Les Jours redoutables

10. Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot

La ‘Amida de Moussaf est la plus importante des prières de Roch hachana, parce qu’on y sonne du chofar, et que les sages y ont ajouté trois bénédictions particulières : Malkhouyot (relative à la royauté divine), Zikhronot (relative au souvenir) et Chofarot (relative au chofar) ; ces bénédictions expriment la thématique particulière à ce jour. Par elles, nous bénéficions d’une bonne année, comme le dit le Saint béni soit-Il à Israël :

Dites devant Moi, à Roch hachana, [des versets relatifs à la] royauté, [au] souvenir et [au] chofar. À la royauté : afin que vous m’intronisiez sur vous comme Roi ; au souvenir : afin que votre souvenir se rappelle à Moi pour le bien ; par quoi ? par le chofar (Roch Hachana 16a).

Ces trois bénédictions forment un seul bloc ; celui qui ne saurait pas réciter l’une d’entre elles ne récitera pas les autres, qu’il connaîtrait. L’ordre dans lequel elles sont rédigées est, lui aussi, déterminant ; si on les a récitées dans un autre ordre, on n’est pas quitte (Choul’han ‘Aroukh 593, 1, Michna Beroura 5).

Nos sages ont institué, dans chacune de ces bénédictions, la mention de dix versets liés au thème de celles-ci, en référence aux dix paroles par lesquelles le monde fut créé, ainsi qu’aux dix commandements, et aux dix louanges que porte le dernier des cent cinquante psaumes. Chaque bénédiction commence par trois versets de la Torah, puis sont cités trois versets des Hagiographes, puis trois autres des Prophètes, et l’on termine par un verset de la Torah. On ne récite pas de versets mentionnant les catastrophes annoncées à Israël, ni de versets évoquant le souvenir de particuliers, même s’ils abondent dans le sens du bien (Roch Hachana 32a-b, Choul’han ‘Aroukh 591, 4-5)[8].

La première bénédiction inclut la mention de la sainteté du jour, au côté des passages relatifs à la royauté divine. Le texte commence suivant la rédaction commune à toutes les fêtes (Ata ve’hartanou, « Tu nous as choisis… »). Puis on récite ‘Alénou léchabéa’h : dans ce texte, nous louons Dieu et lui exprimons notre reconnaissance pour avoir eu le mérite de reconnaître sa royauté, et nous prions pour que tous les peuples accueillent, eux aussi, le joug de sa royauté. On continue de réciter des versets relatifs à la royauté, et l’on termine par le verset Chéma Israël : bien que celui-ci ne mentionne pas explicitement la royauté divine, on reçoit, en récitant ce verset, le joug de cette royauté. En conclusion de la bénédiction, on prie pour que l’Éternel règne, dans sa gloire, sur l’univers entier, et qu’Il nous rapproche de son service, de sa Torah et de ses mitsvot : « Car tu es Dieu de vérité, et ta parole est vérité et se maintient à tout jamais. Béni sois-Tu, Éternel, Roi de toute la terre, qui sanctifies Israël et le jour du souvenir. »

Dans la deuxième bénédiction, celle du souvenir, nous disons que l’Éternel se souvient de son monde, de toutes ses créatures et de toutes leurs actions, particulièrement en ce jour, « commencement de tes œuvres, souvenir du premier jour », où Dieu juge son monde. Nous prions pour que Dieu se souvienne de nous pour le bien, qu’Il nous recense pour le salut ; et nous concluons : « Souviens-toi aujourd’hui, dans ta miséricorde, de la ligature d’Isaac en faveur de sa descendance. Béni sois-Tu, Éternel, qui te souviens de l’alliance. »

Dans la troisième bénédiction, celle du chofar, nous décrivons la révélation divine qui nous fut accordée au mont Sinaï, au son du chofar, et nous prions pour que Dieu se manifeste et se révèle à nous une nouvelle fois, au son du chofar annonçant la Délivrance. « Sonne du grand chofar, pour notre libération, et dresse l’étendard pour rassembler nos exilés ; rapproche nos dispersés d’entre les peuples, et réunis nos disséminés des confins de la terre ; amène-nous à Sion, ta ville, dans l’allégresse, à Jérusalem ton sanctuaire dans une joie éternelle. (…) Car Tu entends le son du chofar, écoutes la sonnerie tremblante, et nul ne saurait se comparer à Toi. Béni sois-Tu, Éternel, qui entends la fanfare de ton peuple Israël, dans ta miséricorde. »

Si l’on se trouve en un endroit où il n’y a pas de minyan, il est juste de ne pas réciter la ‘Amida de Moussaf ni de sonner du chofar dans les trois premières heures du jour, car alors la mesure de stricte justice (din) est encore tendue, et, faute de l’aide de l’assemblée, il est à craindre que le jugement ne soit pas favorable. Mais au sein d’une assemblée de dix Juifs, il est permis de faire ces prières, même durant les trois premières heures, car la prière publique est agréée ; et même quand on n’applique pas comme il le faudrait son esprit aux mots prononcés, le Saint béni soit-Il ne dédaigne pas la prière communautaire (Choul’han ‘Aroukh 591, 8 ; Michna Beroura 15 ; La Prière d’Israël 2, 1-2).


[8]. Il est permis d’ajouter aux dix versets ; a posteriori, si l’on n’a dit que trois versets – en regard des parties de la Bible : Pentateuque, Prophètes et Hagiographes, et en regard des trois ordres de personnes au sein du peuple juif : Cohen, Lévi et Israël –, on est quitte. A posteriori, si l’on n’a cité aucun verset, et que l’on se soit contenté de dire que « c’est ce qui est écrit dans la Torah, les Prophètes et les Hagiographes », on est quitte (Roch Hachana 32a, Choul’han ‘Aroukh 591, 4, Michna Beroura 11). Réciter ces bénédictions est une institution rabbinique ; aussi, la sonnerie du chofar précède ces bénédictions ; cf. ci-après, chap. 4, note 6.

