Mo’adim

10 – La mitsva de se réjouir, pour les femmes

C’est une mitsva positive, pour les femmes, que de se réjouir pendant la fête ; et bien qu’il s’agisse d’une mitsva positive dépendante du temps[q] (mitsvat ‘assé ché-hazman gramah), cette mitsva est commune aux hommes et aux femmes, car il est dit : « Tu te réjouiras en ta fête, toi, ton fils et ta fille » (Dt 16, 14). De même, nous apprenons que l’homme doit se réjouir, en mangeant sa part de sacrifice rémunératoire (chelamim) – acheté avec l’argent de la seconde dîme (ma’asser chéni) –, en compagnie de sa femme, comme il est dit : « Tu mangeras là, devant l’Éternel ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta maison » (Dt 14, 26) ; or « ta maison » (beitékha) désigne ton épouse (Yevamot 62b). Et bien que les femmes n’aient pas l’obligation de se rendre en pèlerinage au Temple et d’y offrir des sacrifices, elles sont tenues à la mitsva de la joie, comme les hommes ; aussi, les femmes qui se rendaient au Temple accomplissaient leur mitsva de réjouissance par la consommation de la chair du rémunératoire (Maïmonide, ‘Haguiga 1, 1). Quant aux femmes qui ne se rendaient pas au Temple, elles devaient se réjouir par d’autres choses concourant à la joie (Chaagat Aryé 66).

Après la destruction du Temple, la mitsva de se réjouir particulièrement s’accomplit, pour les femmes, par l’achat d’un vêtement neuf ou d’un bijou neuf, à l’approche de la fête. Par cela, en effet, les femmes se réjouissent davantage que par le repas. Et bien qu’elles ne portent pas le vêtement neuf pendant toute la durée de la fête, ce vêtement laisse, tout au long de celle-ci, son empreinte de joie. Aussi est-ce par ce vêtement, ou ce bijou, que les femmes accomplissent la première partie de la mitsva de la réjouissance festive (cf. ci-dessus, § 8).

En plus de cette première partie de la mitsva de se réjouir, c’est une mitsva toranique, pour toute femme, que de se réjouir en portant de beaux vêtements et bijoux. De même, elle se réjouira en buvant du vin et en mangeant de la viande aux repas, ce qui est constitutif de la deuxième partie de la mitsva de se réjouir. Cependant, celle que la consommation de vin et de viande ne réjouirait pas n’a pas l’obligation de s’y contraindre ; elle mangera, aux repas, les mets qui la réjouissent le plus.

Autrefois, il était habituel que le mari achetât à sa femme le nouvel habit, ou le nouveau bijou destiné à la fête. Cela, parce que dans la majorité des familles, le mari était l’unique responsable de l’argent et des achats. Et puisqu’il n’existait pas un grand choix de vêtements et de bijoux, tout vêtement ou bijou neuf qu’il achetait était réjouissant pour son épouse ; et le fait qu’il fût acheté à la femme, comme cadeau de la part de son mari, renforçait encore la joie. Mais de nos jours, où les modèles de vêtements et de bijoux se sont multipliés de manière indénombrable, et où le choix est devenu plus complexe, il est d’usage, dans de nombreuses familles, que ce soit la femme qui se choisisse le vêtement ou le bijou, tandis que le budget affecté à cet achat est déterminé par les deux membres du couple, selon le niveau de leurs revenus (comme nous le verrons en § 12). Pour être associé à la mitsva, il convient que l’homme encourage sa femme à acheter le vêtement ou le bijou à l’approche de la fête : par cela, cet achat sera considéré comme un cadeau qu’il lui offre, et la joie qui y sera attachée sera d’autant plus grande. Certains hommes se trompent, et dépensent des centaines de shekels pour un cédrat (étrog) particulièrement beau, tandis qu’ils réduisent la dépense quand il s’agit d’acheter un vêtement à leur femme. Ils oublient que l’achat d’un vêtement ou d’un bijou à sa femme est pleinement une mitsva de la Torah, tandis que l’achat d’un cédrat dont le prix est dix fois plus élevé que celui d’un cédrat simplement cachère, n’est qu’un hidour (supplément de perfection apporté à la pratique), qu’il ne nous a pas été prescrit d’accomplir.

Une femme non mariée – par exemple une célibataire ou une veuve – doit accomplir d’elle-même la mitsva de la réjouissance, dans toutes ses parties : s’acheter un vêtement ou un bijou en l’honneur de la fête, prendre des repas réjouissants, se joindre à des célébrations réjouissantes et s’abstenir de choses attristantes (Chaagat Aryé 66).


[q]. Les femmes sont en général dispensées de cette catégorie de mitsvot.

11 – Se réjouir et réjouir autrui

La mitsva de la joie suppose que l’on associe à sa joie tous les membres de sa maisonnée, et que l’on y associe même des pauvres et des personnes à l’âme amère. Cela n’est pas seulement une pieuse action : c’est ainsi que la Torah conçoit la mitsva de la joie, ainsi qu’il est dit : « Tu te réjouiras en ta fête, toi, ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, le prosélyte, l’orphelin et la veuve qui sont en tes portes » (Dt 16, 14 ; cf. également 16, 11)[6].

Ainsi s’exprime Maïmonide :

Quand on mange et que l’on boit, on a l’obligation de nourrir le converti, l’orphelin et la veuve, ainsi que les autres pauvres et malheureux. Mais celui qui verrouille les portes de sa cour, mangeant et buvant seul avec ses enfants et sa femme, sans offrir à manger et à boire aux pauvres et à ceux dont l’âme est amère, n’accomplit pas la réjouissance prescrite par la mitsva, mais la seule réjouissance de son ventre. Sur de telles personnes, il est dit : « Leurs sacrifices sont pour eux comme un repas de deuil, tous ceux qui le mangent en seront rendus impurs, car leur pain est pour eux seuls » (Os 9,4). Une telle joie est pour eux une infamie, comme il est dit : « Je verserai des excréments sur vos visages, l’excrément de vos fêtes » (Mal 2, 3). (Yom Tov 6, 18 ; le Maguid Michné ad loc. et le Séfer Hamitsvot, mitsva positive 54, vont dans le même sens.)

