la main droite, puis sur la gauche, puis de nouveau sur la main droite suivie de la gauche, et encore une fois sur la droite suivie de la gauche ; si bien que l’on a finalement lavé chaque main trois fois, en alternant droite et gauche. C’est pourquoi il faut avoir soin de ne pas toucher, avant l’ablution matinale, les organes qui présentent une ouverture vers l’intérieur du corps, tels que bouche, nez, oreilles et yeux (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 4, 3-4 ; Michna Beroura 13). De même faut-il se garder de toucher à de la nourriture ou à des boissons avant l’ablution (Michna Beroura 4, 14).

Le sens de cette notion d’ « esprit mauvais » est expliqué par la Kabbale (cf. Zohar I 184, 2) : la nuit, lorsqu’il s’endort et reste inerte, sans pensée consciente ni action dirigée, chacun expérimente le goût de la mort ; alors réside sur l’homme un souffle d’impureté. C’est ce dont parlent les sages, lorsqu’ils disent du sommeil qu’il est comparable à un soixantième de la mort (Berakhot 57b). La grandeur essentielle de l’homme est sa capacité à penser, sentir, œuvrer en vue de la réparation du monde (tiqoun). Durant le sommeil, lorsque la conscience est abolie et l’action suspendue, l’homme perd, dans une certaine mesure, sa ressemblance divine ; dès lors, le souffle de l’impureté réside sur lui. Lorsqu’il se réveille et que sa conscience lui revient, l’esprit d’impureté se retire de tout son corps, à l’exception de son extrémité, c’est-à-dire de ses mains, où subsiste cet esprit d’impureté. Par l’effet de l’ablution des mains, répétée trois fois alternativement, l’esprit d’impureté se retire également de celles-ci. Et pour le supprimer entièrement, il faut, durant tout le rite de l’ablution, que la main droite précède la gauche, car le côté droit fait allusion à l’attribut de miséricorde (‘hessed). C’est la raison pour laquelle on prend d’abord l’ustensile rempli d’eau de la main droite et, afin de laver en premier lieu la main droite, on transmet l’ustensile à la main gauche ; de cette façon, on verse prioritairement l’eau sur la main droite, puis sur la gauche, et ainsi de suite jusqu’au compte de trois fois chaque main (cf. Kaf Ha’haïm 4, 12).

Certains auteurs expliquent que le dommage essentiel causé par cet esprit d’impureté vise les forces spirituelles qui sont en l’homme : si l’on se touche l’œil ou l’oreille avant de se laver les mains, la faculté de vision ou d’audition intérieure s’en trouve atteinte, et l’on sera ce jour-là comme malvoyant ou malentendant  dans le domaine de la Torah et de la foi. De même, si l’on se touche la bouche ou les narines, on abîmera la faculté spirituelle du goût ou de l’olfaction (Kaf Ha’haïm 4, 19, d’après Solet Béloula).


[a]. Pour répondre aux deux premiers motifs de l’ablution matinale (préparation à la prière et préparation au service du jour nouveau), il suffirait de verser l’eau trois fois sur la main droite, puis trois fois sur la gauche. Mais pour répondre au troisième motif (se défaire de l’esprit d’impureté), il faut que cette ablution soit alternée.

03. L’esprit d’impureté à notre époque

D’après le Zohar et les kabbalistes, il y a lieu de se laver les mains au saut du lit, afin de ne pas laisser plus longtemps sur ses mains l’esprit d’impureté. De même recommandent-ils de ne pas marcher plus de quatre coudées (amot) (environ deux mètres) avant de s’être lavé les mains le matin. Aussi faut-il préparer de l’eau avant de se coucher et la déposer près de son lit, afin que, dès le lever, on puisse se laver les mains (Chaaré Téchouva 1, 2). D’autres sont indulgents en la matière car, selon eux, toute la surface de la maison est considérée comme un ensemble unitaire de « quatre coudées ». D’après cela, tant que l’on ne parcourt pas, hors de chez soi, une distance de plus de quatre coudées, on ne considère pas qu’il s’agit d’une marche de quatre coudées précédant l’ablution (responsa Chevout Yaaqov 3, 1).

