Les Jours redoutables

07. L’encens (qetoret)

À côté des sacrifices perpétuels (tamid) qu’ils apportaient chaque jour sur l’autel extérieur – l’un le matin, l’autre à l’approche du soir –, les cohanim faisaient fumer l’encens sur l’autel intérieur, une fois le matin, la seconde à l’approche du soir. Le sacrifice perpétuel exprime le lien manifeste qui unit Israël à l’Éternel ; aussi, on en aspergeait le sang et l’on en plaçait les membres sur l’autel extérieur, visible à tous. Par cela, on reliait toutes les créatures, dans la partie sensible de leur être, à l’Éternel. L’encens exprime le lien intérieur, profond, qui unit Israël à Dieu. Aussi est-il subtil et spirituel pour représenter le lien unissant les âmes à l’Éternel ; et on le faisait fumer sur l’autel intérieur, qui se trouvait dans le sanctuaire.

Onze matières parfumées composaient l’encens. On les pilait toutes, bien finement, afin de les unir entièrement. Par cela, leur bonne odeur se répandait bien. L’idée que porte allusivement cette loi, c’est que, par une unification entière de toutes les forces d’Israël, au service d’un but saint, le monde accède à son parachèvement. Dix des composants correspondaient aux dix degrés de la sainteté, par lesquels le monde fut créé. Un autre composant très important figurait dans l’encens : la ‘helbena (galbanum) dont l’odeur était mauvaise, et qui correspond aux côtés négatifs qui sont au monde. Cependant, une fois que le galbanum était pilé et mêlé aux autres plantes de l’encens, non seulement il ne gâchait pas l’encens mais il en exaltait l’odeur. Cela nous apprend que, lorsque toutes les forces composant Israël s’unissent pour un but saint, la vertu inscrite dans l’intériorité des pécheurs d’Israël se révèle, et eux aussi s’associent et sont utiles au parachèvement du monde (cf. ‘Olat Reïya I pp. 136-138).

Le jour de Kipour, une mitsva particulière s’ajoute à celles auxquelles est tenu le Cohen gadol : faire fumer, au nom de tout Israël, une pleine poignée d’encens dans le saint des saints. Et c’est seulement grâce au mérite de cette précieuse mitsva qu’il était autorisé à entrer dans le saint des saints, comme il est dit :

L’Éternel dit à Moïse : « Parle à Aaron ton frère, et qu’il ne vienne pas en tout temps au sanctuaire, au-delà du rideau, devant le propitiatoire qui est sur l’arche, de sorte qu’il ne meure pas. Car dans une nuée, Je me révèle au-dessus du propitiatoire » (Lv 16, 2)[f].

Ce n’est qu’après avoir offert l’encens dans le saint des saints que le Grand-prêtre était autorisé à apporter le sang du taureau et celui du bouc, et d’en faire l’aspersion face au propitiatoire, afin d’apporter l’expiation sur les sacrifices d’Israël.

Pour comprendre la signification de la « nuée d’encens », il faut savoir que tel est l’ordonnancement du dévoilement divin fait à Israël : Dieu se révèle dans « l’épaisseur de la nuée » (‘anan haqetoret), comme il est dit :

La nuée recouvrit la montagne. La gloire de l’Éternel (kevod Hachem) résida sur le mont Sinaï, et la nuée le recouvrit pendant six jours. Et [l’Éternel] appela Moïse, le septième jour, du sein de la nuée (Ex 24, 15-16).

La nuée exprime une révélation divine suprême et sublime, qui surpasse la compréhension humaine. Du sein de la nuée (‘anan) et de la brume (‘arafel), l’homme peut intégrer et comprendre la notion de Dieu, progressivement, selon ses forces. De même, après que fut achevé l’érection du tabernacle, il est dit :

La nuée recouvrit la tente d’assignation, et la gloire de l’Éternel emplit le tabernacle. Et Moïse ne put entrer dans la tente d’assignation, car la nuée y résidait, et la gloire de l’Éternel emplissait le tabernacle (Ex 40, 34-35).

Au début, la révélation est si élevée, si sublime que nul homme ne peut se tenir devant elle. Ce n’est qu’après, du sein de la nuée et de la brume, que la notion du divin se révèle, progressivement, suivant les forces qu’ont en eux les cohanim. Dans le même ordre d’idées, nous lisons, au temps de l’érection du premier Temple :

Les prêtres apportèrent l’arche d’alliance de l’Éternel à son lieu, au sanctuaire de la maison, au saint des saints, sous les ailes des chérubins (…) Et il advint, quand les prêtres sortirent du sanctuaire, que la nuée emplit la maison de l’Éternel. Or les prêtres ne pouvaient se tenir pour officier, face à la nuée, car la gloire de l’Éternel emplissait la maison de l’Éternel » (I Rois 8, 6-11).

L’encens que le Grand-prêtre faisait fumer au jour de Kipour, dans le saint des saints, exprimait l’union de tout Israël avec la foi parfaite, dont le fondement réside dans ce qui est au-delà de toute compréhension, et dont la révélation est d’abord enfouie et cachée dans l’épaisseur de la nuée, puis qui, du sein de la brume, va en se clarifiant par degrés, suivant notre capacité d’intégration. Grâce à cette connaissance, le Cohen gadol pouvait entrer dans le saint des saints, pour y obtenir l’expiation d’Israël.


[f]. Un midrach assimile la nuée dont parle ce verset à la fumée de l’encens.

08. La cérémonie de l’encens à Kipour

La mitsva s’ordonnançait ainsi : le Grand-prêtre entrait dans le saint des saints, avec une pelle de braises et une louche d’encens. Dans le saint des saints, il prenait une pleine poignée d’encens et la mettait sur les braises ; la fumée montait, s’élevait et se répandait dans le saint des saints, jusqu’à recouvrir le propitiatoire qui surmontait l’arche du témoignage ; ainsi qu’il est dit :

Il prendra une pleine pelletée de braises ardentes, de dessus l’autel, face à l’Éternel, puis deux pleines poignées d’encens fait d’espèces odoriférantes finement pilées, qu’il apportera de l’autre côté du voile. Il mettre l’encens sur le feu, devant l’Éternel. Et la fumée de l’encens couvrira le propitiatoire qui est au-dessus du témoignage, de sorte qu’il [le Grand-prêtre] ne mourra pas (Lv 16, 12-13).

L’idée sous-jacente est ici que l’homme le plus saint d’Israël lui-même ne peut atteindre, en sa conscience, la notion du divin dans son essence ; ce n’est que par le biais de la fumée et de la brume que la Présence divine demeure ici-bas ; et c’est du sein de la brume que la notion du divin va en se révélant. Aussi, le Grand-prêtre devait-il d’abord faire fumer l’encens dans le saint des saints ; puis, seulement après que le saint des saints était empli d’encens, il accomplissait sa mitsva (Yoma 53a).

Puisque l’encens exprime le lien profond qui unit les âmes d’Israël à Dieu, l’encensoir restait dans le saint des saints jusqu’à la fin du service du jour ; et pendant tout ce temps, sa fumée continuait de s’élever. À l’expiration du service du jour, le Grand-prêtre rentrait, au nom de tout Israël, dans le saint des saints ; il prenait congé, recueillait l’encensoir et sortait.