Nous voyons que la mitsva comporte deux éléments : le premier consiste à se réjouir avec les membres de sa famille et de sa maisonnée, comme il est dit : « Tu te réjouiras en ta fête, toi, ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante » (Dt 16, 14). Le pronom « toi » comprend les deux membres du couple, car l’homme et sa femme sont considérés comme une même entité. Et en effet, quand la Torah s’exprime de façon concise, seule la femme est mentionnée, comme il est dit : « Tu te réjouiras, toi et ta maison » (Dt 14, 26) – or « ta maison, c’est ta femme » – ; cela, pour nous enseigner que, en tout premier lieu, il incombe à l’homme la mitsva de réjouir sa femme. De même, pour la femme : sa première mitsva est de réjouir son mari. C’est bien ce que nous voyons en pratique, puisque la joie principale des hommes réside dans le repas, que les femmes avaient coutume de préparer, tandis que la joie principale de la femme est que son mari lui achète un vêtement ou un bijou. À l’homme et à la femme incombe la responsabilité conjointe d’associer à leur joie tous les membres de leur maisonnée, car il ne saurait y avoir de joie festive sans que s’y joignent les autres membres de la famille. C’est ainsi que, dans tout Israël, on a coutume de se livrer aux réjouissances de la fête au sein de la famille. Il revient à chaque membre de la famille de contribuer à la bonne ambiance, durant la fête, en particulier pendant les repas, de se garder de paroles blessantes, et de s’efforcer de réjouir les convives par des paroles d’amitié. Grâce à cela, on jouira d’une joie véritable. (Cf. ci-après § 17, note 9, s’il est permis d’abandonner sa maison pendant la fête afin de se rendre auprès de son Rabbi.)

Chez certains Juifs, influencés par une culture profane, étrangère à la sainteté des fêtes et aux valeurs de la famille, le rassemblement familial, lors des fêtes, se transforme en événement oppressant et frustrant, qui entraîne des tensions, des vexations et des disputes. Plus ils renforceront leur compréhension de la sainteté de la fête et des valeurs familiales, mieux ils pourront se retenir de vexer leurs proches, et plus ils désireront les complimenter et les réjouir. Grâce à cela, ils jouiront de la bénédiction des fêtes, dans la joie et la paix.

Le deuxième élément de la mitsva est de réjouir les pauvres et les isolés, parmi ses voisins et ses connaissances, comme il est dit : « Tu te réjouiras en ta fête, toi… le lévite, le prosélyte, l’orphelin et la veuve qui sont en tes portes » (Dt 16, 14). L’orphelin et la veuve étaient généralement pauvres, puisque la source de leur subsistance s’était tarie ; le prosélyte, qui avait abandonné sa patrie et sa famille, risquait de souffrir de se trouver isolé. La mitsva de réjouir les pauvres s’accomplit principalement par le biais de la tsédaqa (don d’argent aux caisses de bienfaisance) ; et la mitsva de réjouir les personnes isolées ou au cœur brisé s’accomplit en les invitant à participer aux repas de fête.

Il faut encore prêter attention au fait que la Torah nous prescrivait d’associer les prêtres (cohanim) et les lévites (léviim) à la joie, eux dont le service consistait à instruire et à éduquer les Israélites, petits et grands. Nous apprenons de là que, de nos jours encore, il faut réjouir, à l’occasion des fêtes, les disciples des sages (talmidé ‘hakhamim) et les enseignants de Torah (Binyan Chelomo 1, 33).


[6]. Cette injonction est récurrente dans toute la Torah ; par exemple, lors de la réjouissance qui accompagne les offrandes votives ou spontanées, ainsi que les dîmes, comme il est dit : « Vous vous réjouirez devant l’Éternel votre Dieu, vous, vos fils, vos filles, vos serviteurs, vos servantes, et le lévite qui est en vos portes, car il n’a point de part ni d’héritage avec vous » (Dt 12, 12). De même lors de la joie des prémices, comme il est dit : « Tu te réjouiras de tout le bien que t’aura donné l’Éternel ton Dieu, ainsi qu’à ta famille, toi, le lévite et le prosélyte qui sont au milieu de toi » (Dt 26, 11).

12 – Dépenses en l’honneur de la fête

Certes, nos sages ont enseigné qu’il convient de réduire ses dépenses afin d’économiser pour les jours pluvieux, pour sa vieillesse, et pour être en mesure d’aider ses enfants à apprendre un métier et à fonder une famille. Mais quant aux dépenses des fêtes, il n’y a pas lieu d’économiser : on se conduira selon ce qui convient, en fonction de sa situation financière (‘Houlin 84a, Beit Yossef 529, 1). Certains gaspillent de l’argent en choses superflues, et ce n’est que lorsqu’ils doivent faire des dépenses nécessaires à une mitsva qu’il leur vient à l’idée d’être économes. Il convient en vérité d’être économe pour les superfluités, et de rechercher une plus grande perfection pour les besoins de la mitsva. On ne craindra pas d’avoir soudain à faire face à des dépenses inattendues, telles que, parce que l’on n’aura pas été économe en ses dépenses de Chabbat, de fête, ou dans celles relatives à quelque autre mitsva, on ne pourra subsister convenablement. Nos sages enseignent en effet que la subsistance de l’homme lui est fixée d’un Roch hachana à l’autre, en dehors des dépenses de Chabbat et de Yom tov, et de celles que nécessite l’éducation toranique de ses enfants (Beitsa 16a). En ces dernières matières, si l’on dépense moins de ce qui convient, on réduit, du Ciel, le budget initialement octroyé ; et si l’on dépense davantage, le budget s’en trouve augmenté. De sorte que, si l’on dépense pour les nécessités d’une mitsva une somme conforme à son niveau social, et que l’on soit économe pendant les jours de semaine, aucun dommage n’est à craindre, et l’on réussira à vivre et à économiser comme il convient.

Si l’on se trouve en déficit temporaire, il convient de se mettre à découvert à la banque, ou de contracter un emprunt, afin de se réjouir pendant la fête. On ne craindra pas que quelque accident survienne, qui empêche le remboursement de sa dette, car « le Saint béni soit-Il a dit à Israël : “Mes enfants, empruntez en mon honneur, et célébrez ce jour dans sa sainteté ; et ayez foi en Moi, qui acquitterai la dette » (Beitsa 15b). Cela, à la condition que l’on ne se fie pas au miracle, mais que l’on ait une affaire bien ordonnée, ou un salaire régulier, ou des économies sur lesquelles on puisse s’appuyer. C’est dans un tel cas que les sages disent qu’il n’y a pas à s’inquiéter de ne pas réussir à rembourser sa dette ; car, si l’on travaille ensuite avec zèle, et que l’on ne gaspille pas son argent en choses superflues, Dieu bénira l’œuvre de ses mains et exercera son assistance pour que la dette soit payée. Mais celui qui ne sait pas comment il remboursera sa dette ne contractera pas d’emprunt pour les nécessités de la fête, afin de ne pas être un impie, qui ne rembourse pas ses dettes. On ne tendra pas non plus la main pour recevoir de l’argent de la caisse de tsédaqa, mais on mangera, pendant la fête, des aliments simples, comme l’a dit Rabbi Aqiba : « Fais de ton Chabbat un jour semblable à ceux de semaine, mais ne dépends point des créatures » (Pessa’him 112a). Et par le mérite de ne pas avoir recouru à l’aide de ses semblables, on s’enrichira (Péa 8, 9). Toutefois, un pauvre, qui est déjà contraint de tendre la main pour recevoir de la tsédaqa, afin de répondre à différents besoins, acceptera aussi une telle aide afin de se réjouir pendant la fête (Michna Beroura 242, 1).

