Chapitre 15 – Bénédictions de la vision

02. Mers, fleuves, déserts, montagnes et collines

Grâce à la contemplation de paysages impressionnants, nous pouvons méditer sur la grandeur du Créateur, et lui adresser une bénédiction de louange. Par conséquent, les Sages ont prescrit à quiconque voit des mers, des fleuves, des montagnes, des collines ou des déserts, de dire : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ‘ossé ma‘assé Béréchit (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui fais l’œuvre de la Genèse ») (Berakhot 54a). Même si l’on ne s’émeut pas en voyant de tels paysages, on a l’obligation de réciter la berakha, tant que leur vision est considérée comme émouvante aux yeux de la majorité, et que trente jours ont passé sans qu’on les ait vus.

La mer est toujours impressionnante ; aussi doit-on dire la bénédiction pour toute mer ou lac, à condition qu’une eau abondante se trouve dans leur lit tout au long de l’année, et qu’il ne s’agisse pas d’une création humaine. Par conséquent, on dit la berakha quand on voit la mer Méditerranée ou la mer Rouge ; de même, on la dit pour le lac de Tibériade ou la mer Morte, car il s’y trouve de l’eau tout au long de l’année. Mais si le lac a été créé grâce à un barrage fait de main d’homme, et quoiqu’il puisse être très grand, on ne dit point de bénédiction, puisque celle-ci fut instituée pour louer l’œuvre du Créateur, non les œuvres humaines.

Sur ce que les Sages appellent yam Hagadol (« Grande mer »), c’est-à-dire un océan qui entoure des terres, on dit : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché‘assa et hayam Hagadol (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as fait la grande mer »). Certains pensent, il est vrai, que ce que l’on appelle hayam Hagadol est la mer Méditerranée, qui est appelée « grande » en raison de son importance qualitative : elle borde la terre d’Israël ; ou parce que même des mers de cette superficie sont considérées comme grandes (disciples de Rabbénou Yona ; Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 228, 1). Cependant, de l’avis de nombreux décisionnaires, ce n’est que sur un océan que l’on prononce la bénédiction Ché‘assa et hayam Hagadol, tandis que, sur la Méditerranée, on dit : ‘Ossé ma‘assé Béréchit ; et tel est l’usage (Roch ; Rabbi Ovadia de Bartenora ; Maguen Avraham ; Michna Beroura 228, 2 ; cf. Béour Halakha, ad loc.).

S’agissant d’un fleuve, deux conditions ont été émises pour que fût requise la bénédiction : a) ce fleuve doit s’écouler conformément à sa nature, sans que les hommes aient changé son cours ; b) il doit être au moins grand comme l’Euphrate, lequel est appelé grand par la Torah. À plus forte raison récite-t-on la berakha sur de plus grands fleuves, tels que le Nil, la Volga, le Rhin, l’Amazone ou le Mississipi. Mais sur des fleuves de longueur ordinaire, comme le Yarkon, le Jourdain et les fleuves de cet ordre, on ne dit pas de bénédiction, car ils ne sont pas si impressionnants (Michna Beroura 228, 2).

Montagnes et collines : s’agissant des montagnes, la condition est qu’elles soient particulièrement grandes par rapport à celles qui les entourent. Pour les collines, la condition est que leur forme soit particulièrement impressionnante : par exemple, qu’elles aient des falaises abruptes et pointues ; ainsi des falaises impressionnantes du désert de Judée. Mais s’agissant des monts ordinaires du désert de Judée, de Samarie et de Galilée, on ne dit pas de bénédiction. Si l’on voit le mont Gamla, le mont Arbel, Massada ou Sartaba, on dit la bénédiction, car leur aspect est singulier. De même, on récite la bénédiction sur le mont Thabor, car sa hauteur est impressionnante, et son apparence particulière[1].

Un désert est un lieu stérile et désolé, où tombe peu de pluie. Sur le désert de Judée lui-même, on prononce la berakha, à condition que son aspect éveille une impression : par exemple, si l’on s’y rend en randonnée, et que tous les territoires autour desquels on se trouve soient désertiques ; ou encore, si l’on se poste à un point de vue afin d’observer les alentours désertiques. Mais si l’on voit le désert lors d’un voyage ordinaire, depuis la route, on ne dit pas de bénédiction.


[1].> Pour les monts impressionnants où les touristes ont l’usage de se rendre afin de les admirer, il est évident qu’il faut réciter la bénédiction. Exemples : sur le plateau du Golan, le Hermon et le Gamla. En Galilée, les monts Arbel, ‘Hazon, Atsmon, Méron, la crête de Roch Hanikra (sur son flanc occidental). En Samarie et Judée, les monts Guérizim et Hébal, les monts Kabir, Tamoun, Sartaba, Baal ‘Hatsor, Massada, les falaises de Ha‘atakim dans toute leur longueur, en surplomb de la vallée de la mer Morte. Dans la vallée de Jezréel, le mont Thabor et le massif du Guilboa (principalement le mont Saül). Dans la région du Carmel, le mont Carmel, aux endroits où il descend abruptement vers la vallée ou vers la mer. Dans le Néguev et la région d’Eilat, les cratères (quand on les voit de l’intérieur), le mont Ardon (cratère de Ramon), le mont Salomon, le mont Tsefa‘hot. Ce sont là des exemples de monts célèbres ; mais quiconque s’impressionne d’autres hauteurs semblables doit aussi réciter la bénédiction.

