La prière d’Israël

06 – Le Qaddich et son importance

Le Qaddich a ceci de particulier que, dans sa majeure partie, il traite de l’honneur du Ciel. Aussi faut-il être très attentif quand on y répond, et prendre garde d’en détourner son esprit. À plus forte raison faut-il prendre garde de bavarder quand le Qaddich est récité (Choul’han ‘Aroukh 56, 1, Michna Beroura 1). Nos sages disent que, lorsqu’une personne répond Amen, yehé chemeh rabba mévarakh… (« Amen ; que Son grand nom soit béni à jamais ») de toute la force de son esprit, on déchire l’éventuel mauvais décret qui pouvait avoir été promulgué à son encontre pour soixante-dix ans (Chabbat 119b ; élèves de Rabbénou Yona). Nos sages disent également que, lorsque les Juifs entrent dans les synagogues et disent Yehé chemeh rabba mévarakh à voix haute, des décrets difficiles sont annulés à leur profit (Pessiqta citée par Tossephot ad loc.). Ils disent encore que le fait de répondre au Qaddich éveille la miséricorde divine à l’égard d’Israël en exil. Car lorsque les Juifs entrent dans les synagogues et les maisons d’étude et répondent Yehé chemeh hagadol mevorakh[d], leur souvenir est rappelé devant le Saint béni soit-Il. À ce moment, si l’on peut s’exprimer ainsi, le Saint béni soit-Il secoue la tête en signe d’affliction et dit : « Heureux le Roi que l’on glorifiait ainsi en Sa demeure » ; la volonté de délivrer Israël s’éveille alors en Lui (cf. Berakhot 3a).

Puisque, par le Qaddich, nous sanctifions le nom de l’Eternel, il faut le dire au sein d’un minyan, car le Saint béni soit-Il se sanctifie par le biais d’une assemblée (‘eda) d’Israël. Le Qaddich est rédigé en langue araméenne, qui était la langue en usage à l’époque du Second Temple parmi tout le monde juif. En voici la traduction :

  1. Que soit élevé et sanctifié Son grand nom
  2. Dans le monde qu’Il créa selon Sa volonté ; qu’Il y établisse Son règne, qu’Il fasse germer Son salut et rapproche la venue de Son messie
  3. Durant votre vie et de vos jours (ceux de l’assemblée des fidèles), et du vivant de toute la maison d’Israël, promptement, en un temps prochain, et dites amen.

L’assemblée répond :

  1. Yehé Chemeh rabba mévarakh lé’alam oul’almé ‘almaya, ce qui signifie :

Que Son grand nom soit béni à jamais, pour l’éternité

L’officiant poursuit :

Que soit béni, loué, magnifié, élevé, exalté, glorifié, vénéré, célébré le nom du Saint béni soit-Il

  1. Au-delà de toute bénédiction, cantique, louange et consolation qui se disent dans le monde, et dites amen.

Telle est la partie principale du Qaddich, appelée couramment ‘hatsi-Qaddich (« demi-Qaddich » ou Qaddich abrégé). Bien qu’en général on ajoute à cette partie principale d’autres passages (comme nous l’expliquerons plus loin), l’essentiel se trouve dans ce ‘hatsi-Qaddich. Y répondre est d’une importance incomparable ; même si l’on se trouve en pleine récitation des bénédictions du Chéma, on peut s’interrompre pour y répondre[7]. C’est une mitsva que de courir pour entendre le Qaddich. Si l’on a déjà terminé sa prière et que l’on se trouve en présence de deux minyans, l’un où l’on récite le Qaddich et l’autre où l’on récite la Qédoucha, il est préférable de se joindre au minyan où se dit le Qaddich, car le degré d’élévation de celui-ci est plus important que celui de la Qédoucha (Michna Beroura 56, 6)[8].


[d]. Version hébraïque de la phrase araméenne Yehé chemeh rabba mévarakh (« Que Son grand nom soit béni »).
[7]. Selon le Michna Beroura 66, 17, si l’on est en train de réciter les bénédictions du Chéma ou les Pessouqé dezimra, on s’interrompt pour répondre au Qaddich en deux endroits : Amen yehé chemeh rabba mévarakh lé’alam oul’almé ‘almaya (« Amen ; que Son grand nom soit béni à jamais, pour l’éternité »), et le dernier amen de la partie principale du Qaddich (daamiran bé’alma véimrou amen). Pour le Kaf Ha’haïm 66, 23, on dit les cinq amen de la partie principale du Qaddich. Cf. ci-dessus, règles des bénédictions du Chéma, chap. 16 § 5.

Il faut signaler que, selon la coutume séfarade et sfard, l’officiant dit, dans le texte du Qaddich : Veyatsma’h pourqaneh viyqarev mechi’heh (« Qu’Il fasse germer Son salut et rapproche la venue de Son messie »), après quoi l’assemblée répond amen. Tandis que, dans l’usage ashkénaze, on ne dit pas ce passage. Cette différence de versions trouve son origine dans les propos des Guéonim. Dans le sidour de Rav Amram Gaon et dans le Ma’hzor (rituel des jours redoutables) de Vitry, la version reproduite du Qaddich est semblable à celle en usage chez les Ashkénazes ; tandis que dans le sidour de Rav Saadia Gaon et dans les écrits de Maïmonide, le texte est semblable à celui des Séfarades, à ceci près que l’on n’y trouve que l’ajout de Veyatsma’h pourqaneh (« Qu’Il fasse germer Son salut ») (cf. Netiv Bina I p. 366). Il faut encore signaler que c’est la seule différence que l’on puisse trouver dans la partie principale du Qaddich. En revanche, à la conclusion du Qaddich, on trouve de nombreuses différences. En effet, dans la partie essentielle de la prière, le texte original qu’ont institué les sages du Talmud est davantage préservé ; tandis que, quand il s’agit d’ajouts insérés par les maîtres des générations suivantes, après la dispersion des communautés dans le monde, les différences entre rituels sont plus saillantes. [Les communautés ‘hassidiques qui ont adopté le rituel sfard et les coutumes de Rabbi Isaac Louria ont ajouté, comme les Séfarades, les mots Veyatsma’h pourqaneh ; en revanche, la fin du Qaddich y est presque semblable au texte ashkénaze.]