Certains font l’erreur de penser que, pour accomplir la mitsva de se réjouir pendant la fête, il leur faut acheter les mets et les vêtements les plus chers, à la manière des riches, et bien au-delà de leurs propres capacités. Mais la mitsva consiste, pour chacun, à dépenser, pour les nécessités de la fête, une somme conforme à ses revenus. En d’autres termes, celui dont le salaire est moyen achètera du vin, de la viande, et d’autres mets savoureux, à la manière dont les personnes de la classe moyenne ordonnent leurs dépenses en vue d’un repas important. En effet, la joie du repas tient dans la boisson de vin et dans la présence de mets savoureux, qui s’ajoutent à l’ordinaire des jours profanes, et non dans le fait d’égaler les riches tables (cf. Les Lois de Chabbat 2, 3, Har’havot ad loc. et sur le présent passage).

De même, s’agissant de l’achat d’un vêtement ou d’un bijou en l’honneur de la fête : la mitsva n’est pas, pour un homme aux revenus moyens, d’acheter un vêtement convenant au niveau de revenus de personnes fortunées. En effet, l’essentiel de la joie tient dans l’ajout fait, pendant la fête, à la routine des jours profanes, et non dans le fait que sa femme parvienne à rivaliser avec les autres, par la richesse de sa toilette. Celle qui pense ne pouvoir être joyeuse que si son habit est plus cher ou plus beau que celui des autres, ne connaît jamais la joie, car toujours la jalousie envers les autres et l’envie de vêtements plus originaux assombriront son humeur.

L’essentiel est d’être heureux de sa part, d’être économe en ses dépenses profanes et d’être plus libéral dans celles qui répondent aux besoins d’une mitsva, chacun suivant le niveau de ses revenus. De cette façon, on méritera la bénédiction. C’est ce qu’enseignent nos sages : « Qui est riche ? Celui qui est heureux de son lot, comme il est dit : “Le produit de tes mains, tu le mangeras, heureux es-tu, et le bien sera ton partage” (Ps 128, 2) : heureux es-tu – en ce monde ; le bien sera ton partage – dans le monde à venir » (Maximes des pères 4, 1).

13 – Chant, danse et promenade

Toute chose propre à rendre heureux le cœur de l’homme participe de la mitsva de se réjouir pendant la fête. À ce titre, se rangent le chant, la danse et la promenade. Quiconque multiplie les chants et les hymnes de louange en l’honneur de Dieu est digne d’éloge ; et de grands maîtres d’Israël écrivirent des poèmes liturgiques et des chants, afin d’exprimer leur reconnaissance et leur louange à Dieu, pendant les fêtes. Nos sages disent de Navot de Jezréel que sa voix était agréable et belle, et qu’il se rendait au Temple de Jérusalem, lors des fêtes de pèlerinage ; et tout Israël se pressait pour entendre son chant. Une fois, il ne vint pas au Temple, car il voulait surveiller sa vigne. Pour cette faute il fut puni : des vauriens témoignèrent contre lui, prétendant qu’il s’était révolté contre le roi, et il périt (Pessiqta Rabbati 25).

Nombreux sont ceux qui ont coutume de danser, pendant les fêtes, et la source s’en trouve dans le verset : « Sept jours, tu fêteras à l’Éternel ton Dieu, au lieu qu’aura choisi l’Éternel » (Dt 16, 15) : ta’hog (« tu fêteras ») dénote l’idée de danse. Aussi, les sages ont-ils prescrit de danser à Sim’hat beit hachoéva[r] (‘Émeq Davar ad loc., Peri Tsadiq, Soukot 17).

De même, si la promenade est pour soi réjouissante, se promener un peu participera de la mitsva. Et puisque la chose apporte de la joie, les sages permettent, le Yom tov, de porter à cette fin un petit enfant qui ne saurait se promener seul (Beitsa 12a, Tossephot, passage commençant par ה »ג, au nom de Rabbénou Tam ; Rama 415, 1).

Cependant, à la différence des repas, des habits et de l’étude de la Torah, qui sont des moyens obligatoires de réjouissance festive, toutes les autres choses réjouissantes sont facultatives : quiconque en éprouve de la joie, ce sera pour lui une mitsva de s’y livrer, et celui qui n’en tire pas de joie n’aura pas besoin de s’y livrer. Chacun est autorisé à choisir comment il se réjouira en sa fête, que ce soit en chantant nombre d’hymnes et de louanges à Dieu, parmi sa famille ou ses amis, en dansant à Sim’hat beit hachoéva, en se promenant ou en se livrant à d’autres choses réjouissantes et dotées de valeur. Quoi qu’il en soit, il faut veiller à ce que toutes ces activités réjouissantes ne portent pas atteinte à l’étude de la Torah. En effet, il nous est ordonné de consacrer la moitié de la journée à l’étude et à la prière. Celui que l’étude de la Torah réjouit plus que tout, ce sera pour lui une mitsva, après avoir accompli le commandement de la joie par des repas excellents, que d’ajouter à l’étude, de façon que plus de la moitié du jour sera consacré à Dieu[7].


[r]. Réunion publique et festive de Soukot, où l’on chante et où l’on danse.

[7]. Quiconque se réjouit par le chant, la danse, la promenade ou d’autres choses semblables, c’est une mitsva qu’il s’y adonne. C’est ce qu’écrivent Maïmonide, Séfer Hamitsvot, mitsva positive 54, le Séfer Yeréïm 227, le Chibolé Haléqet 262, le Chaagat Aryé 65 et le ‘Émeq Chééla, chéilta 15, 8. Ci-après, chap. 2, note 7, nous verrons que, selon Na’hmanide et ceux qui partagent son avis, la mitsva de chanter des hymnes et des louanges à Dieu est toranique, et qu’on l’accomplit par la récitation du Hallel ; tandis que, selon Maïmonide, la mitsva est rabbinique. En tout état de cause, ceux qui se réjouissent par ce biais accomplissent une mitsva de la Torah [puisque cela participe de la réjouissance prescrite en Dt 16, 14]. Cf. ci-dessus, § 6 et note 2, où il est dit que, bien qu’il ne faille pas porter atteinte à la moitié du jour consacrée à l’Éternel et à la maison d’étude, on peut, après avoir pris ses repas dans la joie, conformément à la halakha, ajouter au temps d’étude, de façon à y consacrer plus de la moitié du jour.