03. Nombre de bénédictions à réciter pour des paysages distincts

La vue de tel grand mont ne retire rien aux impressions que nous inspire tel autre : si, un moment après avoir contemplé le Hermon, on prend l’avion pour l’Europe et que l’on y voie les Alpes, on récitera de nouveau la bénédiction ‘Ossé ma‘assé Béréchit. Ce n’est que si l’on voit une même montagne dans les trente jours suivant sa précédente vue qu’on ne répétera pas la bénédiction.

On peut donc contracter l’obligation de dire ‘Ossé ma‘assé Béréchit plusieurs fois le même jour : si l’on voit, un même jour, la mer Méditerranée, puis le mont Hermon, puis le lac de Tibériade, puis la mer Morte, puis la mer Rouge, on dira la bénédiction pour chacun d’entre eux séparément. De même, si, d’Israël, on prend l’avion pour les États-Unis, on dira ‘Ossé ma‘assé Béréchit en voyant la mer Méditerranée ; puis, après avoir traversé l’Europe, quand on verra l’océan Atlantique, on dira Ché‘assa et hayam hagadol. Et si, depuis l’avion, on voit des montagnes particulièrement grandes, on dira, sur elles également, ‘Ossé ma‘assé Béréchit.

Si l’on voit ensemble plusieurs paysages justifiant que l’on récite la bénédiction, on n’en récitera qu’une, qui vaudra pour tous ces paysages. Par exemple, si l’on se trouve à un endroit d’où l’on voit le lac de Tibériade et le mont Arbel, on dira une seule berakha, portant sur les deux.

Si l’on se promène dans une région où se trouvent plusieurs collines particulières, mais qui se ressemblent par leur forme, on récitera une seule bénédiction pour toutes, même si on les voit l’une après l’autre, puisque toutes appartiennent à la même région et qu’elles sont de formes ressemblantes. De même pour les grands monts : dès lors qu’ils se trouvent dans une même région, on récitera une seule bénédiction qui portera sur tous. Par exemple, le Carmel est tout entier considéré comme une seule et même région. La Judée, la Samarie et la Galilée, qui sont des territoires plus vastes, sont partagés en plusieurs secteurs selon les tracés du terrain. On dira la bénédiction pour les monts séparément et les collines séparément, à moins de les voir ensemble.

Si l’on fait une excursion dans le désert de Judée, on prononcera la bénédiction sur le désert en y entrant ; puis, si l’on voit plus tard un mont particulièrement grand, on redira sur lui la bénédiction. Si l’on arrive ensuite sur le site d’impressionnantes falaises, on dira également la berakha sur elles ; et si l’on voit par la suite, au cours de l’excursion, d’autres falaises particulières, la berakha que l’on aura dite précédemment portera sur elles toutes, puisqu’elles se trouvent dans la même région, et que leurs formes se ressemblent.

04. Vision comportant un élément de nouveauté et faisant impression

Si l’on habite près de la mer, ou que l’on ait l’habitude de s’y rendre, on ne récitera pas de bénédiction en voyant la mer, puisqu’il n’y a guère d’élément nouveau (‘hidouch) pour soi dans cette vision. Mais si l’on voit une autre mer, on dira la bénédiction. Par conséquent, quelqu’un qui habite près d’une plage méditerranéenne, ou qui a l’habitude de circuler en voiture sur la route attenante, s’abstiendra de réciter la berakha s’il voit la Méditerranée, même si c’est depuis une autre plage que celle à laquelle il est habitué. Même si, occasionnellement, trente jours passent sans qu’il la voie, il ne dira point de bénédiction la fois suivante : dans la mesure où il aurait facilement pu la contempler, le fait de la voir à présent ne présente pas de nouveauté. Mais s’il quitte son lieu de résidence pendant trente jours et que, à son retour, il veuille voir la mer, on considérera qu’il la « voit » véritablement, avec l’intensité que ce spectacle renouvelé produira en lui ; il dira donc la bénédiction. La règle est la même pour ceux qui habitent près d’une montagne ou d’une colline particulière[2].

Si l’on se trouve loin du paysage admirable, ou que des nuages voilent son apparence, on ne prononcera pas de bénédiction, puisque cette vision n’est guère impressionnante. Si, le lendemain, on approche de nouveau de ce lieu et qu’on le voie bien, cette vision sera considérée comme nouvelle, et l’on aura l’obligation d’en dire la berakha.

On ne peut fixer de distance en la matière : tout dépend de la taille du paysage et de l’angle de vue. Le principe est que, lorsque la vision est impressionnante, on dit la bénédiction.


[2]. Le fondement de cette règle se trouve dans celle qui régit la personne habitant près d’un lieu d’idolâtrie (cf. ci-après, § 16) : celle-là ne récitera pas de bénédiction en voyant un tel lieu, puisque cela ne présente rien de nouveau pour elle (Tossephot sur Berakhot 57b ; Nimouqé Yossef, ad loc. ; Hagahot Maïmoniot sur Michné Torah, Berakhot 10, 9). Selon ‘Olat Tamid, l’intention de ces auteurs est de dire que, dès lors qu’il ne s’est pas passé trente jours sans qu’on ait vu l’édifice idolâtre, on ne dit pas de bénédiction. Mais selon l’Elya Rabba, même si, occasionnellement, on n’a pas vu ce lieu d’idolâtrie pendant trente jours, on ne dira pas la bénédiction la fois suivante, car, pour ceux qui habitent à proximité, il n’y a point de nouveauté à le revoir. C’est aussi l’avis du Nehar Chalom, du Peri Mégadim et du Michna Beroura 224, 3. De ce cas découle la règle applicable à toutes les bénédictions portant sur la vision.

