Chapitre 15 – Bénédictions de la vision

12. Belles créatures, arbres remarquables

Si l’on voit des animaux particulièrement beaux, ou dont les caractéristiques soient hors du commun, ou des arbres particulièrement beaux ou bons, ou un homme particulièrement beau, qu’il soit juif ou non, on dira : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-kakha lo bé‘olamo (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, pour ce qui te ressemble en ton monde ») (Berakhot 58b).

Il est fréquent que des gens s’enthousiasment à la vision de créatures particulièrement belles, fortes ou grandes ; certains organisent même des concours de beauté ou de force entre certaines créatures (qu’il s’agisse de personnes ou d’animaux). Certes, nous ne faisons pas le culte de la beauté, de la force ou de la hauteur de taille comme le faisaient les Grecs ; mais nous ne saurions nier leur valeur. Aussi les Sages ont-ils prescrit, dans le cas où l’on voit une créature pour laquelle les gens ont coutume de s’enthousiasmer – quant à sa beauté, sa taille ou sa force – de prononcer une bénédiction de louange. Par cela, on soulignera le fait que tout vient de l’Éternel, béni soit-Il. Et de ce que la même bénédiction est récitée pour des animaux ou pour des êtres humains, on peut apprendre que nous ne voyons pas dans la beauté une exclusive qualité humaine[7].

Bien que les Sages aient élevé cette bénédiction au rang d’obligation, nombre de personnes n’ont pas coutume de la réciter, car il est bien souvent difficile à l’observateur de décider si la créature qui se trouve devant lui est assez belle pour justifier qu’on récite à son propos une bénédiction. Cependant, si l’on s’en tient à la stricte règle, il convient de ne pas trop s’inquiéter à cet égard, puisque les Sages ont laissé à chacun le soin de décider ce qui, à ses yeux, est beau ; dès lors que l’on voit une créature qui est particulièrement belle, on dira donc la bénédiction.

Il existe deux types de créatures remarquables par leur beauté ou leurs caractéristiques. Le premier comprend les créatures qui sont considérées comme particulièrement belles, ou hors du commun, quand on les compare aux autres créatures de leur espèce. C’est le cas, par exemple, d’un cheval particulièrement beau ou fort, bien plus que les autres chevaux. Celui qui perçoit cette supériorité récitera la bénédiction, mais celui qui n’a pas l’habitude d’examiner des chevaux s’abstiendra de la réciter, puisqu’il ne peut distinguer la particularité de ce cheval-là. Si l’on distingue cela après qu’un tiers nous a expliqué en quoi ce cheval est particulièrement beau et fort, et que l’on en soit impressionné, on dira la bénédiction. De même, si l’on voit une vache qui fournit plus de lait que toutes les autres, on dira la bénédiction. Même chose pour les autres animaux ; et la même règle s’applique aux arbres.

Le deuxième type de créatures remarquables est composé d’espèces qui sont considérées comme particulièrement belles par rapport aux autres, au point que des gens se déplacent pour les voir. Ainsi des beaux poissons du golfe d’Eilat, que l’on tient pour particulièrement beaux en regard des espèces de poissons plus connues ; de même, un grand perroquet, aux couleurs spectaculaires, que l’on considère comme beau en regard des autres oiseaux ; même chose pour des arbres géants appartenant à une espèce considérée comme impressionnante, par rapport aux autres arbres. Quiconque voit une créature appartenant à une telle espèce doit réciter la bénédiction.

De même que cette bénédiction se récite à propos d’animaux, ainsi se récite-t-elle pour la vision de personnes particulièrement belles, grandes ou fortes, ou d’un sportif aux résultats particulièrement remarquables – tels qu’un champion local, ou le récipiendaire d’une médaille olympique. Il semble que, si la beauté particulière provient de la chirurgie plastique, ou si la force particulière est due à l’utilisation de stéroïdes, il n’y ait pas lieu de dire la bénédiction, puisque cela n’est pas naturel. Jadis, un homme pouvait réciter cette bénédiction quand il voyait une femme particulièrement belle ; mais de nos jours, pour des motifs de pudeur, cela n’est ni habituel ni convenable (cf. Talmud de Jérusalem, Berakhot, fin de la halakha 5 ; Har‘havot sur le présent paragraphe).


[7]. Quand la beauté fait obstacle aux bons traits de caractère et les contrarie, elle est considérée comme mensongère et vaine, comme il est dit : « Mensonge que la grâce et vanité que la beauté ; la femme qui craint l’Éternel, elle, sera louée. » (Pr 31, 30) Lorsque la beauté reflète l’intériorité spirituelle de l’homme, elle est digne d’éloge, et c’est cette beauté qu’exalte la Torah chez les matriarches. Cependant, en général, il n’y a pas de lien entre beauté extérieure et beauté intérieure ; des personnes physiquement très belles peuvent avoir de mauvais traits de caractère, et des personnes au physique ingrat peuvent avoir d’excellentes qualités morales. Lorsque le monde parviendra à son amendement, une unité se formera entre monde spirituel et monde matériel. Alors, la beauté intérieure se reflétera extérieurement par une belle apparence.

13. Suite de ces considérations, en pratique

Pour toute créature qui est particulièrement belle, on récite une bénédiction distincte : si l’on voit un homme particulièrement beau, on dit la berakha ; si l’on voit ensuite un chat particulièrement beau, on la redit ; et si l’on voit ensuite un chien, ou un cheval, particulièrement beau, on la dira à nouveau, de même que pour tout animal terrestre ou poisson. De même, si l’on voit un arbre particulièrement beau, on récite la bénédiction, puis, si l’on voit ensuite un autre arbre d’une particulière beauté, et qui soit d’une autre espèce, on la répète. Quand bien même on les voit tous le même jour, on prononce pour chacun une bénédiction propre. Mais si c’est en même temps que l’on voit les deux espèces, une seule bénédiction vaudra pour les deux.