Certains disent que cet esprit impur n’existe plus. Les tossaphistes (Yoma 77b) rapportent une opinion selon laquelle l’esprit d’impureté ne réside plus sur « ces royaumes » (les pays germaniques). Selon le Lé’hem Michné, il ressort des propos de Maïmonide, qui vécut en Espagne et en Egypte, que celui-ci ne s’inquiétait pas de l’esprit d’impureté mentionné dans le Talmud (Chevitat Hé’assor 3, 2). Le Maharchal, qui vivait il y a environ quatre cents ans et était l’un des grands décisionnaires d’Allemagne, a écrit que l’esprit d’impureté « ne se trouvait pas parmi nous » (‘Houlin, chap. 8, 31). D’autres décisionnaires se sont exprimés dans le même sens.

Il semble que la différence entre les générations tienne à ce que, jadis, les facultés spirituelles, mystiques, étaient plus saillantes et plus fortes. Cela se manifestait, d’un côté, par la possibilité d’atteindre des états plus élevés et plus profonds du point de vue mental et spirituel, tels que la prophétie, et d’un autre côté par toutes sortes de sorcelleries et d’esprits impurs. Avec le temps, c’est la force intellectuelle (sékhel) qui est devenue centrale, au détriment des forces spirituelles (néfech) ; et concurremment avec la cessation de la prophétie, les esprits impurs se sont affaiblis et ont disparu ; à leur place, est apparu l’esprit néfaste d’idéologies mensongères et fallacieuses.

Citons encore l’extraordinaire histoire du comte Potocki, fils d’une famille de la noblesse polonaise, que son cœur porta à se joindre au peuple d’Israël et à se convertir. Comme la chose était interdite à cette époque, il se convertit secrètement et s’adonna à l’étude de la Torah. Finalement, les autorités ecclésiastiques se saisirent de lui et le mirent devant deux possibilités : revenir au catholicisme ou être brûlé vif. Le vertueux prosélyte choisit de mourir par le feu et de sanctifier le nom divin en public. À ce moment, le Gaon de Vilna dit que l’esprit d’impureté avait perdu de sa force ; c’est particulièrement le cas de l’esprit d’impureté qui repose sur les mains, le matin au réveil ; aussi, les élèves du Gaon de Vilna ne s’interdisent plus de marcher plus de quatre coudées avant de se laver les mains.

En pratique : selon le ‘Hida, le Michna Beroura (1, 2) et le Ben Ich ‘Haï, il faut avoir soin de ne pas marcher plus de quatre coudées avant l’ablution. Face à eux, d’autres décisionnaires sont indulgents, soit parce qu’ils considèrent l’ensemble de la maison comme « quatre coudées », soit parce que, de nos jours, l’esprit d’impureté qui résidait sur les mains n’existe plus (cf. Bérour Halakha 4, 1, Otsrot Yossef 2). Tel est bien l’usage répandu que de se permettre de marcher plus de quatre coudées avant de se laver les mains. Cependant, de l’avis même des décisionnaires indulgents, on a l’usage d’être rigoureux à l’égard de tout ce qui est mentionné dans le Talmud lui-même : ce qui signifie de se laver les mains par trois fois alternées, et de ne pas toucher les orifices de son corps avant nétilat yadaïm.

04. Quand prononcer la bénédiction Al nétilat yadaïm

Le moment approprié pour prononcer la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm est immédiatement après l’ablution et avant le séchage des mains. Certes, le principe veut, pour toutes les bénédictions relatives à l’accomplissement d’une mitsva, que la bénédiction précède l’accomplissement ; c’est pourquoi nous disons la bénédiction sur le prélèvement de la ‘hala[b] avant d’y procéder ; de même, nous disons la bénédiction sur la mézouza (parchemin que l’on fixe au montant de ses portes) avant de fixer celle-ci. Cependant, pour la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm, la règle est différente, car il ne serait pas convenable de prononcer une bénédiction sans que ses mains soient propres ; aussi la bénédiction est-elle repoussée après l’ablution. Mais dans le même temps, il ne faut pas éloigner la bénédiction de l’accomplissement de la mitsva elle-même ; aussi, immédiatement après l’ablution, avant même le séchage des mains, il faut prononcer la bénédiction.