 

Toutefois, un doute existe quant aux personnes qui habitent en un lieu quelque peu éloigné de la mer, de sorte que, naturellement, elles ne voient la mer qu’une fois par quelques mois : ces personnes sont-elles comptées au nombre de celles qui « peuvent facilement voir la mer » ? En pratique, si une telle personne ne voit effectivement pas la mer pendant trente jours, et qu’elle soit impressionnée en la revoyant, elle dira la bénédiction. Il se peut en effet qu’il ne faille pas considérer une telle personne comme « habitant à proximité de la mer » ; et même si elle doit être considérée comme telle, le ‘Olat Tamid et ceux qui partagent son avis estiment que, dès lors qu’on n’a pas vu le lieu trente jours durant, on se doit de réciter la bénédiction. Toutefois, si l’on n’est pas particulièrement impressionné, on ne la récitera pas.

05. Bénédiction pour la vue de paysages, de nos jours

De nos jours, où il est habituel de parcourir des distances importantes en auto afin de se rendre à son travail ou à quelque rencontre sociale ou familiale, il est fréquent de voir, au cours de son voyage, des montagnes, des collines ou la mer. La question se pose alors de savoir si l’on doit réciter la bénédiction pour une telle vision, qui se fait incidemment et de manière routinière. Le doute repose sur le fait que, par le passé, lorsqu’on voyageait à pied ou à dos d’âne, ce n’est que rarement que l’on voyait des paysages particuliers. Lorsqu’on voyait la mer, on s’en émouvait donc ; de même, lorsqu’on se promenait sur la plage et que l’on voyait soudain les monts du Carmel qui se dressaient et embrassaient le rivage, on était impressionné. Mais de nos jours, on a l’habitude de s’y rendre, aller et retour, et cette vision est devenue commune. De plus, jadis, quand les gens voyageaient à pied ou à dos d’âne, on voyait ordinairement moins de montagnes ; aussi considérait-on le mont Thabor et le Carmel comme des hauteurs très impressionnantes. De nos jours, par contre, les gens ont l’habitude de visiter de nombreux pays et de voir des montagnes plus élevées que celles-là ; le Thabor et le Carmel risquent alors d’être vus par eux comme des hauteurs moyennes, qui n’éveillent pas d’impression particulière.

En pratique, seul celui qui prête attention à des paysages particuliers est considéré comme « voyant » ceux-ci, ce qui justifie une bénédiction ; tandis que celui devant qui ces paysages passent sans qu’il les contemple s’abstiendra d’en dire la bénédiction. Aussi faut-il distinguer deux types de vision : celle qui s’offre au cours d’une randonnée, d’une promenade ; et celle qui s’offre au cours d’un voyage routinier, ordinaire. En randonnée, en promenade, puisque le propos est d’admirer la beauté de la Création, il est certain qu’il y a lieu de réciter la berakha relative à tous les paysages particuliers que l’on voit, ce qui inclut la mer, le mont Thabor et le Carmel, à condition de ne les avoir pas vus pendant trente jours et de ne pas habiter près d’eux – ni de voyager usuellement à proximité (comme on l’a vu au paragraphe précédent). Même si, personnellement, on n’éprouve pas d’impression particulière, on devra dire la berakha, puisque c’est bien pour voir ces paysages que l’on a entrepris ce voyage, si bien qu’on leur donne une importance particulière. Dans le cas où l’on doute que le spectacle qui s’offre à nous soit suffisamment impressionnant, il sera juste de dire la bénédiction sans mentionner le nom de Dieu ni la royauté divine. Mais s’il s’agit de sites que les randonneurs ont coutume d’aller voir, c’est le signe que ces sites sont impressionnants, et, sans qu’il y ait le moindre doute à cela, il y a lieu d’en dire la bénédiction.

Au cours d’un voyage ordinaire, cependant, la règle dépend du degré d’impression et d’émotion que l’on éprouve. Si le spectacle éveille l’attention du voyageur, il en récitera la bénédiction ; s’il ne sollicite pas son attention, et quoique le voyageur le voie, celui-ci ne récitera pas de bénédiction. Par exemple, si l’on se rend de Jérusalem à Haïfa en passant par la route bordant la mer, et que l’on prête attention à la mer et s’en émeuve quelque peu, on dira la berakha. Sinon, on ne la dira pas. Si l’on prête attention aux monts du Carmel, qu’on contemple leur aspect particulier et qu’on s’en émeuve quelque peu, on récitera la bénédiction. Sinon, on ne la récitera pas. De même pour le Thabor, le lac de Tibériade et les monts élevés qui sont en Judée et en Samarie[3]>.

Si l’on voyage à proximité de la mer ou d’une haute montagne, mais que l’on n’ait pas prêté attention à leur aspect, et que l’on n’ait donc pas récité de bénédiction, on s’abstiendra également de la réciter si, au cours des trente jours suivants, on se rend de nouveau à cet endroit et que, cette fois, on contemple le paysage en s’impressionnant du spectacle. Bien que, lors de la précédente vision, on n’ait pas éprouvé d’émotion particulière et que l’on n’ait pas dit de bénédiction, le fait est considéré comme une vision, de sorte que, trente jours durant, aucune vision identique ne sera considérée comme nouvelle. En effet, si l’on n’a pas récité de bénédiction la fois précédente, ce n’est pas faute d’avoir vu le paysage, mais faute d’avoir été impressionné par cette vision. Toutefois, si la première vision s’était faite de loin, ou d’un angle de vue qui n’impressionne guère, on récitera la bénédiction la seconde fois.