11. Sur la prière et la lecture de la Torah

On ne récite pas le Vidouï (confession des fautes), à Roch hachana, que ce soit dans sa forme collective ou dans sa forme individuelle. En effet, le propos de Roch hachana est de faire régner Dieu sur nous et sur le monde entier, et de demander que l’année nouvelle soit bonne, afin que nous puissions y révéler la gloire de la royauté divine ; or il ne convient pas de se livrer, en un tel jour, à son propre amendement individuel, auquel seront voués les jours de téchouva qui suivent. Il ne convient pas non plus de mentionner des fautes qui portent atteinte à la gloire de la royauté divine. Il est même à craindre que la mention de ces fautes ne renforce les arguments des accusateurs qui se dressent contre nous (Zohar II 186a ; selon Rabbi Isaac Louria, il est permis de se confesser en silence entre les sonneries du chofar ; cf. ci-après, chap. 4 § 7).

Certains pensent que, de même que l’on ne récite pas le Vidouï à Roch hachana, on doit omettre, dans la prière Avinou, Malkénou (« notre Père, notre Roi ») que l’on récite ce jour-là, les phrases rappelant la faute ; par exemple : « Notre Père, notre Roi, nous avons péché devant Toi » (Beit Yossef, Rabbi Isaac Louria). D’autres ont l’usage de réciter, à Roch hachana, tout le texte d’Avinou, Malkénou, car les phrases rappelant la faute ne sont pas considérées comme une confession, mais comme l’indication d’une conjoncture générale (Rama 584, 1 ; Michna Beroura 3).

Bien que Roch hachana soit un jour de fête, où il eût convenu de réciter le Hallel, on ne le récite pas, car c’est un jour de jugement (comme nous l’avons vu au paragraphe 4).

De nombreux changements distinguent la ‘Amida des jours redoutables ; le principal est que, dans la formule finale de la troisième bénédiction, on dit Hamélekh haqadoch (le Roi saint) au lieu de Ha-E.l haqadoch (le Dieu saint). Si l’on s’est trompé, et que l’on ait dit Ha-E.l haqadoch, on n’est pas quitte, comme nous le verrons ci-après (chap. 5 § 2). Les règles et coutumes applicables à l’officiant ont été exposées ci-dessus (chap. 2 § 10), ainsi que la coutume de se lever quand on ouvre l’arche sainte, et le fait que, de nos jours, il n’y a pas lieu de réciter la ‘Amida à haute voix (ibid. § 11).

Comme à chaque fête, on appelle cinq personnes lors de la lecture de la Torah (cf. Pniné Halakha – Mo’adim, Fêtes et célébrations juives II 2, 8). On lit le passage : « Or l’Éternel se souvient de Sarah » (Gn 21, 1-34), et, comme haftara, l’histoire de Hanna qui enfanta Samuel (Choul’han ‘Aroukh 584, 2). En effet, à Roch hachana, trois femmes justes furent exaucées : notre mère Sarah, qui enfanta Isaac notre père, notre mère Rachel, qui donna naissance à Joseph le juste, et Hanna, qui enfanta le prophète Samuel (Roch Hachana 10b). Leur stérilité provenait du fait que, de par leur très haut degré de piété, elles devaient engendrer des âmes porteuses d’un tel renouvellement qu’elles ne pouvaient naître de manière uniquement naturelle ; ce n’est que grâce au renouvellement propre à Roch hachana qu’elles furent exaucées.

Cependant, la paracha porte majoritairement sur l’expulsion d’Ismaël, et l’on peut apprendre de cela deux principes : 1) malgré la douleur que cela entraînait, il n’y avait pas de faille morale dans le fait de renvoyer Ismaël ; s’il y avait eu une telle faille, les sages n’auraient pas institué la lecture de cette paracha le jour de Roch hachana, afin de ne pas ajouter d’accusation contre nous-mêmes ; 2) c’est précisément à Roch hachana, jour du jugement, qu’il y a lieu de distinguer entre Israël et les autres peuples, qui ne sont pas prêts à endosser la grande et redoutable destinée consistant à amender le monde par la royauté du Tout-Puissant – de même qu’il fut indispensable de distinguer entre Ismaël et Israël.

Le second jour, on lit le passage de la ligature d’Isaac (Gn 22, 1-24), afin de rappeler le mérite des pères. La haftara consiste dans une prophétie de consolation tirée du livre de Jérémie (31, 1-19). Les deux jours, on a coutume de sortir un second rouleau, et d’y lire le passage correspondant aux sacrifices du jour ; c’est à l’occasion de la lecture de ce second rouleau que l’on appelle le lecteur de la haftara (le maftir) (Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm 488, 2).

12. Aliments servis en tant que bons présages

Tout ce que nous faisons à Roch hachana possède une signification particulière, qui vaut pour toute l’année à venir : puisqu’il s’agit du premier jour de l’année, où est tranché le sort de chaque être vivant, tout acte, toute parole ou action survenant ce jour-là exerce une influence sur l’ensemble de l’année. C’est ce que nos sages expriment quand ils disent que le signe est une parole [c’est-à-dire une expression valide] (siman milta hou) (Keritout 6a) ; en d’autres termes, les signes ont un sens, et si l’on fait une chose en signe de bénédiction au début de l’année, il faut espérer que la bénédiction se poursuivra tout au long de l’année.

D’après cela, la Guémara (ibid.) suggère de consommer, au repas de Roch hachana, des aliments exprimant un bon présage (siman, plur. simanim) pour toute l’année : du poireau (karti) pour que nos ennemis soient retranchés (yikaretou) ; du fenugrec ou du sésame (roubia) pour que nos mérites se multiplient (yirbou) ; des dattes (tamar) pour que nos ennemis et nos fautes disparaissent (yitamou), de la betterave, des blettes ou des épinards (séleq) pour que nos ennemis soient écartés (yistalqou), de la courge en signe de bénédiction, car ce fruit est énorme et croît vite[c] (Choul’han ‘Aroukh 583, 1).