En pratique, on n’a pas l’habitude de dire la bénédiction dès la première ablution, qui suit immédiatement le réveil, car en général, on a besoin d’aller aux toilettes au réveil, et il ne convient pas de prononcer une bénédiction alors que l’on a un besoin à soulager. De plus, de l’avis du Roch, la signification essentielle de l’ablution est de se préparer à la prière ; la bénédiction doit donc être relative à une ablution proche du moment de la prière. Aussi, après être allé aux toilettes, on reprend le versoir, on se relave les mains, et l’on prononce la bénédiction avant le séchage. Celui qui n’aurait pas besoin, en se levant, d’aller aux toilettes, dirait la bénédiction sur l’ablution qui suit immédiatement son lever (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 6, 2 ; Michna Beroura 4, 4)[2].

A priori, il est préférable de réciter les bénédictions matinales et la ‘Amida dès après le lever[c]. En effet, premièrement, il convient de louer Dieu par le biais des bénédictions matinales dès le commencement du jour ; de même, il convient de réciter la ‘Amida avant de s’occuper d’autres sujets (cf. chap. 8 § 4). De plus, il convient de ne pas s’interrompre longtemps entre la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm et la prière, car certains pensent que l’ablution matinale a été essentiellement instituée comme préparation à la prière (Roch). Même celle qui ne prie pas le matin en raison de ses occupations domestiques, s’efforcera au moins de réciter les bénédictions du matin à la suite immédiate de son lever et de l’ablution de ses mains ; de cette façon, l’ablution constituera une préparation aux bénédictions du matin.

De même, celle qui se réveille avant l’aube se lavera les mains et récitera la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm, puis dira les bénédictions matinales. Tout cela, à condition que l’on se lève après le milieu de la nuit (‘hatsot) ; en revanche, si l’on se lève avant le milieu de la nuit, il est interdit de dire les bénédictions matinales et, du même coup, la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm. Dans un tel cas, pour prononcer la bénédiction elle-même, on attendra le passage du milieu de la nuit, puis, après que l’on sera allé aux toilettes, on se relavera les mains et, cette fois, on récitera la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm ainsi que les autres bénédictions matinales[3].


[b]. Avant de cuire la pâte à pain ou à gâteau, si celle-ci atteint un poids déterminé (environ 1,25 kg), on prélève un petit morceau de pâte, que l’on détruit. C’est la ‘hala, prélevée en souvenir du don de pâte fait aux prêtres (Cohanim) à l’époque du Temple.

[2]. Le Michna Beroura 4, 4 écrit d’après le Maguen Avraham que celui qui se réveille, le matin, et a besoin d’aller aux toilettes, doit, avant d’aller aux toilettes, se laver les mains trois fois rituellement sans dire la bénédiction, cela afin de détacher de ses mains l’esprit d’impureté. Après avoir fait ses besoins, il se relavera les mains avec bénédiction, car telle est la règle, d’après le Roch, que de concevoir l’ablution avec bénédiction comme une préparation à la prière. Toutefois, le gaon Rav Ovadia Yossef (Halakha Beroura 4, 4, Bérour Halakha 4, 4) ne craint pas tellement le maintien quelque peu prolongé de l’esprit d’impureté sur les mains, et donne pour directive pratique de faire d’abord ses besoins, puis de se laver les mains avec bénédiction, de façon que la bénédiction soit dite sur la première ablution, ce qui est plus proche de l’opinion du Rachba. De plus, selon l’auteur, si l’on a un besoin urgent à soulager, au point qu’attendre constituerait une transgression de l’interdit de bal techaqetsou (souiller sa personne), il devient impératif d’aller aux toilettes avant l’ablution des mains. On peut cependant répondre à cela qu’un délai court, de la durée de l’ablution des mains, ne constitue pas une transgression de l’interdit de bal techaqetsou. L’usage est donc, en pratique, conforme à l’opinion du Michna Beroura et des kabbalistes, ce qui permet de se purifier promptement de tout esprit d’impureté.

Sur le fait de dire la bénédiction avant le séchage, voir Kaf Ha’haïm 4, 8. Et bien que, d’après l’usage ashkénaze, il soit possible de repousser la bénédiction et de la joindre à la récitation des bénédictions du matin (Birkot hacha’har), c’est un supplément de perfection que de dire la bénédiction au moment de l’accomplissement de la mitsva, comme l’écrit le Michna Beroura 6, 9.