La quantité d’encens qu’il faisait fumer dans le saint des saints était l’équivalent de ce que peuvent contenir les deux mains (deux poignées) (melo ‘hofnav), ni plus ni moins (ibid. 48a), ce qui fait allusion au fait que toute l’intention et toute l’action du Cohen gadol étaient consacrées à la collectivité d’Israël. Nos sages enseignent que ce travail de transvasement de l’encens de la pelle à l’intérieur des mains, sans qu’il n’en tombe une miette à terre, était l’un des plus difficiles qui fussent au sanctuaire (ibid. 49b). L’idée à laquelle il est fait ici allusion, c’est que le Grand-prêtre doit s’efforcer de relier toutes les forces d’Israël en direction du saint des saints, sans même en perdre une seule étincelle.

L’encens que l’on faisait fumer chaque jour était bien pilé, afin d’être fin (daqa). Mais l’encens que le Grand-prêtre faisait fumer dans le saint des saints avait cela de supérieur qu’on le pilait de nouveau, à l’approche du jour de Kipour, afin qu’il fût particulièrement fin (daqa min hadaqa). Le pilage exprime l’idée d’union de toutes les particules d’encens, les unes avec les autres ; et l’encens destiné au saint des saints devait exprimer une union plus profonde encore.

09. Les deux boucs et le taureau

C’est un fait merveilleux que nous trouvons, dans le rituel d’expiation de Yom hakipourim. Le taureau et le bouc, seuls sacrifices de l’année dont le sang fût aspergé dans le saint des saints, expiaient « l’impureté du sanctuaire et des offrandes » ; c’est-à-dire l’impureté causée par ceux qui savaient être impurs, et qui, malgré cela, avaient pénétré dans le sanctuaire, ou avaient mangé de la chair de sacrifices. Le taureau faisait expiation sur les prêtres, et le bouc sur Israël. Face à cela, l’autre bouc, qui était envoyé à la vallée d’Azazel, expiait toutes les autres fautes. La question est de savoir comment il se peut que le taureau et le bouc dont le sang était aspergé dans le saint des saints expiaient un seul péché, tandis que le bouc émissaire expiait toutes les autres fautes[2].

Il y a là une idée très profonde et importante. La racine de toutes les fautes provient d’un défaut que l’on a dans sa foi (émouna) ; un défaut dans le lien que l’on a avec son Créateur, source de sa vie. Le sanctuaire et ses saintetés révèlent la foi dans le monde ; aussi, le fondement de l’expiation dépend-il de la réparation de la foi en sa racine suprême, au saint des saints. Après que la foi elle-même se trouve purifiée de l’impureté qui s’y agrège, toutes les autres fautes vont se séparant de l’homme, parce que celui-ci se lie de nouveau à Dieu, désire ardemment s’attacher à la Torah et à ses mitsvot, et comprend que toutes ses fautes émanaient d’une erreur, de séductions extérieures. Aussi les fautes n’appartiennent pas en propre à l’homme, et leur place est en un lieu abandonné : elles sont toutes envoyées à la vallée d’Azazel.

Le bouc voué à l’Éternel apportait l’expiation à Israël ; mais les cohanim, qui ont pour responsabilité que le lien unissant Israël à Dieu soit maintenu, requéraient une expiation supplémentaire ; aussi leur sacrifice était-il plus grand : un taureau expiatoire. En premier lieu, le Grand-prêtre devait expier ses propres fautes et celles de ses frères, les cohanim, pour tout abus qu’ils auraient pu commettre dans le cadre de leurs saintes fonctions ; ce n’est qu’après cela qu’il pouvait poursuivre, et donner expiation à Israël pour l’impureté causée au sanctuaire et aux offrandes.

C’est à ce propos qu’il est dit :

Il prendra du sang du taureau et en fera l’aspersion, de son doigt, sur la face du propitiatoire, à l’est ; et devant le propitiatoire il fera de son doigt sept aspersions du sang. [Après cela] il égorgera le bouc expiatoire qui est pour le peuple, et apportera son sang de l’autre côté du voile, et il fera, avec son sang, ce qu’il aura déjà fait avec celui du taureau : il l’aspergera sur le propitiatoire et devant le propitiatoire. Et il fera expiation, sur le sanctuaire, des impuretés des enfants d’Israël et de leurs péchés, selon toutes leurs fautes. Ainsi procèdera-t-il pour la tente d’assignation, qui réside avec eux parmi leurs impuretés. (…) Il sortira en direction de l’autel qui est devant l’Éternel, et fera expiation sur lui (Lv 16, 14-18).

Après que l’expiation de l’impureté causée au sanctuaire et aux offrandes était achevée, l’ensemble des autres transgressions étaient traitées à part, et le Grand-prêtre pouvait les envoyer à Azazel, au désert, comme il est dit :

Lorsqu’il aura achevé l’expiation pour le sanctuaire, pour la tente d’assignation et pour l’autel, il présentera le bouc vivant [que l’on s’apprête à envoyer à Azazel]. Aaron imposera ses deux mains sur la tête du bouc vivant, et il confessera sur lui toutes les iniquités des enfants d’Israël et tous leurs péchés, selon toutes leurs fautes, et il les mettra sur la tête du bouc, qu’il renverra par le biais d’un homme préparé à cela, au désert. Le bouc portera sur lui toutes leurs iniquités en une terre inhabitée ; et l’on renverra le bouc dans le désert (ibid. 20-22).


[2]. Le taureau apporte l’expiation aux cohanim, pour la faute commise contre le sanctuaire et contre ses offrandes. Selon Rabbi Yehouda, dans la michna Chevou’ot 2b, le bouc émissaire apportait l’expiation aux cohanim et à Israël pour toutes les autres fautes. C’est aussi ce qu’écrivent Maïmonide (Chegagot 11, 9 ; c’est encore ce qui ressort des Hilkhot téchouva 1, 2) et le Méïri, ‘Hibour Hatéchouva 1, 2. Toutefois, selon Rabbi Chim’on , toutes les fautes des cohanim sont expiées par le taureau. C’est aussi l’opinion du Radbaz (IV 1, 108) et du Peri ‘Hadach (Maïm ‘Haïm).

10. Contact de l’impur avec le sanctuaire et les offrandes – atteinte à la foi

De nombreux sacrifices sont destinés à l’expiation de l’impureté causée au sanctuaire et à ses saintetés : à chaque néoménie et à chaque fête, il nous est enjoint d’offrir un bouc comme expiatoire (‘hatat), afin d’expier le contact des personnes impures avec le sanctuaire et ses offrandes. Simplement, ces sacrifices apportent l’expiation à la personne impure qui ignorait son impureté, et qui, dans cette ignorance, est entrée au sanctuaire ou a mangé de la chair des saintetés. Ils ne pouvaient, en revanche, expier celui qui, après coup, devenait conscient d’être impur. C’est cela que venait expier le bouc expiatoire extérieur de Yom Kipour[g]. Ce sacrifice ne pouvait cependant pas expier le cas de la personne qui, connaissant son impureté, entrait intentionnellement dans le sanctuaire ou mangeait de la chair des sacrifices. Pour un tel cas, c’est le taureau et le bouc dont le sang était aspergé dans le saint des saints qui faisait expiation : le taureau pour les prêtres, le bouc pour Israël.