De même, on a coutume de manger de la pomme trempée dans du miel ou dans de l’eau sucrée, signe d’une bonne et douce année ; et de la grenade, parce qu’elle contient de nombreuses graines, signe que nos mérites se multiplieront (Rama ad loc.). On a aussi coutume de manger de la tête d’agneau, ou de la tête de poisson, afin que nous soyons à la tête, et non à la queue des nations (Choul’han ‘Aroukh 583, 2)[9]. De même, on a coutume de manger du poisson, pour que nous fructifions comme les poissons, sans que le mauvais œil ne règne sur nous.

D’après ce même principe, des coutumes supplémentaires sont apparues au cours des générations, selon lesquelles on mange tel ou tel aliment présentant, dans son nom, sa forme ou son goût, un bon signe pour l’année nouvelle, chaque communauté selon sa langue et les aliments dont elle disposait. Il est bon de poursuivre l’observance de ces traditions.

Ces simanim (aliments-signes), on ne se contente pas de les consommer : les Richonim enseignent qu’il est bon de réciter, à l’occasion de la consommation de chacun d’entre eux, une courte prière. Par exemple, pour la datte (tamar), on dira : « Que telle soit ta volonté, Éternel, notre Dieu et Dieu de nos pères, que de faire disparaître nos ennemis (ché-yitamou sonénou). » Le Chné Lou’hot Habrit explique que l’essentiel est de s’éveiller, par le biais de la consommation des simanim, au repentir et à la prière. En effet, toutes les prières de Roch hachana exercent une grande influence sur tout ce qui aura lieu pendant l’année nouvelle ; aussi convient-il que la nourriture elle-même soit imprégnée de prière pour l’année nouvelle, afin qu’elle soit bonne et douce (Roch Hachana, Ner Mitsva 21).

Nombreux sont ceux qui ont coutume, à Roch hachana, de tremper dans du miel, ou dans un liquide sucré, le pain sur lequel on récite la bénédiction Hamotsi (la ‘hala, pain tressé) : présage d’une bonne et douce année (Michna Beroura 583, 3). Certains ont coutume de tremper la ‘hala, avant cela, dans un peu de sel, de manière que le goût du sucré ne l’altère pas. D’autres se contentent, tandis qu’ils trempent la ‘hala dans le miel ou le liquide sucré, de laisser le sel posé sur la table, sans y tremper la ‘hala. Certains ont coutume de continuer de tremper le pain dans le miel tout au long des Chabbats et des jours de fête, jusqu’à Sim’hat Torah. D’autres, en revanche, n’ont pas coutume de tremper la ‘hala dans le miel, même à Roch hachana. Toutes les coutumes sont valides, et il convient que chacun poursuive la tradition de ses ancêtres.

On a coutume de consommer de bons et délectables mets, à Roch hachana, comme bon signe pour toute l’année. Nombreux sont ceux qui s’abstiennent de cuisiner des aliments acides, amers ou très salés, ou des fruits qui n’ont pas encore mûri (Rama 583, 1, Michna Beroura 5). Telle est la coutume de tous les Ashkénazes, et de nombreux Séfarades (‘Hida, Rabbi ‘Haïm Falagi, Ben Ich ‘Haï, Kaf Ha’haïm 18). S’agissant des aliments piquants, de nombreuses personnes ont l’usage de ne pas s’en abstenir. Certains Ashkénazes ont l’usage de prendre de nombreux aliments doux, si bien que, nécessairement, ils ne mangent pas d’aliments piquants ou poivrés.

Les Ashkénazes ont également coutume de ne pas manger de noix à Roch hachana, car ce fruit porte quelque allusion à la faute[d] ; de plus, la noix favorise la toux et la formation de mucus dans la gorge, de sorte qu’elle risque de gêner la prière (Rama 583, 2).


[c]. La courge est appelée, en judéo-arabe, qra’. Ce mot peut être épelé קרע (« déchirer ») ou קרא (« appeler », « énoncer »). Dans le deux cas, le signe est favorable : que soient déchirés les mauvais décrets, et que nos mérites soient énoncés devant Dieu.

[9]. L’intention essentielle, quant à la consommation de tête d’agneau ou de poisson, est que le peuple d’Israël soit à la tête et non à la queue des nations ; mais certains ont coutume de penser aussi, en cette occasion, à l’individu ; on fait donc en sorte que le chef de famille goûte de ce mets. L’intention n’est pas que chacun doive aspirer à diriger tous ses semblables, mais que chacun révèle la qualité qui lui soit particulière, dans laquelle il est potentiellement en tête. Certains ont coutume de manger spécialement de la tête d’agneau, afin de rappeler le mérite de la ligature d’Isaac, où le patriarche fut remplacé par un bélier.

Si l’on ne veut pas manger l’un des aliments-signes – parce que l’on n’en aime pas le goût, par exemple –, on se contentera de le regarder, car certains commentateurs estiment (en se fondant sur les termes de la Guémara Horayot 12a) que la pratique essentielle, quant à la coutume des signes (simanim), tient dans le regard et non dans la consommation.

[d]. Le mot égoz (noix) a même valeur numérique que le mot ‘het (faute), comme le note le Rama.

13. Dans quel ordre on consomme ces aliments

Certains ont l’usage de manger les aliments-signes (les simanim) avant que de consommer le pain. Mais c’est un usage plus exact que de commencer par le pain ; en effet, selon la halakha, étant donnée l’importance du pain, il y a lieu de lui donner la préséance sur les autres aliments (Pniné Halakha, Bénédictions 9, 8). De plus, si l’on mangeait les simanim avant le pain, un doute apparaîtrait quant au fait de savoir s’il faut réciter la bénédiction finale après leur consommation (ibid. 3, 12).