[8]. Selon le Zohar II 129b, le Qaddich s’élève au-delà des autres paroles saintes, car cette prière a pour faculté de briser toutes les écorces impures (qlipot) et de sanctifier Dieu dans tous les mondes. C’est pourquoi on le récite en araméen, afin de frapper les extériorités dans leur langue. [Auprès de l’hébreu, langue de la Torah, noyau de la sainteté, l’araméen fait figure de langue profane, propre au monde extérieur, où sévissent les écorces ou extériorités, entités spirituelles qui s’opposent à la sainteté.]

07 – Les différentes sortes de Qaddich

Nos sages ont institué la récitation du Qaddich à la fin de chaque section de l’office. Après le rappel des sacrifices, on dit le Qaddich derabbanan ; après les Pessouqé dezimra, on récite le Qaddich abrégé (‘hatsi-Qaddich) ; après la Nefilat apayim et les Ta’hanounim, le Qaddich abrégé ; [les lundis et jeudis, on ajoute un autre Qaddich abrégé après la lecture de la Torah ;] après la Qédoucha de-sidra, le Qaddich Titqabal ; après le psaume du jour, le Qaddich des orphelins (Qaddich Yehé chelama) ; et après les paragraphes de l’encens (Pitoum haqetoret), le Qaddich derabbanan (Chibolé Haléqet 8). Par le biais du Qaddich, nous concluons et nous élevons chaque étape de la prière vers sa plus haute vocation, l’honneur dû à Dieu. De là, nous poursuivons vers l’étape suivante.

Il existe quatre versions du Qaddich, que nous signalerons nommément : 1) Qaddich abrégé (‘Hatsi-Qaddich) : il est formé de la partie essentielle du Qaddich ; on l’appelle ainsi pour le distinguer des autres versions du Qaddich, qui sont augmentées d’autres passages. Chaque fois qu’il convient de ne pas trop s’interrompre, on dit le Qaddich abrégé. 2) Qaddich Yehé chelama[e], également appelé Qaddich complet (Qaddich chalem). On le dit après la récitation de versets de la Bible ; il s’y ajoute la demande que nous, ainsi que tout le peuple d’Israël, bénéficions de la paix et d’une bonne vie. Il se conclut par la formule : Ossé chalom bimromav… véimrou amen (« Celui qui fait régner la paix dans ses cieux, qu’Il fasse régner la paix sur nous et sur tout Israël, et dites amen »). Dans la mesure où ce Qaddich est généralement récité par des personnes ayant perdu un parent, il est également appelé Qaddich des orphelins (Qaddich yatom). 3) Qaddich Titqabal[f] : il est prononcé par l’officiant après la conclusion de la ‘Amida[g]. Avant le passage Yehé chelama, également inséré ici, est incluse la demande que notre prière soit agréée. 4) Qaddich derabbanan (« Qaddich des rabbins ») : on le dit après l’étude des paroles des sages. Avant le passage Yehé chelama, également inclus ici, on insère une requête pour les étudiants de la Torah, afin qu’ils bénéficient d’une bonne et longue vie.

Répondre amen à ces différents ajouts n’est pas aussi important que de répondre à la partie essentielle du Qaddich. Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’interrompre au cours de la récitation des bénédictions du Chéma ou des Pessouqé dezimra pour répondre à ces ajouts (cf. note 7).


[e]. Il tire son nom des premiers mots de la partie ajoutée au Qaddich de base : Yehé chelama rabba min Chemaya…(« Qu’une grande paix nous soit accordée du Ciel… »).
[f]. Ainsi appelé d’après les premiers mots du passage qui y est ajouté : Titqabal tselotehon ouva’outehon… (« Que soient agréées les prières et les requêtes de toute la maison d’Israël… »).
[g]. Comprise extensivement : la ‘Amida, conclue par les éventuelles supplications (Ta’hanounim), la lecture de la Torah, Achré/Tehila lé-David et Ouva lé-Tsion.

08 – Ordre des récitations du Qaddich à la fin de l’office

Après les supplications (Ta’hanounim) qui suivent la ‘Amida, on dit le Qaddich abrégé. Les jours où l’on ne dit pas les Ta’hanounim, on dit le Qaddich abrégé immédiatement après la répétition de la ‘Amida. La raison pour laquelle on ne dit que le Qaddich abrégé est que l’on ne veut pas marquer d’interruption trop longue entre la ‘Amida et le Qaddich Titqabal, qui se dit après la Qédoucha de-sidra. Car tant que l’officiant n’a pas dit le Qaddich Titqabal, on considère qu’il n’a pas encore conclu tout à fait la répétition de la ‘Amida. Aussi l’officiant n’a-t-il pas besoin de marquer trois pas en arrière à la fin de la répétition ; en effet, ces trois pas de séparation d’avec la prière sont marqués par lui à la fin du Qaddich Titqabal. Le lundi et le jeudi, jours de lecture publique de la Torah, on récite également un Qaddich abrégé après la lecture de la Torah. Après la Qédoucha de-sidra, comme nous venons de le voir, l’officiant prononce le Qaddich Titqabal.