Quoi qu’il en soit, tous les boucs expiatoires offerts au nom de la collectivité à la néoménie ou lors des fêtes expiaient l’impureté causée au sanctuaire et à ses saintetés ; c’est à ce propos que nos sages disent :

L’impureté causée au sanctuaire et à ses saintetés est plus difficile à corriger que toutes les autres transgressions mentionnées par la Torah. Car toutes les transgressions que mentionne la Torah s’expient par un seul bouc [celui qui est envoyé à Azazel] ; tandis que l’impureté causée au sanctuaire et à ses saintetés s’expie par trente-deux boucs [ceux de Roch hachana, des fêtes et de Yom Kipour]. Toutes les autres transgressions mentionnées par la Torah s’expient une fois par an [par le bouc envoyé à Azazel] ; l’impureté du sanctuaire et de ses saintetés s’expie chaque mois, comme il est dit : « Aussi, par Moi-même, dit le Seigneur Dieu, Je le jure : parce que tu as rendu impur mon sanctuaire par toutes tes immondices et toutes tes abominations, Moi aussi Je retrancherai, et mon œil n’aura point pitié ; et Moi non plus, Je n’aurai point compassion » (Ez 5, 11). Les immondices et les abominations que tu causas étaient difficiles ; et l’impureté causée au sanctuaire plus dure que tout » (Tossefta Chevou’ot 1, 3).

Expliquons cela un peu plus avant :

Les fautes entraînant l’impureté du sanctuaire et des sacrifices signifient l’atteinte causée à la foi (émouna), atteinte dont émanent toutes les fautes et toutes les abominations. En effet, lorsque la foi de l’homme est pure de toute scorie et de tout défaut, il est attaché aux attributs du Saint béni soit-Il, et la vie qu’il porte en lui se renforce. Toute sa volonté tend à ajouter vie et bénédiction dans le monde, sous la conduite de la Torah, et son penchant au mal ne le vainc pas. Mais quand un défaut affecte sa foi, se crée relativement audit défaut une rupture entre sa volonté et la foi ; et l’on pense que, pour se réjouir dans la vie, on devra agir en contradiction avec les directives de la Torah ; alors, le penchant au mal correspondant à ce défaut se renforce en la personne et la fait fauter.

On peut dire que, lorsqu’une personne a une conception erronée de la foi, elle est considérée comme « entrant en état d’impureté dans le sanctuaire ». En effet, la conception de la foi est comparable à l’entrée dans le sanctuaire ; et quand des erreurs et des défauts affectent sa conception de la foi, parce que l’on n’a pas étudié la Torah comme il convenait, ou parce que l’on a de mauvais traits de caractère, c’est en état d’impureté que l’on entre dans le sanctuaire de la foi. Et si l’on s’obstine à agir selon sa foi erronée, on est comparable à celui qui mange de la chair des sacrifices en état d’impureté.

Il y a à cela plusieurs degrés : en général, l’homme pense aux questions relatives à la foi et agit conformément à sa pensée, sans s’apercevoir que sa foi n’est pas suffisamment claire. C’est cela qu’expient les boucs offerts aux néoménies et aux fêtes. Parfois, l’homme ne prête pas attention aux atteintes et aux contradictions qui affectent sa foi ; mais, après avoir agi, il a conscience de n’avoir pas encore épuré suffisamment sa foi. Il a besoin d’une expiation plus grande, et c’est le bouc expiatoire extérieur de Yom Kipour qui lui apporte l’expiation.

Cependant, chacun connaît des situations au cours desquelles s’éveille la pensée du but de son existence, de sa signification profonde, du rôle que l’on a dans le monde. Et si, à ces instants, bien qu’on sache que sa foi n’est pas aussi pure et claire qu’il le faudrait, on poursuit la routine de sa vie et l’on ne prend pas l’initiative d’approfondir sa connaissance de la Torah, de purifier ses traits de caractère, de clarifier sa foi comme il convient, son cas ressemble à celui de l’impur qui entre dans le sanctuaire. Et si l’on s’entête dans sa voie précédente, en se fondant sur sa foi défectueuse, sans faire son examen de conscience, le cas ressemble à celui de l’impur qui mange, sciemment, de la chair des sacrifices. C’est la faute la plus redoutable, car, par elle, l’homme perd son monde. La lumière divine a soudain illuminé son esprit, en un instant il pénètre dans le sanctuaire de sa propre âme, mais au lieu de se purifier, de rendre sa foi plus claire et de donner une direction à sa vie, il reste dans son impureté et poursuit sa routine. Aussi, seuls le taureau et le bouc dont le sang était aspergé dans le saint des saints, avec l’effort de téchouva, étaient à même d’expier cela.


[g]. Celui qui était envoyé à la vallée d’Azazel.

11. Rite d’expiation pour le sanctuaire (aspersion du sang du taureau et du bouc)

Il existe trois phases dans le rite d’aspersion du sang du taureau et du sang du bouc, dont le but est d’apporter l’expiation « au sanctuaire pour les impuretés des enfants d’Israël et pour leurs péchés, selon toutes leurs fautes ».

L’expiation commençait dans le saint des saints. C’est là la réparation de la racine de la foi – ce qui est lié à la notion kabbalistique de yi’houd ‘e-lion (unification supérieure) – liée à l’alliance éternelle unissant Dieu à la collectivité d’Israël, alliance d’après laquelle la délivrance ne dépend pas du repentir (la téchouva) ; car Dieu conduit le monde vers sa délivrance, et le choix fait par l’homme n’y peut rien changer, mais seulement influer sur la manière dont la délivrance viendra – dans la tranquillité ou dans des épreuves. Ce niveau correspond au saint de saints, dont l’existence en ce monde-ci est un miracle, car il relie l’éternité au présent, les mondes supérieurs à ce monde-ci (comme nous l’avons vu ci-dessus, chap. 6 § 4).

Le Grand-prêtre se tenait entre les deux barres de l’arche sainte (aron haqodech). Il faisait, en direction de l’arche de l’alliance et du propitiatoire (kaporet) qui la recouvrait, une aspersion (hazaa) orientée vers le haut, et sept aspersions orientées vers le bas. Il aspergeait d’abord du sang du taureau, puis du sang du bouc. Cette aspersion de sang exprime notamment l’idée de faire alliance avec Dieu, dans le don de soi – car le sang représente la vitalité. Le sang du taureau se compare au sang du Grand-prêtre, tandis que celui du bouc se compare au sang d’Israël.

Toutes les aspersions se faisaient face au propitiatoire d’or qui recouvrait l’arche, laquelle contenait toutes les directives de la Torah et ses mitsvot ; au-dessus du propitiatoire, étaient les chérubins (kerouvim), qui exprimaient le lien d’alliance unissant Dieu à Israël. Le propitiatoire était appelé kaporet, terme dérivé de kapara (expiation), car ce couvercle fait allusion au fait que, du sein de tous les actes d’Israël, se révèlent finalement la foi et la conduite divine du monde. Même quand Israël faute, enfreint les paroles de la Torah et est châtié, tout, en fin de compte, s’enchaîne et aboutit au bien, tout brillera pleinement comme l’or. Quand on se lie à ce degré de réalité, les fautes contre la foi les plus graves, elles-mêmes, sont expiées.