Les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si, lorsqu’on voit la même créature trente jours après l’avoir vue la première fois, on doit répéter la bénédiction. En pratique, on ne redira jamais plus la bénédiction sur la même créature ; mais si, trente jours après, on voit une autre créature de la même espèce, et que, d’un certain point de vue, celle qu’on voit à présent soit encore plus belle que celle de la fois précédente, on redira la bénédiction. Or la beauté est chose complexe ; par conséquent, dès lors que l’on voit une autre créature, particulièrement belle, et qui n’est pas considérée de façon évidente comme moins belle que celle que l’on avait vue dans le passé, on peut affirmer avec certitude que, par un certain côté, elle lui est encore supérieure en beauté. Si donc trente jours ont passé depuis que l’on a vu la première, on répétera la bénédiction. En d’autres termes : pour le cheval même à propos duquel on a déjà dit une berakha, on ne la redira plus jamais ; mais si, trente jours plus tard, on voit un autre cheval, particulièrement beau, on dira la berakha, dès lors que ce cheval diffère quelque peu du premier par son apparence et n’est point considéré comme inférieur au premier en beauté. La règle est la même pour un homme : sur un même homme, particulièrement beau, on ne répétera pas la bénédiction ; mais si, trente jours plus tard, on voit un autre très bel homme, qui n’est pas moins beau que le premier, on récitera la bénédiction, puisque sa beauté propre diffère quelque peu de celle du premier. La règle est la même pour toute créature[8].


[8]. En raison du doute, quant aux critères d’après lesquels une créature doit être considérée comme particulièrement belle, nombreux sont ceux qui n’ont pas l’usage de réciter cette bénédiction (cf. ‘Hayé Adam 63, 1 ; Cha‘ar Hatsioun 225, 33). Mais aucun décisionnaire n’a pris sur soi de la révoquer entièrement. Par conséquent, dès lors que l’on sait que la créature qui est devant soi est particulièrement belle, on doit réciter la bénédiction. Toutefois, celui qui, même après qu’on lui a dit que tel cheval est particulièrement beau – et a même été élu dans une compétition équestre – ne distingue pas sa beauté, ne récitera pas la bénédiction. En effet, celui-là, quoiqu’il voie le cheval, n’en perçoit pas la beauté particulière.

De l’avis de nombreux décisionnaires, si l’on n’a pas vu telle belle créature pendant trente jours, on redira la bénédiction en la revoyant – comme pour les autres bénédictions relatives à la vision (Méïri ; Roch ; Radbaz ; Rema, et d’autres). Selon le Raavad, puisqu’il n’y a pas tellement de renouvellement ni d’émotion ressentie à la vision d’une belle créature, on ne dit à son propos la bénédiction qu’une fois ; et même si l’on voit une autre créature de la même espèce, on ne dira la bénédiction que si elle est supérieure en beauté à la première. Tel est l’avis de Rabbi Aaron Halévi, du Ritva, de Rabbénou Manoa‘h et du Choul‘han ‘Aroukh 225, 9-10. Selon certains auteurs, tout cela vaut à l’intérieur des trente jours ; mais si l’on voit après trente jours une autre créature particulièrement belle de la même espèce, on dira la bénédiction (Séfer Habatim ; Nehar Chalom).

La majorité des décisionnaires partagent l’avis du Raavad, d’après qui, même pour une autre créature et après trente jours, on ne dira la bénédiction que si elle est plus belle que la première (Choul‘han ‘Aroukh 225, 9-10 ; Michna Beroura 29-30). Cependant, il semble que l’on puisse expliquer leur avis comme suit : tant que, d’un certain point de vue, la seconde créature est plus belle, on dira la bénédiction. À plus forte raison sera-ce la règle aux yeux de tous les Richonim et A‘haronim qui n’ont pas adopté l’opinion du Raavad. De plus, les propos du Raavad reposent sur l’idée qu’il n’y a pas de renouvellement dans la seconde vision – celle d’une autre créature de la même espèce – ; mais si elle est très belle, et que, en pratique, on soit impressionné de la voir, il est vraisemblable que le Raavad lui-même serait d’avis de réciter la berakha. Quand on s’abstient de la dire en raison du doute, il est bon de la dire cependant sans mention du nom divin et de la royauté divine, comme l’écrit le Michna Beroura 32.

Selon le Halakhot Qetanot (I, 60, 265), il n’y a pas lieu de louer l’Éternel pour des créatures nées d’une hybridation interdite. Selon les responsa du Ya‘avets (I, 63), puisqu’il est ensuite permis de se servir de l’arbre ou de l’animal né par le biais d’un interdit, on en récite la bénédiction. En pratique, quand on sait avec certitude que la créature est le produit d’un interdit, il y a lieu d’être rigoureux, en raison du doute, et de ne point dire la berakha. Mais quand il n’y a pas de telle certitude, il y a lieu de la réciter.

14. Bénédiction Méchané habriot

Ce monde n’est pas parfait, on y trouve différents accidents naturels, des tremblements de terre, des disettes, des excès de froidure ou de chaleur. L’homme, lui non plus, n’est pas parfait ; certains individus portent à la naissance un défaut, parfois très étrange, ce qui suscite une très grande souffrance. Malgré cela, il faut se renforcer en sa foi, savoir que l’Éternel a créé un monde affecté de manques, pour que nous ayons à nous mesurer avec des difficultés, et que nous méritions ainsi de révéler les forces enfouies en nous, et d’être associés à l’amendement (tiqoun) du monde. Aussi, même en cas de catastrophe, dont nous ne comprenons pas le sens, il nous est ordonné de prononcer la bénédiction Dayan ha-émet (« Béni sois-Tu… juge de vérité »). De même, bien que nous ne comprenions pas pourquoi il y a des défauts et des anomalies en ce monde, nous devons avoir foi dans le fait que le Créateur, qui connaît les choses cachées, conduit son monde comme il convient, et pour le bien. Nos Sages ont donc institué une bénédiction pour la vision d’un être humain affecté d’une anomalie : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, méchané habriot (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui fais des créatures hors du commun »).

Ce n’est que pour une grande anomalie que l’on dit la bénédiction. Par exemple : pour une personne née sans main ou sans pied ; ou une personne qui est si grande qu’elle ne peut se tenir dressée, et dont la taille est voûtée ; ou pour un cas de nanisme important ; ou pour celui dont les c sont collés les uns aux autres ; ou pour des frères siamois, qui sont attachés l’un à l’autre de naissance ; ou pour une personne dont les bras sont très courts par rapport au reste du corps, etc. De même, on dit la bénédiction pour un animal né avec une grande anomalie. Pour chaque sorte d’anomalie, on dit une bénédiction propre. Cependant, si l’on voit ensemble deux personnes anormales, une seule bénédiction vaut pour elles deux.

En ce domaine aussi, les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir s’il faut redire la bénédiction après l’écoulement de trente jours, pour la même anomalie. Puisqu’on est indulgent en cas de doute portant sur une bénédiction, on ne la dira qu’une fois pour chaque sorte d’anomalie[9].