Après le psaume du jour, on dit le Qaddich Yehé chelama (ou Qaddich complet), récité après la récitation publique de versets. Il est d’usage que ce soient des endeuillés qui le récitent, car la récitation du Qaddich est utile à l’élévation de l’âme du défunt (cf. ci-dessus, chap. 4 § 5-6). S’il ne se trouve pas d’endeuillé, ce Qaddich est prononcé par un fidèle qui n’a plus son père ou sa mère. Mais s’il ne se trouve pas d’orphelin parmi l’assemblée, on a coutume de ne pas réciter ce Qaddich. En effet, puisque les orphelins ont déjà adopté l’usage de le réciter, il peut sembler inconvenant qu’une personne dont les deux parents sont en vie prononce ce Qaddich[9].

Après les paragraphes de l’encens (Pitoum haqetoret), on dit le Qaddich derabbanan, dont on a institué la récitation après l’étude des paroles des sages. Ce sont également les endeuillés qui ont l’usage de le réciter ; et quand il ne se trouve personne dont l’un des parents soit décédé, on a l’usage de ne pas le réciter. Certes, si l’on s’en tenait à la règle stricte, il serait normal que l’officiant le récitât, puisque ce Qaddich n’est pas appelé Qaddich yatom (Qaddich des orphelins). Mais dès lors que les orphelins ont déjà pris l’habitude de prononcer ce Qaddich, nombreux sont ceux qui adoptent, à son égard, la même attitude que celle en usage pour le Qaddich des orphelins.

Les sages font grand éloge de ce Qaddich derabbanan : après la destruction du Temple, disent-ils, c’est l’une des choses grâce auxquelles le monde se maintient (Sota 49a). La raison en est que ce Qaddich se dit après une étude publique ; aussi, ce Qaddich mêle-t-il le commandement d’étude de la Torah, dont l’importance est aussi grande que la somme de tous les autres commandements, à la sanctification du nom divin que met en œuvre la récitation du Qaddich (Rachi).


[9]. Certes, le Rama (132, 2) écrit que celui dont les parents ne sont pas pointilleux à cet égard peut dire ce Qaddich. Mais en pratique, on n’en a point l’usage, et l’on craindrait que cela ne constituât un mauvais signe (cf. Pisqé Techouva 132, 17, Az Nidberou 13, 32). Il semble qu’en cas de grande nécessité le petit-fils puisse dire le Qaddich pour son grand-père. Par exemple si le père ne peut dire le Qaddich, s’il faut que quelque autre membre de la famille prononce le Qaddich pour l’âme du grand-père, et si les deux parents sont d’accord.

09 – Barekhou

Pour le bénéfice des retardataires, qui seraient arrivés à l’office après le début des bénédictions du Chéma et auraient donc manqué de répondre à Barekhou avec l’assemblée, nos sages ont décidé qu’au terme de la prière, l’officiant répèterait Barekhou. Les retardataires répondent alors, et l’ensemble de l’assemblée avec eux : Baroukh Ado-naï hamevorakh lé’olam vaed (« Que soit béni l’Eternel, Lui qui est béni à jamais »). On a également cet usage à la fin de l’office d’Arvit. D’après cela, le Chabbat et les jours de fête, il n’est pas nécessaire que l’officiant répète Barekhou à la fin de l’office ; en effet, il est vraisemblable que les retardataires eux-mêmes aient eu le loisir d’entendre Barekhou récité par les appelés à la Torah (Choul’han ‘Aroukh 133, 1 ; Maharits ; Michna Beroura, début du chapitre 69). C’est sur ce motif que se fondent les adeptes du  rituel ashkénaze qui, même les jours ouvrables où la Torah est lue publiquement, ne disent pas Barekhou à la fin de l’office. En revanche, les jours où l’on ne fait pas la lecture de la Torah, on a l’usage de dire Barekhou en tout état de cause, sans vérifier s’il se trouve effectivement un fidèle qui ait besoin de rattraper ce texte ; cela, afin de ne pas importuner les fidèles en les obligeant à vérifier chaque jour s’il y a un retardataire.

Selon Rabbi Isaac Louria, on dit toujours Barekhou à la fin de l’office car, selon l’interprétation mystique de la prière, il est nécessaire de dire deux fois Barekhou à chaque office : une première fois avant les bénédictions du Chéma, une seconde fois à la fin de l’office. Il en est de même à l’office d’Arvit. Tel est l’usage séfarade et ‘hassidique (Kaf Ha’haïm 133, 1).

D’après tous les rites, Barekhou se place après le Qaddich derabbanan, qui est le dernier Qaddich. De cette façon, même le dernier des retardataires peut l’entendre. Il est de coutume que celui qui prononce le Qaddich dise également Barekhou. Il arrive que celui qui dit le dernier Qaddich soit un endeuillé qui n’est pas encore parvenu à l’âge des mitsvot (treize ans). En ce cas, il faut veiller à ce que ce soit l’officiant, lequel a déjà l’âge des mitsvot, qui dise Barekhou (Michna Beroura 55, 4).

10 – Doit-on dire un autre Qaddich après ‘Alénou léchabéa’h ?

Après ‘Alénou léchabéa’h, il n’est pas nécessaire de réciter un autre Qaddich Yehé chelama. En effet, on a déjà récité ce Qaddich après le psaume du jour, et il n’y a pas lieu de dire deux fois le Qaddich à l’occasion de la lecture de versets dans un délai si court. D’après les kavanot mystiques de Rabbi Isaac Louria, il n’y a pas non plus lieu d’ajouter là un Qaddich. Tel est l’usage séfarade.

Cependant, dans les communautés ashkénazes, les endeuillés ont coutume de réciter deux fois, à la fin de l’office, le Qaddich Yehé chelama sur des versets. C’est-à-dire que l’on récite le Qaddich Yehé chelama après ‘Alénou léchabéa’h et après le psaume du jour. En la matière, la règle dépend de la question de savoir s’il est permis de multiplier les récitations du Qaddich[10].

