Chapitre 12 – Principes généraux des bénédictions

11.Si l’on a dit une bénédiction sur une nourriture interdite

Si, par erreur, on a récité une bénédiction sur un aliment dont la consommation est interdite – par exemple, une viande tarèfe, ou du ‘hamets à Pessa‘h –, on n’en mangera pas du tout, et la bénédiction dite sera vaine. Dans le cas même où l’interdit de consommation est seulement rabbinique, on n’ingérera rien de cette nourriture.

De même, si l’on a mangé d’un aliment carné, et que, dans l’heure qui suit, on ait dit la bénédiction d’un aliment lacté : on ne goûtera point à l’aliment lacté, puisque, de l’avis de tous, la chose est rabbiniquement interdite. Mais si, avant d’avoir dit la bénédiction de l’aliment lacté, on a mangé d’un aliment neutre (parvé) et l’on a bu, de sorte que notre bouche est à présent nettoyée des résidus de viande, ou si une heure a passé depuis que l’on a terminé de manger la viande, on goûtera quelque peu à l’aliment lacté, puisque certains Richonim permettent de manger alors de tels aliments. Cela, afin de n’avoir pas prononcé vainement une bénédiction (cf. Pniné Halakha – Lois de la cacheroute 26, 2, notes 3 et 5).

Si, par erreur, on a récité la bénédiction d’un aliment à l’issue de Chabbat, avant la Havdala, et que, avant de commencer à manger, on se souvienne qu’il est interdit de manger avant la Havdala, on goûtera un peu de cet aliment. En effet, il n’y a pas d’interdit frappant l’aliment en tant que tel ; par conséquent, pour que cette bénédiction, une fois prononcée, ne soit pas vaine, il est préférable d’y goûter quelque peu. La règle est la même si, par erreur, on a dit une bénédiction sur quelque aliment avant le Qidouch (Rema 271, 5 ; Michna Beroura 26).

De même, si, par erreur, on a dit la bénédiction d’un aliment dont on doit s’abstenir en raison d’une coutume, on y goûtera quelque peu, afin de ne pas laisser vaine sa bénédiction. Si donc on dit par erreur la bénédiction d’un morceau de viande pendant les huit premiers jours du mois d’av, on y goûtera quelque peu. En effet, l’interdit de manger de la viande pendant ces jours est coutumier. De plus, le seul fait de goûter un morceau minime n’est pas source de joie, de sorte que cela porte très peu atteinte au deuil propre à ces jours.

Dans le même sens, si l’on a dit, par erreur, la bénédiction d’un aliment avant de réciter la prière de Cha‘harit, on y goûtera quelque peu, puisque le fait d’y goûter n’est pas, en ce cas, une expression d’orgueil : si l’on y goûte, c’est seulement pour éviter que la bénédiction prononcée soit vaine.

Si, oubliant que c’était jour de jeûne, on a récité la bénédiction Chéhakol sur un verre d’eau, la majorité des décisionnaires estiment que l’on ne boira pas. En effet, l’interdit de boire et de manger, les jours de jeûne, est clair, et il ne faut pas accomplir positivement un acte qui contreviendrait à cet interdit[10].


[10]. Selon le Birkat Habaït 19, 15 et le Rav Ovadia Yossef, on boira cependant un peu, afin que la bénédiction ne reste pas vaine [même le 9 av, comme l’indique le Yalqout Yossef II, p. 153]. En effet, le Choul‘han ‘Aroukh 215, 4 décide en pratique que l’interdit de bénédiction vaine est toranique, tandis que l’interdit de manger un jour de jeûne [autre que Kipour] est de rang rabbinique. Mais la presque totalité des Richonim estiment que la bénédiction vaine est un interdit rabbinique. De plus, les jeûnes ont rang de normes prophétiques (divré qabbala) ; or certains auteurs estiment que les divré qabbala sont semblables aux normes toraniques. En outre, il y a peut-être dans les jeûnes un aspect toranique, en ce qu’ils sont semblables à des vœux. De plus, il est préférable d’enfreindre un interdit en ne faisant rien (chev vé-al ta’assé) qu’en accomplissant positivement un acte (qoum ‘assé). C’est en ce sens que tranchent le Da‘at Torah 568, 1 et le Birkat Hachem II, 1, note 95. C’est ce que nous retenons en Zemanim – Fêtes et Solennités juives I, 7, 6, note 7. 

Si l’on a dit la bénédiction sur des fruits, et que l’on s’aperçoive que l’on n’a pas procédé aux prélèvements et aux dîmes, on fera lesdits prélèvements, en récitant tout le texte qui y est associé, puis on mangera [sans répéter la bénédiction]. Puisque tout le propos des prélèvements est de rendre possible la consommation, la récitation dudit texte ne sera pas considérée comme une interruption (hefseq) (cf. Pisqé Techouvot 167, 10, notes 79-80 ; Cha‘aré Haberakha 13, 19-20).