Par conséquent, après le Qidouch, on se lave les mains rituellement (nétilat yadaïm), on fait la bénédiction sur le pain, que de nombreuses personnes trempent dans le miel ou dans un liquide sucré (comme nous l’avons vu au paragraphe précédent). Après cela, on consomme les simanim. Il faut réciter la bénédiction Boré peri ha’ets sur l’un des fruits de l’arbre, et s’acquitter par cela de ladite bénédiction pour les autres fruits de l’arbre. En effet, la bénédiction sur le pain, Hamotsi, inclut l’ensemble des aliments destinés à rassasier, et qui sont servis « dans le cadre du repas » (baïm mé’hamat ha-sé’ouda). Les fruits que l’on sert en tant que simanim, en revanche, sont destinés à apporter du goût, et ne sont pas considérés comme partie intégrante du repas ; aussi requièrent-ils une bénédiction (ibid. 3, 7). Bien que la pomme trempée dans le miel soit le plus connu des simanim, il est plus juste de prononcer la bénédiction sur la datte et d’inclure, par cette bénédiction, tous les autres fruits de l’arbre ; car la datte fait partie des sept espèces végétales par lesquelles est louée la terre d’Israël. De plus, parmi ces sept espèces, elle est plus importante que la grenade, car le verset la cite plus près du mot erets (terre) (ibid. 9, 9-10). Après la bénédiction sur la datte, il faut en manger un peu ; c’est seulement après cela que l’on dira la courte prière (Yehi ratson) que l’on a l’habitude de réciter à cette occasion ; cela, afin de ne pas s’interrompre entre la bénédiction et la consommation.

Quant aux simanim dont la bénédiction est Boré peri haadama (« qui crées le fruit de la terre »), il n’est pas nécessaire de prononcer cette bénédiction. En effet, ils sont cuits, à la manière des salades servies lors d’un repas festif, qui sont destinées à rassasier ; ces simanim-là sont donc considérés comme faisant partie du repas (baïm mé’hamat ha-sé’ouda), et sont inclus dans la bénédiction Hamotsi.

On a l’usage, avant tout siman, de réciter la prière (Yehi ratson…) qui lui correspond. On peut confier la récitation de cette prière à l’un des convives, qui la dira à voix haute ; tous répondront amen, puis mangeront.

Certains ont coutume de ne consommer les simanim que le premier soir (Bené Yissakhar, Tichri 2, 11) ; mais la majorité des communautés juives observent la coutume des simanim les deux soirs (‘Hida, Elya Rabba, ‘Hatam Sofer). Certains donnent à la coutume un supplément de perfection (hidour) en l’observant aussi lors des repas du jour (Maté Ephraïm 597, 4 ; Ben Ich ‘Haï, Nitsavim, première année 8).

14. Simanim : autres coutumes

Puisque tout ce que l’on fait à Roch hachana constitue un signe pour toute l’année, il convient à chacun de se réjouir et d’avoir confiance en Dieu, qui agréera sa téchouva ; on intensifiera ses sentiments d’affection envers ses amis, et on les jugera en faisant prévaloir leurs mérites. On ne se mettra pas en colère, on ne se disputera pas avec ses camarades, et l’on n’en dira pas de mal ; car en dehors de l’interdit que l’on commettrait en cela, cela constituerait un mauvais signe pour l’année nouvelle (cf. Michna Beroura 583, 5).

Puisque Roch hachana est une fête, c’est une mitsva que de s’y réjouir et de réjouir autrui ; aussi, lors des repas de la fête, chacun s’efforcera de réjouir tous les membres de sa famille et les autres convives ; cela constituera un bon présage (siman tov) pour toute l’année (cf. ci-dessus, note 4 ; Zemanim – Fêtes et solennités juives I 1, 11).

Il est juste de ne pas trop dormir, à Roch hachana, car nos sages ont enseigné que quiconque dort à Roch hachana, son mazal (son étoile, sa chance, sa destinée) est assoupi toute l’année[e] (Talmud de Jérusalem). Les offices de prière et les repas mis à part, il conviendra plutôt d’étudier longtemps la Torah. Toutefois, il est préférable de ne pas limiter le sommeil à l’excès, afin de pouvoir se concentrer dans sa prière et son étude. Aussi, celui qui ressentirait de la fatigue après le repas fera bien de dormir, afin de pouvoir étudier comme il convient. Certains grands maîtres avaient l’usage de dormir à Roch hachana, comme à chaque fête (Maharam de Rothenburg). Quoi qu’il en soit, comme nous l’avons vu (§ 4), il faut bien veiller à consacrer la moitié de la journée à l’Éternel, l’essentiel étant que le temps cumulé de la prière et de l’étude atteigne à tout le moins neuf heures.

Certains ont coutume de ne pas dormir de la journée – usage propice à l’éveil et à la vitalité pendant toute l’année nouvelle (Rama 583, 2, Maté Ephraïm). Mais celui qui resterait assis à ne rien faire, quoiqu’il soit éveillé, est considéré comme dormant (Michna Beroura 9). La majorité des A’haronim écrivent, se fondant sur Rabbi Isaac Louria, que le soin essentiel est mis à ne pas dormir avant ‘hatsot hayom, le midi solaire (Choul’han ‘Aroukh Harav 8, ‘Aroukh Hachoul’han 4, Michna Beroura 9, Qitsour Choul’han ‘Aroukh 129, 20). Selon cette coutume, il est bon de se lever à l’aube (‘alot hacha’har), ou tout au moins au premier rayon du soleil (hanets ha’hama). En tout état de cause, s’il est à craindre que, en se levant avant le premier rayon de soleil, on peine à se concentrer dans la prière ou à être assidu, ensuite, dans son étude, on sera autorisé à se lever peu avant l’heure de l’office. En effet, cet usage propice (ségoula) n’importe pas autant que la mitsva de l’étude toranique, ni que la kavana, application de l’esprit dans la prière.