Les décisionnaires écrivent que chacun doit entendre chaque jour sept Qaddich, conformément au verset : « Sept fois par jour, je Te loue» (Ps 119, 164 ; Beit Yossef 55, 1 ; Michna Beroura 55, 5). Selon Rabbi Isaac Louria, il faut entendre chaque jour douze Qaddich[11].


[10]. De nombreux A’haronim écrivent (et parmi eux Knesset Haguedola I, Chtilé Zeitim 55, 9) que, de même qu’il est bon de ne pas multiplier les bénédictions, il est bon de ne pas multiplier les récitations du Qaddich. Dans le même sens, le Michna Beroura 55, 1 écrit que plusieurs A’haronim ont dénoncé l’usage consistant à se réunir pour lire quelques versets ou quelques paroles des sages, et à dire plusieurs fois le Qaddich entre les participants. On doit plutôt dire un Qaddich sur des versets, un Qaddich sur des propos des sages et rien de plus. De même, Az Nidberou 13, 33 ajoute que, par suite, il ne faut pas dire deux fois le Qaddich Yehé chelama à la fin de l’office.

Face à cela, le Echel Avraham 132, 2 estime que l’on peut ajouter de nombreux Qaddich, et que la règle est semblable, en la matière, à celle qui s’applique aux treize attributs de miséricorde, que l’on récite de nombreuses fois pendant les Seli’hot, sans grande interruption. [Les Seli’hot sont des supplications dites à l’aube, les jours qui précèdent Roch Hachana et Kippour, afin d’obtenir le pardon.] Et puisque le Qaddich ne comprend pas de citation de noms divins, il ne saurait y avoir de Qaddich dit en vain. L’auteur ajoute qu’il adoptait lui-même cet usage quand il était officiant, s’il n’y avait pas d’endeuillé présent : il récitait lui-même deux fois le Qaddich Yehé chelama à la fin de l’office. Les propos de Rabbi Isaac Louria, selon lesquels il n’y a pas lieu d’ajouter un Qaddich après ‘Alénou, sont rapportés par Kaf Ha’haïm 55, 1 ; 48,1, fin du passage ודע הקדמה .

Echel Avraham ad loc. écrit encore qu’il convient de juxtaposer Barekhou au Qaddich, comme on le fait pour le Barekhou qui précède les bénédictions du Chéma de Cha’harit. Aussi, l’usage s’est répandu (dans le rituel séfarade) de dire, avant l’office d’Arvit, quelques versets suivis du Qaddich. De même, à la fin de l’office, il convient de dire le Qaddich avant Barekhou.

Mentionnons de plus qu’autrefois, dans les pays de langue germanique, une seule personne récitait le Qaddich. Quand il se trouvait plusieurs endeuillés, ils disaient le Qaddich à tour de rôle, et il arrivait parfois que chaque endeuillé pût dire un Qaddich par semaine. C’est peut-être pour cette raison que l’on a pris l’usage de réciter deux fois le Qaddich des orphelins, afin que davantage d’orphelins pussent le prononcer. Quand les endeuillés devinrent nombreux en raison des pogromes, l’usage pour tous les endeuillés de réciter le Qaddich ensemble commença de se répandre. Cf. Beit Baroukh 30, 66, Pisqé Techouva 132, 22. Chez les Séfarades, l’usage a toujours voulu que tous les orphelins récitassent ensemble le Qaddich des orphelins.

[11]. Les sept Qaddich sont les suivants : 1) Qaddich abrégé qui suit les Pessouqé dezimra; 2) Qaddich abrégé qui suit la ‘Amida ; 3) Qaddich Titqabal qui suit la Qédoucha de-sidra; 4) Qaddich Yehé chelama rabba qui suit ‘Alénou léchabéa’h ; 5)  Qaddich abrégé qui suit Achré à Min’ha ; 6) Qaddich Titqabal qui suit la ‘Amida de Min’ha ; 7) Qaddich abrégé entre les bénédictions du Chéma du soir et la ‘Amida. Le Qaddich qui suit la ‘Amida d’Arvit, bien qu’il soit lui aussi obligatoire, ne fait pas partie des sept (Michna Beroura 55, 5).

Le Kaf Ha’haïm 55, 1 ajoute cinq Qaddich, d’après Rabbi Isaac Louria : 1) Qaddich derabbanan avant Hodou. 2) Qaddich derabbanan après le Pitoum haqetoret (paragraphes de l’encens) de la fin de l’office du matin ; 3) Qaddich abrégé avant le premier Barekhou d’Arvit ; 4) Qaddich Titqabal après la ‘Amida d’Arvit ; 5) Qaddich Yehé chelama rabba après les versets qui suivent la ‘Amida d’Arvit [Ps 121]. Certains ont l’usage d’ajouter un Qaddich après les versets qui suivent la ‘Amida de Min’ha [Ps 67], ce qui porte à treize le nombre des Qaddich. Le Kaf Ha’haïm (55, 21) ajoute que, si les orphelins sont mineurs, ou si l’endeuillé balbutie et n’émet pas clairement les syllabes du texte, il faut qu’un autre fidèle se joigne à lui pour prononcer le Qaddich, afin de compléter le nombre des Qaddich. Toutefois, pour un Qaddich facultatif, qui ne fait pas partie des douze énumérés ci-dessus, le mineur peut le dire seul (Kaf Ha’haïm 19).

11 – Règles du Qaddich

En raison de l’importance du Qaddich, on a assimilé les lois qui le régissent à celles de la ‘Amida. Par conséquent, celui qui prononce le Qaddich doit se tenir debout, et il est d’usage de se tenir pieds joints. De même qu’il est interdit de passer devant un fidèle qui récite la ‘Amida, ce jusqu’à une distance de quatre amot (coudées, cf. chap. 17 § 18), de même est-il interdit de passer dans les quatre amot de celui qui récite le Qaddich. Cet interdit ne s’applique que jusqu’à la fin de la partie principale du texte, celle qui forme le Qaddich abrégé (Birké Yossef, Kaf Ha’haïm 55, 9).

