07 – Les repas de la fête – convocation sainte

C’est une mitsva que de faire, un jour de Yom tov, deux repas importants (sé’ouda, plur. sé’oudot), l’un le soir, l’autre le jour, et c’est l’une des expressions centrales de la sainteté de la fête ; car il est dit de toutes les fêtes qu’elles sont des miqraé qodech, des « convocations saintes », or nos sages enseignent : « Par quoi les sanctifieras-tu ? Par la nourriture, par la boisson et par une tunique propre » (Sifra, Émor 12, 4). En cela, les fêtes sont égales au Chabbat, car elles et lui sont appelés miqraé qodech. Maïmonide écrit ainsi :

De même que c’est une mitsva que d’honorer le Chabbat et de s’en délecter, ainsi de tous les jours de Yom tov, comme il est dit : « Tu appelleras… le jour saint de l’Éternel “honoré” [qedoch Hachem mékhoubad”]» (Is 58, 13) ; or tous les jours de Yom tov sont appelés miqraé qodech, convocations saintes (Yom Tov 6, 16).

Certes, le Chabbat, les sages ont institué trois repas, ce qu’ils ont déduit d’allusions contenues dans des versets (Chabbat 117b) ; et cette exigence reflète le niveau particulier auquel s’élève le Chabbat. Tandis que, le Yom tov, la mitsva consiste à faire deux repas, l’un le soir, l’autre le jour (Roch, Tour). Car chaque jour, l’homme a besoin de prendre deux repas (arou’hot) ; or la mitsva de la fête est de transformer ces repas en sé’oudot, repas importants (Choul’han ‘Aroukh 529, 1 ; Birké Yossef 3 ; Michna Beroura 13 ; Kaf Ha’haïm 24).

C’est une mitsva que de manger, à chacun de ces deux repas, du pain (cf. ci-après, chap. 2 § 5), et que de prononcer la bénédiction sur deux pains (lé’hem michné) ; car, comme le Chabbat, il ne tombait pas non plus de manne le Yom tov : c’est la veille de la fête que, en l’honneur de celle-ci, descendait du ciel une double part (Choul’han ‘Aroukh 529, 1 ; Pniné Halakha, Les Lois de Chabbat 7, 3)[3].

Bien que la sainteté de Chabbat soit supérieure à celle des fêtes, c’est une mitsva que de prévoir des repas de fête plus abondants que ceux du Chabbat, et d’y être vêtu avec plus d’apprêt, en raison de la mitsva de Vé-sama’hta be-‘haguékha (« Tu te réjouiras en ta fête », Dt 16, 14), comme nous le verrons au paragraphe qui suit.


[3]. Du Chabbat et des fêtes, il est dit qu’ils sont des miqraé qodech (convocations saintes) ; et de même que c’est une mitsva que d’honorer le Chabbat et d’en faire un objet de délice – comme le dit explicitement le verset d’Isaïe (58, 13) : « Tu appelleras le Chabbat “délice”, le jour saint de l’Éternel “honoré” » – de même est-ce une mitsva les jours de fête, comme l’écrit Maïmonide, Yom Tov 6, 16. Le Choul’han ‘Aroukh 529, 1 tranche dans le même sens : « Il faut l’honorer et s’en délecter, comme du Chabbat. » Cf. Les Lois de Chabbat 7, note 2, où l’on voit que les Richonim sont partagés quant au fait de savoir si cet honneur et ce délice sont une obligation biblique ou rabbinique. De l’analyse midrachique que donnent les sages de l’expression miqra qodech, il ressort que cette obligation est biblique, et telle est l’opinion de Na’hmanide. En revanche, du fait que cet enseignement est tiré d’un verset d’Isaïe, il ressort que l’obligation n’est pas de-oraïtha (du Pentateuque), comme l’écrivent Maïmonide et le Séfer Ha’hinoukh.

Les propos de Maïmonide laissent entendre que, le Yom tov également, il faudrait prendre trois repas (Chabbat 30, 9 ; selon le Beit Yossef, on n’est pas obligé de comprendre ces propos ainsi). En pratique, la presque totalité des décisionnaires estiment que la mitsva consiste seulement à prendre deux repas. Le Tour rapporte que tel était l’usage du Roch ; et c’est en ce sens que tranchent le Choul’han ‘Aroukh 529, 1, Tossephot Yom Tov, le Choul’han ‘Aroukh Harav et le Michna Beroura 12. Le Levouch explique que, pour préserver la joie de Yom tov, les sages ne se sont point montrés rigoureux en exigeant un troisième repas ; car, parfois, organiser un tel repas requiert quelque effort.

Le ‘Hida explique que, selon la Kabbale, il n’y a pas lieu de faire trois repas, un jour de fête. Certains recommandent d’ajouter au repas festif [du matin] un mets : celui-ci sera considéré comme « troisième repas » (opinion rapportée par le Colbo et citée par Maguen Avraham et Michna Beroura 12). Il semble que, pour qui a faim à l’approche de la fin du jour, il soit juste de faire un troisième repas, ou de goûter à quelque nourriture, faute de quoi on s’affligerait, en définitive, pendant la fête.

Pour la majorité des Richonim, c’est une mitsva que de manger du pain à chaque sé’ouda de Yom tov, au titre de la délectation du jour (‘oneg Yom tov) (Méïri, Ma’hzor de Vitry, responsa de Rabbi Aqiba Eiger 1), ou au titre de la joie (Rabbénou Yits’haq, Roch). Toutefois, selon Tossephot (Souka 27a, ד »ה אי בעי) et Rachba, il n’est pas obligatoire de manger du pain ou de la matsa, aux repas de fête, en dehors du premier soir de Pessa’h, et du premier soir de Soukot. Quant au cas où l’on oublie de réciter Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon, cf. ci-après, chap. 2 § 6 et Har’havot sur le présent passage.

Livres