[c]. C’est-à-dire, selon les usages, dès après le lever suivi de l’ablution des mains, ou dès après la seconde ablution, celle qui suit les activités de la toilette. Ce dernier usage est l’usage majoritaire.

[3]. Dans La Prière d’Israël, chap. 8, note 3, nous rapportons la controverse qui oppose les A’haronim sur ce que doit faire un homme qui se lève longtemps avant la prière, et qui sait qu’avant celle-ci il aura besoin de retourner aux toilettes. Certains disent que, conformément à l’opinion du Rachba, il devra dire la bénédiction à l’occasion de l’ablution qui suit son lever, tandis que, selon le Roch, il devra la dire à l’occasion de l’ablution qui précède la prière. Nous avons donné la préférence au premier système. Pour les femmes, cela s’entend à plus forte raison, car la prière de Cha’harit n’est pas une obligation absolue, en ce qui les concerne, et il vaut donc mieux qu’elles récitent la bénédiction sur l’ablution proche de leur lever, laquelle s’intègre aux bénédictions matinales (cf. ici, note 1).

La règle applicable à la femme qui se réveille après le milieu de la nuit pour quelques heures, puis retourne se coucher jusqu’au matin – quand doit-elle réciter les bénédictions matinales ? –, sera exposée au chap. 6 § 6.

05. Si l’on n’a pas dormi de la nuit

Les décisionnaires sont partagés sur la règle applicable à une personne qui n’a pas dormi de la nuit. En pratique, le Choul’han ‘Aroukh (4, 13) décide que, si l’on reste éveillé toute la nuit, on se lavera les mains avant la prière, mais sans prononcer de bénédiction. De cette façon, d’un côté, on se rendra quitte de son obligation, de l’avis de ceux qui pensent que l’on doit se laver les mains, et de l’autre, on ne prendra pas le risque de dire une bénédiction vaine.

Selon le Michna Beroura (4, 30), la meilleure solution, si l’on n’a pas dormi durant la nuit, est d’aller faire ses besoins avant la prière ; alors, du fait que les mains auront touché des parties habituellement couvertes du corps, on pourra se laver les mains puis dire la bénédiction, en accord avec toutes les opinions. Tel est l’usage ashkénaze.

En résumé : suivant l’usage ashkénaze, une femme qui n’a pas dormi de la nuit, si elle a l’intention de réciter la ‘Amida de Cha’harit, ira aux toilettes avant la prière, puis se lavera les mains avec bénédiction. Suivant l’usage séfarade, même de cette façon, on ne récitera pas la bénédiction sur l’ablution (Kaf Ha’haïm 4, 49). (Cf. encore, ci-après, 6 § 7 et 7 § 7, en ce qui concerne la règle applicable aux bénédictions matinales et aux bénédictions de la Torah.)

06. Si l’on a dormi durant la journée

Un doute plane quant à la cause précise de la présence d’un esprit d’impureté sur les mains : cette impureté a-t-elle pour origine le sommeil, durant lequel la conscience se détache, et l’homme est laissé sans possibilité d’action ? Si telle est la raison, celle qui dort durant la journée doit se laver les mains par trois fois alternées afin d’ôter l’esprit mauvais de ses mains. Ou bien est-ce la nuit obscure – durant laquelle le monde dans son ensemble cesse son activité – qui entraîne la présence de l’esprit mauvais ? Dans ce cas, celle qui est restée éveillée toute la nuit doit, elle aussi, se laver les mains trois fois rituellement.

En pratique, lorsque les deux facteurs sont conjugués, et que l’on dort la nuit d’un sommeil dit « régulier » (cheinat qéva’, mesure minimale d’environ une demi-heure), l’esprit mauvais est considéré comme pleinement présent. Il faut donc, dès le lever, se hâter de se laver les mains par trois fois alternées, et s’abstenir de toucher les orifices du corps, ou des aliments, avant de procéder à l’ablution.

Quand on fait une sieste « régulière » durant le jour, il convient d’être rigoureux, et de se laver les mains trois fois en alternance, mais il n’est pas nécessaire de se hâter pour cela, et il n’y a pas d’interdit à toucher avant cela les orifices du corps.