Selon certains, puisque le Qaddich est considéré comme une « parole sainte » (davar chébiqdoucha), l’assemblée doit, elle aussi, se lever quand le Qaddich est récité, jusqu’à la fin de sa partie principale ou, au moins, jusqu’à ce que l’on ait répondu Yehé chemeh rabba etc. (« Que Son grand nom soit béni… ») (Rama, Michna Beroura 56, 7-8). De même, il faut se lever pour répondre à Barekhou (Michna Beroura 146, 18). D’autres disent qu’il n’est pas obligatoire d’être debout quand se disent des paroles saintes, mais que, si l’on est déjà levé au début du Qaddich, il faut rester debout ; et si l’on était assis avant que ne commence le Qaddich, on peut rester assis. Tel était l’usage de Rabbi Isaac Louria (Maharil, Kaf Ha’haïm 56, 20 ; 146, 20-21).

Avant d’arriver à la dernière phrase du Qaddich, l’officiant, comme à la fin de la ‘Amida, s’incline et fait trois pas en arrière. Il s’incline alors du côté gauche et dit Ossé chalom bimromav (« Celui qui fait régner la paix dans Ses cieux… ») ; puis il s’incline du côté droit et dit Hou yaassé chalom ‘alénou (« … qu’Il fasse régner la paix sur nous… ») ; il s’incline enfin de face en disant véal kol Israël véimrou amen (« … et sur tout Israël, et dites amen ») (Choul’han ‘Aroukh 56, 5 ; 123, 1)[12].

Certains officiants ont coutume de s’incliner légèrement à chaque fois que l’assemblée répond amen à leur suite ; d’autres s’inclinent à d’autres endroits ; d’autres enfin ne s’inclinent pas[13].

Il existe des différences de coutume dans la manière de répondre Yehé chemeh rabba… (« Que Son grand nom soit béni »). Selon la coutume ashkénaze et yéménite Baladi, l’assemblée prononce cette phrase jusqu’aux mots lé’alam oul’almé ‘almaya (« à jamais, pour l’éternité ») inclus. D’après l’usage ‘hassidique et yéménite Chami, on prononce également le mot yitbarakh (« qu’Il soit béni »). Selon la coutume séfarade, on continue de réciter jusqu’aux mots daamiran bé’alma (« qui se disent dans le monde »). Autre différence : après que l’officiant a prononcé les mots berikh Hou (« béni soit-Il »), les Ashkénazes répondent berikh Hou. D’après l’usage séfarade, si l’on a le temps de réciter jusqu’aux mots daamiran bé’alma avant que l’officiant n’arrive à berikh Hou, on répond amen à berikh Hou. Si l’on n’a pas eu le temps de tout dire, on ne répond pas à berikh Hou[14].

Quant on répond Amen ; yehé chemeh rabba…, il faut marquer une pause entre amen et yehé chemeh rabba ; en effet, le mot amen est relatif à la phrase précédente énoncée par l’officiant, tandis que yehé chemeh rabba constitue une louange en tant que telle (Michna Beroura 56, 2).


[12]. Selon le Kaf Ha’haïm (56, 36), c’est seulement pour le Qaddich Titqabal, parce qu’il est lié à la ‘Amida, que l’officiant recule de trois pas ; en revanche, pour les autres Qaddich, qui ne sont pas liés à la ‘Amida, il n’y a pas lieu de marquer ces trois pas. Pourtant, le Yabia’ Omer V 9 défend l’opinion du Choul’han ‘Aroukh, selon laquelle on recule de trois pas à l’occasion de tous les Qaddich. On peut soutenir que le Qaddich en tant que tel est considéré comme une prière, et qu’il convient d’en « prendre congé » par trois pas en arrière. Tel est l’usage ashkénaze.
[13]. D’après le Choul’han ‘Aroukh 56, 4, l’officiant s’incline à cinq moments, durant le Qaddich. Quand il dit : 1) Yitgadal (« Que soit élevé ») ; 2) Yehé chemeh rabba (« Que Son grand nom ») ; 3) Yitbarakh (« Qu’Il soit béni ») ; 4) Berikh Hou (« béni soit-Il ») ; 5) Amen (qui conclut la partie principale du Qaddich). Selon le Kaf Ha’haïm 56, 35 au nom de plusieurs A’haronim, l’officiant s’incline à chaque fois que l’assemblée répond amen à sa suite. Or il semble que, même d’après la coutume du Kaf Ha’haïm, on ne s’incline qu’en cinq endroits : les cinq endroits où l’assemblée répond amen dans la partie principale du Qaddich. Le Gaon de Vilna est dubitatif à l’égard de ces révérences ; selon lui, il n’y a pas lieu d’ajouter aux prosternations décrétées par les sages du Talmud dans la ‘Amida. Selon le ‘Aroukh Hachoul’han (56, 7), il ne s’agit que de légères inflexions, qui ne sont donc pas semblables aux prosternations de la ‘Amida ; aussi, ne constituent-elles pas, selon lui, un ajout au décret des sages.
[14]. Le Beit Yossef résume les opinions et écrit au nom de Maïmonide, de Rachi, de Kolbo et de Rabbi David Aboudraham que l’on ne répond que jusqu’à oul’almé ‘almaya ; ce qui fait un compte de vingt-huit lettres [28 est la valeur numérique du mot koa’h, « force »]. Tel est l’usage ashkénaze. Cependant, le Midrach dit qu’il faut prendre grand soin de ne pas séparer ‘almaya de yitbarakh, car celui qui séparerait les deux mots serait puni. Par conséquent, nombreux sont ceux qui ont coutume de poursuivre jusqu’à daamiran bé’alma, ce qui fait un compte de vingt-huit mots. Il ressort des termes du Choul’han ‘Aroukh 56, 3 que telle est son opinion. C’est en ce sens que se prononce le Kaf Ha’haïm L’usage ‘hassidique est de poursuivre jusqu’à yitbarakh: de cette façon, on associe les mots ‘almaya et yitbarakh; telle est l’opinion de Rabbi Joseph Gikatila. Le Maguen Avraham écrit que tel est l’usage des anciens. Toutefois, d’après le Gaon de Vilna, se fondant sur les Richonim, il n’y a pas lieu de dire yitbarakh, car ce mot amorce une autre louange. Le Michna Beroura 15 écrit qu’à ce qu’il semble, si l’on dit ces deux mots en deux souffles distincts (« oul’almé ‘almaya. Yitbarakh »), cela devient permis, même selon le Gaon de Vilna.