[3]. D’un côté, on ne saurait prétendre que, puisque les Sages ont institué une bénédiction sur les montagnes et les collines qui, en terre d’Israël, sont ordinairement considérées comme particulières, tous ceux qui les voient ont l’obligation d’en dire la bénédiction : nous avons vu, dans la note précédente, que l’on ne dit pas de berakha pour une vision qui, chez de nombreux habitants des environs, n’éveille pas d’impression particulière. Aussi, quiconque n’éprouve pas une telle impression, comme c’est le cas de nombreux voyageurs, ne récitera pas de berakha. En revanche, il n’y a pas lieu de prétendre que, puisque nombreux sont ceux qui ne s’impressionnent pas, ceux-là même qui s’impressionnent devraient s’abstenir de bénédiction. En effet, dans son principe, la directive des Sages ordonnant de dire une bénédiction sur de tels spectacles se maintient dans toute sa vigueur. 

06. Tremblement de terre, comète, vent violent

En général, nous rencontrons la nature dans son état bien ordonné : le soleil se lève et se couche invariablement, les étoiles parcourent leur itinéraire, et chaque chose se tient à sa place. C’est à ce propos que nous louons Dieu, dans la bénédiction Yotser haméorot et dans les Pessouqé dezimra. Cependant, il arrive que l’on assiste à des phénomènes qui sortent de l’ordinaire et qui frappent l’esprit, au point qu’il nous semble que les règles fixées par le Créateur en son monde ne tiennent plus. Mais il nous faut nous rappeler que tout vient de Dieu, que les phénomènes anormaux et frappants sont eux-mêmes son œuvre et le fruit de sa puissance, destinés à redresser et à amender le monde, ainsi que l’enseignent les Sages : « Le tonnerre ne fut créé que pour corriger la perfidie du cœur[b] » (Berakhot 59a).

Cinq phénomènes extraordinaires et surprenants sont mentionnés par les Sages : a) sentir la terre trembler ; b) voir dans le ciel une comète, ou encore une étoile filante, météore qui entre dans l’atmosphère et brûle au point que sa lumière brille ; c) de violents vents de tempête ; d) voir des éclairs ; e) entendre le tonnerre (Choul‘han ‘Aroukh 227, 1).

Quelle bénédiction récitera-t-on ? L’une des deux suivantes : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-ko‘ho ou-gvourato malé ‘olam (« Béni sois-Tu… dont la force et la puissance emplissent le monde ») ou Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ‘ossé ma‘assé Béréchit (« Béni sois-Tu… qui fais l’œuvre de la Genèse »). A priori, il est préférable de dire, pour des événements effrayants, comme une redoutable tempête, un fort tremblement de terre ou le tonnerre, Ché-ko‘ho ou-gvourato… ; et, pour des phénomènes moins effrayants, comme la vision d’étoiles ou d’éclairs, ‘Ossé ma‘assé Béréchit (cf. Michna Beroura 227, 4-5).

Si l’on sent un tremblement de terre, même léger, on dit la bénédiction. Si, peu après, on sent un nouveau tremblement, la première bénédiction nous a rendus quittes pour le tremblement subséquent. Mais si l’on a déjà détourné son attention de cela, et que l’on sente de nouveau la survenance d’un tremblement de terre, on répétera la bénédiction (Birké Yossef 227, 3). Nous avons certes vu que, s’agissant des bénédictions relatives à la vision, on ne se répète qu’au terme de trente jours pour un même spectacle ; mais dans notre cas, il s’agit d’un nouveau tremblement de terre, ce qui peut se comparer à la vision d’un nouveau spectacle.

Si l’on a vu une comète et qu’on ait prononcé la bénédiction correspondante, puis que, la nuit suivante, on la voie de nouveau, on ne répétera pas la berakha, puisque trente jours ne se sont pas écoulés depuis la première vision. Si l’on voit, la nuit suivante, une autre comète, on dira la berakha. Si l’on voit en une même nuit deux comètes, ou encore une comète et une étoile filante, on ne dira pas de bénédiction supplémentaire pour la deuxième étoile, car, selon certains avis, une berakha unique vaut pour toutes les étoiles que l’homme voit en une même nuit (Michna Beroura 227, 1-2).

Vents de tempête : sur des vents forts et particulièrement violents, tels qu’une tornade ou un ouragan, qui peuvent déraciner des arbres et détruire des maisons instables, on dit Ché-ko‘ho ou-gvourato ; cependant, si l’on a dit ‘Ossé ma‘assé Béréchit, on est quitte. Pour un vent moins tumultueux, mais qui est assez fort pour faire s’envoler des objets lourds, on dira seulement ‘Ossé ma‘assé Béréchit (Maguen Avraham 227, 1, d’après le Talmud de Jérusalem et Tossephot). Tant qu’il s’agit de la même tempête, on ne dira pas une seconde fois la bénédiction. Mais si la tempête s’est achevée, puis qu’une autre tempête ait commencé plus tard, on répétera la bénédiction.