Le Grand-prêtre devait compter verbalement les aspersions. « Et ainsi comptait-il : une, une et une, une et deux, une et trois, une et quatre, une et cinq, une et six, une et sept. » L’aspersion dirigée vers le haut a pour intention le fait de se relier à la racine de la foi en l’unité divine, à l’alliance perpétuelle entre Dieu et Israël. Ce que visent les sept aspersions dirigées vers le bas, c’est d’attirer la foi et l’alliance au sein des sept aspects que porte le monde, créé en sept jours ; afin que la foi et l’alliance, qui sont la racine de la Délivrance, se dévoilent ici-bas dans le calme et la tranquillité, et non dans les épreuves. Chacun des sept degrés doit être lié à la racine, car c’est de celle-ci qu’ils émanent. Aussi le Grand-prêtre répétait-il le compte de la première aspersion, à chacune des sept aspersions dirigées vers le bas.

Après avoir procédé à l’aspersion sur le propitiatoire, dans le saint des saints (qodech haqodachim), le Grand-prêtre en sortait pour se rendre au sanctuaire (qodech). Il y faisait des aspersions sur le voile (parokhet, rideau) qui séparait le sanctuaire du saint des saints : une dirigée vers le haut, sept autres vers le bas. Il commençait par le sang du taureau, afin d’apporter l’expiation à lui-même et à ses frères les cohanim ; puis il prenait du sang du bouc, afin que l’expiation s’étendît à tout Israël[h]. Cette expiation s’applique à la conception de la foi, et ressortit à l’unification inférieure (yi’houd ta’hton), c’est-à-dire à sa manifestation, auprès de nous, selon la « conduite de la justice » (hanhagat hamichpat[i]), laquelle dépend de nos actions. Cette conduite émane, certes, de l’alliance supérieure, enfouie dans le saint des saints, au degré d’unification supérieure (yi’houd ‘e-lion) et de la « conduite de l’unification » (hanhagat hayi’houd), dont le dévoilement dépend cependant de notre libre arbitre : si nous choisissons le bien, abonderont les bienfaits et la bénédiction ; si nous choisissons le mal, les bienfaits seront amoindris, et les atteintes et épreuves s’accroîtront. L’aspersion vers le haut a pour objet de se lier, avec abnégation, à la foi en Dieu, en ce qu’Il exerce sa providence sur le peuple d’Israël en notre génération. Les sept aspersions vers le bas visent à attirer la foi en la providence, dans tous les domaines de la vie de chacun d’entre nous.

Après cela, l’expiation s’étend à l’autel de l’encens, comme il est dit :

Il sortira vers l’autel qui est devant l’Éternel [l’autel d’or, qui se trouve dans le qodech] et fera expiation sur lui ; il prendra du sang du taureau et du sang du bouc, et en mettra sur les cornes de l’autel, autour. Il fera de ce sang, avec son doigt, sept aspersions, et il le purifiera et le sanctifiera, à cause des impuretés des enfants d’Israël (Lv 16, 16-19).

Sur l’autel de l’encens, il n’y avait plus d’aspersion vers le haut, ni sept autres vers le bas. Ce qui se joue, en effet, dans l’expiation de cet autel, n’est plus d’attirer la foi, d’un degré supérieur à tous les aspects de ce monde-ci, mais au contraire, d’assembler et d’élever toutes les tendances diverses qui sont dans les cœurs d’Israël, et de les orienter vers la foi parfaite. Car toute atteinte qui affecte le sentiment de la foi influe négativement sur les traits de caractère de l’homme, qui sera coléreux, défaitiste, orgueilleux ou avide de plaisirs physiques. L’aspersion du sang sur les quatre cornes aux coins de l’autel, puis sept fois sur l’autel lui-même rassemble toutes les aspirations à la foi, des quatre coins cardinaux, et les sept caractères qui se révèlent dans le cœur de l’homme, les reliant à l’alliance éternelle que Dieu contracta avec nous et avec nos pères, et à la foi dans la providence divine à l’égard d’Israël. Pour unifier tous ces aspects et les élever vers la foi, le Grand-prêtre devait mêler préalablement le sang du taureau à celui du bouc ; et de ce sang mêlé, il faisait l’aspersion sur les quatre cornes de l’autel, et sept fois sur l’autel même.


[h]. En d’autres termes, il faisait deux fois cette série d’aspersions : une plus sept  avec du sang de taureau, puis une plus sept  avec du sang de bouc.

[i]. Cf. ci-dessus, début du § 2.

12. Les deux boucs

Après nous être quelque peu étendu sur le sens de l’expiation par les aspersions de sang, revenons, par l’examen de versets, à la mitsva des deux boucs par le biais desquels se produit l’essentiel de l’expiation de Yom Kipour. Il est dit :

Et de la part de la communauté des enfants d’Israël, il prendra deux boucs comme expiatoire… (Lv 16, 5).

Nos sages disent : « Les deux boucs ont été juxtaposés l’un à l’autre dans le texte, pour nous apprendre qu’ils doivent être semblables dans leur apparence, leur taille, et dans leur valeur pécuniaire » (Chevou’ot 13b). Seul le tirage au sort décidera lequel des deux boucs sera sacrifié à Dieu et lequel sera envoyé dans la vallée d’Azazel. Ce qui est particulier au tirage au sort, c’est que la providence divine y est manifeste.

Pour que le Grand-prêtre puisse procéder au tirage au sort, il lui faut préalablement se purifier. C’est pourquoi il imposait ses mains sur le taureau destiné à sa propre expiation, et confessait ses fautes et celles de son épouse. Après cela :

Il prendra les deux boucs et les présentera devant l’Éternel, à l’entrée de la tente d’assignation. Aaron mettra sur les deux boucs des sorts, un sort (goral) pour l’Éternel et un sort pour Azazel. Aaron offrira le bouc que le sort aura désigné pour l’Éternel, et en fera un expiatoire [il le placera à l’endroit destiné à l’abattage de l’expiatoire]. Et le bouc que le sort aura désigné pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, pour qu’il soit fait expiation par lui, pour l’envoyer à Azazel au désert (Lv 16, 7-10).

Il s’approchait de nouveau de son taureau expiatoire, imposait ses mains sur lui et confessait les fautes de ses frères les cohanim. Il égorgeait alors le taureau, afin d’asperger de son sang dans le saint des saints. Cependant, pour être autorisé à entrer dans le saint des saints, il devait d’abord faire fumer l’encens dans le saint des saints, afin de révéler par-là le lien d’alliance unissant Dieu et Israël. Après avoir brûlé l’encens, il aspergeait du sang du taureau dans le saint des saints. Il revenait ensuite au bouc que le sort avait désigné pour l’Éternel ; il égorgeait ce bouc et aspergeait de son sang dans le saint des saints, faisant expiation pour l’impureté « du sanctuaire et de ses saintetés », ainsi qu’il est dit :

Il égorgera le bouc expiatoire qui est pour le peuple, et en portera le sang dans l’enceinte du voile ; il procédera à l’égard de ce sang comme il l’aura fait pour le sang du taureau, et en fera l’aspersion au-dessus du propitiatoire [une fois vers le haut] et en-deçà du propitiatoire [sept fois vers le bas]. Il fera expiation, sur le sanctuaire, des impuretés des enfants d’Israël et de leurs péchés, selon toutes leurs fautes ; et ainsi fera-t-il à l’égard de la tente d’assignation, qui réside avec eux, au sein de leurs impuretés [en procédant aux aspersions sur le voile]. Nulle personne ne se trouvera dans la tente d’assignation quand il viendra procéder à l’expiation dans le sanctuaire, jusqu’à sa sortie. Et il fera expiation pour lui-même, pour sa maison et pour toute l’assemblée d’Israël. Puis il ira vers l’autel qui est devant l’Éternel [l’autel de l’encens] et il fera expiation pour lui ; il prendra du sang du taureau et du sang du bouc, et en mettra sur les cornes de l’autel alentour. De son doigt, il aspergera de ce sang sur l’autel, sept fois ; il le purifiera et le sanctifiera des impuretés des enfants d’Israël (ibid. 15-19).