Il faut prendre grand soin de ne pas vexer la personne affectée de l’anomalie, en disant la bénédiction. Dans tous les cas où il est à craindre qu’elle soit vexée, il faut dire la berakha de façon secrète. Si même cela est susceptible de la vexer, il est préférable de ne pas la réciter du tout. En effet, l’interdit de vexer et de peiner son prochain, à plus forte raison quand celui-ci est souffrant, est plus grand que la mitsva de réciter ces bénédictions.

Si c’est à la suite d’un accident ou d’une maladie qu’une personne a été affectée d’un défaut et est devenue anormale, on ne récite pas à son sujet la bénédiction Méchané habriot ; mais si l’on compatit à sa souffrance, on dira, la première fois qu’on la verra : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, dayan ha-émet (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, juge de vérité ») (Choul‘han ‘Aroukh 225, 9).


[9]. En cette matière, il semble que, si l’on voit une autre personne, légèrement plus anormale, mais dont l’anomalie est de même type, on n’ait pas à répéter la berakha. Certes, dans le cas parallèle en matière de belles créatures, on redit la berakha ; mais dans le cas présent, où il est gênant d’examiner si l’anomalie est plus grande que la précédente, il n’y a pas lieu de la répéter. C’est ce que laisse quelque peu entendre le Choul‘han ‘Aroukh 225, 9-10. Toutefois, si l’on est certain que l’anomalie est plus grande, et que cela éveille en soi une émotion douloureuse, on dira la bénédiction.

15. Visite au zoo ; singe et éléphant

Si l’on se rend au zoo, on a le mérite de réciter par deux fois la bénédiction Méchané habriot. En effet, quiconque voit un singe ou un éléphant dit : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, méchané habriot (« Béni sois-Tu… qui fais des créatures hors du commun ») (Berakhot 58b ; Choul‘han ‘Aroukh 225, 8). Certes, si on les voit ensemble, une seule bénédiction vaudra pour les deux. Mais s’ils se trouvent en des endroits différents du zoo, on devra dire une bénédiction pour chacun d’eux.

C’est précisément pour ces deux animaux que les Sages ont prescrit une bénédiction, car leur aspect, plus que celui des autres, éveille un particulier étonnement. En effet, bien qu’il s’agisse d’animaux, ils ont une certaine ressemblance avec l’homme. Le singe ressemble à l’homme par la forme de son corps et par sa façon d’utiliser ses mains. L’éléphant diffère des autres animaux en ce que sa peau est lisse, sans poil, et en ce qu’il use de sa trompe comme d’une main (Méïri sur Berakhot 58b).

Quiconque n’a pas vu ces animaux trente jours durant devra réciter la bénédiction quand il les reverra. Certes, pour les autres créatures particulièrement belles, ou bizarres, on a coutume de ne dire la bénédiction que la première fois qu’on les voit, car il n’est pas si certain qu’elles soient assez étranges ou belles. Mais ici, comme il est certain que les Sages ont prescrit une bénédiction sur l’éléphant et sur le singe, on redit la bénédiction, dès lors que trente jours ont passé sans qu’on les ait vus.

Une autre bénédiction incombe à celui qui visite un zoo : quand on voit un perroquet, spectaculaire par ses couleurs, ou quelque autre animal particulièrement beau, on dira Ché-kakha lo bé‘olamo (« pour ce qui te ressemble en ton monde »). Puisque la mesure de la beauté n’est pas chose entièrement certaine, et puisqu’il se peut que d’autres beaux animaux se trouvent là, on dira la bénédiction sur une belle espèce, et l’on formera l’intention, en la récitant, de s’en acquitter également pour tous les autres beaux animaux présents au zoo. Et si trente jours passent avant qu’on les revoie, on redira alors la bénédiction.

16. Lieux de culte idolâtre, maisons de non-Juifs impies

Quand un Juif rencontre sur son chemin un monument idolâtre, il est tout entier saisi d’un choc en songeant à la grande faute et à la grande erreur de ceux qui s’adonnent à ce culte. Alors, une question lui vient à l’esprit : comment Dieu peut-Il leur permettre de se tromper à ce point ? Or on doit se rasséréner, et comprendre que le Saint béni soit-Il dirige le monde avec patience, permettant aux hommes de parvenir par eux-mêmes à la vérité, sans intervention miraculeuse. Ainsi, de façon naturelle, par le biais des expériences et des connaissances humaines, le Saint béni soit-Il enchaîne les causalités, de manière que, l’une après l’autre, les erreurs disparaissent du monde. Ainsi, par un processus graduel auquel les hommes sont partie prenante, le monde parviendra à la foi parfaite. Si les hommes choisissent le bien, ce processus sera court ; si leurs erreurs sont nombreuses, le processus sera long et chargé d’épreuves. Pour implanter cette connaissance en nos cœurs, les Sages ont institué une bénédiction relative à la vision d’un monument idolâtre, et une autre pour la vision d’un lieu d’où l’idolâtrie a été extirpée.

Si l’on voit un monument idolâtre, on dit : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-natan érekh apaïm le‘ovré retsono (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui es longanime envers ceux qui enfreignent ta volonté ») (Berakhot 57b ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 1). C’est précisément quand on voit l’objet même de l’idolâtrie – c’est-à-dire la statue ou l’autel voué à son service – que l’on prononce la bénédiction ; en revanche, on ne la dit point au sujet de l’édifice dans lequel elle se trouve (Baït ‘Hadach). Pour une église ou une croix, on ne dit pas la bénédiction non plus (cf. Har‘havot).

Si l’on revoit le même objet d’idolâtrie dans les trente jours qui suivent la première vision, on ne répète pas la bénédiction. Si trente jours ont passé, on la répétera. Si l’on voit un autre objet d’idolâtrie, quoique trente jours ne se soient pas écoulés depuis la vision du premier – et quand bien même il appartient à la même catégorie –, on récite de nouveau la bénédiction.

Si l’on habite au milieu d’idolâtres, on ne récitera pas la bénédiction en voyant leurs statues, puisqu’on y est habitué. Même si, en pratique, on ne les a pas vues pendant trente jours, on ne récitera pas la berakha, puisque la vision de ces statues est considérée, pour les Juifs habitant là-bas, comme routinière et qu’elle n’offre rien de nouveau (Rema 224, 1 ; Elya Rabba ; Michna Beroura 3). Mais si l’on voit des statues appartenant à une autre religion, à laquelle on n’est pas habitué, on dira la bénédiction.