Pour tout phénomène naturel particulier, tel qu’une éruption volcanique, un geyser, une cascade d’eau impressionnante, une éclipse solaire ou lunaire, on doit dire une bénédiction. Cette énumération, que font les sages, a seulement valeur d’exemple, afin de nous apprendre que quiconque voit un phénomène naturel impressionnant comme le sont ceux-là doit dire une bénédiction (cf. Cha‘ar Ha‘ayin 7, note 15 ; Or lé-Tsion II, 46, 63).


[b]. C’est-à-dire pour inspirer la crainte.

07. Éclairs et tonnerre

Puisque aussi bien les éclairs que le tonnerre donnent lieu à une bénédiction, et que l’on peut dire pour les premiers comme pour le second l’une des deux bénédictions usuelles, on a coutume de dire d’abord, pour la vision des éclairs, ‘Ossé ma‘assé Béréchit, puis, pour l’écoute du tonnerre, dont le son effraie davantage, Ché-ko‘ho ou-gvourato malé ‘olam.

Si l’on a déjà dit la bénédiction des éclairs et celle du tonnerre au cours de la journée, on ne se répétera pas le même jour. Certes, tout éclair, tout coup de tonnerre existe en soi ; mais puisqu’ils sont apparus suite à la formation des mêmes nuages, une même berakha vaut pour tous les éclairs que l’on verra, et une même berakha vaut pour tous les coups de tonnerre. En revanche, le lendemain, même s’il s’agit de la même tempête, on redira les berakhot. Et si les deux tempêtes ont lieu le même jour, mais que les nuages aient entièrement disparu après la première, puis que le ciel se soit de nouveau couvert de nuages et que les éclairs et le tonnerre aient réapparu, on répétera la bénédiction, puisqu’il s’agit d’un autre groupe de nuages (Choul‘han ‘Aroukh 227, 2, Michna Beroura 8).

Les bénédictions sur les éclairs et le tonnerre doivent être prononcées à la suite immédiate de leur vision ou de leur audition. En d’autres termes, il ne doit pas s’écouler, entre la perception du phénomène et la berakha, un temps supérieur à celui de tokh kedé dibour, c’est-à-dire le temps nécessaire pour prononcer trois mots. Si l’on a attendu plus longtemps, on a perdu l’occasion de dire la bénédiction ; on patientera donc, car il se peut que l’on voie un autre éclair : alors, on se hâtera de réciter la bénédiction sans laisser passer le délai de tokh kedé dibour. De même pour l’audition d’un coup de tonnerre (Choul‘han ‘Aroukh 227, 3 ; Michna Beroura 12).

De même, s’agissant de la bénédiction sur une comète, un tremblement de terre ou un vent de tempête : il faut la réciter au cours de l’événement, ou immédiatement après. Si le délai de tokh kedé dibour est passé depuis la fin du phénomène, l’occasion est perdue[4].


[4]. Si l’on est en train de réciter le Chéma Israël et ses bénédictions, et que l’on voie un éclair, ou que l’on entende le tonnerre, de deux choses l’une : dans le cas où l’on est au milieu d’une bénédiction, ou au milieu d’un des paragraphes du Chéma, on ne s’interrompra pas pour réciter la berakha de l’éclair ou du tonnerre. Mais dans le cas où l’on se trouve entre deux bénédictions du Chéma, ou entre deux paragraphes du Chéma, on pourra s’interrompre et dire la bénédiction de ces phénomènes, puisqu’il s’agit d’une mitsva qui ne peut se reporter – en effet, on ne sait si l’occasion s’en représentera ce jour-là. Si c’est au cours de la récitation des Pessouqé dezimra que l’on voit un éclair ou que l’on entend le tonnerre, on pourra s’interrompre, même au milieu d’un psaume, pour dire la berakha. La règle est la même dans le cas d’un tremblement de terre, d’une comète ou de semblables phénomènes (cf. ‘Hayé Adam 20, 3 ; Michna Beroura 66, 19). 

08. Bénédiction sur les arbres, au mois de nissan

Lorsqu’on va au jardin ou aux champs, au mois de nissan, et que l’on voit des arbres en fleur, on récite la Birkat ha-ilanot, bénédiction des arbres, afin d’exprimer notre reconnaissance envers l’Éternel pour les bontés qu’Il nous témoigne en faisant renaître et refleurir les arbres, qui étaient desséchés par l’hiver.

La bénédiction est ainsi libellée : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, chélo ‘hisser bé‘olamo kloum, ou-vara vo beriot tovot vé-ilanot tovim, léhanot bahem bené-adam (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui n’as privé son monde de rien, et qui y as créé de bons êtres et de bons arbres, afin de satisfaire par eux les fils de l’homme. ») (Berakhot 43b)[5]

Ce n’est que sur les arbres fruitiers que l’on récite ce texte, car c’est en leurs fleurs que la bénédiction prend effet, en ce qu’elles deviennent fruits.

Nos Sages ont institué une bénédiction au sujet des fruits, et non des légumes, car les fruits donnent à l’homme plus d’agrément. De plus, on perçoit davantage par les arbres la grâce du Saint béni soit-Il, car ils produisent leurs fruits sans effort humain. En outre, la nourriture essentielle à la subsistance de l’homme provient des céréales, des légumineuses et des légumes ; or l’Éternel nous a accordé sa bienfaisance en ajoutant à notre intention les fruits de l’arbre, afin de varier notre alimentation par de riches et délicieuses saveurs. Aussi disons-nous, dans cette bénédiction, que Dieu « n’a privé son monde de rien », même des choses qui ne sont pas nécessaires à la survie.

