08. La cérémonie de l’encens à Kipour

La mitsva s’ordonnançait ainsi : le Grand-prêtre entrait dans le saint des saints, avec une pelle de braises et une louche d’encens. Dans le saint des saints, il prenait une pleine poignée d’encens et la mettait sur les braises ; la fumée montait, s’élevait et se répandait dans le saint des saints, jusqu’à recouvrir le propitiatoire qui surmontait l’arche du témoignage ; ainsi qu’il est dit :

Il prendra une pleine pelletée de braises ardentes, de dessus l’autel, face à l’Éternel, puis deux pleines poignées d’encens fait d’espèces odoriférantes finement pilées, qu’il apportera de l’autre côté du voile. Il mettre l’encens sur le feu, devant l’Éternel. Et la fumée de l’encens couvrira le propitiatoire qui est au-dessus du témoignage, de sorte qu’il [le Grand-prêtre] ne mourra pas (Lv 16, 12-13).

L’idée sous-jacente est ici que l’homme le plus saint d’Israël lui-même ne peut atteindre, en sa conscience, la notion du divin dans son essence ; ce n’est que par le biais de la fumée et de la brume que la Présence divine demeure ici-bas ; et c’est du sein de la brume que la notion du divin va en se révélant. Aussi, le Grand-prêtre devait-il d’abord faire fumer l’encens dans le saint des saints ; puis, seulement après que le saint des saints était empli d’encens, il accomplissait sa mitsva (Yoma 53a).

Puisque l’encens exprime le lien profond qui unit les âmes d’Israël à Dieu, l’encensoir restait dans le saint des saints jusqu’à la fin du service du jour ; et pendant tout ce temps, sa fumée continuait de s’élever. À l’expiration du service du jour, le Grand-prêtre rentrait, au nom de tout Israël, dans le saint des saints ; il prenait congé, recueillait l’encensoir et sortait.

La quantité d’encens qu’il faisait fumer dans le saint des saints était l’équivalent de ce que peuvent contenir les deux mains (deux poignées) (melo ‘hofnav), ni plus ni moins (ibid. 48a), ce qui fait allusion au fait que toute l’intention et toute l’action du Cohen gadol étaient consacrées à la collectivité d’Israël. Nos sages enseignent que ce travail de transvasement de l’encens de la pelle à l’intérieur des mains, sans qu’il n’en tombe une miette à terre, était l’un des plus difficiles qui fussent au sanctuaire (ibid. 49b). L’idée à laquelle il est fait ici allusion, c’est que le Grand-prêtre doit s’efforcer de relier toutes les forces d’Israël en direction du saint des saints, sans même en perdre une seule étincelle.

L’encens que l’on faisait fumer chaque jour était bien pilé, afin d’être fin (daqa). Mais l’encens que le Grand-prêtre faisait fumer dans le saint des saints avait cela de supérieur qu’on le pilait de nouveau, à l’approche du jour de Kipour, afin qu’il fût particulièrement fin (daqa min hadaqa). Le pilage exprime l’idée d’union de toutes les particules d’encens, les unes avec les autres ; et l’encens destiné au saint des saints devait exprimer une union plus profonde encore.

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