Après la prière du soir (‘Arvit), chacun salue son prochain en le bénissant : Léchana tova tikatev vé-té’hatem (« sois inscrit et scellé pour une bonne année ») ; et pour une femme : Léchana tova tikatvi vé-té’hatmi (« sois inscrite et scellée… »). Certains disent que, puisque le sceau est apposé à Kipour, il faut seulement dire à Roch hachana : Léchana tova tikatev (ou tikatvi) (Gaon de Vilna). Le lendemain aussi, on se salue de cette façon ; mais après le midi solaire, on ne s’adresse plus cette bénédiction, car le moment de l’inscription est essentiellement passé, et l’on peut se contenter de se dire Chana tova (« bonne année »). Si celui qui vous bénit ajoute d’autres bénédictions, il convient de lui répondre dans les mêmes termes. On peut aussi lui répondre, simplement : Vékhen lémor (littéralement « ainsi soit-il dit »), c’est-à-dire : « que toutes les bénédictions que tu m’as adressées s’appliquent également à toi, honorable ami. »

Le second jour, certains ne se bénissent pas de la sorte, car le jugement a essentiellement lieu le premier jour. Mais dans leur majorité, les gens le font, car en ce jour aussi, il y a inscription du jugement (Michna Beroura 582, 25). Toutes les coutumes sont recevables.


[e]. Cet enseignement vise essentiellement le sommeil diurne.

15. Tachlikh

Dans de nombreuses communautés, on a coutume d’aller à un point d’eau, le premier jour de Roch hachana – la mer, un fleuve, une source – et de dire certains versets, parmi lesquels : « Il nous prendra de nouveau en miséricorde, recouvrira nos iniquités ; et Tu jetteras dans les profondeurs de la mer toutes leurs fautes » (Michée 7, 19). C’est pourquoi cette prière se nomme Tachlikh (« Tu jetteras »). Au fil des générations, nombreux furent ceux qui ajoutèrent à cette occasion d’autres passages et prières.

La coutume de Tachlikh a son origine à l’époque des Richonim d’Allemagne. Au cours des générations, elle devint courante, parmi les Séfarades également, en particulier après que Rabbi Isaac Louria (le saint Ari) en eut fait l’éloge. Certes, il n’y a pas d’obligation à l’accomplir ; et l’on voit, en pratique, que certains grands maîtres d’Israël n’en avaient point l’usage (le Gaon de Vilna, Rabbi Haïm de Volozhin) ; c’est aussi le cas des originaires du Yémen, dans leur majorité. Certains ‘Hassidim l’accomplissent un des jours profanes qui suivent Roch hachana.

Quant à la signification de cette coutume : certains auteurs écrivent qu’elle vise à rappeler l’esprit de sacrifice de nos pères Abraham et Isaac, qui, au moment où ils cheminaient vers le lieu de la ligature, passèrent près d’un ruisseau ; soudain, le ruisseau submergea leur chemin, afin de les mettre à l’épreuve (Maharil). De plus, l’eau fait référence à la pureté et à la vie ; quand une personne s’éveille à la téchouva, elle est purifiée et se nettoie, ses péchés sont annulés dans des eaux pures. En outre, cette cérémonie exprime la prière que l’Éternel rejette dans les profondeurs de la mer les accusateurs, qui ont été créés par le biais de nos fautes, de manière qu’il n’en subsiste plus de souvenir. Certains ont l’usage de secouer les bords de leur vêtement, quand ils récitent le mot Tachlikh, pour faire allusion au fait que les fautes sont extérieures à nous : ce n’est qu’à la suite d’influences étrangères que nous y avons succombé, mais en vérité, nous nous dégageons de cela.

Dans leur majorité, les femmes n’ont pas coutume d’aller à Tachlikh ; certains auteurs disent qu’il est même préférable qu’elles ne le fassent point, afin qu’il ne s’ensuive pas de promiscuité entre hommes et femmes au moment d’aller à un point d’eau (Elef Hamaguen 598, 7). Quoi qu’il en soit, les femmes qui voudraient pratiquer cette coutume y sont autorisées.

Quand il n’est pas possible d’aller à un point d’eau, on a l’usage de réciter Tachlikh près d’un puits, ou du bain rituel (miqvé). S’il est possible de voir la mer ou le ruisseau de loin, certains ont l’usage de réciter le texte ainsi.

16. Quand Roch hachana a lieu le Chabbat

Quand Roch hachana a lieu le Chabbat, on ne sonne pas du chofar, comme nous l’expliquerons ci-après (chap. 4 § 9-10).

Certains disent que, dans un tel cas, on ne récite pas Avinou, Malkénou (« notre Père, notre Roi »), car il ne convient pas, le Chabbat, de prier pour les besoins des jours profanes, d’autant que le texte fut d’abord institué pour accompagner le jeûne (Rabbénou Nissim, Rama 584, 1, Maharits). Tel est l’usage ashkénaze, yéménite, et d’une partie du monde séfarade. D’autres ont l’usage de réciter ce texte y compris le Chabbat (Tachbets) ; et puisque Rabbi Isaac Louria lui-même approuva cela, tel est l’usage le plus courant parmi les communautés séfarades (cf. ci-après, chap. 5 § 6, ce qu’il en est du Chabbat Téchouva).

Il faut prendre trois repas. Si l’on a du mal à fixer un autre repas, après celui qui suit la prière du matin – que l’on soit encore rassasié par le repas précédent, ou que l’on veuille éviter de prendre la sé’ouda chelichit (troisième repas de Chabbat) trop près du repas du second soir de Roch hachana –, on divisera en deux parties le repas qui suit la prière du matin. En d’autres termes : on ne prendra qu’un seul plat, comme si l’on ne prenait qu’un demi-repas, et l’on récitera le Birkat hamazon. On fera alors une pause d’environ une demi-heure, pendant laquelle on étudiera ou l’on se promènera ; puis on se relavera les mains, et l’on fera un repas supplémentaire, où sera servi le second plat (cf. Pniné Halakha, Bénédictions 12, note 2).