Selon le Michna Beroura, si l’on récite un passage pendant lequel il est interdit de s’interrompre, on répond seulement jusqu’à‘almaya. D’après le Kaf Ha’haïm, même en ce cas, on récite tout, jusqu’à daamiran bé’alma. Selon le Yalqout Yossef I p. 115, si l’on se trouve entre les paragraphes du Chéma, ou entre les bénédictions du Chéma, on récite tout, mais si l’on est à l’intérieur des paragraphes ou des bénédictions, on répond seulement jusqu’à yitbarakh inclus.

Selon le Choul’han ‘Aroukh 55, 2, après que l’on a dit Yehé chemeh rabba etc., et que l’officiant arrive au mot yitbarakh, on répond amen. De nos jours, seuls les Yéménites procèdent ainsi. Selon l’usage séfarade, qui veut que l’on poursuive la récitation jusqu’à daamiran bé’alma, il est impossible de répondre amen à temps à ce moment-là. On ne parvient même pas toujours à répondre à berikh Hou. En ce sens, le Kaf Ha’haïm 56, 29 écrit que, selon les kavanot (méditations mystiques) de Rabbi Isaac Louria, il n’est pas prévu de répondre amen après yitbarakh.

Il conviendrait que l’assemblée répondît suivant l’usage de l’officiant ou de la personne qui récite le Qaddich (en disant berikh Hou ou amen, selon le cas), comme on l’a expliqué au chap. 6 § 5. Cependant, le public n’y est pas habitué. Aussi, nombreux sont ceux qui continuent de répondre suivant leur propre usage, bien que cela semble s’apparenter à l’interdit de lo titgodedou (« Vous ne vous séparerez pas en petits clans »).

12 – Récitation du Qaddich après une étude

C’est une mitsva de prononcer le Qaddich après toute étude publique. Si l’on a appris des versets (Torah écrite), on dit le Qaddich Yehé chelama rabba. Si l’on a étudié des paroles des sages (Torah orale), on dit le Qaddich derabbanan. On a l’usage, après avoir étudié les paroles des sages, d’ajouter des fragments d’Aggada[h], propres à réjouir le cœur, afin que le Qaddich se dise à leur suite, avec joie (Birké Yossef 55, 1 ; cf. Michna Beroura 55, 9). Aussi ajoute-t-on, après les paragraphes de l’encens, des passages aggadiques consacrés au mérite d’étudier les lois chaque jour, et aux sages, qui répandent la paix dans le monde.

Certains pensent que l’on ne récite le Qaddich après une étude que dans le cas où dix hommes ont effectivement étudié ensemble, qu’il s’agisse de versets ou de paroles des sages (‘Aroukh Hachoul’han 55, 5). D’autres disent que, même si deux personnes seulement ont étudié ensemble, et qu’immédiatement après la fin de leur étude d’autres personnes se sont rassemblées dans ce même endroit, formant le quorum de dix, on peut réciter le Qaddich à l’occasion de cette étude (Maguen Avraham, Michna Beroura 54, 9 ; 55, 2). L’usage veut que, lorsque quelqu’un désire réciter le Qaddich après son étude, il prononce préalablement à voix haute la maxime talmudique : « Rabbi ‘Hananya ben Aqachya dit : le Saint béni soit-Il a voulu conférer du mérite au peuple d’Israël, aussi a-t-il multiplié, à son intention, la Torah et les commandements, comme il est dit (Is 42, 21) : “L’Eternel a désiré, pour manifester Sa justice, rendre la Torah grande et puissante” » (Makot 3, 16). Et dès lors que dix hommes entendent ces paroles de nos sages, on considère que ces dix personnes étudient ensemble ; on peut donc prononcer alors le Qaddich en conformité avec toutes les opinions. De même, quand on dit le Qaddich après la récitation de versets, on prononce préalablement trois versets à voix haute ; après quoi, on peut réciter le Qaddich d’après toutes les opinions.


[h]. Aggada: partie non-juridique du Talmud et du Midrach, composée de passages narratifs et de maximes sapientiales et éthiques.

01 – Son importance

Nos sages ont dit : « Que toujours on soit attentif à la prière de Min’ha, car ce n’est qu’au moment de la prière de Min’ha que le prophète Elie fut exaucé » (Berakhot 6b). Il est particulièrement nécessaire d’appeler à la vigilance au sujet de Min’ha. En effet, l’heure de l’office de Cha’harit est connue : immédiatement après le lever du matin ; de même, l’office d’Arvit vient après que l’on retourne chez soi, le soir. En revanche, à l’heure de Min’ha, il arrive souvent que l’on soit occupé par ses affaires ; il faut alors faire un effort sur soi-même et réserver un temps à la prière de Min’ha.