A priori, cette bénédiction requiert la vision de deux arbres au moins ; mais en cas de nécessité, on peut la réciter en voyant un seul arbre en fleurs.

Si l’on n’a pas eu le temps de voir les arbres quand ils étaient en fleurs, et qu’on les ait vus après que leurs fruits ont commencé de croître, on ne dira pas la bénédiction. Toutefois, si les fruits en question sont si petits qu’on les perçoit difficilement, on peut encore, a posteriori, dire sur un tel arbre la bénédiction (cf. Michna Beroura 226, 4 ; Birkat Hachem IV, 4, note 121). Si l’on a vu des arbres en fleur et que l’on n’ait pas récité la bénédiction, la possibilité de la dire n’est pas perdue : on la récitera quand on reverra des arbres en fleur (Michna Beroura 226, 5).

Les Sages enseignent que la berakha doit se réciter pendant le mois de nissan, parce que les arbres fleurissent habituellement pendant ce mois-là. Cependant, du point de vue halakhique, on peut réciter cette bénédiction dès avant, ou encore après. Les kabbalistes insistent sur l’importance de cette bénédiction, par le biais de laquelle des « réparations » (tiqounim) s’opèrent pour les âmes qui se sont incarnées dans les arbres ; or c’est précisément au mois de nissan que se produisent ces tiqounim. C’est pourquoi certains A‘haronim écrivent qu’il faut veiller à réciter cette bénédiction au mois de nissan, précisément. Les pratiquants zélés se hâtent de la réciter dès le Roch ‘hodech (néoménie) de nissan. Cependant, en pratique, si l’on n’a pas eu le temps de la réciter en nissan, on pourra la dire au mois d’iyar, de l’avis de la majorité des décisionnaires (Ma‘hatsit Hachéqel, Ora‘h ‘Haïm 226 ; Yad Yits‘haq I, 198 ; Yisma‘h Lev, Ora‘h ‘Haïm 12).

Dans les pays du nord, où la floraison des arbres a lieu au mois d’iyar, c’est a priori que l’on récite la Birkat ha-ilanot en iyar. Si l’on se trouve dans l’hémisphère sud du globe terrestre, où la floraison des arbres se produit dès le mois de tichri, c’est en tichri que l’on récitera cette bénédiction (Har Tsvi I, 118).

Certains ont coutume de ne pas réciter cette bénédiction le Chabbat (Kaf Ha‘haïm 226, 4). Mais selon la majorité des décisionnaires, il n’y a aucune raison de s’abstenir de dire la Birkat ha-ilanot le Chabbat (Ye‘havé Da‘at I, 2) ; et tel est l’usage en de nombreux endroits.

On ne récite pas la bénédiction sur des arbres que l’on sait avoir été greffés de manière interdite, car, selon de nombreux décisionnaires, il ne conviendrait pas de louer Dieu pour un arbre qui a été l’objet d’une transgression (Halakhot Qetanot I, 60, 265). De même, il ne faut pas dire la bénédiction sur des arbres ‘orla (dans leurs trois premières années) : puisqu’il est interdit de tirer profit de leurs fruits, il ne convient pas de réciter une bénédiction à leur propos (Rabbi Aqiba Eiger). Mais tant qu’il n’est pas connu que tel arbre est greffé, ou ‘orla, on peut réciter sur lui la bénédiction.


[5]. La formulation séfarade (sidour du Rav Mordekhaï Elyahou [et d’autres, par exemple le Téphilat Ha‘hodech des communautés d’Afrique du nord]) donne ilanot tovot (« de bons arbres ») et non ilanot tovim [tovot est un féminin pluriel, tandis que tovim est un masculin pluriel].

Les femmes, elles aussi, récitent cette bénédiction. Suivant la coutume ashkénaze, il n’y a rien que de normal à cela, puisque les femmes, si elles le souhaitent, peuvent réciter les bénédictions relatives aux mitsvot conditionnées par le temps (ché-hazman graman). Si, selon la coutume séfarade elle-même, les femmes peuvent dire la Birkat ha-ilanot, c’est parce que le temps fixé pour cette bénédiction ne dépend point d’une mitsva, mais de l’apparition des fruits dans les arbres. On ne considère pas cela comme une mitsva conditionnée par le temps, mais comme l’effet de la réalité naturelle. Cf. Pniné Halakha – La Prière juive au féminin 2, 8.

09. Bénédiction de reconnaissance pour la pluie

Les pluies venues du ciel sont l’une des expressions les plus concrètes de l’abondance de vie que le Saint béni soit-Il dispense au monde. En effet, de la pluie dépend la vie de l’homme, des animaux et des plantes. Aussi, durant tout l’hiver, nous louons l’Éternel, dans la deuxième bénédiction de la ‘Amida, pour les pluies qu’Il octroie au monde ; et dans la neuvième, nous le prions de nous accorder des pluies de bénédiction.

En ce qui concerne les années où la pluie manque, un décret des Sages prévoit que, s’il commence à pleuvoir enfin, tout le monde doit réciter une bénédiction de reconnaissance, chacun selon sa propre situation : si l’on possède un champ dont on soit le seul propriétaire, on dira Chéhé‘héyanou. Si l’on possède un champ en copropriété, ou que l’on soit marié, et que le champ soit la copropriété des deux époux, comme c’est l’usage, on dira Hatov vé-hamétiv.