14 – État d’esprit festif ; interdit de s’endeuiller et de s’affliger

C’est une mitsva que d’être, durant toute la durée des jours de fête, de bonne humeur. De prime abord, cette mitsva est facile à accomplir : tout homme veut être heureux. Mais en pratique, il est difficile d’accomplir cette mitsva, parce que la tension et les soucis qui accompagnent l’homme constamment font obstacle à sa joie. Malgré cela, telle est la mitsva qui nous incombe pendant la fête, que de nous élever au-dessus de nos soucis et de nos tracas, de surmonter la colère et de se réjouir en Dieu. À cette fin, nous devons nous souvenir que Dieu nous a choisis d’entre tous les peuples, nous a donné sa Torah, nous a sanctifiés par ses commandements et nous a conduits dans un bon pays, afin que nous jouissions d’une vie complète et bonne, vie imprégnée de valeur et de sainteté, qui élève l’univers entier, et lui donne un supplément de bénédiction et d’orientation jusqu’à la pleine délivrance. À partir de là, nous méditerons sur la grande destinée incombant à chacun d’entre nous. Nous nous souviendrons de toutes les bonnes choses de notre vie, nous nous renforcerons dans la foi, et dans la conscience de ce que toutes les épreuves et les exils visent le bien dernier, afin de nous améliorer et de nous élever vers notre but. Grâce à cela, nous pourrons être d’humeur joyeuse pendant la fête. Or il n’est pas de joie entière sans que s’associent l’âme et le corps. Aussi, la mitsva de la réjouissance festive inclut-elle la joie corporelle, par la boisson, la nourriture et de beaux vêtements, et la joie spirituelle, par l’étude de la Torah et des prières solennelles.

Chacun doit éloigner de soi, pendant la fête, les choses qui causent affliction ou inquiétude. On ne se mettra pas en colère, et l’on ne s’énervera pas. Certains ne savent pas se réjouir avec les membres de leur famille ; à chaque réunion familiale, ils trouvent un prétexte pour éveiller la dispute, rappeler des offenses passées, et peiner leurs proches. Tout cela est dû au fait qu’ils ne comprennent pas la grande sainteté de la fête, et que toutes leurs fêtes ne sont que routine, dépourvue de contenu spirituel. Comme nous l’avons vu (§ 11), il leur faut approfondir leurs connaissances quant à la valeur sacrée de la fête. Grâce à cela, ils mériteront de s’élever dans la joie, et s’abstiendront de proférer des critiques sur les gens de leur famille ; ils s’éloigneront de toute conversation susceptible d’attrister ceux-ci ; bien au contraire, ils s’efforceront de complimenter les membres de leur famille et tous ceux qu’ils rencontrent. Grâce à cela, ils mériteront de se réjouir, de réjouir autrui, et de puiser dans la fête bénédiction pour les jours profanes.

Puisque c’est une mitsva toranique que d’être en joie pendant les jours de Yom tov et de ‘Hol hamo’ed, il est interdit de s’y adonner à des choses qui causent de la souffrance, même si cette souffrance, en elle-même, participe d’une mitsva. Par conséquent, il est interdit de jeûner, ces jours-là, pour stimuler son repentir (téchouva) ; de même, il est interdit de prononcer un éloge funèbre durant ces jours, ou de réciter une lamentation à la mémoire d’un être cher (Mo’ed Qatan 27a ; Choul’han ‘Aroukh 547, 1-2). Si le défunt était un talmid ‘hakham (disciple des sages), on prononce, en sa présence, son éloge funèbre avant que de l’enterrer, car l’honneur dû à la Torah repousse l’exigence de la fête (Mo’ed Qatan 27b ; Choul’han ‘Aroukh, Yoré Dé’a 401, 1 ; cf. ci-après, chap. 11 § 5 et Har’havot).

De même, il est interdit de s’endeuiller pendant la fête. Si l’on a perdu l’un de ses proches avant la fête, on devra, à l’entrée de celle-ci, se relever de son deuil. Même si l’on n’a passé, en son deuil, qu’un seul instant, il est mis fin au deuil dès l’entrée de la fête (Mo’ed Qatan 14b ; Choul’han ‘Aroukh 548, 7). Si c’est pendant la fête que l’on a perdu un proche, les sept jours de deuil sont repoussés après la fête, tandis que, pendant la fête, on s’efforcera de ne pas pleurer ni de s’affliger, mais de se livrer à la fête et à ses mitsvot (Choul’han ‘Aroukh 548, 1). Si l’on est à Soukot, quoique l’on se sente affligé par la perte, on n’est point dispensé de séjourner sous la souka. On surmontera donc son tourment afin de s’y asseoir (Souka 25a ; Choul’han ‘Aroukh 640, 5). Quoi qu’il en soit, bien que l’on n’observe pas alors les sept jours de deuil, les amis proches viennent exprimer leur sollicitude (Choul’han ‘Aroukh 548, 6).

15 – La mitsva du pèlerinage, à l’époque du Temple

À l’époque où existait le Temple, c’était une mitsva que d’y venir, à l’occasion des trois fêtes, comme il est dit : « Trois fois l’an, chaque mâle paraîtra en présence du Seigneur Éternel, Dieu d’Israël » (Ex 34, 23). C’est d’après cette mitsva que les trois fêtes ont été appelées régalim[s], parce que l’on se rendait à pied jusqu’au Temple, ainsi qu’il est dit : « Trois fois (chaloch régalim) l’an, tu feras fête en mon honneur » (Ex 23, 14). Ceux qui ne pouvaient se rendre, sur leurs deux pieds, de Jérusalem au mont du Temple, comme les vieillards, les malades et les boiteux, étaient dispensés de la mitsva. Les aveugles, les sourds et les muets, eux aussi, en étaient dispensés, parce que ce n’est pas avec perfection qu’ils pouvaient paraître. De même, celui qui était impur ou incirconcis était dispensé de la mitsva (‘Haguiga 4a-b, Maïmonide, Hilkhot ‘haguiga 2, 1).

C’est aux hommes, et non aux femmes, que cette mitsva est prescrite, parce qu’elle est conditionnée par le temps. Ainsi, les femmes pouvaient, en cas de nécessité, rester à la maison pour s’occuper de leurs petits, des malades et des personnes âgées. Toutefois, quand une femme pouvait se rendre au Temple, et qu’elle le faisait, elle accomplissait en cela une mitsva ; c’est ainsi qu’en pratique de nombreuses femmes avaient coutume de faire ce pèlerinage. Quand un enfant était capable d’aller à pied, de Jérusalem au mont du Temple, c’était une mitsva pour son père que de l’y emmener.

Puisque les hommes avaient ordre de se rendre au Temple à pied, il était à craindre que des ennemis ne vinssent piller leurs biens pendant les jours de fête. C’est précisément à ce propos que la Torah promet que, grâce au mérite qu’auraient les Israélites à se relier au site du sanctuaire, ils hériteraient du pays sans avoir à craindre d’ennemi, comme il est dit : « Car Je déposséderai des peuples devant toi, et J’élargirai ta frontière ; et nul homme ne convoitera ta terre, quand tu monteras pour paraître à la face de l’Éternel ton Dieu, trois fois l’an » (Ex 34, 24).