De même, si l’on reste éveillé toute la nuit, il sera bon de se laver les mains trois fois rituellement à l’aube. Si l’on s’est levé au cours de la nuit, et que l’on se soit déjà lavé les mains trois fois, il sera bon de se les relaver trois fois alternativement quand l’aube paraîtra, car il est possible que ce soit la nuit elle-même, et son terme, qui entraînent l’esprit d’impureté (cf. La Prière d’Israël, chap. 8, notes 4 et 5).

07. Si l’on se lève au milieu de la nuit pour s’occuper d’un bébé ou pour un autre besoin

Une femme qui se réveille en pleine nuit afin de couvrir son enfant ou de lui donner une tétine, n’est pas, si l’on s’en tient à la stricte obligation[d], tenue de se laver les mains auparavant. Elle prendra soin, simplement, de ne pas toucher, de ses mains, la bouche ou quelque autre orifice du corps de l’enfant.

Mais si l’on se lève pour lui préparer de la nourriture ou pour changer sa couche, il est souhaitable de se laver les mains auparavant, afin de ne pas toucher les aliments ou l’un des orifices du corps de l’enfant avec des mains non lavées. De même, quand une femme se lève en pleine nuit pour allaiter son enfant, il est souhaitable qu’elle se lave les mains avant cela. S’il lui est très difficile d’aller se laver les mains, elle peut s’appuyer sur les opinions indulgentes, lesquelles n’obligent pas à se laver les mains lorsqu’on se lève pendant la nuit (Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch 4, 1 ; voir aussi le paragraphe 3 ci-dessus, où il est dit que, d’après certains, il n’y a plus d’esprit d’impureté de nos jours). Quoi qu’il en soit, d’après toutes les opinions, on ne dit pas la bénédiction Al nétilat yadaïm pour une ablution venant en pleine nuit. En effet, nos sages n’ont institué de bénédiction que sur l’ablution faite le matin, car c’est cette ablution qui nous prépare à la prière et au jour nouveau.

Si l’on se lève au milieu de la nuit pour boire, il est bon, a priori, de se laver les mains trois fois alternativement, sans dire la bénédiction sur l’ablution, puis de prononcer, avant de boire, la bénédiction sur la boisson (Chéhakol nihya bidvaro, « Sois loué, Eternel, notre Dieu, Roi de l’univers, par la parole duquel tout a été créé »). De même, si l’on se lève la nuit pour faire ses besoins, il est bon de se laver d’abord les mains trois fois alternativement, afin de pouvoir toucher les orifices de son corps sans crainte. Après avoir fait ses besoins, on se lavera les mains sous le robinet pour pouvoir dire ensuite la bénédiction Acher yatsar (bénédiction sur l’intégrité du corps, prononcée après avoir fait ses besoins). Si l’on veut, on pourra s’appuyer sur l’opinion selon laquelle ce n’est qu’après s’être levé le matin qu’il faut se laver les mains trois fois alternativement, tandis que la nuit, on peut faire ses besoins sans se laver les mains préalablement. En revanche, après avoir fait ses besoins, on devra se nettoyer les mains afin de pouvoir prononcer la bénédiction Acher yatsar. Si l’on n’a pas d’eau, on nettoiera ses mains en les frottant dans son vêtement, et l’on pourra dire la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 4, 22)[4].


[d]. Al pi din : littéralement « d’après la règle ». Cela signifie, dans notre cas, qu’il n’y a pas d’obligation, d’après la règle de droit pure, d’être rigoureux. Cette expression peut être rendue en français par : selon la règle stricte, en droit strict, si l’on s’en tient à la seule règle de droit, si l’on s’en tient à la stricte obligation.

[4]. Selon le Choul’han ‘Aroukh 4, 14-15, tout sommeil « régulier » (cheinat qéva’) entraîne la présence de l’esprit d’impureté et requiert, pour s’en défaire, l’ablution rituelle des mains. Malgré cela, nous avons écrit qu’il était seulement « bon » de se laver les mains la nuit avant de boire etc., car le Echel Avraham écrit au nom de son beau-père (Rabbi Tsvi Hirsch Kara) que l’esprit d’impureté n’est à craindre que lorsqu’on se lève le matin ; et nombreux sont ceux qui s’appuient sur ses dires pour s’abstenir de l’ablution des mains en pleine nuit. De plus, d’après la majorité des kabbalistes, conformément aux vues de Rabbi Isaac Louria, ce n’est que dans le cas où l’on était endormi au milieu de la nuit (‘hatsot) que l’esprit impur est présent ; mais quand une personne s’est couchée après minuit, l’esprit impur ne réside point sur ses mains. Et même dans un cas où l’on était endormi à minuit, et où l’on s’est déjà levé une première fois après minuit, puis lavé les mains trois fois, l’esprit impur ne réside pas sur les mains quand on se lève la deuxième fois. D’après cela, ce n’est que dans certains cas de lever nocturne que l’on doit se laver les mains trois fois.