Après que fut accomplie l’expiation du sanctuaire et de ses saintetés, l’âme d’Israël se dévoilait dans sa pureté, et il apparaissait que toutes les fautes qui s’y étaient attachées ne provenaient que de l’influence extérieure du penchant au mal ; dès lors, le Grand-prêtre pouvait, au nom de tout Israël, confesser lesdites fautes, s’en dégager, les transférer sur la tête du bouc vivant, et les envoyer en un lieu désolé et perdu, au désert. Il est dit ainsi :

Lorsqu’il aura achevé l’expiation pour le sanctuaire, pour la tente d’assignation et pour l’autel, il présentera le bouc vivant [que le sort a désigné pour Azazel]. Aaron imposera ses deux mains sur la tête du bouc vivant, et confessera sur lui toutes les iniquités des enfants d’Israël, tous leurs péchés, selon toutes leurs fautes, et les mettra sur la tête du bouc, qu’il renverra par le biais d’un homme préparé à cela, au désert. Le bouc portera sur lui toutes leurs iniquités en une terre inhabitée ; et l’on renverra le bouc dans le désert (ibid. 20-22).

13. Le bouc envoyé à Azazel : sens de l’expiation

Le bouc présente deux aspects : intérieurement, son sang, plus que celui d’aucun autre animal, ressemble au sang humain. Cette réalité se remarque à l’entrain particulier que possèdent les boucs ; de ce point de vue, on peut asperger de son sang dans le saint des saints, et exprimer ainsi l’aspiration passionnée d’Israël à s’attacher à Dieu, avec abnégation. Extérieurement, le bouc a une tendance sauvage et ravageuse ; et l’ange préposé aux forces destructrices a pour nom Sa’ir (bouc). Le « prince » d’Ésaü l’impie, lui-même – c’est-à-dire son ange tutélaire –, est appelé Sa’ir, car son « art » est de renverser et de détruire. C’est pourquoi, quand les idolâtres voulaient se préserver de la ruine et de la destruction, ou semer la ruine et la destruction chez leurs ennemis, ils sacrifiaient aux se’irim (« boucs », démons), idoles de l’iniquité et de la destruction. C’est de cela que la Torah met en garde Israël, en lui disant de ne sacrifier qu’à l’Éternel et à Lui seul. « Ils n’offriront plus leurs sacrifices aux se’irim auxquels ils se prostituent » (Lv 17, 7 ; Na’hmanide sur Lv 16, 8).

Au jour saint et redoutable, où se révèle l’alliance perpétuelle qui unit Dieu à Israël, et où le peuple juif s’élève et se détache, par son jeûne, de tous les désirs corporels, le Grand-prêtre peut entrer au nom de tout Israël dans le saint des saints, et asperger du sang du bouc en l’honneur de Dieu, exprimant par cela la volonté profonde de tout Israël de s’attacher à Lui, à sa Torah et à ses commandements, avec abnégation. Grâce à cela, Israël est purifié de l’impureté causée au sanctuaire et aux sacrifices ; et les klipot (« écorces », extériorités immatérielles) qui empêchent le luminaire de la foi de rayonner au sein des âmes se retirent. Le bien et le mal qui y étaient mêlés se séparent progressivement l’un de l’autre, et il apparaît que toutes les fautes que les Israélites avaient commises n’ont pas d’existence propre, mais ne tiennent que par une influence extérieure, qui les avait conduits à penser qu’ils gagneraient quelque chose à fauter, alors que, en vérité, ces fautes ont consumé leurs forces en pure perte. Quand le mal se sépare du bien, il perd sa vitalité, et n’est plus capable d’inciter à la faute. En effet, c’est seulement quand le mal est mêlé au bien et à la vie qu’il peut ruiner et détruire ; mais quand on le rend à lui seul, il retourne à son lieu, le néant, et se dissout. Ce processus s’exprime dans l’envoi du bouc émissaire, qui porte toutes les fautes d’Israël, à Azazel au désert, lieu de désolation et de perte.

On trouve une autre idée profonde, dans le rite du bouc envoyé à Azazel : c’est un présent que Dieu nous a ordonné d’envoyer, le jour de Kipour, à Samaël, ange des ravages et de la destruction, qui réside dans le désert, lieu de perte et de désolation. Pour qu’il soit clair que l’intention n’est pas de le servir, comme les idolâtres en avaient l’usage, la Torah précise bien : « Et le bouc que le sort aura désigné pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, pour qu’il soit fait expiation par lui, pour l’envoyer à Azazel au désert » (Lv 16, 10). Le bouc est donc placé devant Dieu, et c’est Dieu qui ordonne de l’envoyer au désert, afin qu’il soit fait expiation sur Israël. Comme l’ont enseigné les sages :

Samaël dit devant le Saint béni soit-Il : « Maître de tous les mondes, toutes les nations du monde, Tu m’as donné l’autorisation [de les accuser] ; comment se peut-il que Tu ne me le permettes pas quand il s’agit Israël ? » Il lui répondit : « Tu as cette autorisation, à leur encontre, le jour de Kipour, si quelque faute leur est imputable ; sinon, tu n’as pas de droit sur eux. » C’est pourquoi, on lui donne un « pot-de-vin » à Kipour, afin qu’il n’empêche pas Israël d’apporter son sacrifice (Pirqé de-Rabbi Eliézer 46).

Il faut approfondir la question : toute l’année, nous nous trouvons dans une lutte difficile contre le yétser hara’ (penchant au mal) ; mais à Yom Kipour, au moment où le Grand-prêtre entre dans le saint des saints, pour relier tout Israël à la racine de la foi, les Juifs peuvent considérer le monde entier d’un regard complet, voir que les forces du mal elles-mêmes furent créées par le Saint béni soit-Il, et qu’elles aussi ont un rôle, car, grâce à elles, l’homme a le libre arbitre ; grâce à elles, il peut parvenir au niveau élevé qui l’attend, et donner expression à l’image divine (tsélem Elo-him) qui est en lui. Cependant, cette idée d’une valeur positive du mal risque de causer de très grands dommages : l’homme risque de s’abuser lui-même, en pensant que, même lorsqu’il faute, il accomplit une bonne chose. Aussi, ce n’est qu’au jour de Kipour, quand nous nous mortifions et nous séparons de toutes les passions corporelles, que Dieu nous ordonne d’envoyer un bouc à Azazel. Car ce n’est qu’alors que nous pouvons montrer à Samaël que nous comprenons son rôle important, sans être pour autant attiré par lui. À ce moment, Samaël s’apaise et se sent fondre de plaisir. Finalement, Israël le comprend, et lui ne souhaite plus inciter à la faute ni accuser, car, en vérité, il préfère lui-même qu’Israël choisisse le bien ; et lui aussi se joint à sa défense[3].


