16 – Le pèlerinage des trois fêtes, de nos jours

Depuis que le Temple a été détruit, la mitsva du pèlerinage est suspendue, puisque cette mitsva passe par l’offrande de sacrifices. Malgré cela, de nombreux Juifs ont pris coutume de se rendre en pèlerinage à Jérusalem. Le Talmud raconte ainsi que des hommes et des femmes montaient à Jérusalem après la destruction (Nédarim 23a, Cantique Rabba 4, 2, Ecclésiaste Rabba 11, 1). De même, à l’époque des Guéonim[t], des Juifs faisaient ce pèlerinage à l’occasion des fêtes, comme il est rapporté au sujet de Rav Haï Gaon, qui faisait le pèlerinage de Babylonie à Jérusalem, pour la fête de Soukot. À l’époque des Richonim et à celle des A’haronim aussi, certains venaient en pèlerinage, depuis les pays voisins de la terre d’Israël (Kaftor Vaféra’h 86, Maharit I 134).

Certains décisionnaires ont écrit que, bien qu’il n’y ait pas à cela d’obligation de nos jours, celui qui se rend en pèlerinage à Jérusalem, autour de l’ancien site du sanctuaire, accomplit en cela une mitsva, parce que la sainteté n’a point quitté le mont du Temple (‘Hatam Sofer ; Chaï Cohen II p. 523).

Il y avait une autre mitsva, à l’époque du Temple, consistant à se purifier à l’approche de la fête, en s’immergeant dans une eau vive (le miqvé) (Roch Hachana 16b). En effet, c’est seulement aux personnes en état de pureté qu’il était permis d’entrer dans la cour du Temple et d’y manger de la chair des sacrifices. Mais de nos jours, où le Temple est détruit, où nous ne pouvons plus aller offrir les sacrifices que prescrivent nos mitsvot, et où nous ne disposons pas non plus des cendres de la vache rousse pour nous purifier de l’impureté contractée au contact d’un mort, l’obligation de s’immerger dans l’eau vive à l’approche d’une fête est suspendue. Il est vrai que certains auteurs estiment que, de nos jours encore, il est obligatoire de s’immerger avant la fête (Beit Chemouel, Even Ha’ézer 55, 10 ; Choel Ouméchiv, III 1, 123). Mais selon la majorité des décisionnaires, il n’y a pas, de nos jours, d’obligation de s’immerger avant les fêtes, et ce n’est que par piété que certains ont coutume de le faire. Celui à qui il serait difficile de s’immerger au miqvé, pourra accomplir la pieuse coutume en se lavant avec neuf qav d’eau : on se tiendra dans sa douche, et l’on versera sur soi, de manière continue, une quantité d’eau équivalente à neuf qav, c’est-à-dire environ onze litres. On veillera à ce que cette eau lave l’ensemble de son corps[8].


[t]. Gaon, plur. Guéonim : maîtres des académies babyloniennes à l’époque post-talmudique (du 6ème au 11ème siècle de l’ère civile).

[8]. Roch Hachana 16b : « Rabbi Yits’haq a dit : “on a l’obligation de se purifier pour la fête.” » Selon la majorité des décisionnaires, cela était nécessaire afin d’entrer au sanctuaire et de manger de la chair des saintetés. Par conséquent, de nos jours, cette mitsva n’a plus cours. C’est ce qu’écrivent les Guéonim, Rabbénou ‘Hananel (Roch Hachana ad loc.), Maïmonide (Toumat Okhelin 16, 10), Raavad, Tossephot Rid, Séfer Mitsvot Gadol, Chaagat Aryé 67, Tsits Eliézer (XX 22), ‘Hazon Ovadia (Yom Tov, p. 102).

Cependant, selon le Roch (Yoma 8, 24), si l’on pouvait se purifier avec les cendres de la vache rousse, on devrait le faire, même après la destruction du Temple ; mais aujourd’hui, où cela n’est pas possible, la mitsva est suspendue. D’autres pensent que les propos de Rabbi Yits’haq visaient sa propre époque, qui suivait immédiatement la destruction (Beit Chemouel, Even Ha’ézer 55, 10, Choel Ouméchiv, III 1, 123). Mais la halakha ne suit pas leur avis, et l’immersion n’est considérée que comme une pieuse coutume (minhag ‘hassidout).

Ceux à qui il est difficile d’aller au miqvé peuvent accomplir cette pieuse coutume en se lavant à l’aide de 9 qav d’eau, comme l’écrivent le Mahari Weil 191, le Rama 606, 4 et le Michna Beroura 22. Un qav contient 4 log, un log équivaut au volume de six œufs ; un qav équivaut donc au volume de vingt-quatre œufs. Suivant le calcul exact qui a été fait d’après Maïmonide, un œuf égale 50 cm³ ; dès lors, 9 qav valent 10,8 litres. Selon le calcul effectué par Rabbi ‘Haïm Naeh, il s’agit de 12,4 litres (cf. Lois des bénédictions 10, note 11).

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