De fait, la particularité de la prière de Min’ha est de sanctifier le travail de la journée, face à tous les obstacles, à toutes les difficultés, face aux entités spirituelles adverses et aux anges accusateurs. Aussi, est-ce précisément par le biais de la prière de Min’ha qu’Elie fut exaucé lors de sa lutte contre les serviteurs de Baal.

Par la prière de Min’ha, l’homme sanctifie sa vie active ; aussi émane-t-il de cette prière une sanctification particulière du nom divin. Peut-être est-ce pour cela que cette prière a reçu le nom de Min’ha (offrande), terme qui exprime la générosité et le don. Car lors de l’office du matin, nous accomplissons déjà notre devoir de louer Dieu pour tous les bienfaits qu’il nous octroie ; tandis qu’à l’office de Min’ha, nous renouvelons notre prière. La prière de Cha’harit est relative à ce que Dieu, dans sa grande bonté, nous a donné ; la prière de Min’ha, elle, émerge de notre vie active.

02 – Contenu de la prière

Dans leur majorité, les Guéonim et les Richonim pensent qu’il n’est pas nécessaire de réciter les paragraphes des sacrifices en introduction à l’office de Min’ha. De même, Maïmonide (Téphila 9, 8) et le Choul’han ‘Aroukh ne mentionnent pas la lecture des sacrifices à Min’ha. Certains Richonim écrivent, en revanche, que l’on récite les paragraphes du sacrifice journalier et de l’encens en introduction à Min’ha car, de même qu’il convient de les dire au début de l’office de Cha’harit, de même convient-il de les dire à Min’ha (Rama 234, 1 ; 132, 2). Ceux qui se conforment aux usages de Rabbi Isaac Louria mettent davantage d’exigence à réciter les paragraphes des sacrifices à Min’ha (Kaf Ha’haïm 232, 6 ; Pisqé Techouva 234, 1).

Tout le monde a l’usage de réciter le psaume 145 (Achré/Tehila lé-David) avant la ‘Amida de Min’ha, car il convient d’exprimer la louange de Dieu avant de réciter la ‘Amida. Il s’agit en quelque sorte des Pessouqé dezimra (versets de louange) qui précèdent la prière de Min’ha (voir chap. 14 § 1-2). Toutefois, il ne s’agit pas là d’une pleine obligation, à la différence de la ‘Amida. Aussi, quand l’heure de Min’ha est sur le point d’expirer, on omet le psaume 145 et l’on commence immédiatement la ‘Amida (Michna Beroura 234, 6). De même, si l’assemblée est sur le point de commencer la ‘Amida, on omet le psaume 145 pour commencer à réciter la ‘Amida avec les autres fidèles, au sein du minyan (Michna Beroura 108, 14 ; Or lé-Tsion II 15, 3).

Après le psaume 145, l’officiant prononce le Qaddich abrégé. Puis on commence la ‘Amida à voix basse, après quoi l’officiant récite la répétition de la ‘Amida. Les Cohanim ne procèdent pas à la bénédiction sacerdotale pendant la répétition, car on craint qu’ils n’aient bu du vin au repas qui précède, et qu’ils ne bénissent l’assemblée quand cela leur est interdit. Mais les jours de jeûne public, cette crainte n’a pas lieu d’être, et l’on procède donc à la bénédiction (à la condition que l’office se dise après le plag hamin’ha = onze heures solaires moins un quart à partir du lever du jour ; cf. chap. 20 § 5).

Après la ‘Amida, on dit les supplications (Ta’hanounim). Suivant la coutume séfarade et sfard, on récite d’abord la confession des fautes (Vidouï), puis les treize attributs de miséricorde et la Nefilat apayim. Selon la coutume ashkénaze et yéménite Baladi, on ne dit que la Nefilat apayim. Après les supplications, l’officiant prononce le Qaddich Titqabal[a]. Les jours où l’on ne dit pas les supplications (comme nous l’expliquons au chap. 21 § 7-8), on dit le Qaddich Titqabal immédiatement après la répétition de la ‘Amida.

Les Séfarades récitent le psaume 67 (Lamnatséa’h bi-neguinot, « Au chef de chœur, avec accompagnement instrumental »), suivi du Qaddich des orphelins, et l’on termine l’office par Alénou léchabéa’h[b]. Chez les Ashkénazes, on ne récite pas le psaume 67, et le Qaddich des orphelins ne se dit qu’après Alénou léchabéa’h.


[a].Sur les différentes catégories de Qaddich, voir chapitre 23 § 7.
[b]. Sur ce texte, voir chapitre 23 § 5.

03 – L’horaire de Min’ha correspond à celui de l’offrande journalière de l’après-midi

Nos sages ont fixé l’horaire de l’office de Min’ha conformément à celui du sacrifice journalier que l’on apportait, à l’époque du Temple, à l’approche du soir. En principe, l’heure du sacrifice journalier commence à l’expiration de la sixième heure solaire de la journée, car ce moment est celui du midi solaire, et le soleil commence alors à décliner en direction de l’occident. Cependant, les sages ont craint  que l’on ne fît erreur dans l’estimation de la position du soleil ; aussi ont-ils décidé que le sacrifice de l’après-midi ne pourrait être offert qu’à compter d’une demi-heure après le midi solaire. Le temps de Min’ha commence donc à l’expiration de six heures et demie depuis le début du jour[1].

En fait, nos ancêtres avaient coutume d’apporter le sacrifice journalier de l’après-midi après neuf heures et demie depuis le début du jour, car ce sacrifice constituait le dernier sacrifice, le sceau de la journée, après lequel il était impossible d’apporter des holocaustes ou des rémunératoires, des expiatoires ou des délictifs. Par conséquent, on repoussait le sacrifice journalier de l’après-midi après la neuvième heure et demie.