Trois mitsvot ont été prescrites à Israël à l’occasion de ce pèlerinage (‘alia la-réguel, « montée à pied ») : le fait de paraître (réïya), le sacrifice propre à la fête (‘haguiga) et la joie (sim’ha) (‘Haguiga 6b). a) La mitsva de l’apparition (réïya) consiste dans le fait que la face de l’homme soit vue dans la cour du Temple (‘azara), et que chacun apporte un « holocauste d’apparition » (‘olat réïya). Ce sacrifice est appelé ‘ola, (« montée ») parce que toute sa chair était élevée sur l’autel. Celui qui se serait rendu dans la cour du Temple sans apporter sa ‘ola, non seulement n’aurait pas accompli cette mitsva positive, mais aurait encore enfreint un commandement de ne pas faire, comme il est dit : « Ils ne paraîtront pas à vide devant Moi » (Ex 34, 20). b) Quand on parle de ‘haguiga, on désigne par-là le sacrifice de chelamé-‘haguiga (rémunératoire de fête), c’est-à-dire un sacrifice rémunératoire (chelamim) dont certaines graisses (‘hélev) étaient fumées sur l’autel, tandis qu’une partie de sa chair était donnée aux prêtres, et que la grande majorité de sa chair était consommée dans la sainteté par l’offreur de ce sacrifice, les membres de sa famille et ses invités. c) La mitsva de la joie consistait à ajouter des chelamé-sim’ha (rémunératoires de joie) selon les besoins de sa consommation ; plus les membres de sa famille et ses invités étaient nombreux, plus nombreux étaient les chelamé-sim’ha que la mitsva obligeait à offrir. Et celui qui, de toute façon, avait l’obligation d’apporter la dîme de ses bêtes, ou de sacrifier des bêtes dont il devait faire l’offrande votive ou spontanée, accomplissait la mitsva de la joie en les sacrifiant et en en mangeant la chair (Maïmonide, Hilkhot ‘haguiga 1, 1 ; 2, 8-10).

Maïmonide écrit :

Quand on immolera le rémunératoire de fête et les rémunératoires de joie, on ne se contentera pas de manger avec ses enfants et sa femme, en ayant l’illusion d’accomplir, ce faisant, une mitsva parfaite. On a l’obligation de réjouir les pauvres et les malheureux, comme il est dit : « … et le lévite, le prosélyte, l’orphelin et la veuve » (Dt 16, 14). On leur servira donc à manger et à boire selon sa fortune. Celui qui aura mangé ses sacrifices sans réjouir ceux-là avec lui, il est dit de lui : « Leurs sacrifices sont pour eux comme un repas de deuil, tous ceux qui le mangent en seront rendus impurs, car leur pain est pour eux seuls » (Os 9,4) La mitsva oblige à l’égard du lévite plus que de tout autre, car il n’a ni part ni héritage, et ne reçoit pas de présents sur les viandes » (Hilkhot ‘haguiga 2, 14).

Bien que l’on n’offre point de sacrifices individuels les jours de fête, on offre l’holocauste d’apparition, le rémunératoire de fête et les rémunératoires de joie, car une mitsva explicite commande de les apporter le premier jour. Mais on n’offre pas ces sacrifices le Chabbat. Si l’on a manqué de les apporter au premier jour de fête, c’est une mitsva que de le faire avant la fin de la fête : à Pessa’h, jusqu’au septième jour ; à Soukot, jusqu’à la fin de Chemini ‘atséret ; à Chavou’ot, jusqu’à la fin du sixième jour suivant la fête. Si l’on a manqué de les offrir avant l’expiration de ces jours, on aura manqué d’accomplir sa mitsva (Maïmonide, ibid. 4-8).


[s]. D’après réguel, jambe. Les régalim sont donc les fêtes de pèlerinage, celles que l’on célèbre à l’issue d’une marche. Mais le mot signifie aussi « fois », de sorte que chaloch régalim peut vouloir dire, selon le contexte, trois fêtes, ou trois fois, comme on va le voir immédiatement.

16 – Le pèlerinage des trois fêtes, de nos jours

Depuis que le Temple a été détruit, la mitsva du pèlerinage est suspendue, puisque cette mitsva passe par l’offrande de sacrifices. Malgré cela, de nombreux Juifs ont pris coutume de se rendre en pèlerinage à Jérusalem. Le Talmud raconte ainsi que des hommes et des femmes montaient à Jérusalem après la destruction (Nédarim 23a, Cantique Rabba 4, 2, Ecclésiaste Rabba 11, 1). De même, à l’époque des Guéonim[t], des Juifs faisaient ce pèlerinage à l’occasion des fêtes, comme il est rapporté au sujet de Rav Haï Gaon, qui faisait le pèlerinage de Babylonie à Jérusalem, pour la fête de Soukot. À l’époque des Richonim et à celle des A’haronim aussi, certains venaient en pèlerinage, depuis les pays voisins de la terre d’Israël (Kaftor Vaféra’h 86, Maharit I 134).

Certains décisionnaires ont écrit que, bien qu’il n’y ait pas à cela d’obligation de nos jours, celui qui se rend en pèlerinage à Jérusalem, autour de l’ancien site du sanctuaire, accomplit en cela une mitsva, parce que la sainteté n’a point quitté le mont du Temple (‘Hatam Sofer ; Chaï Cohen II p. 523).

Il y avait une autre mitsva, à l’époque du Temple, consistant à se purifier à l’approche de la fête, en s’immergeant dans une eau vive (le miqvé) (Roch Hachana 16b). En effet, c’est seulement aux personnes en état de pureté qu’il était permis d’entrer dans la cour du Temple et d’y manger de la chair des sacrifices. Mais de nos jours, où le Temple est détruit, où nous ne pouvons plus aller offrir les sacrifices que prescrivent nos mitsvot, et où nous ne disposons pas non plus des cendres de la vache rousse pour nous purifier de l’impureté contractée au contact d’un mort, l’obligation de s’immerger dans l’eau vive à l’approche d’une fête est suspendue. Il est vrai que certains auteurs estiment que, de nos jours encore, il est obligatoire de s’immerger avant la fête (Beit Chemouel, Even Ha’ézer 55, 10 ; Choel Ouméchiv, III 1, 123). Mais selon la majorité des décisionnaires, il n’y a pas, de nos jours, d’obligation de s’immerger avant les fêtes, et ce n’est que par piété que certains ont coutume de le faire. Celui à qui il serait difficile de s’immerger au miqvé, pourra accomplir la pieuse coutume en se lavant avec neuf qav d’eau : on se tiendra dans sa douche, et l’on versera sur soi, de manière continue, une quantité d’eau équivalente à neuf qav, c’est-à-dire environ onze litres. On veillera à ce que cette eau lave l’ensemble de son corps[8].