Si l’on voit un lieu d’où l’idolâtrie a été déracinée, en terre d’Israël, on dira : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-‘aqar ‘avoda zara mé-artsénou (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as déraciné l’idolâtrie de notre terre »). Si c’est en diaspora, on dira : … ché-‘aqar ‘avoda zara mé-hamaqom hazé (« … qui as déraciné l’idolâtrie de ce lieu »). Puis on récitera cette prière : « De même que tu l’as déracinée de ce lieu, ainsi déracine-la de tout lieu, et ramène le cœur de ses serviteurs à ton service. » Même si ce monument a été ôté de tel lieu pour être reproduit dans un autre, on récitera, sur le lieu d’où il a été enlevé, la bénédiction afférente à son annulation, et, sur le lieu où il a été établi, la bénédiction Ché-natan érekh apaïm le‘ovré retsono (Choul‘han ‘Aroukh et Rema 224, 2). Il est bon que les guides touristiques incluent dans leurs circuits des sites où se faisait jadis le culte de telle idole, et qu’ils décrivent devant leurs auditeurs quelle certitude animait jadis ses serviteurs, persuadés que l’on continuerait perpétuellement à la servir ; puis l’entière disparition dudit culte sous l’influence de la foi d’Israël. Alors les participants réciteront tous la bénédiction.

Si l’on voit les maisons luxueuses de non-Juifs pervers, ou leurs tribunaux, ou le siège de leur gouvernement, on dit : Beit guéïm yissa‘h Ado-naï (« L’Éternel abattra la maison des orgueilleux ») (Pr 15, 25). On prononcera la même formule si, sans que l’on aperçoive la statue elle-même, on voit un édifice voué à un culte idolâtre ; de même quand on voit une mosquée tenue par des pervers, ennemis d’Israël. Quand on en voit les ruines, on dit : E-l néqamot Ado-naï, E-l néqamot, hofia’ (« Dieu des vindictes, Éternel, Dieu des vindictes, apparais ») (Ps 94, 1 ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 11 ; Michna Beroura 15)[10].


[10]. Les Sages ont encore institué trois bénédictions particulières sur la chute du royaume babylonien impie, qui avait détruit notre Temple. Si l’on voit leur ville royale en ruine, on dit : Baroukh Ata… ché-hé‘hériv Bavel harich‘a (« Béni sois-Tu… qui as détruit Babylone l’impie »). Si l’on voit les ruines du palais de Nabuchodonosor, on dit : Baroukh… ché-hé‘hériv beito chel Névoukhadnétsar haracha’ (« Béni sois-Tu… qui as détruit le palais de Nabuchodonosor l’impie »). Si l’on voit un certain endroit de Babylone, où toute bête qui passe se trouve incapable de bouger, à moins qu’on ait versé sur elle de la poussière de ce lieu même – ce phénomène étant le signe de l’accomplissement de la punition annoncée : « Je la balaierai du balai de la destruction » (Is 14, 23), c’est-à-dire que la terre même sur laquelle Babylone était construite en sera extirpée –, on dit : Baroukh… omer vé-‘ossé, gozer oumeqayem (« Béni sois-Tu… qui parles et accomplis, qui décrètes et maintiens ») (Berakhot 57b ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 3-4). De nos jours, seul l’emplacement de la ville royale est connu (Kaf Ha‘haïm 224, 10).

Selon Rabbi Aqiba Eiger, se basant sur les propos du Maharcha, celui qui, par lui-même, extirpe un monument idolâtre, récite la bénédiction suivante : Baroukh… acher qidechanou bémitsvotav, vétsivanou la‘aqor ‘avoda zara mé-artsénou (« Béni sois-Tu… qui nous as sanctifiés par tes commandements, et nous as ordonné d’extirper l’idolâtrie de notre terre »). L’obligation de s’éloigner de l’idolâtrie inclut également l’interdit de visiter des églises pour y voir des œuvres d’art. Il est dit en effet : « Ne vous tournez pas vers les idoles » (Lv 19, 4), ce dont nos Sages déduisent l’interdit de regarder les œuvres liées à un service étranger (Chabbat 149a ; Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 142, 15).

17. ‘Hakham harazim (« Sage des secrets »)

Si l’on voit « soixante myriades » (six cent mille) Juifs rassemblés en un même lieu, sur la terre d’Israël, on dit : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam, ‘Hakham harazim (« Béni sois-Tu… Sage des secrets »). Mais si l’on voit soixante myriades de non-Juifs pervers – par exemple, quand ils se rassemblent pour une manifestation haineuse, ou pour une procession idolâtre, même hors d’Israël –, on dit : Bocha imekhem, méod ‘hafra yoladtekhem, hiné a‘harit goyim midbar, tsia va‘arava (« Votre mère est fort honteuse, couverte d’opprobre celle qui vous enfanta ; voici, les peuples sont voués au désert, à la ruine et à la solitude ») (Jr 50, 12 ; Berakhot 58a ; Maïmonide, Hilkhot Berakhot 10, 11 ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 5).

L’un des prodiges d’Israël est d’être un peuple unitaire, malgré les immenses différences entre les individus et les groupes qui le composent – différences de taille, d’apparence, de force et de santé, et, bien au-delà, différences profondes dans les domaines de l’esprit. Il y a des personnes plus ou moins douées, il y a des êtres aux vues larges et générales, d’autres aux vues particulières et minutieuses, il y a des caractères intellectuels et des caractères émotifs, des personnalités patientes, d’autres exaltées, des individus sociables, d’autres solitaires. Bien que, très souvent, ces différences créent des divergences d’opinion et de grandes tensions entre les uns et les autres, c’est précisément grâce aux différences que tous composent un ensemble harmonieux, merveilleux, un peuple plein de vitalité et de créativité. C’est à ce propos que nous récitons la bénédiction ‘Hakham harazim ; car Dieu seul sait comment, à partir de tous les talents divers qu’Il créa, se regroupe finalement le peuple d’Israël, afin de recevoir la Torah et de parachever le monde dans le règne du Tout-Puissant.