Ce n’est qu’à la veille de Pessa’h, lorsque celle-ci tombait un vendredi, que l’on apportait le sacrifice journalier immédiatement après la fin de la sixième heure est demie. En effet, le temps de l’oblation de l’agneau pascal suit nécessairement celui du sacrifice journalier, si bien que, pour avoir le temps d’offrir les agneaux pascaux de tout le peuple avant l’entrée du Chabbat, on devait avancer autant que possible le sacrifice journalier.

C’est de là que vient la division du temps de Min’ha en deux périodes : la première, appelée Min’ha guédola[c], la seconde appelée Min’ha qétana. La période de Min’ha guédola s’étend de six heures et demie à neuf heures et demie. Si l’on s’en tient à la stricte obligation, cette période peut convenir à l’oblation du sacrifice journalier. Toutefois, en pratique, ce n’est que dans certains cas rares que le sacrifice journalier était apporté pendant la période de Min’ha guédola. La période de Min’ha qétana s’étend, quant à elle, de neuf heures et demie jusqu’à la fin de la douzième heure, c’est-à-dire jusqu’à la fin du jour, et c’est durant ce laps de temps que l’on apportait le sacrifice journalier de l’après-midi. On a donné à la première période de Min’ha le nom de Min’ha guédola (« grande »), car sa durée est plus longue – trois heures – tandis que la seconde période, d’une durée de deux heures et demie, a été appelée Min’ha qétana (« petite »). Comme nous l’avons vu, la durée de ces heures est fonction de la durée du jour (heures solaires). On partage la durée du jour en douze parties égales, et chaque heure est appelée heure solaire. Durant l’été, où le jour est long, les heures sont plus longues, et durant l’hiver, où le jour est court, les heures sont plus courtes (cf. chapitre 11 § 10).

Puisque, en pratique, on procédait au sacrifice durant la période de Min’ha qétana, Maïmonide est d’avis qu’il faut a priori réciter la prière de Min’ha à cette même heure. Ce n’est, selon lui, qu’a posteriori que l’on peut s’acquitter de son obligation pendant la période de Min’ha guédola. C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh (233, 1). Cependant, d’autres considèrent que, puisque le temps du sacrifice journalier commence, en principe, à six heures et demie, on peut réciter a priori la prière de Min’ha à l’heure de Min’ha guédola (Rif, Roch). Certains disent qu’il est même souhaitable a priori d’avancer l’office de Min’ha autant que possible, car les serviteurs empressés se hâtent d’exécuter les mitsvot (Rabbi Saadia Gaon).

En pratique, il est préférable de prier pendant la période de Min’ha qétana. Toutefois, en cas de besoin, on peut a priori prier pendant la période de Min’ha guédola. Par exemple, quand deux possibilités se présentent : prier au sein d’un minyan à Min’ha guédola, ou prier seul à Min’ha qétana, il sera préférable de prier en communauté à l’heure de Min’ha guédola. De même, si l’on a l’habitude de prendre son repas de midi après l’entrée de l’heure de Min’ha guédola – et quoiqu’on puisse à bon droit s’appuyer sur l’opinion indulgente et manger avant de faire la prière de Min’ha (comme nous l’expliquerons au paragraphe 6) – il vaut mieux, a priori, prier en minyan avant de déjeuner. Tel est l’usage dans de nombreuses yéchivot[2].


[1]. Si, par erreur, on a prié dans la première demi-heure qui suit le midi solaire, est-on quitte a posteriori ? Les A’haronim divergent sur cette question. Pour le Maguen Avraham, on n’est pas quitte ; pour le Peri ‘Hadach, on est quitte. Le Chaar Hatsioun 233, 6 laisse la question en suspens, et le Kaf Ha’haïm 2 conclut que, puisque la prière est une obligation rabbinique, on est indulgent en cas de doute et l’on ne répète pas sa prière. On a encore hésité à dire si cette demi-heure devait être fonction de l’heure solaire (« heure relative », elle-même fonction de la durée du jour) ou s’il devait s’agir d’une demi-heure fixe de trente minutes. Le Chaar Hatsioun 233, 8 tend à dire qu’il s’agit d’un temps relatif à l’heure solaire.
[c]. Littéralement « grande offrande » : l’expression signifie plus exactement la « grande période de l’offrande » ; de même, Min’ha qétana signifie littéralement « petite offrande », et vise la « petite période de l’offrande », comme l’auteur l’expliquera dans le même paragraphe.
[2]. C’est en ce sens que tranche le Michna Beroura 233, 1 ; le Ye’havé Da’at 4, 19 s’étend sur la question. Une autre considération porte à prier, a priori, peu de temps avant le coucher du soleil. Celle-ci s’appuie sur le traité Berakhot 29b, où sont rapportés les propos de Rabbi Yo’hanan, selon lesquels prier « au déclin du jour » (dimdoumé ‘hama) – c’est-à-dire, comme l’explique Rachi, peu de temps avant le coucher du soleil – est une bonne action. C’est aussi l’avis de Rabbénou ‘Hananel (cité par Hagahot Maïmoniot, Téphila 2). Certes, le fait de prier tard est condamné par les sages palestiniens, mais cette condamnation ne vise que le fait de tarder à l’extrême ; en revanche, le moment qui précède légèrement le coucher du soleil est le temps le plus indiqué. Et tel était l’usage de Rabbi Isaac Louria. Toutefois, selon le Maharcha, ce passage talmudique vise en réalité, non le crépuscule, mais l’aube, et veut dire que prier lorsque le soleil point – au hanets, ou premier rayon du soleil – est une bonne action. Voir Ye’havé Da’at 4, 19 où sont cités plusieurs Richonim qui partagent l’avis de Rabbi Saadia Gaon, selon lequel il est préférable de se presser de dire Min’ha dès que cette prière peut se dire (au début de Min’ha Guédola). Cf. Pisqé Techouva 233, 11-12.

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