[t]. Gaon, plur. Guéonim : maîtres des académies babyloniennes à l’époque post-talmudique (du 6ème au 11ème siècle de l’ère civile).

[8]. Roch Hachana 16b : « Rabbi Yits’haq a dit : “on a l’obligation de se purifier pour la fête.” » Selon la majorité des décisionnaires, cela était nécessaire afin d’entrer au sanctuaire et de manger de la chair des saintetés. Par conséquent, de nos jours, cette mitsva n’a plus cours. C’est ce qu’écrivent les Guéonim, Rabbénou ‘Hananel (Roch Hachana ad loc.), Maïmonide (Toumat Okhelin 16, 10), Raavad, Tossephot Rid, Séfer Mitsvot Gadol, Chaagat Aryé 67, Tsits Eliézer (XX 22), ‘Hazon Ovadia (Yom Tov, p. 102).

Cependant, selon le Roch (Yoma 8, 24), si l’on pouvait se purifier avec les cendres de la vache rousse, on devrait le faire, même après la destruction du Temple ; mais aujourd’hui, où cela n’est pas possible, la mitsva est suspendue. D’autres pensent que les propos de Rabbi Yits’haq visaient sa propre époque, qui suivait immédiatement la destruction (Beit Chemouel, Even Ha’ézer 55, 10, Choel Ouméchiv, III 1, 123). Mais la halakha ne suit pas leur avis, et l’immersion n’est considérée que comme une pieuse coutume (minhag ‘hassidout).

Ceux à qui il est difficile d’aller au miqvé peuvent accomplir cette pieuse coutume en se lavant à l’aide de 9 qav d’eau, comme l’écrivent le Mahari Weil 191, le Rama 606, 4 et le Michna Beroura 22. Un qav contient 4 log, un log équivaut au volume de six œufs ; un qav équivaut donc au volume de vingt-quatre œufs. Suivant le calcul exact qui a été fait d’après Maïmonide, un œuf égale 50 cm³ ; dès lors, 9 qav valent 10,8 litres. Selon le calcul effectué par Rabbi ‘Haïm Naeh, il s’agit de 12,4 litres (cf. Lois des bénédictions 10, note 11).

17 – Aller saluer son maître, les jours de fête

« On a l’obligation d’aller au-devant de son maître, les jours de fête » (Roch Hachana 16b, Souka 27b). Le motif de cette mitsva est d’honorer son maître et d’apprendre de lui la Torah ; grâce à cela, on méritera de se lier à lui, et de recevoir de lui direction et abondance spirituelles. Il y a une certaine ressemblance entre cette mitsva et celle du pèlerinage au Temple, car nos sages enseignent : « Quiconque va au-devant de son maître, c’est comme s’il accueillait la Présence divine (Chékhina) » (Talmud de Jérusalem, ‘Érouvin 5, 1). Les jours saints, où l’on cesse ses travaux, sont les jours qui conviennent à cela. Telle fut la coutume d’Israël, d’âge en âge, comme nous le déduisons de ce que dit le mari de la Sunamite, qui, quand il vit que sa femme allait voir le prophète Élisée un jour profane, lui demanda : « Pourquoi te rends-tu chez lui aujourd’hui ? Ce n’est ni la néoménie ni Chabbat ? » (II Rois 4, 23), ce qui laisse  entendre que, les jours saints, il était habituel d’aller saluer le prophète ou le maître (cf. Les Lois de Chabbat 5, 15).

La mitsva d’aller au-devant de son maître (haqbalat pené harav) consiste essentiellement à écouter de lui des leçons de Torah ; et cette tradition remonte à Moïse, notre maître, comme l’enseignent nos sages : Moïse prescrivit aux Israélites « de poser des questions et de donner des homélies relatives au thème de la présente fête : aux lois de Pessa’h pendant Pessa’h, aux lois de Chavou’ot à Chavou’ot, aux lois de chaque fête à son heure » (Méguila 32a). Nos sages enseignent encore : « Le Saint béni soit-Il dit à Moïse : “Fais-toi de grandes assemblées, et discours devant elles, réunies en nombre (…) pour instruire Israël et lui enseigner l’interdit et le permis ; afin que mon grand nom soit loué parmi mes enfants” » (Yalqout Chim’oni, Vayaqhel 408). On veillait grandement à assister à ces homélies (derachot), et l’on accomplissait par cela, de manière parfaite, la mitsva d’aller accueillir son maître. Toutefois, si même on se contente de saluer le maître en lui souhaitant ‘Hag saméa’h après l’office, on aura accompli, a posteriori, sa mitsva. Certains apportent à leur pratique un supplément de perfection, en rendant visite à leurs rabbins à leur domicile, pour les entendre prononcer des paroles de Torah, de morale (moussar), et des récits sur les grands maîtres d’Israël. Si de nombreux disciples veulent accomplir ce hidour (embellissement de la pratique), ils viendront en groupe, afin de ne pas importuner le rabbin, le détournant de son étude et de la joie de sa fête en famille.

Les Richonim expliquent que la mitsva d’aller au-devant de son maître est fonction de la distance. Si l’on habite près de son rabbin, il faut le saluer chaque Chabbat. Si l’on habite plus loin, on devra aller le saluer à chaque Roch ‘hodech. Si l’on habite encore plus loin, on ira le saluer à chaque fête (d’après Rabbénou ‘Hananel et le Ritva ; cf. Béour Halakha 301, 4, passage commençant par Léhaqbil). Cela, à condition que l’on revienne dormir chez soi, car la mitsva de se réjouir pendant la fête doit s’accomplir avec son épouse. Mais si, pour aller saluer son maître, on est contraint de dormir hors de chez soi, on est dispensé de la mitsva de saluer son maître (Souka 27b). Cependant, certains ont l’usage d’être indulgents à cet égard ; et certains auteurs tentent de les justifier. Quoi qu’il en soit, quand la chose attriste la femme, les auteurs indulgents eux-mêmes reconnaissent qu’il est interdit de voyager hors de chez soi à l’occasion de la fête. Mais la majorité des décisionnaires estiment que, même lorsque la femme y consent, cet usage n’a pas lieu d’être[9].


[9]. Souka 27b : « Nos maîtres ont enseigné : Une fois Rabbi Ilaï alla, à pied, rendre visite à Rabbi Eliézer, son maître, à Lod. Celui-ci lui dit : “Ilaï, n’es-tu pas de ceux qui restent chez eux, pendant la fête ?” Car Rabbi Eliézer avait coutume de dire : “Je loue les paresseux, qui ne sortent pas de chez eux pendant les fêtes, comme il est dit : Tu te réjouiras, toi et ta maison (Dt 14, 26).” » La Guémara objecte : « Pourtant, Rabbi Yits’haq a dit : “ On a l’obligation d’aller au-devant de son maître, les jours de fête.” » Elle répond : « Dans un cas, il est question d’un homme qui voyage et revient le jour même ; dans l’autre, on parle de quelqu’un qui voyage mais ne revient pas le jour même. » En d’autres termes, la mitsva s’applique quand on revient chez soi le jour même ; et la critique de Rabbi Eliézer vise le cas où l’on n’y revient pas. C’est en ce sens que tranchèrent de nombreux Richonim, parmi lesquels : Raavia, Rabbi Yechaya A’haron zal, Hachlama, Hagahot Maïmoniot, le Ritva et le Méïri.