Quand le premier jour de Roch hachana tombe le Chabbat, ceux qui ont coutume d’accomplir le rituel de Tachlikh sont nombreux à le repousser au second jour (Rama 583, 2, Michna Beroura 8 ; cf. Kaf Ha’haïm 30-34).

01. La mitsva d’écouter la sonnerie du chofar

C’est une mitsva positive (un commandement de faire) que d’écouter la sonnerie du chofar à Roch hachana, ainsi qu’il est dit : « Et le septième mois, le premier jour du mois (…) aura lieu pour vous un jour de fanfare (yom terou’a) » (Nb 29, 1). Il est dit de même : « Le septième mois, au premier jour du mois, aura lieu pour vous un repos solennel (Chabbaton), commémoration en fanfare (zikhron terou’a) » (Lv 23, 24).

La fanfare, la sonnerie (terou’a) a pour signification la brisure ; il est dit ainsi : « Brise-les (tero’em) par un sceptre de fer, comme l’œuvre du potier broie-les » (Ps 2, 9) ; tero’em est une forme conjuguée de même racine que terou’a, et ce verbe signifie briser. Dans le même sens, il est dit : «Elle s’est brisée en de nombreux morceaux [ro’a hitro’a’a, même racine], la terre ; elle s’est morcelée en miettes, la terre ; elle a vacillé à l’extrême, la terre » (Is 24, 19). Là encore, ro’a hitro’a’a signifie littéralement « brisée, elle s’est brisée ». On trouve également dans Michée (5, 5) : « Ils briseront [vé-ra’ou] la terre d’Assur par l’épée. » L’idée est que l’on brise, que l’on écrase la terre d’Assur (Rachi). Dans le même ordre d’idée, Onqelos, dans son commentaire sur Nb 29, 1, traduit yom terou’a par « jour de sanglot » (yom yevava) : « Aura lieu pour vous un jour de sanglot et de pleur. »

Comme nous le disions au chapitre précédent, à la différence de la teqi’a (son unitaire et tenu), qui exprime la joie et la stabilité, la terou’a fait allusion à la brisure, au tremblement, au pleur et au bouleversement[a]. L’Éternel ordonna ainsi aux Hébreux, dans le désert, chaque fois qu’ils devraient se rassembler, de sonner une teqi’a (note longue et tenue) sur les trompettes, car la teqi’a exprime la joie et le rassemblement ; et, quand ils devraient partir en guerre, ou lever le camp et poursuivre leur route, de sonner sur les trompettes une terou’a (notes brèves et répétées, trémolo) (Nb 10, 1-7) ; car la terou’a exprime la brisure et le pleur, pour ce qui s’achève sans avoir été mené à son terme, et le tremblement à l’approche de la prochaine étape (cf. ci-dessus, chap. 3 § 2).

De même à Roch hachana, au moment où la vie de l’an précédent s’enfuit sans retour, et où la vie de l’an nouveau n’est pas encore fixée, une grande peine s’éveille pour l’année perdue, et un grand tremblement à l’approche du jugement portant sur l’année à venir. Car l’Accusateur se dresse contre nous, et nous ne savons pas qui vivra et qui mourra, qui connaîtra la santé et qui les épreuves. Mais dans sa grâce à notre égard, l’Éternel nous a ordonné de sonner du chofar, afin d’adoucir le jugement. En effet, par le fait que nous accueillions la royauté et le jugement divins, nous nous éveillons au repentir (techouva), et le verdict s’adoucit. Aussi, bien que la durée de la sonnerie elle-même soit courte, elle exprime le caractère du jour, et c’est d’après elle que celui-ci est nommé : « jour de sonnerie » (yom terou’a) – étymologiquement : jour de brisure et de pleur, de crainte et de tremblement.

Nos maîtres précisent et enseignent, en se fondant sur les versets, qu’il faut entendre trois sonneries tremblantes (terou’ot[b]) à Roch hachana, et que, avant et après chaque terou’a, il faut faire entendre un son prolongé (teqi’a). Il ressort de cela que la mitsva de la Torah consiste à entendre, à Roch hachana, trois séries ainsi composées chacune : teqi’a, terou’a, teqi’a (Roch Hachana 33b-34a).

La première teqi’a de chaque série exprime la rectitude naturelle de l’âme, telle qu’elle est chez le petit enfant, qui n’a pas encore fauté, et qui est propre et pur de tout péché. Après cela, quand l’enfant grandit, il rencontre les complications et les méandres de ce monde-ci, il lutte et est mis à l’épreuve, chute aussi, et faute. C’est cela qu’exprime la terou’a, son brisé, parfois soupir, parfois pleur, pour les défauts dont nos traits de caractère ont été affectés, et pour les fautes par lesquelles nous avons trébuché. Puis la série s’achève avec une simple teqi’a, laquelle exprime de nouveau la rectitude et le bien. Mais cette fois, il s’agit de la rectitude qui suit la techouva, le repentir ; la rectitude qui suit la demande de pardon. Ainsi, chaque série exprime un autre domaine de l’existence : ses bons commencements, la crise qui la frappe, tandis que l’on se mesure aux difficultés de la vie, et la réparation finale. À la fin de toutes les sonneries, on a l’usage de produire une très longue teqi’a : elle représente la réparation entière qui suit l’achèvement de toutes les luttes et de toutes les épreuves (cf. Chné Lou’hot Habrit, traité Roch Hachana, Torah Or 55).

Nous voyons donc que, bien que Roch hachana soit appelé yom terou’a (jour de la terou’a, du son tremblant) – en raison du jugement et du frémissement qu’exprime ce type de sonnerie –, il nous est ordonné de produire une teqi’a, son uni et long, avant et après toute terou’a, parce que le jugement lui-même poursuit notre bien, et vise à nous retirer de l’emprise du mal, à améliorer nos actes et à avantager finalement notre sort (Rabbénou Ba’hyé, Kad Haqéma’h, Roch hachana 2 ; ‘Aqédat Yits’haq 67).