[3]. Tel est le libellé des paroles que Samaël prononce en défense d’Israël, telles que le midrach Pirqé de-Rabbi Eliézer 46 les rapporte : « Samaël voit qu’il ne se trouve pas de faute en eux, le jour de Kipour ; il dit devant Dieu : “Maître de tous les mondes, tu as un certain peuple qui est comparable aux anges de service dans les cieux. De même que les anges de service ne mangent ni ne boivent, de même les Israélites ne mangent ni ne boivent, le jour de Kipour. De même que les anges de service sont pieds nus, ainsi Israël est pieds nus au jour de Kipour. (…) De même que la paix règne entre les anges de service, de même la paix règne-t-elle entre Israélites au jour de Kipour. De même que les anges de service sont propres de toute faute, ainsi Israël est propre de toute faute, au jour de Kipour.” Le Saint béni soit-Il, entendant cette pétition en faveur d’Israël de la bouche même de son accusateur, accorde l’expiation (…) » Cf. Maharal, fin de l’homélie de Chabbat Téchouva, qui conçoit essentiellement le mal comme une absence ; c’est le sens de notre première explication, dans le corps de texte. Le Séfer Ha’hinoukh, mitsva positive n°95 va dans le même sens.

Cf. Na’hmanide sur Lv 16, 8, qui met l’accent sur l’idée de « pot-de-vin » donné à Samaël, comme l’enseignent les Pirqé de-Rabbi Eliézer. C’est dans un sens proche que s’expriment les sages dans Baba Batra 16a : « Rabbi Lévi a dit : le Satan (l’accusateur) et Pénina eurent de bonnes intentions. Le Satan, comme il vit que l’opinion du Saint béni soit-Il inclinait du côté de Job, dit : “À Dieu ne plaise d’oublier son amour pour Abraham (et Israël) !” [C’est pourquoi il montra que Job n’était point parfait comme l’était Abraham notre père.] Pénina, comme il est dit : “Sa rivale l’exaspérait sans cesse, afin de la faire murmurer” (I Sam 1, 6) [ce que, sur le mode midrachique, on comprend comme : afin qu’elle (Hanna) prie l’Éternel]. Rav A’ha expliqua ce sujet dans une ville nommée Papounia ; le Satan vint et lui embrassa les pieds [en signe de remerciement pour avoir expliqué en quoi, profondément, consistait sa bonne intention]. »

Cependant, de manière simple, on peut dire que le bouc envoyé à Azazel est un pur et simple « pot-de-vin » ; et puisque les forces du mal marchent dans les voies du mensonge, de la ruse et de la flatterie, c’est ainsi qu’on les traite avec ce bouc, au point qu’elles oublient l’accusation et se réjouissent de leur pot-de-vin. Le Zohar sur la section A’haré mot (III 63a) dit ainsi : « Lorsque ce bouc parvient à la montagne (dans le désert), tout n’est que joie [auprès des forces extérieures, accusatrices] ; toutes s’enivrent et se délectent de lui. Et ce même accusateur, qui était sorti pour requérir contre Israël, s’en revient en disant des louanges d’Israël : l’accusateur s’est fait défenseur. »

Il semble toutefois qu’il y ait lieu d’approfondir le commentaire, en disant que les forces du mal elles-mêmes s’élèvent alors à un plus haut degré, et ôtent le masque de leur face, montrant qu’elles aussi veulent le bien du monde ; et que, dès lors qu’il leur est permis d’interrompre, pendant un jour, leur mauvais rôle, elles sont heureuses de trouver des mérites à Israël.

Il se peut que tout dépende du degré de téchouva d’Israël. Quand le repentir émane de la crainte (téchouva mi-yira), le bouc émissaire est un simple « pot-de-vin ». Quand le repentir émane de l’amour (téchouva mé-ahava), de même que les fautes intentionnelles se muent en mérites, de même le mauvais ange se change en ange bénéfique. Cf. Zohar, Ra’ya Méhemna, A’haré mot 63a-b, qui suggère que le penchant au mal est très bon – à la façon de la téchouva faite par amour. Cependant, ce même passage explique, au travers d’une histoire, que l’Accusateur continue d’exercer son rôle de procureur ; simplement, puisque toutes les fautes ont été jetées à Azazel, il s’aperçoit qu’en fait Israël n’a plus de faute, de sorte qu’il s’en fait le défenseur. Par cela, le dur jugement est épargné à Israël. Cf. Zohar, Tetsavé II 184b-185a, où il est dit que l’on donne un repas à l’Accusateur, pour qu’il ne porte pas atteinte à la joie qui lie le Roi à son fils ; ce repas est une forme de prébende qui aveugle ses yeux ; et toutes ses accusations retombent sur lui et sur ses armées, que sont les impies. Tous ces degrés d’explication sont justes, car, tant que n’est pas accomplie la complète réparation du monde, la bonne intériorité du mal n’est connue que secrètement, tandis que, de façon manifeste, c’est par la crainte que s’opère la téchouva. Aussi est-il question de « pot-de-vin » qui aveugle les yeux du Satan pour le tromper, et le faire défendre Israël, contrairement à sa volonté.

Puisque l’homme qui a amené le bouc dans le désert a eu prise avec les forces du mal, il lui faut se purifier ensuite, comme il est dit : « Et celui qui aura envoyé le bouc à Azazel nettoiera ses vêtements et lavera sa chair dans de l’eau ; après cela, il reviendra au camp » (Lv 16, 26). De même, cf. Zohar, A’haré mot III 63b, qui explique que l’homme « préparé à cela » (ibid. verset 21) convient au commerce du mal ; aussi doit-il se purifier. Même si l’on dit que, à ce moment, le côté positif inclus dans le mal se révèle, il s’agit là, tant que le monde n’est pas parvenu à son entier parachèvement, d’un secret périlleux. Aussi cet homme doit-il s’immerger dans une eau vive avant de retourner au camp. Cf. Véhachev et ha’avoda du Rav Moché Odess, chap. 5 ; aux chap. 2 et 3 du même ouvrage, se trouve une explication essentielle du service de Kipour, selon laquelle le taureau, le bouc et l’encens sont interdépendants, et chaque étape est indispensable à la réalisation de la suivante. Nous avons repris, dans notre propre exposé de l’ordonnancement du service de Kipour, certaines des explications importantes qu’apporte ce livre.

14. Ordonnancement du service

Après avoir exposé les actes particuliers du service de Kipour, revenons brièvement à l’ordonnancement général du service qu’accomplit le Grand-prêtre.

La nuit de Yom Kipour, le Grand-prêtre devait rester éveillé, afin de ne pas contracter d’impureté pendant le sommeil. Durant cette nuit, il étudiait la Torah, en compagnie des grands maîtres de la Torah, notables de Jérusalem. S’il savait discourir sur la Torah, il discourait ; sinon, on lisait et l’on discourait devant lui. Durant la nuit, on chantait également devant lui des prières et des louanges à Dieu. S’il commençait à somnoler, les prêtres novices claquaient des doigts, devant lui, afin qu’il se réveillât. S’il se fatiguait davantage, on lui proposait de se tenir debout sur le sol froid. S’il montrait encore davantage de signes de fatigue, on lui proposait de s’incliner, c’est-à-dire de se pencher en avant, debout sur ses pieds, tout le corps incliné jusqu’à ce que la tête parvienne au sol (Yoma 19b).