Ceux qui ne possèdent pas de champ diront une bénédiction générale de reconnaissance, appelée, d’après son premier mot, Modim :

Nous te sommes reconnaissants, Éternel, notre Dieu et Dieu de nos pères, pour chaque goutte que tu as fait tomber pour nous. Notre bouche dût-elle être emplie de cantiques comme la mer est emplie d’eau, notre langue emplie de chants de joie comme la multitude de ses vagues, et nos lèvres de louanges comme les étendues célestes, dussent nos yeux éclairer comme le soleil et la lune, nos bras être étendus comme les aigles au ciel et nos pas légers comme les biches, cela ne suffirait pas à te remercier, Éternel notre Dieu et Dieu de nos pères, ni à bénir ton nom, notre Roi, pour le millième des milliers de milliers, les myriades de myriades de tes bontés, miracles et merveilles, que Tu as produits pour nos ancêtres et pour nous. Jadis, Tu nous délivras de l’Égypte, Éternel notre Dieu, Tu nous libéras de la maison d’esclavage. Dans la famine Tu nous as nourris, dans l’abondance, Tu nous as sustentés. De l’épée Tu nous as sauvés, de la peste Tu nous as fait échapper, et Tu nous as tirés de maladies mauvaises et nombreuses. Jusqu’ici, ta miséricorde nous a aidés, et tes bienfaits ne nous ont point abandonnés. Tu ne nous délaisseras jamais, Éternel notre Dieu. Aussi, les organes dont Tu nous as gratifiés, l’esprit et l’âme que Tu as insufflés en nos narines, et la langue que Tu as placée en notre bouche, eux tous loueront et béniront ton nom, ô notre Roi. Béni sois-Tu, Éternel, Dieu de la multitude des louanges.

Telle est la version ashkénaze ; la version séfarade présente de légères variations par rapport à celle-ci.

Certains estiment que ceux-là même qui possèdent un champ doivent, en plus de la bénédiction Chéhé‘héyanou ou Hatov vé-hamétiv, réciter cette bénédiction de Modim (Rabbi Aaron Halévi, Ritva). Cependant, de nombreux auteurs pensent que, dès lors qu’ils doivent prononcer la bénédiction de reconnaissance qui leur est personnelle, ils ne sont pas autorisés à réciter Modim (Rif ; Maïmonide ; Choul‘han ‘Aroukh 221, 2). Les propriétaires de champs qui voudront embellir l’accomplissement de la mitsva réciteront la bénédiction Modim sans mentionner le nom ni la royauté de Dieu.

On ne récite pas la bénédiction de reconnaissance pour une pluie en faible quantité, mais seulement après que les gouttes sont apparues vigoureusement, suivant l’expression talmudique : « comme le nouveau marié vient à la rencontre de l’épousée » (Berakhot 59b) ; en d’autres termes, quand la pluie se rassemble sur la terre et que, à la suite de cette pluie tombant et frappant le sol, il y a comme des bulles et des gouttes rejaillissant vers le haut – ce qui ressemble à la danse des jeunes mariés (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 221). Cela, bien qu’il n’y ait pas encore assez de pluie pour saturer le sol et remplir les réservoirs d’eau.

Si, après que l’on a récité la berakha de reconnaissance pour la pluie, il y a une nouvelle cessation de la pluie, puis que, après que l’on a recommencé à prier pour elle, une nouvelle pluie de bénédiction survienne, on redira la berakha, comme on l’avait fait la première fois[6].


[6]. Selon certains auteurs, en terre d’Israël – laquelle est dépendante des pluies –, on récite la bénédiction de reconnaissance pour la survenance de la pluie, même si celle-ci n’avait pas manqué (Halakhot Qetanot I, 190 ; Maamar Mordekhaï). Mais il ressort du Choul‘han ‘Aroukh 221, 1 que c’est seulement dans le cas où l’on était affligé de la suspension des pluies qu’il y a lieu de réciter cette bénédiction. C’est la position du Levouch et du Peri Mégadim (cf. Béour Halakha, ד »ה אם).

De nos jours, où l’on peut recourir au dessalement de l’eau de mer pour assurer l’approvisionnement en eau, certains décisionnaires doutent que l’on doive encore réciter une bénédiction pour la survenance de la pluie, sauf si l’on possède un champ. En pratique, de nos jours encore, la pluie présente une très grande utilité, et l’on s’afflige ordinairement de son arrêt. Aussi n’y a-t-il pas lieu d’annuler la directive des sages, prescrivant de réciter cette bénédiction.

10. Arc-en-ciel

Si l’on voit un arc-en-ciel, on récite la bénédiction suivante : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, zokher haberit, vénééman bivrito, véqayam bémaamaro (« Béni sois-Tu… qui te souviens de l’alliance, es fidèle à ton alliance et maintiens ta parole »). Chaque fois que l’on voit un arc-en-ciel, il faut réciter la berakha sur sa vision, même si trente jours ne se sont pas passés depuis la vision précédente. Cela, parce que toute apparition d’un arc-en-ciel est chose nouvelle ; en effet, l’arc-en-ciel précédent n’est plus (Birké Yossef, Michna Beroura 229, 2).