C’est aussi à cela que fait allusion le chofar : d’une part, il fait trembler celui qui l’entend, mais d’autre part, il l’éveille, l’incitant à retourner à sa racine, au bon fond qui est en lui. Tel est l’avantage du chofar sur la trompette : le son qu’il produit est naturel, et reflète l’aspiration profonde de retourner à ses racines, de se relier au bien véritable, et d’accéder à une parfaite réparation (tiqoun).


[a]. Cf. note b du chapitre 3.

[b]. Pluriel de terou’a.

02. Trente sonneries

Nous l’avons vu, la terou’a fait allusion à la peine, à la brisure et au pleur. Simplement, les longues années passant, un doute est apparu quant à la manière la plus appropriée d’exécuter la terou’a : dans certaines communautés, on produisait des sons détachés, de durée moyenne, comme le sont les chevarim, qui ressemblent à des sanglots[c] ; dans d’autres communautés, on jouait des sons très courts (un trémolo), à l’exemple de pleurs fragmentés ; dans d’autres communautés encore, on sonnait de ces deux manières : d’abord par sanglots, ensuite à la manière de pleurs, comme un homme qui s’afflige, commençant par des sanglots et poursuivant en pleurant. Bien que l’on s’acquittât de la mitsva du chofar par toutes ces sortes de terou’a, les « non spécialistes » avaient l’impression qu’une controverse existait au sein du peuple juif, à l’égard de cette mitsva.

Par conséquent, Rabbi Abahou, en sa ville de Césarée décida que l’on sonnerait désormais selon chacune des sortes de terou’a (Roch Hachana 34a, Rav Haï Gaon). Cette directive a une autre raison d’être : chaque sorte de terou’a a sa particularité et sa valeur propre, et il convient donc d’exécuter chacune d’elles (Zohar III 231b). La décision de Rabbi Abahou fut adoptée dans toutes les communautés ; et depuis lors, on a nommé les sons « moyens » chevarim (brisés), et les sons brefs gardent le nom de terou’a. L’ordre des sonneries est désormais le suivant :

  • on fait d’abord entendre trois fois de suite une série ainsi composée : teqi’a – chevarim – terou’a – teqi’a ; cette série est couramment désignée par l’acronyme tachrat[d] (תשר »ת) ;
  • ensuite, trois fois la série teqi’a – chevarim – teqi’a, ce que représente l’acronyme tachat(תש »ת) ;
  • enfin, trois fois la série teqi’a – terou’a – teqi’a, dont l’acronyme est tarat (תר »ת) (Choul’han ‘Aroukh 590, 2).

Puisque la directive de Rabbi Abahou a été adoptée dans l’ensemble des communautés, on ne peut désormais plus s’acquitter de son obligation par l’un seulement des modèles de sonnerie : c’est une obligation que de les produire tous les trois. Par conséquent, bien que, si l’on s’en tenait à la seule obligation toranique, nous ne fussions tenus qu’à neuf sonneries au total[e], nous avons l’obligation, de nos jours, de faire entendre trente sonneries : neuf sonneries dans la série tachat, caractérisée par les chevarim, qui sont une « terou’a » ressemblant à des sanglots ; neuf sonneries dans la série tarat, caractérisée par la terou’a proprement dite, qui ressemble à des pleurs ; et douze sonneries dans la série tachrat, qui comprend à la fois le son du sanglot et le son des pleurs[1].


[c]. Comme on va le voir, il existe un autre mode de jeu, appelé chevarim : trois notes de valeur médiane, jouées staccato.

[d]. Cet acronyme se compose du t de teqia, du ch de chevarim, du r de terou’a, enfin du t de teqi’a. La voyelle a aide simplement à rendre le mot prononçable. Les autres acronymes procèdent du même modèle.

[e]. Ou trois fois tachat, ou trois fois tarat. Dans un cas comme dans l’autre, cela fait 3 x 3 sons.

[1]. À l’origine, on se rendait quitte par l’une quelconque des combinaisons, comme l’écrit Rav Haï Gaon dans un responsum (Otsar Haguéonim, traité Roch Hachana, n°117) ; et de nombreux Richonim citent ses paroles, parmi lesquels le Roch (Roch Hachana 4, 10) et le Ritva (n° 29). Toutefois, Maïmonide écrit : « La terou’a dont parle la Torah est pour nous objet de doute, en raison de l’écoulement des années et de tous les exils ; aussi ne savons-nous pas comment elle était (…). C’est pourquoi nous l’exécutons de toutes les manières possibles » (Lois du chofar 3, 2). C’est donc, pour Maïmonide, en raison du doute que nous avons obligation de sonner des trois différentes manières. Telle est aussi l’opinion de Na’hmanide (Mil’hemot Hachem) et du Séfer Mitsvot Gadol (Mitsva positive 42). À notre humble avis, Maïmonide et ceux qui partagent son avis pourraient eux-mêmes s’accorder à dire que, à l’origine, avant que l’on ne cherche à définir précisément la terou’a, on était quitte par toutes les formes de sonnerie, comme le pense Rav Haï Gaon, puisque toutes ces formes exprimaient la peine ; simplement, de nos jours, après qu’un doute réel est apparu dans nos consciences sur ce qu’est exactement la terou’a, on ne saurait s’acquitter de l’obligation toranique par une seule forme de sonnerie. Il nous semble également que Rav Haï Gaon lui-même, et ceux qui partagent son avis, reconnaîtraient que, de nos jours, c’est une obligation rabbinique que de sonner suivant les trois manières, puisque la directive de Rabbi Abahou a été adoptée par l’ensemble d’Israël.