Certes, dans d’autres peuples aussi, des gens différents se regroupent et créent de grandes cultures ; mais il s’agit de cultures dont le périmètre est limité. Aucun peuple n’a réussi à survivre au-delà d’une certaine période, car finalement les forces individuelles qui sont en lui l’emportent, le peuple se délite, et les individus dispersés se regroupent à nouveau, autour d’une autre culture provisoire. Aussi ne récite-t-on pas, à leur sujet, la bénédiction ‘Hakham harazim. Et si ces gens se fédèrent autour de mauvais buts, non seulement on ne dit pas de bénédiction à leur propos, mais on doit encore exprimer une protestation contre leur méchanceté, et signaler qu’ils sont voués à la destruction. Face à cela, le peuple d’Israël, malgré les grandes dissemblances de ses diverses composantes, et les âpres controverses qui les opposent, ne se défait pas ; car c’est à cette fin que nous fûmes créés par le « Sage des secrets », pour que les diverses forces se regroupassent finalement en un ensemble uni, doté d’une puissance vitale et créatrice incomparable.

Toutefois, ce n’est que sur la terre d’Israël que se révèle cette force unificatrice, comme il est dit : « Et qui est comme ton peuple, comme Israël, peuple un sur la terre ? » (2S 7, 23). Aussi est-ce seulement sur la terre d’Israël que, lorsqu’on voit soixante myriades de Juifs, on récite la bénédiction ‘Hakham harazim (‘Olat Réïya I, p. 387, d’après Maïmonide, Rabbi Manoa‘h et Elya Rabba).

18. Sages d’Israël, sages des nations

Si l’on voit un des sages d’Israël, on dit : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-‘halaq mé-‘hokhmato liréav (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné part à ta sagesse à ceux qui te craignent »). Si l’on voit un sage des nations du monde, on dit : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-natan mé-‘hokhmato lé-vassar vadam (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné de ta sagesse à des êtres de chair et de sang ») (Berakhot 58a ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 6-7).

Par ces bénédictions, nous louons Dieu pour la sagesse qu’il octroie aux hommes ; car la sagesse est le fondement du monde. C’est par elle que Dieu créa l’univers, comme il est dit : « L’Éternel, par la sagesse (‘hokhma), établit la terre. » (Pr 3, 19) Or, par l’effet de sa grande bienfaisance, Il donna de cette sagesse aux hommes, afin qu’ils eussent le mérite d’être associés à Lui dans le parachèvement du monde. Les grands sages ont une part importante dans la révélation de la sagesse et dans sa transmission, et c’est grâce à eux que le monde se développe et s’élève. C’est pourquoi nos Sages ont prescrit de réciter une bénédiction quand on voit un sage d’une particulière grandeur.

Il existe une profonde différence entre la sagesse de la Torah et les sagesses extérieures. La sagesse toranique est en effet la sagesse divine, dont le propos est de produire une réparation substantielle en l’homme et dans le monde, à la lumière de la foi (émouna) et de la morale (moussar). On ne saurait comprendre convenablement cette sagesse sans crainte (yira) du Ciel ni attachement (devéqout) à Dieu. Les autres sciences, quant à elles, s’attachent à comprendre la face extérieure du monde et son perfectionnement, en portant leur recherche sur le psychisme, la société, l’histoire, l’économie, la nature et le corps. Ces disciplines sont dotées d’une grande valeur ; c’est pourquoi elles sont considérées comme une branche de la sagesse divine. Mais elles constituent des disciplines extérieures par rapport à la sagesse toranique ; et pour les comprendre, il n’est pas indispensable de craindre le Ciel.

Cette différence entre les divers types de sagesse se reflète dans le libellé de la bénédiction. Pour un savant spécialisé dans l’une des disciplines extérieures, on dit : Ché-natan mé-‘hokhmato lé-vassar vadam (« qui as donné de ta sagesse à des êtres de chair et de sang »), afin d’exprimer la grandeur du don ; car, bien que l’homme soit un être de chair et de sang, Dieu lui a donné de sa sagesse. Pour des sages d’Israël, la bénédiction est : Ché-‘halaq mé-‘hokhmato liréav (« qui as donné part à ta sagesse à ceux qui te craignent »). Le terme ‘halaq (« qui as donné part », litt. qui as distribué, partagé) exprime l’idée d’association. En effet, les sages de la Torah ont part, avec Dieu, à la Torah. Eux sont appelés yéréav (« ceux qui le craignent »), parce que la crainte du Ciel est une condition nécessaire à la compréhension de la Torah.

Dans le cas d’un savant juif dont le savoir a trait aux sciences extérieures, un doute est apparu quant à la bénédiction à dire. En pratique, il semble que, si ce Juif est connu pour être craignant Dieu et pour se livrer à l’étude de la Torah, il y a lieu de dire à son propos la bénédiction instituée au sujet des sages d’Israël, puisque sa sagesse procède de la Torah et est liée à celle-ci, et qu’un tel savant fait partie de « ceux qui le craignent ». S’il n’est pas réputé pour être tel, il y a lieu de dire, à son propos, la bénédiction instituée au sujet des sages des nations.

De nos jours encore, il faut réciter ces bénédictions. Certains auteurs, il est vrai, estiment que les générations se sont amoindries, et que nous n’avons plus de sages hors du commun, pour lesquels il y aurait lieu de prononcer une telle berakha (‘Hessed La-alafim 224, 12). D’autres pensent que, de nos jours, il est difficile de mesurer le savoir et de décider qui mérite le titre de grand sage, pour qui la bénédiction serait requise ; aussi, en raison du doute, faut-il s’abstenir de la réciter (‘Aroukh Hachoul‘han 224, 6). Certains estiment que, en raison du doute, il y a lieu de dire ces bénédictions sans mentionner le nom divin, ni la royauté de Dieu (Tsits Eliézer XIV, 37).

Cependant, selon la majorité des décisionnaires, il faut, de nos jours encore, réciter les bénédictions relatives aux savants, et tel est en pratique l’usage de beaucoup (cf. Ye‘havé Da‘at IV, 16 ; Pisqé Techouvot 224, note 17). Quant à la sagesse, elle est estimée selon la valeur de la génération : si tel érudit est considéré comme l’un des plus grands savants de sa génération, que ce soit en matière de Torah ou de science, on dit la bénédiction à son propos. Quand on doute si le savant que l’on a face à soi est en effet extraordinaire par sa science, on prononce la bénédiction sans mention du nom ni de la royauté de Dieu.

Si l’on voit ce même savant une seconde fois, trente jours au moins après la première rencontre, on répétera la berakha, comme dans le cas des autres berakhot relatives à la vision. S’il s’agit d’un autre savant, même à l’intérieur des trente jours, on récitera la berakha.