Le texte particulier de cette bénédiction fait référence à l’alliance que Dieu conclut avec Noé et sa descendance, aux termes de laquelle il n’y aura plus de déluge sur la terre, ainsi qu’il est écrit :

Dieu dit : « Ceci est le signe de l’alliance que Je place entre Moi et vous, et tous les êtres vivants qui seront avec vous dans toutes les générations : J’ai placé mon arc dans la nuée. Ce sera un signe d’alliance entre Moi et la terre. Alors, lorsque J’aurai rassemblé des nuages au-dessus de la terre, et que l’arc paraîtra dans la nuée, Je me rappellerai mon alliance, qui est entre Moi et vous, et toute âme vivante en toute chair ; et l’eau ne se fera plus déluge pour détruire toute vie. L’arc sera dans la nuée, et Je le verrai, afin de me souvenir de l’alliance éternelle unissant Dieu et toute âme vivante en toute chair, qui est sur la terre. » (Gn 9, 12-16)

Nos Sages disent qu’il ne convient pas de contempler l’arc-en-ciel, car celui-ci révèle la gloire et l’alliance de Dieu, et quiconque pose sur lui un regard soutenu manque de considération pour l’honneur de son Créateur (‘Haguiga 16a). Mais un court regard, afin de réciter la bénédiction, est évidemment permis. Selon certains auteurs, puisqu’il ne convient pas de contempler l’arc-en-ciel, celui qui le voit en récitera la bénédiction, mais il ne convient pas d’avertir son prochain de la présence d’un arc-en-ciel (Michna Beroura 229, 1). D’autres disent qu’au contraire, il est juste d’avertir son prochain pour qu’il aille voir l’arc-en-ciel. C’est en effet à cela que l’arc-en-ciel est destiné : rappeler aux hommes que, par le mérite de l’alliance, l’Éternel maintient le monde ; et qu’ainsi l’on s’éveille à la techouva (repentir) (Berit Kehouna 100, 3). Et tel est l’usage.

11. Bénédiction du soleil

Si l’on voit le soleil dans le renouvellement de son cycle, lorsque toutes les étoiles fixes « reviennent » à leur emplacement, telles qu’elles étaient au temps où elles furent placées dans le firmament lors de la Création du monde, on dit : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ‘ossé ma‘assé Béréchit (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui fais l’œuvre de la Genèse »). Cet événement se produit à chaque grande révolution du soleil, c’est-à-dire une fois tous les vingt-huit ans.

Le moment de la bénédiction du soleil (Birkat ha‘hama) est toujours un mercredi matin, conformément au jour de sa création. La dernière fois que cela a eu lieu, c’était le 14 nissan 5769 (8 avril 2009) ; la prochaine bénédiction du soleil aura lieu le 23 nissan 5797 (8 avril 2037).

La bénédiction se récite le matin, aussitôt que possible, car les personnes zélées s’empressent d’accomplir les mitsvot. Puisqu’il s’agit d’une bénédiction rare, nombreux sont ceux qui veulent l’accomplir avec un supplément de perfection (hidour) : ils se lèvent pour l’office de Vatiqin[c]; dès la fin de l’office, ils sortent et se réunissent en grand nombre, pour réciter la bénédiction du soleil. Certains ont coutume d’ajouter des cantiques de louange à Dieu pour la création des corps célestes, tels que Hachamaïm messaperim kevod E-l (« Les cieux racontent la gloire de Dieu », Ps 19), Alléluia, Hallelou et Hachem min hachamayim (« Alléluia, louez l’Éternel depuis les cieux », Ps 148) et le grand Hallel (Ps 136).

Si l’on n’a pas récité cette bénédiction de bon matin, de nombreux auteurs pensent que l’on peut encore, à la limite, la réciter jusqu’au midi solaire (‘hatsot hayom) (Elya Rabba ; Dagoul Mérevava ; ‘Aroukh Hachoul‘han ; Michna Beroura 229, 8). D’autres estiment que l’on ne peut réciter cette bénédiction que jusqu’à la fin de la troisième heure solaire (Maguen Avraham). Certains décisionnaires tiennent compte de leur avis, en raison du doute : selon eux, après l’expiration de la troisième heure du jour, on s’abstient de mentionner, dans la bénédiction, le nom et la royauté de Dieu (‘Hatam Sofer, Ora‘h ‘Haïm 56 ; Ben Ich ‘Haï, ‘Eqev 19).

Quand le ciel est couvert de nuages et que le soleil ne se voit pas du tout, quoique sa lumière nous parvienne, on ne récite pas la Birkat ha‘hama (‘Hatam Sofer, Ora’h ‘Haïm 56).

Les femmes ont même règle que les hommes à cet égard, puisque ce n’est pas le temps qui conditionne l’obligation de réciter cette bénédiction, mais l’emplacement particulier du soleil. Telle est la coutume de nombreuses femmes ; mais certains auteurs estiment que les femmes n’ont pas coutume de dire cette bénédiction. Selon eux, celles qui voudraient avoir le mérite d’y prendre part l’écouteront de la bouche de l’officiant (cf. Ye‘havé Da‘at IV, 18, 6).

Les règles de la Birkat halévana (bénédiction de la lune), que les hommes récitent chaque mois, sont exposées en Pniné Halakha – Zemanim, Fêtes et Solennités juives I (chap. 1, 16-18).


[c]. Office de Cha‘harit commençant à l’aube, de manière à faire débuter la ‘Amida au moment du premier rayon de soleil. 

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