06 – Le Qaddich et son importance

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Le Qaddich a ceci de particulier que, dans sa majeure partie, il traite de l’honneur du Ciel. Aussi faut-il être très attentif quand on y répond, et prendre garde d’en détourner son esprit. À plus forte raison faut-il prendre garde de bavarder quand le Qaddich est récité (Choul’han ‘Aroukh 56, 1, Michna Beroura 1). Nos sages disent que, lorsqu’une personne répond Amen, yehé chemeh rabba mévarakh… (« Amen ; que Son grand nom soit béni à jamais ») de toute la force de son esprit, on déchire l’éventuel mauvais décret qui pouvait avoir été promulgué à son encontre pour soixante-dix ans (Chabbat 119b ; élèves de Rabbénou Yona). Nos sages disent également que, lorsque les Juifs entrent dans les synagogues et disent Yehé chemeh rabba mévarakh à voix haute, des décrets difficiles sont annulés à leur profit (Pessiqta citée par Tossephot ad loc.). Ils disent encore que le fait de répondre au Qaddich éveille la miséricorde divine à l’égard d’Israël en exil. Car lorsque les Juifs entrent dans les synagogues et les maisons d’étude et répondent Yehé chemeh hagadol mevorakh[d], leur souvenir est rappelé devant le Saint béni soit-Il. À ce moment, si l’on peut s’exprimer ainsi, le Saint béni soit-Il secoue la tête en signe d’affliction et dit : « Heureux le Roi que l’on glorifiait ainsi en Sa demeure » ; la volonté de délivrer Israël s’éveille alors en Lui (cf. Berakhot 3a).

Puisque, par le Qaddich, nous sanctifions le nom de l’Eternel, il faut le dire au sein d’un minyan, car le Saint béni soit-Il se sanctifie par le biais d’une assemblée (‘eda) d’Israël. Le Qaddich est rédigé en langue araméenne, qui était la langue en usage à l’époque du Second Temple parmi tout le monde juif. En voici la traduction :

  1. Que soit élevé et sanctifié Son grand nom
  2. Dans le monde qu’Il créa selon Sa volonté ; qu’Il y établisse Son règne, qu’Il fasse germer Son salut et rapproche la venue de Son messie
  3. Durant votre vie et de vos jours (ceux de l’assemblée des fidèles), et du vivant de toute la maison d’Israël, promptement, en un temps prochain, et dites amen.

L’assemblée répond :

  1. Yehé Chemeh rabba mévarakh lé’alam oul’almé ‘almaya, ce qui signifie :

Que Son grand nom soit béni à jamais, pour l’éternité

L’officiant poursuit :

Que soit béni, loué, magnifié, élevé, exalté, glorifié, vénéré, célébré le nom du Saint béni soit-Il

  1. Au-delà de toute bénédiction, cantique, louange et consolation qui se disent dans le monde, et dites amen.

Telle est la partie principale du Qaddich, appelée couramment ‘hatsi-Qaddich (« demi-Qaddich » ou Qaddich abrégé). Bien qu’en général on ajoute à cette partie principale d’autres passages (comme nous l’expliquerons plus loin), l’essentiel se trouve dans ce ‘hatsi-Qaddich. Y répondre est d’une importance incomparable ; même si l’on se trouve en pleine récitation des bénédictions du Chéma, on peut s’interrompre pour y répondre[7]. C’est une mitsva que de courir pour entendre le Qaddich. Si l’on a déjà terminé sa prière et que l’on se trouve en présence de deux minyans, l’un où l’on récite le Qaddich et l’autre où l’on récite la Qédoucha, il est préférable de se joindre au minyan où se dit le Qaddich, car le degré d’élévation de celui-ci est plus important que celui de la Qédoucha (Michna Beroura 56, 6)[8].


[d]. Version hébraïque de la phrase araméenne Yehé chemeh rabba mévarakh (« Que Son grand nom soit béni »).
[7]. Selon le Michna Beroura 66, 17, si l’on est en train de réciter les bénédictions du Chéma ou les Pessouqé dezimra, on s’interrompt pour répondre au Qaddich en deux endroits : Amen yehé chemeh rabba mévarakh lé’alam oul’almé ‘almaya (« Amen ; que Son grand nom soit béni à jamais, pour l’éternité »), et le dernier amen de la partie principale du Qaddich (daamiran bé’alma véimrou amen). Pour le Kaf Ha’haïm 66, 23, on dit les cinq amen de la partie principale du Qaddich. Cf. ci-dessus, règles des bénédictions du Chéma, chap. 16 § 5.

Il faut signaler que, selon la coutume séfarade et sfard, l’officiant dit, dans le texte du Qaddich : Veyatsma’h pourqaneh viyqarev mechi’heh (« Qu’Il fasse germer Son salut et rapproche la venue de Son messie »), après quoi l’assemblée répond amen. Tandis que, dans l’usage ashkénaze, on ne dit pas ce passage. Cette différence de versions trouve son origine dans les propos des Guéonim. Dans le sidour de Rav Amram Gaon et dans le Ma’hzor (rituel des jours redoutables) de Vitry, la version reproduite du Qaddich est semblable à celle en usage chez les Ashkénazes ; tandis que dans le sidour de Rav Saadia Gaon et dans les écrits de Maïmonide, le texte est semblable à celui des Séfarades, à ceci près que l’on n’y trouve que l’ajout de Veyatsma’h pourqaneh (« Qu’Il fasse germer Son salut ») (cf. Netiv Bina I p. 366). Il faut encore signaler que c’est la seule différence que l’on puisse trouver dans la partie principale du Qaddich. En revanche, à la conclusion du Qaddich, on trouve de nombreuses différences. En effet, dans la partie essentielle de la prière, le texte original qu’ont institué les sages du Talmud est davantage préservé ; tandis que, quand il s’agit d’ajouts insérés par les maîtres des générations suivantes, après la dispersion des communautés dans le monde, les différences entre rituels sont plus saillantes. [Les communautés ‘hassidiques qui ont adopté le rituel sfard et les coutumes de Rabbi Isaac Louria ont ajouté, comme les Séfarades, les mots Veyatsma’h pourqaneh ; en revanche, la fin du Qaddich y est presque semblable au texte ashkénaze.]

[8]. Selon le Zohar II 129b, le Qaddich s’élève au-delà des autres paroles saintes, car cette prière a pour faculté de briser toutes les écorces impures (qlipot) et de sanctifier Dieu dans tous les mondes. C’est pourquoi on le récite en araméen, afin de frapper les extériorités dans leur langue. [Auprès de l’hébreu, langue de la Torah, noyau de la sainteté, l’araméen fait figure de langue profane, propre au monde extérieur, où sévissent les écorces ou extériorités, entités spirituelles qui s’opposent à la sainteté.]

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