19. Roi d’Israël, roi non juif

Voir un roi engendre de l’émotion. Voilà un homme issu de la poussière et appelé à y retourner. Lui aussi est « né d’une femme[d] », comme les autres hommes, mais tout le monde l’honore, et il possède le pouvoir de gouverner ses semblables. Afin d’orienter convenablement notre pensée à cet égard, les Sages ont institué une bénédiction exprimant notre foi dans le fait que la royauté appartient à Dieu, et que c’est Lui qui a accordé une étincelle de son honneur à un être de chair et de sang. Cette bénédiction ne prend pas position pour ou contre tel roi, ni ne nous indique s’il est juste ou impie ; elle exprime simplement notre foi dans le fait que c’est Dieu qui dirige le monde. Il arrive que, à cause des fautes de la génération, Dieu fasse apparaître un roi mauvais, tel Nabuchodonosor, afin de châtier le peuple et de l’éveiller au repentir. Pour tout roi, on récite donc la bénédiction, qu’il soit juste ou impie (responsa Lev ‘Haïm III, 55). Il convient de remarquer que, en récitant cette bénédiction, nous renforçons notre indépendance spirituelle à l’égard de ce roi, puisque nous disons là que c’est l’Éternel qui est la source de l’autorité et de la majesté ; dès lors, la Torah divine et ses valeurs éternelles ont priorité sur les commandements du roi.

Si l’on voit un roi d’Israël, on dit : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-‘halaq mikhvodo liréav (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné part à ta gloire à ceux qui te craignent »). Si l’on voit un roi non juif, on dit : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-natan mikhvodo lé-vassar vadam (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné de ta gloire à des êtres de chair et de sang »).

En général, les rois des peuples non juifs étaient jadis orgueilleux et cruels, tandis que les rois d’Israël étaient réputés pour être bienfaisants (cf. 1R 20, 31), et pour considérer leur règne comme une mission divine, consistant à transmettre au peuple les valeurs de la Torah et de la morale. Certes, suivant le jugement rigoureux des prophètes d’Israël, nombre de nos rois furent considérés comme pécheurs ; mais comparés aux rois non juifs, ils eussent été majoritairement regardés comme craignant Dieu. Quoi qu’il en soit, en pratique, pour ceux des rois d’Israël qui sont connus pour être impies, il est juste de dire Chénatan mikhvodo lé-vassar vadam (« … qui as donné de ta gloire à des êtres de chair et de sang »), et non ché-‘halaq mikhvodo liréav. Il semble aussi que, si le roi est très méchant, bien au-delà de ce qui est courant, au point qu’il serait légitime de se révolter contre lui, nulle bénédiction ne soit à dire à son sujet, qu’il soit juif ou non juif[11].

Nos Sages enseignent : « C’est une mitsva que d’aller voir un roi, même quand il s’agit d’un roi des nations. » Il importe en effet que l’on médite sur l’ordonnancement du monde, que l’on connaisse la puissance et l’honneur qui s’attachent au pouvoir. Ce savoir nous fera mieux comprendre la valeur de la Torah et de la foi, dont la grandeur est éternelle et l’élévation bien supérieure à celle des règnes humains. Si l’on est méritant, on pourra distinguer entre l’honneur des rois de ce monde et celui, véridique, du roi messie (Berakhot 58a ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 9). Si l’on a déjà vu tel roi, il n’y a point de mitsva à le voir de nouveau ; ce n’est que si le monarque vient entouré d’une suite plus élevée en dignité que cette vision nouvelle sera constitutive d’une mitsva (Séfer ‘Hassidim ; Michna Beroura 224, 13).


[d]. Suivant l’expression de Job 14, 1.

[11]. Selon la majorité des décisionnaires, même à propos de rois impies, on dit la bénédiction. C’est la position de Rabbi Haïm Falagi en Lev ‘Haïm III, 55 et en Kaf Ha‘haïm 224, 29. Toutefois, selon le Yafé Lalev 4, cité par le Kaf Ha‘haïm, ad loc., s’il s’agit d’un roi juif impie, c’est la bénédiction usuellement prononcée au sujet d’un roi non juif que l’on dira, puisque l’on ne peut compter un tel roi parmi « ceux qui craignent » l’Éternel. C’est ce qu’écrit le Birkat Hachem IV, 3, note 86. C’est aussi en ce sens qu’incline le Mikhtevé Torah (de Gour, chap. 64).

D’autres estiment, en revanche, qu’il n’y a pas lieu d’honorer un roi impie ; cf. ‘Hazon Ovadia, Berakhot, pp. 411-412 et Cha‘ar Ha‘ayin, p. 358. Le ‘Hazon Ovadia conclut que, pour un roi impie, il faut réciter la bénédiction sans mention du nom ni de la royauté de Dieu. On peut certes adopter leur opinion quand il s’agit d’un roi particulièrement méchant, bien au-delà des autres rois impies. En effet, selon la halakha, le statut d’un tel roi n’est autre que celui d’un usurpateur, et il serait pleinement légitime de se révolter contre lui ; dès lors, il ne convient pas de reconnaître sa royauté, ni de réciter une bénédiction à son sujet.

En revanche, on ne saurait prétendre que, dès lors qu’un roi transgresse les sept commandements noa‘hides, on doive s’abstenir de réciter la berakha à son sujet. En effet, tous les rois de jadis étaient idolâtres, et la plupart d’entre eux ne se privaient pas de verser le sang, de voler et d’avoir des relations adultères ; or, malgré cela, les Sages prescrivirent une bénédiction à leur endroit.

En revanche, s’agissant des rois d’Israël, il est vraisemblable que l’on soit plus rigoureux, car on exige d’eux d’être des justes et d’observer les mitsvot particulières au roi : avoir un rouleau de la Torah qu’ils prennent avec eux en tout endroit, ne pas se croire supérieur à leurs frères, ne pas avoir de nombreuses femmes, ni quantité d’argent et de chevaux. Du reste, la bénédiction est, à leur endroit, bien libellée en ce sens : « qui as donné part à ta gloire à ceux qui te craignent ». Dès lors, s’ils n’observent pas la Torah et les mitsvot, il y a lieu de s’abstenir de prononcer la bénédiction à leur endroit.

20. Bénédictions relatives aux rois, de nos jours

De nombreux décisionnaires écrivent que, dès lors qu’une personne est considérée, dans l’ordre du gouvernement et de la présidence, comme un « roi », qu’il a le droit de vie ou de mort en justice et que personne ne saurait modifier ses décisions – ni pour contester ce qu’il ordonne, ni pour autoriser ce qu’il défend – on récite à son sujet la bénédiction relative aux rois (responsa de Rabbi Abraham ben Isaac de Narbonne 32 ; Radbaz I, 296 ; Maguen Avraham ; Michna Beroura 224, 12).