En outre, certains disent que l’esprit d’impureté n’a plus cours de nos jours. Par conséquent, ce n’est que lorsqu’on se lève le matin qu’il faut être rigoureux et faire nétilat yadaïm trois fois alternativement, car cet usage trouve sa source dans le Talmud ; mais au-delà de cela, pour ce qui concerne des levers nocturnes, il est bon d’être rigoureux, mais ce n’est pas obligatoire. Ceux qui adoptent les usages de la Kabbale doivent avoir soin de se laver les mains trois fois lors du premier lever suivant minuit.

Même en ce qui concerne la bénédiction sur la boisson, il est souhaitable de se laver les mains, mais ce n’est pas obligatoire, comme il ressort du Choul’han ‘Aroukh 4, 23 ; et même dans un cas où l’on aurait touché une partie habituellement couverte du corps, on peut se contenter d’essuyer ses mains, comme il ressort du Michna Beroura 4, 61. De même, avant d’aller aux toilettes, il est souhaitable de se laver rituellement les mains en raison de l’esprit d’impureté, mais ce n’est pas obligatoire, comme nous l’avons vu ci-dessus ; cf. en note 2 l’opinion du gaon Rav Ovadia Yossef, pour qui il n’est pas à craindre d’aller aux toilettes avant l’ablution ; dans La Prière d’Israël chap. 8 § 6-7 et dans les notes, le propos est plus développé.

08. Aliments que l’on a touchés avant l’ablution des mains

Nous avons appris au paragraphe 2 qu’en raison de l’esprit d’impureté qui repose sur les mains le matin, il ne fallait pas toucher à des aliments ou à des boissons avant l’ablution des mains. Quand un Juif qui ne s’est pas lavé les mains touche néanmoins des aliments, s’il s’agit d’aliments secs, tels que des fruits, que l’on peut rincer, on rincera trois fois ces aliments à l’eau : de même que la triple ablution des mains purifie les mains, le triple rinçage purifie les fruits. En revanche, si l’on a accidentellement touché des liquides ou des aliments que le rinçage abîmerait, l’opinion rigoureuse consiste à jeter ces aliments, en raison de l’esprit d’impureté qui réside sur eux (Od Yossef ‘Haï, Toledot 6) ; mais, d’après la majorité des décisionnaires, les aliments qu’il n’est pas possible de rincer sont, eux aussi, permis à la consommation.

Il y a deux raisons à cela : premièrement, selon la majorité des décisionnaires, l’esprit d’impureté qui réside sur les mains n’a pas la faculté d’altérer des aliments (‘Hayé Adam, principe 2, 2 ; Michna Beroura 4, 14 ; Aroukh Hachoul’han 4, 15). Certes, en ce qui concerne une boisson forte telle qu’une liqueur, certains décisionnaires sont rigoureux, car on peut craindre que le contact n’endommage ladite boisson. Mais quoi qu’il en soit, en ce qui concerne les autres aliments, la majorité des décisionnaires s’accordent à dire qu’ils ne sont pas disqualifiés par le contact avec des mains non rituellement lavées (Béour Halakha 4, 5 ד »ה לא). Deuxièmement, certains pensent (comme nous l’avons vu au paragraphe 3) que cet esprit d’impureté a disparu de notre monde, et qu’il n’est pas à craindre de dommage de ce côté. Il ne faut donc pas jeter et gâcher des aliments qui auraient été touchés par des mains non lavées[e].