Toutefois, le Rif, Maïmonide et le Roch ne mentionnent pas la condition d’après laquelle on doit être revenu chez soi le jour même. Certains déduisent de ce silence que, d’après ces auteurs, ce n’est que d’après Rabbi Eliézer que l’on doit revenir chez soi, mais que la halakha fait appliquer cette mitsva, même quand on ne rentre pas chez soi le jour même (Kessef Michné sur Maïmonide, Talmud Torah 5, 7 ; ‘Hida ; Sfat Émet). C’est sur cet avis que s’appuient les personnes indulgentes (Chévet Sofer 17). Cependant, comme nous l’avons vu, la majorité des Richonim estiment que la chose est interdite ; certains prétendent même que telle est l’opinion de tous les Richonim ; car ceux-là même qui n’ont pas rapporté la condition d’après laquelle il faut revenir chez soi le jour même reconnaissent cette nécessité (Peri ‘Hadach, Michnat Ya’aqov). Aussi convient-il de ne pas être indulgent en cette matière. Quoi qu’il en soit, ceux qui veulent s’autoriser cette indulgence y sont autorisés, à condition que la femme y consente d’un cœur entier. C’est ce qu’écrit le Rav Teichtal, Michna Sakhir II 239. Cf. Har’havot 17, 5.

Il paraît évident que cette mitsva est de rang rabbinique, et c’est ce qu’écrivent le Peri Mégadim, le Pné Yehochoua’ et de nombreux autres auteurs. Certains, cependant, écrivent que cette mitsva est toranique (Choel Ouméchiv, Yehouda Ya’alé). Peut-être leur intention est-elle de dire que l’honneur voué aux disciples des sages (talmidé ‘hakhamim) est une mitsva de la Torah ; et puisque nos sages ont eux-mêmes prescrit d’aller saluer son maître à l’occasion des fêtes, on accomplit bien une mitsva toranique en agissant ainsi (Bikouré Ya’aqov 640, 22 s’exprime en ce sens).

Quant au sens de la mitsva : de nombreux auteurs écrivent qu’elle vise à apprendre la Torah de son maître (Na’hmanide sur Ex 20, 7, Rav Mena’hem Azaria da Fano 6, Peri Mégadim ; c’est aussi ce qu’explique longuement le Rav Charlap dans Beit Zevoul 3, 28). Cependant, certains écrivent que, de plus, on accomplit de cette façon la mitsva d’honorer les disciples des sages (Rachi sur ‘Haguiga 3a, Noda’ Biyehouda, Ora’h ‘Haïm 94). Rabbi Yonathan Eybeschutz explique que, après la destruction du Temple, aller au-devant de son maître remplace la mitsva de se rendre au Temple, puisque nos sages disent, dans le Talmud de Jérusalem (‘Érouvin 5, 1) que celui qui va auprès de son maître pour le saluer est semblable à celui qui accueille la Chékhina (Ye’arot Devach I 12). Cf. Har’havot 17, 1-4.

01 – Préparatifs

De même que c’est une mitsva que d’honorer le Chabbat et d’en faire un objet de délices, ainsi est-ce une mitsva d’honorer les jours de fête et de s’en délecter (cf. ci-dessus, chap. 1 § 7-8).

Par conséquent, tout ce que nos sages ont dit qu’il fallait faire à l’approche de Chabbat, il faut aussi le faire à l’approche de la fête. Cela comprend la mitsva de lessiver les vêtements en l’honneur de la fête (cf. Pniné Halakha, Les Lois de Chabbat I 2, 4 ; ci-après, chap. 11 § 11). De même est-ce une mitsva que de se laver à l’eau chaude en l’honneur de la fête. En cas de nécessité, c’est aussi une mitsva que de se faire couper les cheveux, de se raser et de se couper les ongles à l’approche de la fête (Les Lois de Chabbat I 2, 5 ; cf. ci-après, chap. 11 § 9-11). C’est aussi une mitsva que de ranger sa maison et de la nettoyer en l’honneur de la fête ; et c’est une mitsva que de participer à ces préparatifs, comme le faisaient eux-mêmes les plus grands maîtres (Les Lois de Chabbat I 2, 5-6).

Afin d’accomplir la mitsva de se délecter et de se réjouir, il faut acheter pour la fête des aliments et des boissons succulents, chacun selon ses possibilités (cf. ci-dessus, chap. 1 § 12). Il est interdit de prendre un repas important, la veille d’un Yom tov, cela pour trois raisons : a) afin de ne pas mettre sur le même plan les repas des jours profanes et les repas de fête ; b) afin d’avoir de l’appétit lors du repas du soir de fête ; c) afin que l’effort accompagnant le repas de veille de fête ne soit pas cause de dérangement à l’égard des préparatifs de la fête. Mais un repas ordinaire peut être pris à quelque moment de la journée. Cependant, a priori, nos sages disent que, si l’on s’abstient de prendre un repas ordinaire, ou un repas accompagné de pain, pendant les trois heures qui précèdent la fête, c’est une mitsva que l’on fait (Les Lois de Chabbat I 2, 7).

Il est interdit d’accomplir un travail, la veille de Yom tov, à partir de l’heure de Min’ha ; et quiconque fait un travail depuis cette heure n’y verra point de signe de bénédiction. L’interdit court à partir de l’heure de Min’ha qetana, c’est-à-dire deux heures (solaires) et demie avant le coucher du soleil. Les détails de ces règles sont exposés dans Les Lois de Chabbat I 2, 8.

De même que nous le faisons pour le Chabbat, il faut aussi ajouter du temps profane au temps de Yom tov, c’est-à-dire accueillir la fête un peu avant le coucher du soleil, et s’en séparer un peu après la tombée de la nuit (Roch Hachana 9a). On accueille la fête en prononçant une parole, telle que : « Voici que j’accueille la sainteté de la fête » (Haréni méqabel ‘alaï qedouchat ha’hag) ; ou bien en allumant les veilleuses ou bougies (nérot) de la fête (Michna Beroura 261, 21 ; Les Lois de Chabbat I 3, 1-3).