D’après cela, de nos jours, il ne reste pratiquement pas de « rois » à propos desquels on doit réciter la bénédiction. En effet, les chefs d’États démocratiques doivent compter avec des parlements, des tribunaux, et leur mandat se limite à un certain nombre d’années. Ce n’est que dans des pays défavorisés qu’il reste des dirigeants dont le pouvoir est absolu, « rois » au sujet desquels il y a lieu de dire une bénédiction. Et dans ce cas même, s’il s’agit de grands pervers, contre lesquels il serait légitime de se rebeller, nulle bénédiction n’est à prononcer, comme nous l’avons vu.

Toutefois, certains auteurs estiment que, s’agissant même de chefs d’État de notre temps, il faut réciter la bénédiction ; et que, si trente jours ont passé sans qu’on les ait vus, on doit la répéter lorsqu’on les revoit. En effet, l’essentiel de la royauté et de l’honneur qui s’y attache réside dans l’autorité de diriger le peuple. Jadis, cela s’exprimait par le pouvoir de tuer ; de nos jours, par le pouvoir de diriger. De plus, de nos jours encore, cette autorité influe indirectement sur la vie des gens. Par exemple, tel chef d’État décide de la politique économique et du partage des ressources : par-là, il détermine qui aura de quoi subsister, et quels malades bénéficieront de soins. Le chef d’État a aussi le pouvoir d’initier une guerre ou de l’étendre, généralement à la suite d’une consultation du parlement, mais, en temps d’urgence, sur sa seule décision. Certes, une autre condition est mentionnée par certains décisionnaires : le roi doit porter ses vêtements royaux ; mais lorsqu’il est vêtu comme un homme ordinaire, il n’y a pas lieu de dire de berakha à son propos (responsa Niv‘har Mikessef 3). Cependant, de nos jours, l’honneur royal ne s’exprime plus par des vêtements particuliers : le fait est que l’on honore le président des États-Unis, vêtu d’un simple costume, plus que tel roi africain, vêtu d’habits brodés et dorés. Le principe est le suivant : dès lors que le chef d’État apparaît selon l’honneur attaché à son rang, entouré de ses gardes et de ses conseillers, suivant les règles protocolaires, on dit à son propos la bénédiction. Mais quand il se trouve en vacances, ou au sein de sa famille, on ne dit pas de bénédiction en le voyant. Telle est la coutume de certains rabbins, qui récitent la berakha quand ils voient le président américain, le président français ou le Premier ministre britannique. Certains prononcent la bénédiction à la vue des rois d’Angleterre, car, bien qu’ils ne possèdent presque aucun pouvoir de décision, l’honneur attaché à leur titre est très grand, et leur dynastie se perpétue depuis des siècles, sans interruption.

Cependant, en pratique, il ne semble pas qu’il y ait lieu de dire la bénédiction au sujet de chefs d’États démocratiques, car ils ne sauraient être halakhiquement assimilés à des rois. Tel était en effet, précisément, le propos des États démocratiques que de mettre un terme à l’immense puissance de la monarchie. À cette fin, des révolutions et des guerres furent menées, on exécuta des rois, on créa des institutions démocratiques en vertu desquelles le peuple peut choisir ses dirigeants. Et, pour limiter et équilibrer les pouvoirs des dirigeants élus – afin qu’ils ne s’arrogeassent pas, avec le temps, des prérogatives supplémentaires, qui eussent ressemblé, dans une certaine mesure, à un pouvoir royal absolu –, on institua un parlement fort, une autorité judiciaire indépendante, et on limita dans le temps le mandat des dirigeants[12].


[12]. Plusieurs A‘haronim écrivent que, puisque les chefs d’État ont le droit de gracier les condamnés, il leur reste un pouvoir « royal », revenant à tuer ou à faire vivre. Tel est l’avis des responsa Afarqasta De‘ania 32 et Ye‘havé Da‘at II, 28. Selon le Chévet Halévi I, 35, quand bien même le roi ou la reine n’a pas autorité pour faire usage de la grâce sans avoir pris conseil, on dit la bénédiction, puisqu’on leur confère un honneur incomparable. Le Rav Zuldan, en Malkhout Yehouda vé-Israël, p. 109 s., s’exprime dans un sens proche.

Cependant, comme nous l’écrivons ci-dessus, l’opinion selon laquelle on ne récite pas de berakha semble probante. Comment pourrions-nous dire, en effet, que rien n’a changé, après toutes les guerres et les révolutions contre le pouvoir royal, qui durèrent des siècles et finirent par être victorieuses – en renversant la royauté et en instituant un pouvoir démocratique ? Et comment soutenir que les chefs d’États démocratiques doivent encore être considérés comme des rois, au point que nous devrions réciter une bénédiction en les voyant ? Telle est l’opinion des responsa Qiriat ‘Hana David II, 36, du Rivevot Ephraïm III, 540 (au sujet du président des États-Unis, élu pour quatre ans seulement), du Cha‘ar Ha‘ayin 29 au nom de l’Avné Yachfé 47, et d’autres décisionnaires.

 

21. Monuments funéraires juifs

Parmi les sites dont la vue frappe l’esprit, il y a les tombeaux : leur vue éveille en l’homme des pensées sur sa propre finitude et le caractère éphémère de sa vie. Afin d’ordonner notre pensée et de l’orienter convenablement, les Sages ont prescrit, lorsqu’on voit des tombes juives, de réciter la bénédiction suivante : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, acher yatsar etkhem bé-din, vé-zan etkhem bé-din, vékhilkel etkhem bé-din, vé-he‘hya etkhem bé-din, vé-assaf etkhem bé-din, vé-yodéa’ mispar koulkhem, vé-‘atid léha‘hayotekhem bé-din lé-‘hayé ha‘olam haba ; baroukh Ata, Ado-naï, mé‘hayé hamétim. (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers ; Il vous créa selon la justice, vous nourrit selon la justice, vous sustenta selon la justice, vous fit vivre selon la justice et vous fit disparaître selon la justice ; Il sait le nombre que vous tous formez, et Il vous ressuscitera pour la vie du monde futur ; béni sois-Tu, Éternel, qui ressuscites les morts[13]. ») Après cette bénédiction, certains ont coutume d’ajouter ces mots, empruntés à la ‘Amida : Ata guibor lé‘olam… jusqu’à Vé-nééman Ata léha‘hayot métim (« Tu es puissant à jamais… Et Tu ressusciteras fidèlement les morts »), sans prononcer la formule finale de bénédiction.