Comme nous l’avons vu (§ 4), tous les actes du service de Yom Kipour étaient accomplis par le Grand-prêtre, afin d’élever et de lier l’ensemble à la racine de la sainteté, qui réside dans le saint des saints. Comme chaque jour, la première offrande était le sacrifice perpétuel (tamid) de l’aube, et le dernier était le sacrifice perpétuel offert à l’approche du soir. Par conséquent, quand l’aube se levait et que le temps du premier tamid arrivait, le Grand-prêtre ôtait ses vêtements profanes, s’immergeait dans l’eau vive, à l’approche du service du jour, revêtait ses vêtements dorés, et se lavait les mains et les pieds. Il immolait le premier sacrifice perpétuel, recueillait son sang et en faisait l’aspersion sur l’autel, conformément aux prescriptions en vigueur tous les jours. Il entrait dans le sanctuaire pour y allumer l’encens sur l’autel d’or ; puis il s’approchait du chandelier et y disposait les lampes. Il retournait à l’autel extérieur, y plaçait les quartiers du sacrifice perpétuel, offrait l’oblation du Grand-prêtre (‘havitin)[j], et y versait la libation jointe au sacrifice perpétuel, comme chaque jour.

À partir de là, il poursuivait par les sacrifices additionnels (moussafim) : un taureau et sept agneaux. Nous l’avons vu, en effet, la sainteté qui caractérise le service de Yom Kipour est marquée par trois étapes, dont les deux premières sont : 1) le sacrifice perpétuel, semblable à celui des autres jours ; 2) les sacrifices additionnels, à l’instar de ceux de Roch ‘hodech et des fêtes.

Il continuait, de là, à s’élever à l’étape 3), c’est-à-dire au service particulier au jour de Kipour. Il sanctifiait de nouveau ses mains et ses pieds, ôtait ses vêtements d’or, s’immergeait dans l’eau vive et revêtait des vêtements blancs ; alors, il retournait au bassin pour se laver mains et pieds. Cependant, avant de pouvoir offrir le bouc destiné à l’Éternel et entrer dans le saint des saints pour y apporter l’expiation à la communauté d’Israël, le Grand-prêtre devait faire expiation sur ses propres fautes, en récitant la confession (Vidouï) et en apportant un sacrifice. « C’est ainsi que se conduit la mesure de rigueur : il est préférable qu’un méritant apporte l’expiation au coupable, et non pas qu’un coupable vienne apporter l’expiation au coupable » (Chevou’ot 14a). Aussi est-il enjoint au Grand-prêtre d’apporter en premier lieu un taureau comme expiatoire et de confesser en sa présence ses fautes et celles de sa femme. Il est dit à ce propos : « C’est avec ceci qu’Aaron viendra au sanctuaire : avec un jeune taureau comme expiatoire… » (Lv 16, 3). À la différence des autres sacrifices de Kipour, qui sont achetés sur la caisse de la collectivité, le taureau expiatoire et le bélier offert en holocauste, qui lui est associé, devaient être achetés par le Grand-prêtre avec son propre argent, afin que son expiation personnelle fût complète ; ainsi qu’il est dit : « Aaron offrira le taureau expiatoire qui est à lui, et fera expiation sur lui et sur sa famille » (ibid. 6).


[j]. Offrande de douze pains, offerts pour moitié le matin, pour moitié à l’approche du soir, et qui se consumaient intégralement sur l’autel.

15. Confession faite sur le taureau ; son immolation et l’offrande de l’encens

Le Cohen gadol plaçait son taureau entre le vestibule (oulam) et l’autel, la tête du côté sud, face tournée vers le sanctuaire, qui était du côté ouest. Le Grand-prêtre se tenait  à l’est du taureau, la face tournée vers le sanctuaire, et il imposait ses deux mains sur la tête du taureau ; par cette imposition, c’est comme s’il eût dit : « Ce qui aurait dû m’être fait en punition de mes fautes, que cela soit fait à ce taureau, que j’ai apporté pour expiation de mes péchés. »

La confession (Vidouï) de Yom Kipour était particulière et différait de toutes les autres, car le Grand-prêtre y mentionnait trois fois le nom ineffable de Dieu (le chem hameforach), que l’homme n’est pas autorisé à dire. Certains estiment qu’il s’agit du Tétragramme, comme on le voit écrit dans la Torah ; d’autres pensent qu’il s’agit du nom de quarante-deux lettres (Rav Haï Gaon). Chaque fois que le Grand-prêtre citait le nom ineffable, les Cohanim et le peuple, qui se tenaient dans la cour (la ‘azara), s’inclinaient et se prosternaient, disant : Baroukh Chem kevod malkhouto lé’olam va’ed (« béni soit le nom de Celui dont le règne est éternel »). Il y avait là une expression profonde d’annulation de l’égo, et de repentir. Telle était le version de la confession :

De grâce, ô Dieu [là était prononcé le nom ineffable] ! J’ai failli, j’ai fauté, j’ai péché devant Toi, moi et ma maison [c’est-à-dire « ma femme »] ; de grâce, par Dieu, absous donc les manquements, les fautes et les péchés que j’ai commis devant Toi, moi et ma maison, comme il est écrit dans la Torah de Moïse, ton serviteur : « Car en ce jour, il sera fait expiation pour vous, afin de vous purifier de toutes vos fautes ; devant Dieu, vous vous purifierez » (Lv 16, 30).

Après avoir confessé ses propres fautes, le Grand-prêtre pouvait procéder à l’expiation d’Israël. D’abord, il s’approchait des deux boucs sur lesquels on devait tirer au sort : l’un, désigné  pour Dieu, afin d’expier les transgressions d’Israël à l’encontre du Temple ; le second, désigné pour Azazel, afin d’expier toutes les autres transgressions. Lorsque le Grand-prêtre proclamait, au sujet du bouc que le sort avait désigné pour l’Éternel, qu’il était un « expiatoire pour Dieu », il prononçait le nom ineffable, et les prêtres et le peuple qui se tenaient dans la cour s’inclinaient et se prosternaient, disant : « Béni soit le nom de Celui dont le règne est éternel. » Sur le cou du bouc destiné à l’Éternel, de même que sur les cornes du bouc destiné à Azazel, on attachait une bandelette d’un rouge éclatant (tirant sur l’orangé).