Toutefois, le doute a encore lieu d’être quand celui qui procède à la sonnerie sait produire les chevarim (sons coupés), mais non les terou’ot proprement dites (sons tremblés) : devra-t-il prononcer la bénédiction relative à sa sonnerie ? Pour ceux qui suivent l’avis de Maïmonide, il ne devra évidemment pas la prononcer, puisque, de nos jours, il est douteux qu’il se rende quitte par son jeu. Il est possible de dire que Rav Haï Gaon et ceux qui partagent son avis seraient eux-mêmes d’accord à cet égard, puisqu’un tel interprète ne procède pas selon la directive de Rabbi Abahou, laquelle a été adoptée comme halakha. En pratique, c’est ce qu’écrit le Béour Halakha 593, 2 ד »ה ואם. C’est aussi ce qui semble ressortir des propos du Méïri sur Roch Hachana 34a, qui pense comme Rav Haï Gaon, et qui écrit néanmoins que, de nos jours, on ne s’acquitte plus de son obligation sans les trois sortes de sonnerie. Certains pensent, en revanche, que l’on récite la bénédiction dans un tel cas, parce que la halakha est conforme à l’opinion de Rav Haï Gaon et de ceux qui partagent son avis. Cf. à ce sujet nos Har’havot.

03. Si la sonnerie du chofar doit s’écouter assis ou debout

La mitsva toranique d’écouter le chofar, nos sages ont prescrit de l’accomplir parallèlement à la récitation des bénédictions particulières à Roch hachana, que sont : Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot. De cette façon, aussi bien les sonneries de chofar que la prière atteignent une plus haute intensité d’expression. Cependant, cela ne conditionne pas la validité de la mitsva, et quand il est impossible de coordonner ainsi les sonneries à la ‘Amida, on peut sonner du chofar d’une part, et prier d’autre part. La directive ordonnant de coordonner la sonnerie à l’ordonnancement des bénédictions s’applique précisément à la communauté ; mais celui qui prie solitairement n’est pas autorisé à sonner du chofar pendant sa ‘Amida (Roch Hachana 32a, 34b ; Choul’han ‘Aroukh 592, 1-2).

À l’origine, on sonnait du chofar et l’on récitait les bénédictions particulières à Roch hachana pendant la prière de Cha’harit. En effet, ceux qui sont zélés accomplissent les mitsvot au plus tôt. Par la suite, pendant une période de persécution, les autorités païennes interdirent aux Juifs de sonner du chofar ; et des soldats ennemis faisaient le guet dans les communautés juives pendant les six premières heures du jour, afin d’arrêter ceux qui sonneraient du chofar. Alors, les rabbins décidèrent de repousser à l’office de Moussaf la sonnerie et les bénédictions particulières à Roch hachana (Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot), car Moussaf peut encore être récité après le milieu du jour. Même après que fut annulé le funeste décret, les rabbins ne réintégrèrent pas la sonnerie dans l’office de Cha’harit, de crainte que ce décret ne fût rétabli avant que la coutume de sonner à Moussaf ne s’enracinât (Roch Hachana 32b, Tossephot et Ritva ad loc.). Certains estiment qu’il convient, a priori, de sonner à Moussaf, puisque la mitsva essentielle du jour consiste dans le sacrifice de Moussaf et dans la prière qui lui correspond (c’est une opinion dans le Talmud de Jérusalem, Roch Hachana 4, 8).

Nos sages ont également prescrit de sonner du chofar avant la prière de Moussaf. Ils ont autorisé à s’asseoir pendant cette sonnerie. Aussi celle-ci est-elle appelée teqi’ot dimeyouchav (sonneries [que l’on écoute] assis). Et bien que, a priori, pour le sonneur comme pour ceux qui l’écoutent, il faille se tenir debout pendant l’accomplissement de la mitsva, les sages autorisent les auditeurs à rester assis pendant la sonnerie qui précède Moussaf, afin de montrer que les sonneries exécutées pendant la ‘Amida de Moussaf sont l’essentiel. Aussi est-ce précisément pendant les sonneries de Moussaf que l’on a soin de rester debout. Tel est l’usage des Séfarades et des Yéménites, qui s’assoient pendant les sonneries précédant Moussaf[f]. Mais les Ashkénazes ont coutume de se lever pour la sonnerie du chofar précédant Moussaf, parce qu’il s’agit en pratique de la première sonnerie, et que l’on s’acquitte déjà de son obligation en l’écoutant (Choul’han ‘Aroukh 585, 1, Michna Beroura 2).

Le Talmud explique que, si les sages ont prescrit d’ajouter une sonnerie d’avant Moussaf, écoutée assis, puis de sonner de nouveau, cette fois debout, pendant la ‘Amida de Moussaf, c’est pour désorienter l’Accusateur (le’arbev et ha-Satan) (Roch Hachana 16a-b). Rachi explique que, lorsque l’Accusateur entendra qu’Israël chérit les mitsvot, et sonne davantage du chofar que ne le lui ordonne la Torah, il sera à bout d’arguments. Na’hmanide écrit que le son du chofar a pour vertu de relier les Israélites à leur Père qui est au Ciel, et que c’est grâce à cela que l’esprit du Satan se trouve désorienté lors de la première sonnerie, et qu’il ne peut les accuser pendant la prière. Selon d’autres, le Satan a le droit de formuler son accusation une fois ; or, quand on commence à sonner avant la ‘Amida, il énonce alors toutes ses accusations, de sorte qu’il ne peut plus les énoncer pendant la ‘Amida qui suit (Raavad). Selon d’autres, le Satan se manifeste essentiellement par le truchement du penchant au mal (le yétser hara’) ; et c’est ce penchant que l’on a l’intention de confondre par le biais des nombreuses sonneries de chofar, car le chofar éveille à la techouva (Rabbénou Nissim). On peut expliquer aussi que, lors des premières sonneries, la grande émotion qui saisit l’homme a parfois pour effet de lui faire perdre la juste orientation de l’esprit (la kavana) ; tandis que, après qu’il a déjà entendu trente sonneries, son esprit est plus apaisé, de sorte qu’il peut orienter son esprit comme il convient.


[f]. Dans de nombreuses communautés d’Afrique du nord, cependant, notamment en Algérie, on se tenait debout.

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