Cette berakha ne se récite que lorsqu’il y a au moins deux tombes, puisque le texte est rédigé au pluriel, et vise donc le cas où l’on voit plus d’une sépulture (Michna Beroura 224, 16).

Si l’on voit des tombeaux d’impies ou d’idolâtres, on dit : Bocha imekhem, méod ‘hafra yoladtekhem, hiné a‘harit goyim midbar, tsia va‘arava (« Votre mère est fort honteuse, couverte d’opprobre celle qui vous enfanta ; voici, les peuples sont voués au désert, à la ruine et à la solitude ») (Jr 50, 12 ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 12).

Si l’on a déjà vu ces tombeaux dans les trente jours, on ne redit pas la bénédiction en les revoyant. Mais si l’on constate qu’une nouvelle tombe est apparue au cimetière, ou que l’on voie un autre cimetière, on dira la bénédiction, même s’il n’est pas passé trente jours depuis qu’on l’a récitée. Si l’on a l’intention de visiter plusieurs cimetières le même jour, il est juste, au moment de réciter la bénédiction dans le premier d’entre eux, de porter également son intention sur les autres, que l’on verra le même jour. Si, le lendemain, on visite d’autres cimetières, on redira la berakha ; en effet, la berakha récitée tel jour ne peut couvrir tel autre jour (Birkat Hachem IV, 4, 42-43).

Si l’on s’apprête à entrer dans un cimetière, il est préférable de réciter la bénédiction sur le seuil, afin qu’elle guide nos pensées et nos sentiments quand on sera entré. Si l’on n’a pas prononcé la bénédiction avant d’entrer, il reste obligatoire de le faire, tant que l’on voit encore les tombes. Dans le cas même où l’on voit les tombes de loin, pour peu qu’on les voie bien et qu’on les contemple, on doit réciter la bénédiction (‘Aroukh Hachoul‘han 224, 8). Si, au cours d’un trajet en auto, on passe près d’un cimetière, que l’on contemple les tombes et que l’on pense aux défunts, on récite la bénédiction. Mais tous les autres voyageurs, qui ne contemplent pas les tombeaux, s’abstiennent de la dire. Si, même dans les trente jours qui suivent, ils entrent dans ce cimetière (qu’ils avaient vu depuis la route sans y prêter attention), ils diront la bénédiction[14].

Même si c’est un Chabbat ou un jour de Yom tov que l’on voit le cimetière, il faut réciter la bénédiction. Certes, ces jours-là, on ne récite pas le Tsidouq hadin[e]; mais la bénédiction dont nous parlons ici n’est pas considérée comme un texte de Tsidouq hadin (responsa du Mahari Assad sur Yoré Dé‘a 371 ; Péta‘h Hadvir 224, 14)[15].


[13]. Telle est la version séfarade. Quant à la version ashkénaze, elle diffère quelque peu : Baroukh Ata… acher yatsar etkhem bé-din, vé-zan vé-khilkel etkhem bé-din, vé-hémit etkhem bé-din, vé-yodéa’ mispar koulkhem bé-din, vé-Hou ‘atid léha‘hayotekhem oulqayem etkhem bé-din ; baroukh Ata, Ado-naï, mé‘hayé hamétim. (« Béni sois-Tu, Éternel… Il vous créa selon la justice, vous nourrit et vous sustenta selon la justice, et vous fit mourir selon la justice. Il sait, selon la justice, le nombre que vous tous formez, et c’est selon la justice qu’Il vous ressuscitera et vous fera vivre ; béni sois-Tu, Éternel, qui ressuscites les morts »).

[14]. Cela, pour un ensemble de raisons : a) parce que, la première fois, ils n’avaient pas prêté attention à ce qu’ils voyaient ; b) de prime abord, il y a lieu de penser qu’une nouvelle tombe sera apparue entre-temps ; c) il est vraisemblable que, la première fois, on n’aura pas vu toutes les tombes depuis la route (cf. ci-dessus, § 5).

[e]. Texte du rituel, exprimant la confiance du fidèle en la décision divine d’avoir repris l’âme des défunts.

[15]. Certains ont coutume de visiter les tombeaux des justes (tsadiqim) afin de s’attacher à leur tradition. En particulier, il est de coutume d’aller sur le tombeau des patriarches à Hébron, sur celui de Rachel notre mère à Bethléem, sur celui de Joseph le juste à Sichem. On raconte ainsi que Caleb, fils de Yephouné, alla se recueillir sur le tombeau des patriarches, afin d’être préservé, grâce à ce mérite, du conseil des explorateurs (Sota 34b). Le Talmud note encore que, les jours de jeûne, après l’office du matin, il est de coutume d’aller au cimetière (Ta‘anit 16a). Il y a à cela deux motifs : a) se souvenir du jour de la mort et s’éveiller au repentir ; b) que les justes enterrés là intercèdent en notre faveur et demandent pour nous miséricorde (cf. Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 579, 3 ; 581, 4).

Certains ont l’usage d’adresser une prière aux défunts ; mais, contre cet usage, nombreux sont ceux qui craignent qu’il n’y ait en cela quelque trace de paganisme. En effet, il n’est rien en dehors de Dieu, et c’est à Lui seul qu’il faut adresser notre prière. Telle est l’opinion du Maharil (Béer Hétev 581, 17), du Maharal de Prague (Netiv Ha‘avoda 12), du ‘Hayé Adam 138, 5, selon qui la prière prononcée auprès des tombeaux des tsadiqim doit être adressée au Saint béni soit-Il seul. En revanche, on peut demander à Dieu de daigner écouter notre prière en faveur du mérite des justes – à la tradition de qui nous voulons nous attacher.

 

Face à cela, de nombreux décisionnaires (Peri Mégadim 581 ; Maharam Shik, Ora‘h ‘Haïm 293) estiment qu’il est même permis de s’adresser à l’âme des justes à la tradition de qui nous nous attachons, afin qu’ils sollicitent en notre faveur la miséricorde du Saint béni soit-Il. Selon ces auteurs, puisque notre requête est que les justes prient le Saint béni soit-Il en notre faveur, notre démarche est claire : nous reconnaissons que nous nous trouvons dans la main de Dieu seul. En pratique, a priori, il est bon d’être rigoureux ; mais ceux qui, indulgents, s’adressent aux justes défunts pour qu’ils intercèdent en leur faveur auprès de Dieu, béni soit-Il, ont sur qui s’appuyer.

 

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