Mais il n’était pas encore temps, pour le Grand-prêtre, de poursuivre le service par le rite d’expiation d’Israël, car il n’avait pas encore apporté l’expiation à ses frères, les prêtres, lesquels sont responsables des affaires du Temple, au sein d’Israël. Pour ce faire, il revenait à son taureau, imposait sur lui ses deux mains, et se confessait pour ses frères les Cohanim :

De grâce, ô Dieu ! j’ai failli, fauté, péché devant Toi, moi, ma maison et les enfants d’Aaron, ton peuple saint. De grâce, par Dieu, expie donc les manquements, les fautes et les péchés que j’ai commis devant Toi, moi, ma maison, et les enfants d’Aaron, ton peuple saint, comme il est écrit dans la Torah de Moïse, ton serviteur : « Car en ce jour, il sera fait expiation pour vous, afin de vous purifier de toutes vos fautes ; devant Dieu, vous vous purifierez. »

Puis il immolait le taureau, et recueillait son sang dans un ustensile ; mais il n’était pas encore autorisé à entrer dans le saint des saints pour en faire l’aspersion, car il n’y avait pas encore fait fumer l’encens particulier à Yom Kipour, encens qui exprime le lien d’alliance unissant Israël à l’Éternel. D’un autre côté, il ne pouvait pas non plus entrer avec l’encens dans le saint des saints, avant d’avoir immolé le taureau sur lequel il avait confessé ses fautes et celles de ses frères, les Cohanim. Par conséquent, après l’abattage du taureau, il remettait le sang à un autre prêtre, entrait dans le saint pour y offrir l’encens, comme il est dit :

Il abattra le taureau expiatoire qui est pour lui. Il remplira un plein encensoir de charbons ardents, pris sur l’autel qui est devant l’Éternel, et de pleines poignées d’encens aromatique finement pilé, qu’il apportera au-delà du voile [dans le saint des saints]. Il placera l’encens sur le feu, devant l’Éternel, et la fumée de l’encens recouvrira le propitiatoire qui est sur l’arche du témoignage, de manière qu’il [Aaron] ne meure pas (ibid. 11-13).

Après que la fumée de l’encens eut recouvert le propitiatoire de l’arche (comme il a été expliqué plus haut, § 7-8), le Grand-prêtre sortait du saint des saints et faisait dans le sanctuaire une courte prière. Il ne devait pas s’étendre dans sa prière, afin de ne pas effrayer le peuple, qui pouvait craindre qu’il ne fût mort dans le saint des saints.

Il prenait du sang du taureau, revenait au saint des saints, se tenait entre les deux barres de l’arche, et aspergeait le sang face au propitiatoire couvrant l’arche, une fois vers le haut, sept fois vers le bas, comme il est dit :

Il prendra du sang du taureau, et de son doigt l’aspergera en haut du propitiatoire, vers l’orient ; et devant le propitiatoire, de son doigt, il aspergera sept fois de ce sang (verset 14).

Il devait compter ses aspersions (comme nous l’avons vu en § 11). À la fin de la période du premier Temple, l’arche fut disparut ; depuis, et pendant toute la période du deuxième Temple, le Grand-prêtre faisait l’aspersion dans la direction du rocher de la Fondation (éven hachtia).

Bien qu’il n’eût pas encore achevé le rituel d’aspersion du sang du taureau, pour sa propre expiation et celle de ses frères les prêtres, il déposait dans le sanctuaire la coupe contenant ce sang, sur un socle d’or, puis sortait du sanctuaire afin d’immoler le bouc destiné à l’Éternel, en faveur d’Israël ; car l’expiation des Cohanim et celle d’Israël doivent être associées. En effet, toute l’expiation des Cohanim est en faveur d’Israël, et il ne se conçoit pas que les Cohanim achèvent leur expiation sans y joindre celle d’Israël.

16. Immolation du bouc et fin des aspersions

Le Grand-prêtre sortait du sanctuaire et égorgeait le bouc que le sort avait désigné pour l’Éternel. Il recueillait son sang et entrait dans le saint des saints ; il se tenait entre les deux barres de l’arche, et faisait une aspersion vers le haut, sept vers le bas, comme il est dit :

Il immolera le bouc expiatoire qui est pour le peuple, et en portera le sang au-delà du voile ; il procédera à l’égard de son sang comme il l’aura fait pour le sang du taureau, et il l’aspergera au-dessus du propitiatoire et devant le propitiatoire. Il fera expiation sur le sanctuaire, pour les impuretés des enfants d’Israël et leurs péchés, selon toutes leurs fautes… (ibid. 15-16).

Il sortait du saint des saints, déposait le sang du bouc, prenait celui du taureau, et en faisait l’aspersion sur le voile séparant le sanctuaire du saint des saints : une aspersion vers le haut, sept vers le bas. Il reprenait le sang du bouc et en faisait l’aspersion sur le voile : une vers le haut, sept vers le bas. Par cela, il accomplissait ce qui est prescrit :

Ainsi procédera-t-il pour la tente d’assignation qui réside avec eux, parmi leurs impuretés (ibid. 16).

Après cela, il prenait le sang du bouc et celui du taureau et les mêlait ensemble. Il commençait à passer de l’avant du voile à l’autel d’or, qui se trouvait à l’intérieur du sanctuaire. Il aspergeait de ce sang mêlé les quatre cornes de l’autel ; puis il remuait les braises et la cendre qui étaient sur l’autel, jusqu’à ce que la face d’or apparût. Alors, il l’aspergeait de ce sang, sept fois, comme il est dit :

Il se rendra vers l’autel qui est devant l’Éternel, et il fera expiation sur lui ; il prendra du sang du taureau et du sang du bouc, et en mettra sur les cornes de l’autel, tout autour. De son doigt, il l’aspergera de ce sang, sept fois, et le purifiera, et le sanctifiera, à cause des impuretés des enfants d’Israël (versets 18-19).

Après avoir achevé l’expiation du sanctuaire, le Grand-prêtre abordait le cérémonial d’expiation des autres fautes. Il allait auprès du bouc émissaire, imposait ses deux mains sur lui, et se confessait au nom de tout Israël, comme il est dit :

Lorsqu’il aura achevé de faire l’expiation pour le sanctuaire, pour la tente d’assignation et pour l’autel, il fera approcher le bouc vivant [celui qui est resté vivant]. Aaron imposera ses deux mains sur la tête du bouc vivant, et il confessera sur lui toutes les fautes des enfants d’Israël et tous leurs péchés, selon tous leurs manquements ; il les mettra sur la tête du bouc… (versets 20-21).

La confession était ainsi libellée :

De grâce, ô Éternel, il a failli, fauté et péché devant Toi, ton peuple, la maison d’Israël. De grâce, par l’Éternel, absous donc les manquements, les fautes et les péchés qu’a commis devant Toi ton peuple, la maison d’Israël, comme il est écrit dans la Torah de Moïse, ton serviteur : « Car en ce jour, il sera fait expiation pour vous, afin de vous purifier de toutes vos fautes ; devant Dieu, vous vous purifierez. »

Comme nous l’avons vu, chaque fois que les Cohanim et le peuple entendaient le nom ineffable de Dieu, ils s’inclinaient et se prosternaient, disant : « Béni soit le nom de Celui dont le règne est éternel. » Ils se prosternaient donc, durant les trois confessions prises ensemble, neuf fois ; si l’on y ajoute la prosternation faite quand le Cohen gadol mentionnait le nom divin, au moment où le sort désignait le bouc destiné à l’Éternel, cela faisait dix prosternations.

Après cela, le Grand-prêtre envoyait le bouc dans le désert, par le biais d’un émissaire, comme il est dit :

Il le renverra par le biais d’un homme préparé à cela, au désert. Le bouc portera sur lui toutes leurs iniquités en une terre inhabitée ; et l’on renverra le bouc dans le désert (ibid. 21-22).

L’émissaire marchait, dans le désert, pendant environ douze milles (à peu près onze kilomètres). Il partageait en deux parties la bandelette cramoisie qui était sur la tête du bouc : l’une restait attachée à ses cornes, et il attachait la seconde à un rocher. Alors, il précipitait le bouc depuis la falaise ; avant même que le bouc ne fût arrivé à mi-hauteur du mont, ses membres étaient déchiquetés (Yoma 67a).

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