De même, il est permis d’acheter, même a priori, du pain ou d’autres aliments présentés sur les étales des magasins, bien qu’il soit à craindre que des Juifs ne les aient touchés sans s’être lavé les mains le matin. En effet, nous avons vu que, d’après la majorité des décisionnaires, les aliments ne sont pas invalidés au contact de mains non rituellement lavées. De plus, il n’est pas certain qu’une personne dont les mains n’ont pas été rituellement lavées le matin ait effectivement touché ces aliments. Enfin, presque tout le monde a l’habitude de se laver les mains au robinet, le matin, et l’on rapporte au nom de Rabbi Isaac Louria (Od Yossef ‘Haï, Toledot 8) qu’un simple rinçage est utile pour affaiblir l’esprit d’impureté.


[e]. La question qui se pose ici est halakhique et met en jeu, plus que la notion d’hygiène (qui peut se poser par ailleurs), celles de pureté et d’impureté, qui constituent des catégories juridiques.

09. Les enfants

De nombreuses mères demandent à partir de quel âge il faut laver rituellement les mains des petits enfants. D’après plusieurs grands décisionnaires modernes, il faut veiller à ce que même les petits enfants se lavent rituellement les mains le matin. Et même s’ils ne sont pas encore parvenus à l’âge de l’éducation[f] aux commandements, il y a lieu de laver leurs mains, dans la mesure où ils touchent des aliments, afin qu’ils ne les abîment pas par l’effet de l’esprit d’impureté (‘Hida, Peri Mégadim, Michbetsot Zahav 4, 7, Michna Beroura 4, 10). Certains adoptent même le pieux usage consistant à laver les mains des bébés, comme l’écrit le Ben Ich ‘Haï (première série, Toledot 10), car par cela, on les élève dans la sainteté et la pureté.

Toutefois, en pratique, nombreux sont ceux qui ont l’usage de ne pas exiger des tout petits que leurs mains soient lavées trois fois alternativement à leur lever car, d’après plusieurs A’haronim parmi les plus grands, l’esprit d’impureté ne réside sur les mains qu’à partir de l’âge de douze ans pour les filles, treize ans pour les garçons. La raison en est que, plus l’homme a la faculté de se lier à la sainteté et d’œuvrer à la réparation du monde, plus le souffle d’impureté s’efforce corrélativement de le rendre impur. C’est pourquoi cet esprit impur ne réside pas sur les mains des non-Juifs, car ils ne sont pas assujettis aux commandements. De même pour les enfants : tout le temps qu’ils ne sont pas sanctifiés par l’obligation d’observer les mitsvot, l’esprit d’impureté ne réside pas pleinement sur eux. Cependant, c’est une mitsva d’éduquer les enfants à l’apprentissage des commandements ; et dans la mesure où ils commencent à se lier aux saintes mitsvot, l’esprit d’impureté réside quelque peu sur eux. Aussi, dès le moment où ils parviennent à l’âge de l’éducation et où ils sont aptes à comprendre comment se laver les mains rituellement, c’est une mitsva que de les y éduquer et de les y habituer (d’après Choul’han ‘Aroukh Harav, deuxième édition 4, 2 ; Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch 4, 3 ; Tsits Eliézer VII 2, 4).

En résumé, c’est une bonne action que d’habituer les enfants parvenus à l’âge de l’éducation à se laver les mains trois fois au réveil, et c’est une stricte obligation de se laver les mains à partir de l’âge des mitsvot, c’est-à-dire douze ans pour les filles, treize ans pour les garçons. Mais certains sont rigoureux et lavent rituellement les mains des petits enfants, dès l’âge où ils sont amenés à toucher de la nourriture de leurs mains (Michna Beroura 4, 10). Et d’autres, éminents par leur piété, poussent le scrupule jusqu’à laver les mains des bébés depuis l’âge de la circoncision, voire depuis la naissance, car dès cet instant commence à se révéler en eux la sainteté propre à l’élection d’Israël (comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh Harav, ad. loc., passage entre parenthèses. Cf. Kaf Ha’haïm 4, 22).


[f]. Précision de l’auteur pour l’édition française : l’âge de l’éducation (guil ‘hinoukh) débute quand l’enfant commence à développer sa compréhension. Dans de nombreux domaines, on vise par là l’âge de six ou sept ans, mais dans les domaines où les enfants comprennent plus tôt, l’âge de l’éducation commence lui aussi plus tôt. Ainsi, en matière de vêtements, il faut commencer cette éducation un peu plus tôt, progressivement, sans aucune pression.

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