02 – Allumage des veilleuses

De même que nos sages ont institué l’allumage des veilleuses de Chabbat, ainsi ont-ils institué l’allumage des veilleuses de Yom tov. Grâce aux veilleuses (ou aux bougies), on honore la fête et l’on ajoute à la joie du repas (sé’ouda). Et puisqu’il s’agit d’une mitsva, on prononce une bénédiction à l’occasion de cet allumage : Baroukh Ata Ado-naï, Élo-hénou, Mélekh ha’olam, acher qidechanou bémitsvotav, vétsivanou léhadliq ner chel Yom tov (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous as sanctifiés par tes commandements, et nous as ordonné d’allumer la veilleuse du jour de fête »). Lorsque le Yom tov tombe un Chabbat, on termine la bénédiction par les mots : léhadliq ner chel Chabbat véchel Yom tov (« … d’allumer la veilleuse de Chabbat et du jour de fête ») (Choul’han ‘Aroukh 263, 5 ; 514, 11 ; Michna Beroura 48)[1].

Comme le Chabbat, on a coutume de ne pas allumer moins de deux bougies, correspondant aux deux époux. Celles qui veulent en allumer davantage y sont autorisées. Malgré cela, on dit, dans la bénédiction, ner chel Yom tov (« la veilleuse de Yom tov », au singulier), parce que l’on accomplit déjà la mitsva par le biais d’une seule veilleuse.

Le moment le mieux choisi pour allumer les veilleuses, c’est avant le coucher du soleil, à l’heure d’entrée de la fête, inscrite dans les calendriers. De cette manière, les femmes accueillent la fête par le biais de l’allumage lui-même. Certaines femmes ont coutume d’allumer le soir, à l’approche du repas ; celles qui veulent procéder ainsi y sont autorisées, à condition de ne pas allumer un feu nouveau, mais de transmettre une flamme existante à une nouvelle mèche (cf. ci-après, chap. 5 § 1 et 3). Le second Yom tov de Roch hachana, de même que le second Yom tov des pays de diaspora, le moment de l’allumage est après la tombée de la nuit, afin de ne pas se livrer, le premier jour, aux préparatifs du second (cf. ci-après, chap. 9 § 5, et le présent chapitre, § 12, s’agissant du Yom tov qui débute à l’issue de Chabbat).

Chaque Chabbat, la coutume des femmes ashkénazes et d’une partie des femmes séfarades est d’allumer d’abord les veilleuses, et d’en réciter la bénédiction seulement après, afin de ne pas accomplir la mélakha (travail) qu’est l’allumage après avoir mentionné le Chabbat dans la bénédiction (Les Lois de Chabbat I 4, 4). Mais le Yom tov, où il est permis d’allumer les veilleuses, toutes les coutumes s’accordent à dire qu’il faut dire la bénédiction en premier lieu, puis allumer (Michna Beroura 263, 27). Après l’allumage, il faut avoir soin de ne pas éteindre l’allumette : on devra la déposer et la laisser s’éteindre d’elle-même.

Nos sages ont prescrit de réciter, à l’occasion de toute fête, la bénédiction Chéhé’héyanou, cela afin de louer l’Éternel, qui nous a fait vivre, nous a maintenus et nous a fait parvenir à ce moment particulier et sanctifié qu’est la fête. Le bon moment pour dire cette bénédiction, c’est celui où l’on récite le Qidouch du soir, car alors on mentionne la sainteté du jour. Mais les femmes ont coutume de réciter la bénédiction Chéhé’héyanou au moment de l’allumage des veilleuses ; en effet, elles ont souhaité dire la bénédiction au moment même d’accomplir la mitsva qui leur est propre, en l’honneur de la fête. Celles qui souhaitent adopter cette coutume y sont autorisées (cf. Chéïlat Ya’avets I 107, Michna Beroura 263, 23).

Quand on a l’intention de procéder à l’allumage après l’entrée de la fête – par exemple si l’on a cette coutume, ou dans le cas du second jour de Roch hachana, ou d’un Yom tov qui commence à l’issue de Chabbat –, il est souhaitable de préparer les veilleuses durant un jour profane. Si on ne les a pas préparées, il sera permis d’enfoncer la bougie dans l’orifice du bougeoir ; et bien que, de cette manière, la bougie s’effrite quelque peu, cela n’est pas constitutif de l’interdit de me’hatekh (couper), puisque cet effritement ne se produit qu’incidemment (kil-a’har yad). De même, il est permis d’enlever, avec un couteau, la cire qui reste dans l’orifice de la bougie, et qui gêne l’introduction de la nouvelle bougie. Il est aussi permis de décoller la partie métallique servant de support à une bougie chauffe-plat, quand ce support s’est attaché au fond du récipient de verre où l’on pose ladite bougie. De même, il est permis d’introduire une mèche à l’intérieur de la rondelle de liège flottante, dans le cas de veilleuses à l’huile (Chemirat Chabbat Kehilkhata 13, 24 et 49-50 ; note 151 du Rav Chelomo Zalman Auerbach). Mais il est rabbiniquement défendu de réchauffer une bougie de cire afin de la coller au bougeoir, de crainte d’en venir à transgresser l’interdit de memaréa’h (enduire), qui est un dérivé (tolada) de la mélakha de mema’heq (racler). Il est également interdit de couper ou de limer la base de la bougie afin de pouvoir la planter dans l’orifice du bougeoir, en raison de l’interdit de me’hatekh (découper) (‘Hayé Adam 92, 2, Baer Hétev 314, 10, Chemirat Chabbat Kehilkhata 13, 48 ; cf. Les Lois de Chabbat II 18, 6 ; I 15, 10).

S’agissant des autres règles, le Yom tov est semblable au Chabbat ; les lois de l’allumage des veilleuses de Chabbat sont exposées dans Les Lois de Chabbat I (chap. 4).


[1]. Hagahot Maïmoniot, Mordekhi et Or Zaroua rapportent, au nom du Talmud de Jérusalem, qu’il faut réciter une bénédiction à l’occasion de l’allumage des veilleuses de Yom tov. Certes, cette mention ne figure pas dans la version du Talmud de Jérusalem dont nous disposons ; mais il semble que cet enseignement soit un de ceux dont la copie a été omise au cours des siècles. C’est ce qu’écrivent le Raavia, le Beit Yossef et le Choul’han ‘Aroukh 263, 5 ; et telle est la coutume en pratique. Il est vrai que, parmi les Richonim, certains sages de France estimaient qu’il ne fallait pas dire de bénédiction sur l’allumage de Yom tov. Telle est la coutume du Yémen, et les responsa Pé’oulat Tsadiq III 270 expliquent que l’on peut déduire cela de Maïmonide, qui ne mentionne pas cette règle. Cela, parce qu’il n’est pas nécessaire d’instituer l’allumage de veilleuses, puisqu’il est permis d’en allumer pendant Yom tov [dans les conditions qui seront exposées au chap. 5]. Tel est l’usage majoritaire des originaires du Yémen, contrairement à l’avis du Ye’havé Da’at I 27.

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