12.Servir un aliment à une personne qui ne récitera pas la bénédiction

Si j’honore mon prochain en lui servant un plat, j’ai la responsabilité de veiller à ce qu’il récite la bénédiction ; faute de quoi je l’aiderais à enfreindre l’interdit consistant à manger une chose sans en dire la bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh 169, 2).

Mais dans le cas où la personne en question est non pratiquante, et où il est sérieusement à craindre que, si on lui demandait de réciter la bénédiction, elle se vexerait, on lui servira la nourriture et la boisson sans lui demander d’en réciter la bénédiction. En effet, si on la vexait, on l’induirait à un interdit plus grand encore, en entraînant tension et haine entre elle et nous ; il se peut même que cela la conduirait à s’éloigner plus encore de la Torah et des mitsvot. Cependant, il n’y a pas lieu de craindre à l’excès que l’invité en question se vexe, car, en pratique, les Juifs qui ne se définissent pas comme religieux sont, pour la plupart, heureux de réciter les bénédictions, ou, tout au moins, d’y répondre amen quand ils sont invités chez un ami ou un parent pratiquant. Aussi peut-on généralement proposer à l’invité, avec douceur, de réciter la bénédiction ; ou, tout au moins, l’hôte peut-il dire celle-ci à haute voix : en répondant amen, l’invité sera considéré comme associé, dans une certaine mesure, à la bénédiction (cf. Igrot Moché, Ora‘h ‘Haïm V, 13 ; Min‘hat Chelomo I, 35 ; Chévet Halévi IV, 17 ; Pisqé Techouvot 169, 3-4).

13.Cas d’erreur

Si l’on a pris un verre d’eau en sa main, et que, au moment où l’on récite les mots Baroukh Ata Ado-naï Elo-hénou Mélekh ha’olam, on croie qu’il s’agit de vin, de sorte que l’on a l’intention de dire la bénédiction Haguéfen ; puis que, s’apercevant qu’il s’agit d’eau, on termine par les mots chéhakol nihya bidvaro, on est quitte (Rachi ; Tossephot).

Même si l’on ne s’aperçoit de son erreur qu’après avoir terminé sa bénédiction par la formule boré peri haguéfen, et que l’on se reprenne immédiatement en disant chéhakol nihya bidvaro – sans avoir marqué d’interruption trop longue entre les deux formules[i] – on sera quitte, puisque, somme toute, on se sera corrigé. Certains Richonim estiment, il est vrai, que, puisque l’on s’est trompé au cours de la bénédiction elle-même, aussi bien dans son intention que dans sa parole, on ne saurait être quitte (c’est ce qui ressort de Rachi et de Tossephot). Mais en raison du doute, la majorité des Richonim décident que l’on est quitte de son obligation (Raavad et Roch, d’après les Guéonim et le Rif ; et c’est en ce sens que tranchent le Choul‘han ‘Aroukh 209, 2 et le Michna Beroura 5-6).

Si l’on a un verre d’eau en main, et que l’on ait dit toute la bénédiction de l’eau, comme il convenait, mais que, après avoir terminé de la réciter, on s’égare et que l’on ajoute, croyant se corriger, les mots boré peri haguéfen : certains auteurs estiment que l’on n’est point quitte, puisque l’on a décidé d’achever la berakha par la mention du vin, et que la berakha du vin ne saurait couvrir la consommation de l’eau (Raavad, Rabbi Zera‘hia Halévi). D’autres pensent que, puisque l’on avait d’abord dit sa bénédiction correctement, on s’était déjà rendu quitte de son obligation, et qu’en se « corrigeant » ensuite, on n’a pas pu invalider la berakha que l’on avait déjà valablement conclue (Na‘hmanide, d’après les Guéonim). Puisque, en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent, il faut considérer que l’on est quitte[11].


[i]. On appelle cette pause rapide, qui n’est pas considérée comme une interruption, tokh kedé dibour (litt. « tout en parlant », c’est-à-dire « sur le mode d’une parole continue »). La pause ne doit pas être plus longue que le temps nécessaire pour dire « Chalom ‘alékha, Rabbi » (« Bonjour à toi, mon maître »).

 

[11]. Si l’on a pris en main un verre d’eau, et que l’on ait dit les mots Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam tout en pensant terminer par chéhakol nihya bidvaro, et que l’on ait finalement dit, par erreur, boré peri haguéfen : selon la majorité des décisionnaires, on n’est pas quitte, puisque, en pratique, on a dit une bénédiction erronée (Raavad ; Roch ; Rachba). Selon Maïmonide, l’intention, formée au début de la bénédiction, de la réciter comme il convient, est efficace pour acquitter de son obligation celui qui l’a dite, quoiqu’il n’ait pas effectivement prononcé le texte adéquat. Certains auteurs, en raison du doute, donnent pour directive de ne pas répéter la bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh 209, 1). Mais en pratique, nombreux sont les auteurs qui estiment que l’on n’est point quitte, et qu’il faut donc la répéter (Touré Zahav ; Maguen Avraham ; Michna Beroura 209, 1).

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